LES FRA>VAIS
Quint ; mais ce prince , poussé par le connétable de Bourbon et par sa propre ambition , résolut de transporter fa guerre en France. Henri VIII procura de l'argent : lord Russel, chargé de remettre les subsides, fit porter l'argent, de Gènes à Chambéry , à dos de mulets , dans des ballots et des sacs , sous forme de vieux linge et de légumes à vendre ; le duc de Savoie , dupe de cet artilice , fournit ses mulets et ses coffres, pour aller de Chambéry à Turin.
Bourbon et Pescaire , avec dix-huit mille hommes , franchirent les Alpes et envahirent la Provence. Saint-Laurent , Antibes , Villeneuve , Grasse , Fréjus , Draguignan, Hyères, Toulon , Aix , se soumirent sans résistance ; on croyait qu'il en serait de même de >'arseille , et le connétable disait : « Trois coups de canon amèneront ces timides bour- 'geois à nos pieds , les clefs à la main et la corde au cou. » Mais l'abord de la ville n'était pas facile ; le système de dévastation qui avait déjà sauvé deux fois la Picardie avait éir aussi adopté pour la Provence : l'ennemi ne trouvait que villages rasés, villes abandonnées et campagnes ravagées. Le siège de Marseille commença le 19 août. Les habitants s'encouragèrent mutuellement à la défense ; neuf mille d'entre eux se joignirent à la garnison. On rasa les faubourgs, on éleva des retranchements avec une promptitude incroyable ; les femmes mêmes, et des plus nobles maisons, iiavaillèrent à une tranchée qu'on appela la tranchée des-r
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Dames. Un jour que Pescaire entendait la messe dans sa tente , un boulet de canon y pénétra , et tua le prêtre, ainsi que deux gentilshommes qui étaient auprès de lui ; il envoya le projectile au connétable , en lui demandant si c'étaient là les clefs que lui présentaient les habitants de Marseille.
Pendant que les Marseillais se défendaient eux-mêmes, Fançois I^r rassemblait une armée sous les murs d'Avignon, afin de repousser « la rodomontade espagnole que Bourbon était venu faire sur les terres de France. » Quand il s'approcha de Marseille , les Impériaux , qui n'avaient fait aucun progrès , et que décimaient la disette et les maladies , levèrent le siège (17 septembre) et repassèrent précipitamment le Var : La Palice et Anne de Montmorency se mirent à leur poursuite et leur firent essuyer des pertes nombreuses.
Le roi ne put se voir à la frontière dltalie, avec une belle armée, sans être tenté de franchir les Alpes. Ni les remontrances de sa mère, ni la nouvelle de la mort de sa femme, ne purent l'arrêter. Il traversa le mont Cenis vers le milieu d'octobre , et se dirigea vers Milan : une épidémie venait d'y enlever cinquante mille personnes; Sforza et Morone avaient fui devant le fléau, et Lannoy n'essaya pas même de défendre la place. La marche des Français avait été si rapide , que Pescaire , ramenant les débris de l'armée de Provence, les
précédait à peine de quelques heures. Mais , au lieu de poursuivre sans relâche les Impériaux découragés qui se retiraient en désordre sur Lodi , François I^r , n'écoutant que les avis de Bonnivet , alla mettre le siège devant Pavie. La résistance de cette ville devait laisser aux généraux de Charles-Quint le temps de réorganiser leur armée : Lannoy se procura quelque argent en engageant les revenus de Naples ; Pescaire , adoré de ses soldats , les retint par de belles promesses à défaut de solde , et Bourbon vendit ses bijoux pour aller lever un corps de troupes en Allemagne. Antonio de Leyva, qui avait assisté à trente-trois batailles età quarante sièges, défendait Pavie avec six mille vétérans. I^s murailles de la place n'étaient point entourées de fossés , et l'artillerie française y eut bientôt ouvert une large brèche : mais lorsqu'on donna l'assaut, on trouva qu'au-delà du mur les assiégés avaient creusé un fossé profond, et que toutes les maisons des rues aboutissantes étaient percées de meurtrières. Il fallut reculer , et le siège fut converti en blocus. Pendant trois mois, Lannoy et Pescaire, retranchés sur l'Adda , ne firent aucun mouvement. A Rome , on se moquait de leur inaction, et, dans une pasquinade qui couinit alors , on offrait une récompense honnête à quiconque découvrirait l'armée des Impériaux perdue dans les montagnes. Le pape, persuadé que les Français allaient entrer dans Pavie , conclut avec eux un traité , et , en retour de la
proteotion promise à ses états et à sa famille, s'engagea à ne donner aucun secours aux ennemis de la France.
