LES FKANÇAIS EN ITALIE
put prévoii' que la paix ne sérail pas durable : en effet , il fil sunnner l'empereur de venir assister à la cérémonie du sacre , en sa qualité de comte de Flandre , et Charles répondit que , s'il venait , ce serait à la tête de cinquante mille hommes. Henri 11 , d'ailleurs , n'avait jamais accepté le traité de Crespy ; quand on le conclut , il signa à Fontainebleau une protestation secrète , en présence du duc d(> Vendôme et des comtes d'Enghien et d'Aumale , déclarant que l'abandon des droits de la couronne sur la Flandre, l'Artois , le Milanais et Naples , étaient contraires à son intérêt et à celui du royaume , et qu'il les reprendrait , aussitôt qu'il serait hors de la puissance paternelle. Il n'était pas disposé davantage à observer le traité d'Ardres , parce que , disait-il , la guerre de Henri VIII contre son père avait été injuste.
La rupture n'eut lieu d'abord qu'avec TAngleterie. Le nouveau roi, Edouard M, n'ayant pas renoncé à la main de Marie Stuart , Henri II gagna , par le don du duché de Châtellerault , le régent d'Ecosse , James Hamilton , comte d'Arran, et lui envoya, pour le protéger contre les Anglais , un corps de six mille hommes , sous le commandement d'Andi'é de Montalembert , baron d'Essé , auquel s'étaient joints François d'Anglure, seigneur d'Étauges , et François d'Andelot, colonel-général de l'infanterie française. Nicolas Durand de Villegagnon , commandeur de
Malte , amena Marie Stuart en France ; elle fat fiancée au dauphin François ( 1548 ) , mais le mariage ne fut célébré que dix ans après. En même temps, Gaspard deColigny, fière de François d'Andelot, était envoyé contre Boulogne : les quatre forts de Sellacques , d'Ambleteuse , de Blaquenai et de Mont-Lambert , élevés par les Anglais aux environs de la ville , furent emportés d'assaut. Mais les troupes , peu accoutumées aux travaux de siège , se fatiguèrent bien vite devant les murs de Boulogne; et, dans tin ouiagan terrible, le camp fut noyé sous les eaux, et les bagages perdus. Ce fut la nouvelle d'une victoire navale , gagnée près de l'ile de Jersey par Léou Strozzi , réfugié florentin , qui détermina Edouard VI à envoyer un négociant italien , Antonio Guidotti , poui' faire des propositions à la France. La paix fut conclue sur de nouvelles bases (24 mai 1550): l'Angleterre rendit Boulogne et son territoire contre 400,000 écus d'or.
Depuis ce moment , les motifs de guerre avec l'empire se multiplièrent. Déjà la France avait resserré son union avec la maison d'Albret , par le mariage de Jeanne d'Albret, héritière de la Navarre, avec Antoine de Bourbon; c'était comme une menace dirigée contre l'Espagne. Henri II envoya Gabriel d'Aramont pour exciter les Turcs à envahir la Hongrie , et suscita des ennemis à Charlos-Quiut en Allemas^ne et en Italie.
Parmi les princes de l'Empire qui redoulaieni le plus les progrès de la puissance impériale , se trouvaient Maurice de Saxe , chef de la ligue protestante , Georges-Frédéric , marquis de Brandebourg , Jean- Albert , duc de Mecklembourg, et Guillaume, landgrave de Hesse. Jean de Presse , évêque de Bayonne , fut député vers eux , e;t les amena à signer le traité de Friedwald ( 5 octobre 1551 ) , dans le but « de résister aux pratiques de l'empereur , employées pour faire tomber la Germanie en une bestiale , insupportable et perpétuelle servitude , (;omme il a été fait en Espagne et ailleurs. » Les luthériens s'engageaient à attaquer €harles-Quint , et à ne faire avec lui ni paix ni trêve , sans l'aveu de la France; Henri II promettait à ses alliés 240,000 écus pour subvenir aux premiers frais de la guerre , puis un subside régulier de 60,000 écus par mois ; il devait se jeter sur la Lorraine , occuper Cambrai , Metz , Toul et Verdun , et les garder comme vicaire de l'empire. Si l'on venait à élire un nouvel empereui- , le choix ne pourrait tomber que sur un candidat agréé par la France. Le traité de Friedwald , confirmé par le roi à Chambord , a jeté les bases de cette politique éminemment française , suivie plus tard par Henri IV , Richelieu et Louis XIV , politique qui protégeait au-delà du Rhin les petits états contre le despotisme des plus forts , et qui assurait à la fois la grandeur de la France et l'équilibre européen.
