VII. — NICOLAS RÂIPJCÈ
grand-maître pour faire valoir ses droits; mais, ou Montmorency n'intervint pas, ou ses demandes furent vaines : Raince ne figure pas dans la liste des abbés de Cavour *.
D'Orvieto, le secrétaire français se rendit avec Clément VII à Viterbe, d'où il regagna Rome, au mois d'octobre 1528. 11 y reprit sa correspondance avec plus d'activité que jamais. Il lui fallut cependant attendre plusieurs années encore les avantages personnels qu'il ne cessait d'espérer. En 1533, il était titulaire d'une pension de 1.200 livres ^; la même somme lui était allouée en 1533 3. Dans le courant de l'année 1533, il reçut enfin les abbayes de Saint-Calais, dans le diocèse du Mans, et de Saitit- Acheul, dans le diocèse d'Amiens *. Ces deux bénéfices furent tout ce que Raince put obtenir d'Anne de Montmorency. Déjà le puissant ministre commençait à le considérer comme suspect.
Nicolas avait inconsciemment excité la colère du grand-maître dans le courant de l'année 1532, en lui rapportant ce qu'on disait en Italie des projets d'Andréa Doria. Montmorency, qui n'avait pas eu l'adresse de retenir l'amiral dans le service du roi, n'admettait pas qu'on pût lui rappeler sa faute, ou s'inquiéter des menaces du Génois rebelle ^ Ses dispositions à l'égard de Raince furent rendues plus mauvaises encore par les dépêches que celuici lui adressa au commencement de l'année 1534 en lui représentant la Cour de Rome comme favorable au divorce de Henri VIII, et cela peu de jours avant que le pape rejetât définitivement la demande du roi ^. Dès lors, la situation du secrétaire devint des plus difficiles.
* D'après Franc. Agost. Délia Chiesa, ou ab Ecclesia [S. R. E. cardinalium, archiepiscoporum, episcoporum et abbatum Pedemontanae regionis Chronologia historica; Aug. Taurinorum, 1645, pp. 217-218), l'abbaye de Cavour fut donnée en 1520 à François de Chivron, Savoisien aumônier du duc Charles. François eut pour successeur, en 1530, Estienne de Mauriac, également Savoisien. (Communication de M. C. Frali.)
* Catal. des actes de François /«', II, n^ 3973. ^Ibid., II, no«6330, 6331.
* Gallia christiana, XIV, col. 452 ; X, col. 1327.
* Décrue, Anne de Montmorency à la Cour, aux armées et au Conseil du roi François /«', 1885, p. 187.
* Décrue, toc. cit., p. 219.
82 vu. — NICOLAS RAINCË
Raince, qui n'avait pas quitté son poste depuis qu'il y avait été nommé, s'était peu à peu créé de grandes relations dans le monde pontifical. Sa connaissance approfondie des choses romaines, tout en faisant de lui un agent des plus précieux, ne laissait pas que d'inspirer de l'ombrage aux ambassadeurs qui se succédaient presque d'année en année. On pouvait craindre qu'il n'aspirât au premier rang, laissant tout au plus un vain titre au chef de la mission. Cette défiance se reflète en 1535, dans la correspondance du cardinal Jean Du Bellay avec Anne de Montmorency. Le grand-maître prend le parti d'intercepter les lettres de Raince avant de se décider à lui enlever sa place *. Il lui avait déjà, en fait, supprimé sa pension 2.
Combien d'agents français de tout ordre Nicolas n'avait- il pas vus arriver à Rome depuis qu'il y était établi I Nous avons eu la curiosité d'en dresser une liste qui n'est probablement pas complète :
Alberto Pio, comte de Carpi, ambassadeur, 1525-1528. Gasparo Sormano, chargé d'une mission spéciale, 1525. Lorenzo Toscano, id., 1526.
Guillaume Du Bellay, seigneur de Langey, ambassadeur, fin de 1526.
' Décrue, loc. cit., p. 238.
* Le 2 novembre 1535, Raince écrit, de Rome, au chancelier [Antoine Du Bourg] : « Monseigneur, il y aura a ce Noël prochain deux ans que je n'ay rien receu de i'estat de douze cent livres qu'il piaisoit au roy me donner par an pour moy aider en mon entretcnement par deçà en son service, et, nonobstant plusieurs promesses de feu monseigneur le légat [Antoine Du Prat, mort le 9 juillet 1535], ledit maistre Hierosme (un « marchand » qui s'occupait des intérêts de Raince en France) n'en a jamais peu tirer rien de son vivant. Je croy (|ue mesdicts seigneurs R™® [Jean du Bellay] et de Mascon [Charles Hémard de Dénonville] ont escript Testai en quoy je me trouve, et ainsi leur a pieu me dire. D'autre pari, monseigneur, le revenu des bénéfices que le roy me donna s'en est allé et davantage assez en reformalion et réparations, et n'est pas ledit revenu de grande chose. » (Biblioth. nat., ms. f. 19151, fol. 91.)
Raince dit encore dans une lettre au cardinal Du Bellay, en date du 20 mars 1536, qu'on lui doit deux ans de pension; que l'abbaye de Saint-Calais ne lui rapporte que 400 l. t., et l'abbaye d'Amiens (Saint- Acheul), jamais rien. (Bibhoth. nat., ms. Dupuy 265, fol. 319.)