Il était temps que le connétable revînt d'Allemagne avec sesélouze mille lansquenets : Antonio de Leyva n'avait plus ni pain , ni argent. Les Impériaux renforcés marchèrent au secours dePavie. C'était le moment où François ler, dans toute la confiance du succès , venait d'affaiblir son armée en envoyant le duc d'Albany avec deux cents lances , six cents chevau-légers et quatre mille hommes d'infanterie, pour conquérir le royaume de Naples ; il s'engageait dans le Midi avant d'être sûr du Nord. D'un autre côté , Jean des Bandes Noires, par l'occupation de Chiavenna , empêchait d'autres Suisses de descendre en Italie. Les plus vieux généraux , La Palice , Louis d'Ars , Lescun , La Trémouille , conseillèrent à François I«r la retraite ; mais Bonnivet , Brion , Saint-Marsault , Montmorency , insistèrent pour que le roi livrât la bataille. <( Un roi de France , diseient-ils , ne recule pas devant ses ennemis ; il ne renonce pas , à cause d'eux , aux places qu'il a résolu de prendre; il ne change pas ses projets d'après leurs caprices. » Leur avis l'emporta.
« Le 24 février 1525, Pescaire résolut de pénétrer dans le parc de Mirebel , de le traverser pour arriver à Pavie , et de dégager ainsi la garnison , ou , s'il était attaqué tandis qu'il tournerait ainsi les Français par leur gauche , de l«k
attirer du moins hors de leurs retranchements , dans le torrain ouvert du parc. Il fit abattre , à une grande distance du camp français , le mur de ce parc avec le bélier et la sape , dont les coups n'étaient point entendus au loin. Il fit revêtir aux troupes impériales des chemises blanches, pour qu'elles pussent se reconnaître dans l'obscurité, et il les fit entrer par cette brèche , deux heures avant le jour. Toutefois les Français étaient sur leurs gardes, ils s'étaient rangés en bataille, et une formidable artillerie couvrait leur front.
« Lorsque l'avant-garde impériale , commandée par le marquis de Guasto , eut commencé à passer , à portée du canon français , dans une plaine tout unie , les décharges de l'artillerie firent dans ce corps d'épouvantables trouées. Is corps de bataille , conduit par Pescaire , et l'arrièregarde , sous les ordres de Lannoy et de Bourbon , devaient i\ leur tour se soumettre à ce feu meurtrier , avant d'atteindre un petit vallon où un pli de terrain pouvait les mettre à couvert. Guasto fit éparpiller ses soldats, et prendi-e la course, pour qu'ils souffrissent moins dans celte traversée. A cette vue , le roi s'écria : Les voilà qui fuient , chargeons ! — Chargeons , chargeons ! répétèrent Bonnivet, Brion, Saint-Marsault , et les autres jeunes courtisans qui l'accompagnaient. — A l'instant, toute la gendarmerie s'élance de ses lignes , passe devant la tête de
rarlillerie française, et en suspend le feu. Toutefois, ces fuyards , que Fiançois l^^ croyait trouver on désordre , s'étaient de nouveau rangés en bataille. La cavalerie ennemie était entremêlée d'arquebusiers espagnols ; et ceux-ci reçurent la charge des lances françaises avec un feu bien nourri. Beaucoup de vaillants chevaliers furent abattus , et les chevaux s'arrêtèrent dans leur course.
« Les deux armées se trouvèrent alors en entier engagées ; elles étaient à peu près égales en forces : chacune comptait environ quinze mille hommes de pied et quinze cents chevaux. Mais déjà le mouvement imprudent du roi avait donné l'avantage à ses ennemis ; il avait arrêté le feu de son artillerie , fort supérieure à celle des Impériaux , et il avait dégarni les flancs de ses Suisses et de ses lansquenets en se portant en avant. Pescaire profita aussitôt de cette imprudence : il fit avancer huit cents fusiliers espagnols sur les flancs de la gendarmerie française , en même temps que le marquis de Guasto , avec toute l'avantgarde , se jetait dans le vide qu'avait laissé cette gendarmerie, et attaquait l'aile droite française, commandée par Montmorency. De toutes parts l'acharnement était extrême, et si l'armée française avait manqué à la tactique , elle rachetait cette faute par la plus brillante valeur. Les Suisses cependant , qui se trouvaient à l'aile droite , déconcertés par l'attaque de flanc qu'ils n'avaient pas dii attendre , ne
soutinrent point leur antique réputation : leur capitaine , Jean de Diesbach , fut tué , et dans ce moment ils prirent la fuite, abandonnant Montmorency et Fleuranges, qui furent faits prisonniers. A côté d'eux était placé le duc de Suffolk , dit la Rose blanche , avec sa légion de lansquenets : il y fut tué. Les lansquenets , restes de celte troupe que le duc de Gueldre avait autrefois amenés à Malignan , furent presque tous massacrés sur la place.