En Italie, l'influence française lendit également à se relever. Dès l'année 1547, la conspiration de Fiesque contre les Doria avait failli ruiner la domination de l'empereur à Gênes. Le pape Paul III répétait souvent : « J'ai vu par l'histoire , par ma propre expérience et par celle d'autrui , que jamais le Saint-Siège ne fut puissant et prospèi-e que lorsqu'il eut les Français pour alliés. » Avec le consentement du sacré collège , il attribua Parme et Plaisance , avec le titre de duc , à Pierre-Louis Farnèse-, ce prince ayant été assassiné , Henri II prit sous sa protection son jeune fils Octave , que la mort récente du souverain pontife aurait laissé sans défense contre l'empereur. A Sienne , le parti populaire appela les Français. L'archevêque de Reims , Charles de Lorraine , qui alla vers cette époque à Rome , recevoir le chapeau de cardinal , écrivit au roi : « Le peuple parle au moins autant français qu'italien , ou , pour le moins , sait bien dire : Vive France ! »
Enfin, les hostilités commencèrent sur mer, avant que la guerre ne fût déclarée. Le baron de la Garde , commandant une flotte qui croisait sur les côtes de Normandie , enleva quinze vaisseaux flamands , dont la cargaison lui valut plus de 400,000 livres. Sur la Méditerranée, un Heutenant de la Garde |captura quatre navires impériaux dans le port de Villefranche. le signal de la rupture fut un manifeste , dans hîquel Henri II prenait le titre de défenseur
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des libertés germaniques , «•( (»n l'on voyait le Itoiitiei cl<' la liberté entic doux poii?n:iitls. Suivons lour à lour les détails de la lulte en Italie et au nord de la France.
Le maréchal Charles de Cossé-Brlssac , gouverneur du Piémont, qu'ini contemporain appelle le tant valeureua- (jenlilhomme , aliaqua les places du pays qui restaient enc(»r(» au duc de Savoie; il enleva Quiers , Albe, Verrue et Verceil. Une ruse lui livra Casai : Il avait surpris le gouverneiu' et les soldais au milieu d'un tournoi ; ceux-ci , ayant eu à peine \v temps de se jeter sans armes dans la citadelle , promirent de se rendre s'ils n'étaient secourus dans vingt-quatre heures. Sur ces entrefaites , Brissac eut avis de l'approche des Impériaux ; il fil alois avancer les horloges de quelques heures , et entra à temps dans la place. Il prit ensuite Vulpiano et Vignal. Bien que la cour de France n'eût fait passer aucun renfort à la division du Piémont, elle se soutint jusqu'à la fin de la guerre, à force d'habileté et décourage, contre le ducd'Albe, dont les forces étaient bien supérieuies. C'est Brissac qui a crée le premier corps de diagons , arquebusiers à cheval , destinés à se transpoiter rapidement d'un point à un autre , et capables de combalti'e également à pied. Octave Farnèse était menacé dans Parme pai- Ferdinand de (iouzaguc , général des Espagnols. Paul de la Barthe , seigneur de Thermes , entra dans la ville avec un corps de troupes
françaises ; mais ce secours n'était pas suffisant. Parme fU! fui sauvée que loi-sque Pieire Slrozzy , réfugié de Florence , eut traversé le camp des assiégeants avec cinq compagnies piémontaises. Une suspension d'aiines fut signée, et Farnèse demeura en possession de sa principauté.
La France avait encore poui* adversaire en Italie le nouveau pape Jules III et les Médicis. Henri II arrêta dans sou ioyaume tous les revenus pontificaux, et déclara que les évêques fi'ançais ne se rendraient point au concile de Ti-enle , et que ni lui ni ses sujets ne se soumettraient aux décisions de cette assemblée. Cette démarche audacieuse effraya le pape, qui se hâta de conclure une tiève de d^ux ans avec le cardinal de Tournon , ambassadeur de France. Quant à la Toscane, de Thermes l'envahit, et mit une forte gainison dans Sienne , qui était destinée à tenir Florence en échec. Puis il alla rejoindre Dragut , amiral de Soliman, dont la flotte venait de paraître sur les côtes : tous deux débarquèrent en Corse, où ils prirent Bastia . San-Fiorenzo, Ajaccio , Corte et Bonifacio ( 1553). Le baron de la Garde .saccagea l'île d'Elbe.
Tout allait au gré des Français, lorsque la foitune tourna lirusquement contre eux. Les Florentins , sous les ordres liu marquis de Marignan , mirent le siège devant Sienne ; j-epoussés par Stiozzi, qu'on avait envoyé avec d'autres troupes, ils se rejelèrent sui' Marciano. Strozzi , en vou-
hiiU encore les fliasser de celte position , se lit l)atlre à Lucignano (3 août 1554); grièvement blessé , il dut renoncei- à tenir la campagne. Le siège de Sienne fut repris , et, pendant une lutte de dix mois , la population , frappée par toutes sortes de calamités , tomba de trente mille à dix mille âmes. Montluc, qui dirigeait la di^fense. fut obligé lui-même de dompter ses passions ordinaires, au milieu de si rudes épreuves : il a raconté plaisamment les efforts de sa volonté sur sa mauvaise nature. « Je m'en allai un samedi au marché, dit-il, et. en présence de tout le monde, j'achetai un sac , et une petite corde pour lier la bouclu" d'icelui , ensemble un fagot , ayant pris et chargé le tout sur le cou, à la vue d'un chacun. El comme je fus à ma chambre, je demandai du feu poui- allumer le fagot, et après je pris le sac; et là je mis dedans loutc mon ambition, toute mon avarice, mes haines paiticulières , ma paillardise , ma gourmandise , ma paresse , ma partialité , mon envie, et toutes mes humeurs de Gascogne; bref, tout ce que je pus penser qui me pourroit nuire. l*uis après je liai fort la bouche du sac avec la corde , afin que rien n'en sortit, et mis tout cela dans le feu. Et alors je me iiouvai net de toutes choses qui me pouvoient empêcher en tout ce qu'il falloit que je fisse pour le service de Sa Majesté. » Sienne capitula, le 2 avril 1555. et les Français évacuèreni Ja Toscane.
