‹ Les Français italianisants au XVIe siècleChapitre 26 sur 67 · VII. — NICOLAS RAINCE · texte numérisé non relu

VII. — NICOLAS RAINCE

pcreur Charles feit une fois tant d'honneur à la qualité de secrétaire que de dire (comme par un froid souryz) au susnommé secrétaire qu'il n'avoit en Italye un plus grand adversaire que luy, et ce en présence du pape Paule tiers, du deffunct cardinal de Mascon * et autres, qui lors pezerent au pois de haut mérite la valeur d'un loyal secrétaire *. »

Nous n'avons que peu de renseignements sur la fin de la carrière de Nicolas Raince. Malgré sa révocation, il continua d'habiter ritalie, et paraît avoir vécu des bienfaits du cardinal Jean Du Bellay. Il avait activement travaillé à obtenir la pourpre pour l'évêque de Paris^; celui-ci aimait, comme ses frères, à s'attacher des agents instruits et capables ; aussi ne laissa-t-il pas Raince sans ressources. Nous voyons par une lettre de l'ancien secrétaire en date du 16 septembre 1538, lettre postérieure par conséquent à sa disgrâce, qu'il fut aidé par le prélat, aussi bien de sa bourse que de son influence :

« Monseigneur, Je receuz hier par monsieur de Monluc la lettre qu'il vous avoit plu m'escripre, du xxin® aoust, dont treshumblemcnt je vous mercye, ensemble de l'humanité et bon vouloir en quoy par vostre grâce il vous plaist de continuer envers moy, et mesmement pour me fere exempt des emprunctz ; mais, monseigneur, je suis venu trop tard, car mes gens ont esté tenuz de si près que force leur a esté de payer, sçavoir est : six vingts escus d'or au soleil a Sainct Calais, et a Sainct Acheul cent, qui est, monseigneur, oultre huict cens ou ixc livres que j'avoys payé de décimes. Je vous suppHe treshumblement vouloir avoir souvenance de moy, que, de mon service passé, je puisse recouvrer quelque somme d'argent, comme les autres. Je ne vous en feray

* Charles Hémard de Dénonville, ambassadeur à Rome en 1535, mort le 23 août 1540.

* Le Fort inexpugnable de V Honneur du sexe femenin, construit par Françoys de Billon, secrétaire (Paris, Jean d'Allyer [sic]y 1555, in-4), p. 246. Cf. La Croix du Maine, éd. Rigoley de Juvigny, II, p. 180. — François de Billon était en 1553 secrétaire du duc de Parme, Oltavio Farnese. Voy. Correspondance politique de Dominique Du Gahre, publiée par Alexandre Vitalis, 1903, p. 34.

^ Voy. deux lettres adressées par Raince à Du Bellay le jour môme où celui-ci fut promu cardinal (21 mai 1535) et le lendemain : ms. Dupuy265, fol. 311 et 312.

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autre longue harengue, car je sçay bien que vous faictes assez et plus que vous ne dictes, de quoy aussi monseigneur reverendissime de Garpy m'a bien fait tesmoingnage, et en a plusieurs foiz certifié nostre sainct Père qu'il Ta eu a plaisir... * »

Rainée vécut ainsi, correspondant avec le cardinal qu'il tenait au courant de tout ce qui se passait à la Cour pontificale. Il avait gardé à Rome des amis fidèles, surtout parmi les lettrés. Il était particulièrement lié avec PaoloGiovio,qui lui conseilla démettre à profit ses loisirs pour donner au public une traduction italienne des Mémoires de Philippe de Commines.

Paolo dit dans une lettre à Stefano Colonna, en date de Rome, le 14 juin 1545 :

» Vostra Eccell. sa che la historia è la luce de' tempi, et testimonio délia verità et maestra délia vita, et massime nella guerra. Perô havendo io letta la historia di mons. d'Argentone délie faconde del duca Carlo di Borgogna, mi è parsa si bella, si soda, si giusla et si grave, che meritamente l'ho vista in mano air imperatore, al re Francesco et a papa Clémente. Per laquai cosa io pregai M. Nicolas Rentio, segretario di Francia, che me la volesse tradurre di francese in italiano per darne spasso con utililà a' signori miei. E cosi l'habbiamo fatta fare et stampare, et havendone ocio di leggerla V. Ecc, la mando, ecc. * »

Giovio dit encore dans l'épître à Oltavio Farnese qui précède ses Elogia doctorum virorum (1546) :

« Argentoni viri gravissimi historiam quam mihi nuper expetenti Nicolaus Rentius, vêtus ac humanissimus amicus meus, e gallica lingua in ilalicam casta fide traduxit '. »

La traduction de Raince n'est pas complète : elle ne donne que

» Biblioth. nat., ms. Dupuy 265, fol. 339.

* Lettere volgari di M, Paolo Giovio^ raccolte per messer Lodovico Domenichi (Venetia. Gio. Batt. et Marchion Sessa fratelli, 1560, in-8), fol. 85.

^ Elogia veris clarorum virorum imaginibus appositOt quae in Musaeo Joviano Comi spectantur (Venetiis, Mich. Tramezinus, 1546, in-fol., fol. 1). Ce passage et le précédent ont déjà été cités par La Monnoye dans ses notes sur La Croix du Maine (II, p. 181).

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