« En même temps , le roi , avec sa gendarmerie , se voyait attaqué en face, en flanc et par derrière. Bonnivet, qui était auprès de lui , reconnaissant que la bataille était perdue , et qu'elle l'était par sa faute , courut , la visière haute , au plus épais des ennemis , et y fut tué. La Palice, Lescun , La Trémouille , San-Severino , le comte de Tonnerre, et beaucoup d'autres grands seigneurs, périrent aussi auprès du roi. De toutes les parties de l'armée, les chevaliers se dirigeaient vers l'endroit où ils savaient le roi en péril ; Bussy d'Âmboise lui-même , qui était chargé de contenir la garnison de Pavie , abandonna son poste , et fut tué en arrivant. Alors , Antonio de Leyva fit une sortie et fondit sur l'arrière-garde de l'armée française: le duc d'Alençon prit lâchement la fuite.
« François avait montré une grande valeur personnelle ; il avait tué de sa main le chevalier de Saint-Ange , Ferdinand Castriot , petit-fils de Scander-Beg. Autant il était
brave , autam il était hors d'état de faire les fonctions d'un général d'armée. Quand il vit sa troupe en déroute , il poussa son cheval au galop pour passer le pont du Tésin , ne sachant pas que les fuyards l'avaient coupé derrière eux. D'ailleurs , avant d'y arriver , il rencontra quatre fusiliers espagnols qui l'arrêtèrent ; leurs fjpsils étaient déchargés , mais l'un d'eux abattit le cheval du roi d'un coup de crosse à la tête. Deux chevau-légers espagnols ai rivèrent sur ces entrefaites , sans reconnaître le roi , qui n'avait pas dit une parole , et qui était tombé dans un fossé , sous son cheval ; ils remarquèrent la richesse d.» ses habits et le cordon de Saint-Michel dont il était (\(^ coré , et ils menacèrent les fusiliers de le tuer , s'ils n'étaient pas admis au partage de sa rançon. Dans ce moment, un gentilhomme de la suitedu connétable, Pompéran, arriva et reconnut le roi ; après avoir aidé à le tirer de dessous le cheval , il le conjura de se rendre à Bourbon qui n'était pas éloigné. François protesta qu'il aimerait mieux mourir que de se livrer à un traître , et demanda le vice-roi de Naples. Lannoy étant venu , il lui remit son épée* » Il était blessé au front et à la jambe. Le soir, il écrivit à sa mère ce billet d'un laconisme sublime : Madame, tout est perdu , fors l'honneur.
• SrSBOHDl.
Plus de huit mille Français furent tués dans la bataille ou noyés dans le Tésin. Le poète Marot , qui assistait à l'affaire, fut blessé et pris. La garnison de Milan abandonna la ville le jour même , et quinze jours après il ne restait pas un seul Français en Italie.
En recevant la nouvelle de la victoire de Pavie , Charles- Quint affecta une grande modération et sut contenir sa joie. Après avoir écouté avec modestie les félicitations de ses courtisans et déploré l'infortune de François l^r , il interdit toute réjouissance publique à Madrid , disant que le son des cloches et les feux de joie ne convenaient pas dans les succès obtenus contre les chrétiens ; il ne suivit pas le conseil que lui donnait le duc d'Albe , d'envahir la France consternée. Néanmoins , il espérait bien profiter de l'avantage qu'il avait obtenu , en mettant au plus haut prix la liberté de son prisonnier.