La lutte dans le nord de la France présente un intérêt beaucoup plus vif. En 1551, Maurice de Saxe , conformément au traité de Friedwald , avait attaqué Charles-Quint à l'improviste ; ce prince , malade de la goutte , avait failli se laisser prendre dans Inspi'uck , et s'était fait transporter avec peine , au milieu des précipices des Alpes , jusqu'en Carinthie. Henri II profita des embarras de l'empereur pour se jeter sur la Loiraine avec tiente mille fantassins et huit mille chevaux. Les trois évêchés de Toul, Metz et Verdun , formaient une sorte de lépublique fédérative, sous la protection impériale. Toul et Verdun se livrèrent d'ellesmêmes. Le 10 avril 1552, Montmorency se présenta devant Metz. Le cai'dinal de Lenoncourt, évêque de la ville, fut employé pour gagner les habitants du quartier du Heu. « Le sieur de Tavannes y est envoyé ; il les harangue , les intimide , les remplit de promesses , tire parole d'eux de recevoir le connétable avec ses gardes et une enseigne de gens de pied. Puisque le roi alloit pour la liberté de l'Allemagne , il ne pouvoit moins qu'avoir son logis en leur ville. Il conduit les bourgeois au connétable ; soudainement tous les meilleui'S hommes de l'armée , au nombre de cinq mille, sont mis sous une enseigne et entrent en la ville de Metz. Le sieur de Bourdillon s'avance en la place, le sieur de Tavannes demeure à la porte , que les bourgeois vouloienl à toul coup fermer, voyant cette enseigne si accompagnée ;
toujours il les en garde par belles paroles. Un capitaine suisse , à la solde de ceux de Metz , tenant les clefs, ayant vu entrer plus de sept cents hommes , les jeta à la tête du sieur de Tavannes, avec le mot du pays : Tout est chotté, et quitta la porte , que le sieur de Tavannes tint jusqu'à ce que le connétable arrivât *. »
Après l'occupation de Metz , l'armée traversa Lunéville et Sarrebourg , et entra en Alsace par Saverne. Montmorency s'était vanté « qu'il entrei-oit dedans Strasbourg et les autres villes du Rhin comme dedans du beurre , et qu'ils n'éioient pas plus spirituels que ceux de Metz. » Mais les habitants de Strasbouig s'étaient mis en défense ; les électeurs de Trêves ei de Cologne , le duc de Clèves , invitèrent Henri II à ne pas commettre d'hostilités contre l'Empire , dont il s'était proclamé le libérateur; les Suisses, qui lui fournissaient sa meilleure infanterie, lui remontrèrent aussi que les villes de l'Alsace étaient alliées avec eux. Le roi , commençant d'ailleurs à manquer de vivres et d'argent , se contenta d'avoir fait boire ses cheoaiuK dans le Rhin , et reprit sa route vers la Champagne.
Pendant ce temps , Chaiies-Quint signait avec Maurice de Saxe la trêve de Passau : les luthériens allemands, salisfaits d'avoir obtenu le libre exeicice de leur culte , aban-
* M émoi es de Tavaaoes.
(loniièi'eni la France , o\ l'empereur put dirigei- toules ses for< es contre Henri II.
Quelques bandes d'Impériaux vinrent ravager la Champagne et la Picardie ; le comte de Reulh brûla Noyon ei s'avança jusqu'à Compiègne , le comte de Mansfeld uiii Stenay à feu et à sang. Montmorency délivra bientôt les provinces menacées , reprit Stenay , enleva d'assaut Montmédy, ïvoi , Bouillon, et dévasta tout le Hainaut. Mais il recula jusqu'aux frontières de France , en apprenant que (Iharles-Quint arrivait avec soixante mille hommes , cent pièces de canon , et sept mille travailleurs. Cette armée formidable était dirigée contre Metz ; l'empereur, retenu par la goutte à Thionville , laissa la conduite des opérations au duc d'Albe.
Metz était à peine fortifiée : les deux rivières qui l'entouraient lui servaient de remparts ; dans l'espace qui les séparait, la ville était couverte, entre l'occident et le midi , par un grand bastion. Le duc de Guise, François de Lorraine , qui s'y jeta avec onze mille hommes , s'occupa de compléter ces fortifications et d'en élever de nouvelles. Pierre Strozzi et l'ingénieur Camillo Marini en dirigeaient le tracé. Le duc donnait l'exemple du travail et de l'activité ; souvent il portait lui-même la hotte , et le marquis d'EIbeuf, Biron, La Rochefoucauld, Randan , Nemours, doiuior, Martigues, le comte de Soissons et le vidaine de
Chartres l'imilyienl. li (il démolir cin(| fjuiboiiigs, les iniiisons de plaisance el les églises qui pouvaient nuire à la défense. Tous les citoyens furent contraints de travailler en personne; et lorsque l'feuvre fut terminée, Guise chassa de la ville les vieillards , les femmes , les enfants , et tous ceux d(!s chefs de famille sui' le dévouement desquels il ne croyait pas pouvoir (dompter. Le fameux médecin , Arnbroise Paré , fut mandé pour soigner les blessés.
