‹ Les Français italianisants au XVIe siècleChapitre 25 sur 67 · VII. — NICOLAS RAINCE · texte numérisé non relu

VII. — NICOLAS RAINCE

dudit Raince. Partant, de user de revocation du payement de ladite pension, ce ne seroit a moy, mais audit banquier, qui en est le debteur pour lesdits trois ans. Pour ce, monseigneur, je vous supplie treshumblement m'avoir pour excusé si je n'ay fait ladite revocation, car, si c'estoit chose qui fust a ma puissance, quand la perte du bénéfice en devroit advenir a mondit fils, encores le voudrois je faire pour l'honneur de vous... '. »

Cependant Raince était resté à Rome et ne se gênait pas pour dénoncer l'acte arbitraire du connétable. L'ambassadeur de France le savait; mais, tout en servant les rancunes de Montmorency, il était obligé d'user de ménagements envers un homme qui depuis quinze ans avait été au courant des négociations les plus secrètes.

Grignan dit au connétable de Montmorency, dans une dépêche datée du 13 mars 1539 :

« Monseigneur, Si j'ay un peu excédé de parler des grosses dents de Nicolas Raince, je vous supplie Ireshumblement m'en vouloir excuser, car j'y ay esté contraint par tant de folies qu'il va preschant par les rues de cesle ville. Falloit il souffrir qu'un tel personnage parle ainsi des affaires du roy, disant qu'ilz sont les plus mal gouvernez du monde? Et quand il parle de vous, il ne vous appelle que « Montmorency, » et dit tant d'autres folies de vous, de monsieur le cardinal de Tournon et de tout plein d'autres qui sont auprès de Sa Majesté, qu'il faudroit une fueille de papier pour les escrire, tellement qu'il m'a contrainct de luy faire dire que, s'il ne se taisoit, je luy ferois donner les estrivieres. Et encores que je n'eusse point volonté d'en faire l'exécution, il en a eu si belle peur que, quand il va au palais, il se fait accompagner par les gens du cardinal de Carpy *. Il a bien fait de se

* Guillaume Ribier, Lettres et Mémoires d'Estat, I (1666), p. 416.

* Rodolfo Pio di Carpi, évoque de Faenza, était le neveu du célèbre Alberto Pio. Il avait reçu le chapeau en 1536. Bien qu'il fût abbé de Colombs dans le diocèse de Chartres, et que le roi l'eût même exempté des décimes en 1537 [Cat. des actes de François I"^^, III, n^ 9289), il était devenu suspect à la cour de France. Il était en mauvais termes avec le cardinal de Màcon, Hémard de Dénonville, et avec l'évoque de Lavaur, Georges de Selve, qui dirigeaient alors l'ambassade de France, aussi bien qu'avec le cardinal Agostino Trivulzio. Voy. Décrue, Anne de Montmorency à la Cour de François /«'', p. 350.

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défaire de son abbaye, car je prends sur ma vie qu'il a mieux mérité de porter un chaperon à oreilles et avoir une marotte en la main qu'une mitre et une crosse *. »

Le ?! octobre 1539, M. de Grignan parie encore de Raince dans une lettre adressée de Rome au connétable. Le cardinal Trivulzio vient d'avoir l'occasion de s'entretenir de l'ancien secrétaire avec Sa Sainteté :

« Ledit cardinal iuy parla de ses aflaires et de la mauvaise opinion qu'elle avoit de Iuy, causée des faux raporls qui Iuy estoient faits, la priant de ne les vouloir croire, ny qu'il eust fait aucun mauvais office. Sur quoy S. S. respondit qu'il Iuy en avoit esté beaucoup fait, mais qu'elle ne l'avoit creu ny vouloit croire, et tout plein de belles paroles qui Iuy furent dites. Et après, fit tomber son propos sur Nicolas Raince, disant que c'estoit un cerveau inquiété, qui û'esloit bon que pour aller de porte en porte brouiller et troubler un chascun, et qu'elle s'esbaïssoit du roy qui ne l'ostoit point d'icy, et seroit d'advis ledit cardinal que S. M. escrivist audit Raince de s'en aller devers elle, et, s'il n'obeissoit, en escrire au pape pour le chasser. Pour moy, il me semble qu'il ne mérite pas que l'on fasse tant d'estime de Iuy '. »

Malgré les persécutions dont il était victime de la part du connétable, Raince conservait l'estime de ceux qui l'avaient connu en France et en Italie. François de Billon, qui dans Le Fort inexpugnable de V Honneur du sexe femenin, nous a laissé un curieux éloge des secrétaires en général et des secrétaires du roi en particulier, raconte sur Nicolas Raince une singulière anecdote :

« En la mesme cité de Rome, et sans parler de semblables vertuz faites par secrétaires de France et d'Italye dont on ne fait registre, un autre secrétaire parisien surnommé Raince (qui demandoit aux papes des eveschéz pour puis les donner aux Italiens amys de la couronne de son roy) refuza un jour d'un riche seigneur impérial, non pas cinquante escus ny deux mille, mais cinq mille ducats, pour seullcment laisser prendre copie des papiers concernans les affaires d'estat par Iuy manyéz en trente ans en Italye, et au moyen de quoy le puissant em-

* Guillaume Ribier, Lettres et Mémoires d'Estat, I (1666), p. 398. 2 Ibid., I, p. 482.

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