François fe"" , comme autrefois Jean le Bon , grandissait aux yeux de l'Europe par sa captivité même. Tout le monde s'intéressait à son malheur : Erasme en écrivît à Charles- Quint ; les nobles espagnols demandèrent qu'il fût laissé libre sur parole , en offrant de lui servir de caution. L'empereur fit , au contraire , enfermer son captif au château de Pizzighittone , et lui demanda pour rançon la cession de la Bourgogne , de Milan , d'Asti , de Gênes et de Naples ; de plus , pour le connétable de Bourbon , outre la restitution
de ses biens confisqués , le Dauphiné et la Provence , don» on formerait un royaume indépendant. « Plutôt mourir en prison , s'écria François W, que d'entamer le patrimoine de mes fils ! » Persuadé que de pareilles propositions ne venaient pas de son frère Charles lui-même , mais de son conseil , il demanda à être transporté en Espagne ; il espérait avoir de meilleures conditions. Mais Chaiies-Quini lefusa de le voir , jusqu'à ce qu'on eût réglé les conditions de la paix , et , prenant ombrage des honneurs que lui rendait la noblesse, défendit l'entrée de l'Alcazar , où il le retenait prisonnier. François étant tombé malade de chagrin , il craignit de perdre un gage précieux dont il voulait tirer profit , et ce fut alors seulement qu'il lui rendit visite, sans toutefois lui accorder rien de plus que de vagues promesses et de stériles consolations. Marguerite d'Alençon, sœur de François l^^ , obtint la permission iie venir passer quelque temps auprès de lui ; plusieurs auteurs ac<usent encore l'empereur d'avoir cherché , par des manières caressantes , à la retenir jusqu'à l'expiration du saulcouduit, afin de pouvoir la faire aussi prisonnière. Quoi qu'il en soit , quand la maladie du roi fut passée , Charles reprit toute son inflexibilité : les conseils de son confessent-, qui l'invitait à pardonner, furent moins puissants que eeux du chancelier Gattinara , qui le poussait à user
de rigueur , et le captif demeura sous la garde du vigilant et farouche Alarcon.
Pendant le séjour de François I^"" en Espagne , Louise de Savoie administra la France : elle sembla vouloir réparer ses torts précédents par son activité et sa prévoyance. Après avoir recueilli les débris de l'armée d'Italie , payé la solde arriérée des troupes et la rançon des prisonniers , elle pourvut à la sûreté des frontières. On n'avait rien à craindre du côté des Alpes , parce que Lannoy manquait d'argent ; mais la frontière de Lorraine fut un instant menacée. « En ce temps se leva en Allemagne une populace qui vouloit maintenir tous les biens être communs. Sous lequel prétexte se mirent ensemble quatorze ou quinze mille vilains pour marcher droit à la Lorraine , et de là en France , estimant pouvoir tout subjuguer , parce qu'ils avoient opinion que la noblesse de France étoit morte en la bataille : lesquels paysans assemblés, partout où ils passoient , pilloient maisons de gentilshommes, tuoient femmes et enfants avec cruauté inusitée. Pour à quoi obvier, M. le duc de Guise et comte de Vaudemont , son frère , marchèrent au-devant de la furie de ce peuple , lequel ils taillèrent en pièces près de Saverne*. »
Louise de Savoie sut aussi profiler d'un changement
* Martin du Bellay.
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qui s'opéra vers cette époque dans les dispositions des puissances européennes à l'égard de la France. Charles-Quint marchanda trop longtemps la rançon de son prisonnier , et inspira des craintes à ses alliés pour l'avenir. Les Impériaux , qui n'étaient point payés, se dédommageaient en Italie par des rapines et des brigandages ; l'oppression qu'ils faisaient peser sur les petits états et sur le pape lui-même , convainquit les Italiens que c'en était fait de leur indépendance. Morone conçut l'idée d'une ligue , dans laquelle entrèrent François Sforza , les Vénitiens , les Florentins et Clément VII : sachant que Pescaire était mécontent de ce que Lannoy avait envoyé en Espagne le roi de France , dont les troupes auraient fait le gage de leur solde arriérée , il tenta son ambition , en lui offrant le royaume de Naples. Mais Pescaire resta fidèle ; il feignit de se prêter aux projets du chancelier , l'attira au château de Novare , et le fit arrêter. Le Milanais fut immédiatemeni occupé au nom du roi d'Espagne , et la spoliation de Sforza ne laissa plus aucun doute sur les intentions de Charles- Quint relativement à l'Italie. La régente de France promit des subsides à la ligue.
D'un autre côté, Henri MU s'alarmait des progrès de la maison d'Autriche. Wolsey , à qui l'empereur avait deux fois manqué de parole, en laissant élire Adrien VI et Clément Ml , poussait son maître à une rupture. Celui-ci ,
cherchant un prétexte , demanda que Charles-Quint l'aidât à conquérir la Guyenne , qu'il conclût le mariage convenu avec sa fille Marie , et même qu'il lui livrât son prisonnier. Il reçut le refus auquel il s'attendait, et signa un traité d'alliance défensive avec Louise de Savoie , qui lui promit deux millions d'écus d'or. La régente sollicita mêïne , au nom de son fils , les secours de la Turquie : Jean Frangipani , son envoyé à la Porte Ottomane , rapporta une réponse favorable du sultan Soliman le Magnifique.