Les Impériaux arrivèrent devant Metz, le 19 octobre. Leur artillerie ouvrit bientôt de larges brèches dans la muraille. Mais derrière ces biè<;hes s'élevaient de nouveaux remparts. Les assiégés, non contents de repousser tous les assauts , fatiguaient l'ennemi par de fréquentes sorties, que dirigeaient le comte d'Enghien , le prince de Condé et les deux fils de Montmorency. Vainement Charles-Quint se fit porter au camp en litière , pour animer les soldats par sa présence. Le découragement régnait dans son armée. Henri II , placé à quelque distance , interceptait tous les convois. La ligueur de la saison était intolérable ; le ca»np impérial était tantôt inondé de pluie , tantôt couvert d(^ neige. Les Italiens et les Espagnols , accoutumés à un ciel plus doux , étaient moissonnés par la faim et les nudadicîs , ou périssaient au milieu d'une fange glacée. Charles-Quint repartit découragé , répétant avec amertume : La fortune n'aime pus les vieillards. Toute l'ai'mée leva le siège, le
l«r janvier 1553, après avoir tiré onze nulle coups de canon ei perdu trente mille hommes.
l-a retraite fut désastreuse. « Sitôt qu'il fut su par le camp que l'empereur étoit parti, les chemins et villages à l'entour furent couverts et pleins de ses soldats , qui se retiroient en si grande indigence et misère , que les bêtes mêmes , voire les plus cruelles , eussent eu pitié de ces misérables , tombant , chancelant par extrême nécessité, et le plus souvent mourant près des haies et au pied des buissons, pour être proie aux chiens et oiseaux. . . Ils étoient délogés en un désordre étrange , sans bruit de trompettes ou tambourins , laissant les tentes dressées , et grande quantité de toutes sortes de harnois et armes , de caques pleines de poudre à canon , un nombre infini de meubles et ustensiles ; ayant caché sous la teri'e une partie de leur artillerie ; demeui'ant pour otages une multitude incroyable de pauvres malades, envers lesquels M. de Guise, les princes qui étoient dedans Metz, et généralement les autres, jusques aux simples soldats françois , usèrent de charité très-humaine , leur administrant toute nécessité et tels soulagements que pauvres malades éti'angers ont besoin *. » Un témoin oculaire atteste que le duc de Guise donna l'exemple de l'humanité comme il avait donné celui du courage.
* M(!inoires de François de Rabutiu.
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« Nous séjournâmes «;n la ville , dit-il . eu irès-giande liesse , qui eût été comble et put laite , sans les grandes pitiés que nous vîmes au camp du duc d'Âlbe, qui étoient si hideuses qu'il n'y avoit cœur qui ne crevât de douleur. Car nous trouvions des soldats par grands troupeaux , de diverses nations , malades à la mort , qui étoient renversés sur la boue -, d'autres assis sur grosses pierres , ayant les jambes dans les fanges, gelées jusques aux genoux, qu'ils ne pouvoient ravoir, ciiant miséricorde, et nous priant de les achever de tuer. En quoi M. de Guise exerça grandement la charité ; car il en fit porter plus de soixante à l'hôpital pour les faire traiter et guérir; et, à son exemple, les princes et seigneurs firent de semblable , si bien qu'il en fut tiré plus de trois cents de cette horrible misère ; mais à la plupart il falloit couper les jambes , car elles étoient mortes et gelées *. »
Cette noble conduite contiastait avec la cruauté de la gouvernante des Pays-Bas, qui envahissait alors la Picardie et y briîlait Nesle, Noyon, Chauny. Roye, et trois cents villages. Charles-Quint se vengea aussi de son échec : au mois de juin , Philibert-Emmanuel , duc de Savoie , s'empara de Térouane et d'Hesdin , et détruisit ces deux places de fond en comble.
' Mémoires de Vieilleville.
Avant (\v continuer la lutte, Charles-Quint voulut engager plus avant l'Angleteire dans son alliance. Edouard VI venait de mourir, et sa sœur Marie Tudor avait pris la couronne. Un mariage fut proposé entre cette princesse et l'archiduc Philippe , fils de l'empereur. L'ambassadeui* français à Londres , Antoine de Noailles, mit tout en œuvre pour le faire manquer : il excita à la résistance les protestants anglais , que la nouvelle l'eine , zélée catholique , commençait à persécuter ; il détermina certains membres de la Chambre des Communes à présenter une adresse à Marie , pour l'engager à ne pas choisir son époux dans une famille étrangère. Néanmoins, la politique impériale l'emporta ; le traité de mariage fut conclu le 12 janvier 1554. 11 fut décidé , il est vrai , que l'union de la reine avec Philippe n'engagerait pas nécessairement l'Angleterre dans la guerre qui durait toujours entre le roi de France ei Charles-Quint.
j La campagne de 1554, comme les précédentes, n'eut pas de résultat décisif. Montmorency, pénétrant en Belgique, prit Marienberg , Dinant , Beaurain , Bavay et Bouvhies, sous les yeux mêmes de l'empereur. Puis on attaqua Renti , position importimte sur les confins de l'Artois et du Boulonnais. Charles-Quint vint lui-même pour faire lever le siège d(; cette ville ; le duc de Guise mit en déroute son avant-garde (13 août), mais Renti fut ravitiùllée. .\ l'affaire
de Uenti , Tavaimcs s'était particulièrement distingué : « M. de Tavannes , lui dit le due de Guise après l'action , vous avez fait la plus belle charge qui fut jamais. — Monsieui', répondit Tavannes, vous m'avez bien soutenu. » Le roi lui donna le collier de l'ordre de Saint-Michel. L'année suivante, les Français surprirent Cateau-Cambrésis ; les Impériaux échouèrent dans leurs tentatives sur Abbeville et sur Metz.
La fortune abandonna encore Charles-Quint sui' mer : le baion de la Garde , près de la côte de Gênes , et le capitaine d'Espineville , à la hauteur de Douvres, détruisirent deux de ses escadres.
Un invincible dégoût du monde et des affaires s'était emparé de l'empereur ; accablé par la vieillesse et les infirmités , il comprit que son rôle était fini. Il n'avait pu fonder la monarchie universelle \ la résistance des Français avait usé son énergie; il abdiqua (25 octobre 1555). La couronne impériale et les états héréditaires de l'Autriche passèrent à son frère Ferdinand : l'Espagne , les Pays-Bas , le Milanais , Naples et le Nouveau-Monde échurent à son fils Philippe IL Une trêve fut conclue à Vaucelles , sous la médiation de l'Angleterre , pour cinq ans (5 février 1556) '■> chaque parti devait conserver tout ce qu'il possédait au moment de celle suspension d'armes. Charles-Quint se retira dans le couveni de Saint-Just en Estramadure.
La rupture de la trêve de Vaucelles fut provoquée patte pape Paul IV, de la maison de Caraffa. Paul IV avait deux neveux, qui , se rappelant que les Médicis avaient dû leur puissance en Toscane, aux pontifes de leur maison, et que Paul III avait fondé celle des Farnèse à Parme et à Plaisance, espéraient saisir à leur tour quelque principauté; le démembrement des domaines de l'empereur en Italie pouvant seul donner satisfaction à cette avidité , ils s'appliquèrent à gagner 1 appui de la France. Le pape luimême s'était persuadé que Charles-Quint , après avoir combattu son élection , voulait attenter à ses jours. Il comparait l'Italie à un instrument dont les quatre cordes étaient Naples, Milan, Venise, et l'État de l'Église: «Malheureuses , disait-il , les âmes d'Alphonse d'Aragon et de Ludovic le More , qui furent les premières à gâter ce noble instrument! » Navagero , à qui il adressait ces mots, ajoute : « Jamais il ne parlait de l'empereur et de la nation espagnole sans les traiter d'hérétiques , de schismatiques et de maudits de Dieu , de race de Juifs et de Maures , de lie du monde , en déploi'ant la misère de l'Italie , contrainte de servir une nation si abjecte et si vile. » Le cardinal Délia Casa , son secrétaire, qui désirait de voir l'affranchissement de la Toscane , sa patrie , animait sa haine contre la maison d'Autriche.
Mais les desseins de Paul IV étaient inexécutables :
Henri II aurait été proclamé emporoiir, un de s(is fils roi de Naples , un autre duc de Milan ; la Toscane eût chassé les Médicis et recouvré la liberté avec le titre de république ; les (iuises, les Caiaffa et la maison d'Esté auraient reçu des principautés considérables. Deux gentilshommes français , de Selve et Lansac , attachés à l'ambassade de Rome, nous ont laissé une relation où l'on voit jusqu'où la prévention contre la maison d'Autriche entraînait le pontife. « 11 disoit que jamais le loi n avoiteuni n'auroit telles occasions pour ia grandeur et pour l'exaltation de toute sa maison , que celle qui s'oflVoit; que , quant à lui , il ne cédoit à cardinal françois quelconque , pour aimer plus le roi ; que Sa Majesté pouvoit bien faire son compte de ne voir jamais pape tant sien que lui. »
Les sollicitations du pape et des Guises furent plus puissantes sur l'espiit de Henri 11 que les conseils (Je Montmorency. La trêve de Yaucelles fut rompue , et la guerre œmmença à la fois en Italie et dans les Pays-Bas.