L'orage qui se formait détermina Charles-Quint à écouter les propositions qui lui étaient adressées. Louise de Savoie offrait la cession absolue des droits de la France sur le royaume de Naples , sur le Milanais , Asti et Gênes , à la condition pour l'empereur d'en donner l'investiture au second fils de François I^r , Henri , avec la main de sa nièce Marie de Portugal; elle était prête à livrer encore Hesdin , Douai , Lille et Orchies Les conditions auxquelles avait songé François h'^ étaient : sa renonciation à l'Italie et à la suzeraineté de l'Artois et de la Flandre , son second mariage avec Éléonore , sœui* de Charles-Quint , et la réintégration du connétable de Bourbon dans tous ses domaines.
Mais l'empereur tenait particulièiemenl à h\ restitution de la Bourgogne. François I^r ne pouvant s<' résoudre à démembrer ses étals , annonça l'intention d'abdiquer. S'il
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fût p«Msist(' (ians (.('lU' grande résolution , il faisait perdre à son rival les avantages de la victoire de Pavie. Toiit-àcoiip il se persuada qu'il était permis de tromper eelui qui lui faisait violence , et , tout en acceptant les conditions exigées par Charles , il protesta secrètement pardevant notaire contre la ••outrainte qu'il subissait.
Les clauses du traité de Madrid ( Hjanvier 1526) , furent tellement exorbitantes , que Gattinara refusa de les signer , comme étant d'une exécution impossible.
François I'' cédait à l'empereur, en toute souveraineté, le duché de Bourgogne , le comté de Charolais , les principautés de Noyers et de Chàteau-Chinon , qu'on devrait livrer dans les six semaines qui suivraient sa mise en liberté. 11 renonçait à la suzeraineté de la Flandre et de l'Ailois , à ses prétentions sur Milan , Asti , Gênes et Naples, et aux droits de la France sur Tournai , Hesdin , Lille , Douai et Orchies. 11 promettait de payer au roi d'Angleterre 500,000 écus que lui devait Charles-Quint. Il retirait sa protection à ses alliés, le sire d'Albret, le duc de Gueidre et Robert de La Mark. Il s'engageait à pardonner au connétable de Bourbon , à le rétablir dans ses biens , honneurs et dignités , et l'autorisait même à faire valoir juridiquement les prétentions qu'il avait sur la Provence. Enfin , il devait payer deux millions de lançon.
(]harles-Quint , de son côté , abandonna les réclamations
qu'il pouvait élever sur les villes de la Somme , sur Péronne , Montdidier et Roye , sur les comtés de Boulogne , de Guines et de Ponthieu. Il accorda au roi la main d'Éléonore , en dotant cette princesse des comtés de Màcon et d'Auxerre, et de la ville de Bar-sur-Seine. L'infante Marie , fille d'Éléonore et de son premier mari , fut promise au dauphin François.
Les deux souverains contractaient une alliance défensive contre leurs ennemis , et devaient s'assister réciproquement de cinq cents hommes d'armes et de dix mille piétons.
Pour garantir l'exécution du traité , François I^^ s'engageait à livrer en otages ses deux fils aînés , ou bien le dauphin François et douze de ses meilleurs généraux , tels que Charles de Vendôme , le comte de Saint-Pol , le duc d'Albany , Lautrec , Montmorency , d'Aubigny , etc.
Si le traité n'était pas enregistré au parlement de Paris , dans le délai de quatre mois , le roi devait se reconstituer prisonnier. Les deux monarques se soumettaient aux censures ecclésiastiques , s'ils violaient leurs engagements.
Le 21 février, le traité de Madrid reçut un commencement d'exécution. François I«r, qui ne voulait pas se dégarnir de ses bons capitaines , livra aux Espagnols ses fils François et Henri , dans une barque amarrée au milieu de la Bidassoa , entre Fontarabie et Andaye. Puis , prenant à
peine le temps d'embrasser ces deux enfanls , il s'élança sur un cheval qui l'attendait au rivage , courut d'un trait jusqu'à Saint-Jean-de-Luz, et arriva tout joyeux à Rayonne. A plusieurs reprises . il s'écria : « Je suis encore mi ! »