Le duc de Guise passa les Alpes, pendant l'hiver de 1556, avec quinze mille hommes. Au lieu de chasser les Espagnols et les .\llemands de la Lombardie , ainsi que le voulait le maréchal de Biissac , il s'avança vers Naples. L'in)prudence était d'autant plus grande , que Venise gardait la neutrahté, et que le duc de Ferrare , Hercule II , et Octave Farnèse lui-même , se déclaraient en faveur de Philippe II.
iMais le duc d'Albe , nommé vice-roi de Naples , s'était déjà emparé d'Ostie , de Tivoli , de Vellétri , de Civita-Vecchia , e( Paul IV appelait à gi'ands cris les Français. Le duc de (iuise fut reçu avec enthousiasme à Rome, où il aurait mieux aimé trouver de l'argent et des provisions. Chargeant Strozzi etMontluc de repreudie Ostie et Civita-Vecchia, et de tenir en respect le grand-duc de Toscane, il pénétra dans les Abruzzes. En laissant massacrer tous les habitiints de Campli , première bourgade qu'il rencontra , il souleva les populations contre lui , et personne ne s'intéressa à ses efforts, quand il mille siège devant Civitella (24 avril 1557). Obligé de se retirer au bout de trois mois , il chercha à attirer les Espagnols à une grande bataille ; mais le duc d'Albe s'obstina à rester dans ses retranchements , et laissa la famine et les maladie.^ détruire insensiblement l'armée française. Guise , dans son dépit . s'en prenait aux neveux du pape : dans un repas, il accusa Antoine Caraffa, marquis de Montebello , d'avoir volé ses soldais . ei lui jeta une assiette à la tête.
A la nouvelle de la reprise des hosiilités en Italie, Philippe II s'était rendu en Angleteri'c , et avait déterminé Marie Tudor à déclarer la guerre à la France. Douze mille Anglais , conduits par Guillaume Hében , comte de Pembroke, vinrent se joindre aux troupes espagnoles, que <'-(»mmandaient Philibert-Euunanuel et le comte d'Ecrmont.
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l/armôe conibiiK'e s'élevait à licnKM'mq mille hommes dinfanterie et douze mille chevaux. Henri II , dont les meilleurs soldats étaient avec le duc d<' Guise , enjoignit à François deClèves, duc de Nevers, gouverneur de la Champagne, et à Gaspard de Coligny , gouverneur de la Picaidie , de se tenir sur la défensive. Cependant ('oligny essaya de surprendre Douai pendant la nuit ; mais une vieille femme donna l'alarme , et les Français . au Ueu d'être rejoints par ceux qui avaient promis de leur livrer la ville . furent attaqués àrimproviste et contraints de faire une reiiaite pi'écipitée.
Les Espagnols, après avoir menacé Mai'ienbourg, Rocroy et Guise , se présentèrent tout-à-coup devant Saint-Quentin. « Il était impossible de trouver une place en plus mauvais état-, le faubourg d'Isle était intenable, le boulevard .sans parapet , le fossé commandé par des maisons qui étaient sur l'autre bord. Des plantations d'arbres au dehors .semblaient placées à dessein pour couvrir l'approche des ennemis. Un giand pan de muraille n'avait que sept ou huit pieds de haut, et il s y ti<>uvait encore deux grandes brèches qui n'étaient bouchées que par des claies et quelques balles de laine. Les magistrats de la ville , après avoir fait le recensement des vivres, n'avaient pas trouvé qu'il y en eût pour plus de trois semaines. On découvrit , dans deux trous , rlancienne poudre à canon qui v avait été oubliée si long-
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lemps . que les barriques étaient pourries , en sorte qu'on tut obligé de la recueillir et de la transporter avec des draps ; pendant cette opération, une flammèche y mit le feu, et ouvrit ainsi une large brèche aux murailles , en tuant une quarantaine d'hommes. Dans toute la ville , on n'avait trouvé que vingt et une arquebuses , tant bonnes que mauvaises *. » Coligny mit tous ses soins à réparer ces désavantages , fit fermer les brèches , couper les arbres qui masquaient l'ennemi , et brûler les maisons qui dominaient les murs. Mais il n'avait pu amener que sept cents soldats.
Montmorency accourut avec dix-huit mille hommes, afin de jeter des renforts dans Saint-Quentin. Le 10 août 1557 , d'Andelot se hasarda à traverser sur quelques bateaux un marais qui avoisinait la ville : à moitié chemin , ces bateaux s'enfoncèrent dans la vase, et d'Andelot put à peine atteindre l'autre bord avec cinq cents hommes. Au moment où Montmorency donnait le signal de la retraite , il fut attaqué par toute l'armée espagnole. La confusion fut effroyable. Boldu, ambassadeur vénitien auprès du duc de Savoie , écrivit à sa patrie : « J'ai entendu , au sujet de cette bataille , de la bouche de Son Excellence , ces paroles , presque mot pour mot , savoir . que le résultat de la journée n'était pas dû à
■ SlSMODI.
beaucoup de valent' de la part de son armée , puisque le | résultat aniait été le nièuie si les homities d'aruies (eussent été autant de deuioiselles ainsi que; sa eavaleiie , n'ayant (mi autre chose à faire qu'à poursuivre les fuyards , à tuer et à faire des prisonniers , tant ci^s gens de France étaicMil pris de frayeur. » Quatre mille hommes périrent les armes à la main , et dans <<' nombre le comte d'Enghien , le vicomte de Turenne, (^-laude de la Rochechouail , La Ro<he du Maine, Saint-Gelais , Rochefort , et six cents autres gentilshommes. Montmorency denuîura prisonnier avec le maréchal de Saint-André , les du< s de Montpensier et de Longueville , deux Hiron , La Rochefoucauld , le comU' de Soissons , Saini-Séran , d'Aubigné , trois cents gentilshommes et plus de quatre mille soldais. Le duc de Nevers ramena les débris de l'armée à La Fère. En mémoire de la victoire de Saint-Quentin , le roi d'Espagne fil construire dans ses états le monastèie de l'Escurial : ce momunenl, <|ui coûta 50,000,000 de piastres , présente la forme d'un gril , instrument du martyre de saint Laurent , parce que l'affaire eut lieu le jour de sa fêle.
Après la bataille , Philippe H , <|ui était resté à Cambial , vint rejoindre son armée victorieuse. Philibert-P]nunanuel proposait de marcher sur Paris , dont la route était ouverte; mais le roi, moins conOant , préféra continuer le siège de Sainl-Queniin. Cette ville lésista jusqu'au 27 août .
(loligny , d'Andelot, et une foule d'officiers distingués furent prisonniers de guerre. Les Espagnols occupèrent ensuite Ham, Noyon, le CateletetChauny. « Charles-Quinl, tout religieux , tout demi-saint qu'il était dans sa retraite , ne se put garder, quand le roi son fils eut gagné la bataille de Saint-Quentin , de demander, aussitôt que le courrier lui apporta des nouvelles , s'ilavoit bien poursuivi la victoire , et jusques aux portes de Paris. Et quand il sut que non , il dit qu'en son âge et en cette fortune de victoire , il ne se fût arrêté en si bon chemin , et eût bien mieux couru. De dépit qu'il en eut , il ne voulut voii- la dépêche que le courrier lui apporta*. »
Les lenteurs de Philippe II donnèrent à la France le temps de se reconnaître. La reine Catherine de Médicis, en l'absence de son époux qui formait à Compiègne une nouvelle armée, rassura les habitants de Paris, dont une partie songeaient à fuir dans l'intérieur du royaume. Chaque province s'imposa extraordinairement ; Paris offrit 100,000 écus , et les villes secondaires contribuèrent aussi en proportion de leurs ressources. Les états généraux , réunis à Paris , prêtèrent 3,000,000 d'or , et le tiers-état fit cette déclaration patriotique, « que s'ils ne suffîsoient pas pour contraindre l'ennemi à faire une bonne paix, il exposeroit
* Brantôme.
loin lo deiiieurant de ses biens et personnes pour le service du roi. » La noblesse s'arma de toutes parts, et des sommes considérables fuient envoyées en Suisse pour y reeiutei- des soldats. Enfin le duc de Guise fut nommé lieutenant-général du royaume , rappelé d'Italie, et chargé de défendre le nord de la France.
Quand le duc reçut cette nouvelle à Kome , Paul IV ne <-acha pas son dépit. « Partez , lui dit-il ; aussi bien avezvous fait peu de choses pour le service de votre roi , moins enclore pour l'Église , et rien du tout pour votre honneur. » Force fut bien au pape de traiter avec les Espagnols. Le duc d'Albe , qui , selon la remarque d'un historien , « n'avait pas encore éprouvé la différence qu'il y a à faire la guerre <"oniie les autres princes et à la faire contre les papes , avec qui en définitive il n'y a rien à gagner , et même ses trais à perdre , » insistait pour continuer les hostilités ; mais PhiHppe II accorda une paix généreuse au pontife. Elle fut signée à Cavi (14 septembre) , et le duc d'Albe dui aller, au nom de son maître , demander pardon à Paul l\ d'avoir envahi le patrimoine de l'Église; c'était le vainqueur qui s'humiliait devant le vaincu.
Ason retour en France, le duc de Guise ne se contenta pas de fermer l'intérieur du royamne aux Espagnols et aux Anglais. Après avoir dirigé différentes attaques simulées sur différentes villes de la frontière de Flandre , il se présenta
inopinément devant Calais, le l«^r janvier 1558. D'Andelot qui s'était échappé des mains des Espagnols , combattait sous ses ordres. Le gouverneur, lord Wentworth, n'avait que neuf cents hommes; Senarponl, qui commandait à Boulogne, avait donné des détails précieux sur le peu de solidité des fortifications , et Strozzi , pénétrant sous un déguisement dans Calais , apprit que , pendant l'hiver , les Anglais rappelaient la plus grande partie de la garnison , jugeant la place suflisamment défendue par les marais qui l'entourent. Une flotte , formée par les armateurs de Saintonge , de Bretagne , de Normandie et de Picardie , bloqua le port de Calais , et la mit hors d'état d'être secourue par mer. Ea quelques jours, le pont de iNieuUay, les forts Sainte-Agathe et Bisbank furent empoités d'assaut ; la citadelle qui commandait le port n'opposa qu'une faible résistance , et , le 8 janvier , les assiégés rendirent la place.
La perte de Calais , que les Anglais possédaient depuis plus de deux siècles , leur causa une profonde douleur ; ils comprenaient qu'à l'avenir ils devaient renoncer à leurs prétentions sur la France. Marie Tudor répéta souvent que si, après sa mort, on lui ouvrait le cœur, on y trouverait le mot Calais profondément gravé. Au contraire, la confiance des Français se ranima. Le duc de Guise chassa lord Grey de Guines , s'empara de Ham et de Thionville ; ce fut au siège de cette dernière place que Strozzi fut tué , et que le
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ffoiivorneur de Molz , François de Vieillcville , acquit uno haute réputation militaire. D'un autre côté, le maréchal de Thermes , nommé gouverneur de Calais , enleva I)unkerque , Mardick , Nieuport , Bergues ; mais il se laissa battre et prendre à Gravelines (13 juillet).
fjBS peuples désiraient la paix. Montmorency et Saint- André , prisonniers depuis la bataille de Saint-Quentin , s'ennuyaient de leur captivité ; ils ouvrirent avec le duc de Sîjvoie des conférences à Cercamp. Mais Philippe II, comptant toujours sur Palliance anglaise , éleva des prétentions exorbitantes; il redemanda au roi de France toutes ses conquêtes et même celles de son père. Marie ïudor pi'étendit qu'on lui restituât Calais. Le duc de Guise et le maréchal de Brissac n'entendaient pas non plus que la France perdît ses avantages en Italie. Avec de telles dispositions , un accord était impossible.
La mort imprévue de Marie Tudor et l'avènement d'Elisabeth , qui écoula les ouvertures de l'ambassadeur français, Michel de Castelnau , rendirent Philippe II plus Iraitable. Les négociations furent reprises à Cateau-Cambrésis. Après plus de six mois de discussions , deux traités furent signés , le 3 avril 1559.
Le premier , entre l'Angleterre et la France , laissa Calais et ses dépendances entre les mains de Henri II, pend;ini. huit années ; à l'expiration de ce délai , il devait rendre la
pla(;e ou payer 500,000 couronnes. Toutefois, il serait délié de cet engagement, si la paix était violée par l'Angleterre. On trouva dans la suite un prétexte pour gardei^ (Valais sans rien payer.
Le second traité, entre la France et l'Espagne, n'avait lien de glorieux pour Henri II. En effet , si la France recouvra Saint-Quentin , Ham et le Catelet , elle rendit Thionville , Marienbourg , Ivoi , Montmédy et le Cliarolais à l'Espagne , Bouvines et Bouillon à l'évêque de Liège. Les trois évêchés de Toul , Metz et Verdun , lui restèrent par une concession tacite. Du côté de l'Italie , les pertes de Henri 11 furent considérables. Le duc de Savoie recouvrait la Bresse , le Bugey , la Savoie et tout le Piémont , excepté Turin, Pignerol, Quiers, Chivasso, Villanova et le mar- (Iiiisat de Saluées. La Corse était rendue aux Génois , le Montferrat au duc de Mantoue , Sienne au grand-duc de Toscane.
Deux mariages furent arrêtés entre les parties contractantes : Philippe II épousait Elisabeth, fille aînée de H«^nri II , avec une dot de 400,000 écus ; la sœur du roi (le France , Marguerite , dotée de 300,000 écus , était ac- <'ordée au duc de Savoie.
Le traité de Cateau-Cambrésis termine les guerres d'Italie. f)u y reconnaît l'influence de Montmorency et de Saint- Andi'é , qui avait fini par prévaloir sur celle des Guises
auprès de Henri H ; ils ont l'ait payer plus cher leur rançon à la France que celle de François I^r. Les négociateurs français semblent n'avoir pas senti toute l'étendue de leurs concessions. Mais lorsqu'on vit revenir les garnisons d'Italie , on fit le compte effrayant de cent quatre-vingt-neuf villes fortifiées que la France s'était obligée de rendre par cette paix. II y eut une explosion générale de fureur , surtout parmi les brillants capitaines auxquels on enlevait une excellente école de guerre et le théàtie de leurs exploits. « La paix se fit , dit Montluc , au grand malheur du roi principalement et de tout son loyauiiie ; car elle fut cause de la reddition de tous les pays et conquêtes qu'avoient fait les rois François et Henri , qui n'étoient pas si petites qu'on ne les estimât autant que la tierce partie du royaume de France. Si la paix ne fût advenue, le Piémont seroit à nous , où tant de braves hommes se sont nourris ; nous aurions une porte en Italie, et peut-être le pied bien avant. » Le maréchal de Vieilleville adressa d'amères remontrances au roi sur cette paix. (( Sire , disait le duc de Guise , vous donnez en un jour ce qu'on ne vous ôterait point par trente ans de revers. » Quand Brissac en reçut la nouvelle : « 0 malheureuse France ! s'écria-t-il , à quelle perte et à quelle ruine t'es-tu laissé ainsi réduire , toi qui triomphois par sus toutes les nations de l'Eui'ope ! » Tavannes a dii aussi : « Paix honteuse et dommageable, pai' laquelle furent
<eiit cinquante forteresses rendues , pour tirer de prison un vieillard connétiible et se décharger de deux filles de France, qui fut une pauvre couverture de lâcheté. >•