‹ Les Français italianisants au XVIe siècleChapitre 9 sur 67 · JEAN FRANÇOIS DU SOLEIL · texte numérisé non relu

JEAN FRANÇOIS DU SOLEIL

Il parut à Venise, en 1526, un Libretto di abaco composé par excellent maître Gio. Francesco Dal Sole, « ingénieur ». Sous ce nom et ce titre se cachait un Français, originaire de Château- Thierry, que nous retrouvons bientôt à Ferrare. Lorsque Renée de France, mariée au prince Ercole d'Esté, vint s'établir en Italie, à l'automne de 1528 S Francesco, qui sans doute vivait péniblement à Venise, chercha un refuge auprès de la jeune princesse. D'ingénieur il devint notaire. Il réussit à se faire attacher à la maison de Renée pour recevoir, dans la forme usitée en France, les actes intéressant les étrangers que la fille de Louis XÏI avait emmenés avec elle au delà des Alpes. Lui-même nous révèle ces détails en tête du recueil de ses minutes : « Ego Franciscus a Sole, filius quondam Ludovici a Sole de Castro Theodorico supra Marnum fluvium prope SoissonajM, ex parentela dicta de electo de la Haya, quae stat prope portam loci, nunc civis Ferrarie, habitans in servitio illustrissime domine Renate Franciae tanquam notarius apostolicus et regius imperialis, rogatus a quibusdam nostra lege Gallie eorumdem volontates ac scripturas sub forma juramenti per me prestiti in creatione mei nolariatus... * »

* Voy. Bartol. Fontana, Renata di Franciay duchessa di Ferraray I (Roma, 1889, in-8), p. 87.

* Nous empruntons ceUe citation et les détails qui vont suivre à un

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Le minulier de François s'étend de 1530 à 1565. Nous regrettons vivenient de n'avoir pu le consulter. 11 est probable que Ton y trouve des renseignements précieux sur les personnages d'origine française qui vécurent à la cour de Ferrare. Quant au notaire, il n'a pu y consigner les actes qui le concernaient luiraéme; nfiais quelques-uns de ces actes, et notamment son testament, daté de 1558, ont été retrouvés parmi les minutes d'autres notaires ferrarais.

Quel était le -nom exact de Francesco Dal Sole? Nulle part il ne nous le fait connaître. La forme Du Soleil existe à la vérité e'n France. C'est, en particulier, le nom d'une famille lyonnaise, dont les membres ont joué un certain rôle au XVl® siècle. Il y a eu aussi des Du Soleil à Toulouse, en Dauphiné, dans la province de Liège. Nous ignorons s'il y en eut aussi à Château-Thierry. Notre Français s'appelait peut-être simplement Soleil; auquel cas il aurait ajouté la particule pour rapprocher son nom de celui d'une famille bien connue de Padoue.

La femme de François est mentionnée dans plusieurs actes; mais, par suite d'un lapsus qui serait singulier chez tout le monde, mais qui est encore plus étrange chez un notaire, elle y figure sous des noms différents. Dans un acte de 1530, elle est appelée : « Dominica, filla quondam Boneti de Megentis de Posclavio * ». Dans un acte du 6 avril 1549 on lit : « Dominica, filia quondam Joannis de Bassis de Galia 2. » Un acte du 14 avril 1565 porte : « Dominica de Menguinis 3. » Le testament fait par Francesco en 1558 ne tranche pas la difficulté. Le nom de famille de Domenica y est resté en blanc : « Dominica, f. q..., ejus uxor *. » Nous ne voyons à ces contradictions qu'une seule explication plausible, c'est que Francesco s'était marié deux fois. Il avait dû épouser

article de M. Pietro Riccardi : Intorno ad un opusculo di Francesco Dal Sole, dans le Bulletino di bibliografia e di storia délie scienze matematiche e fisiche, pubblicato da B. Buoncompagni, X (Roma, 1877, gr. in-8), pp. 407-427. Voy. p. 419.

' Bulletino, X, p. 420.

2 Ibid., p. 423.

' Ibid., p. 427.

♦ Ibid., p. 424.

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d'abord, en France, une fille de Jean Des Bas *, puis contracter une seconde union, à Venise, avec une femme originaire de Poscliiavo : Domenica de' Megenli, ou de' Menghini. Le nom de Domenica, qui n'est pas usité en France, n'appartiendrait, dans notre hypothèse, qu'à celte dernière. François aurait, par suite d'une distraction, cité en 1549 le nom de son premier beau-père.

Nous sommes mieux renseignés sur les enfants de notre compatriote. Il eut deux filles : Anna et Elisabetta 2, puis quatre fils : Antonio, mort en 1583; Giovanni, mort en 1570; Francesco, qui fit profession chez les Carmes, sous le nom de Virginio, en 1558, fut reçu docteur en théologie à Bologne en 1578, fut prieur à Ferrare de 1579 à 1582, et mourut en 1599; enfin Vincenzo, dont nous ne savons rien ^

François ne se borna pas à exercer dans .son pays d'adoption le métier de notaire; il y continua ses travaux sur les mathématiques, non plus à la vérité comme ingénieur, si tant est qu'il eût jamais eu des droits à ce titre, mais comme professeur. Il est assez probable qu'il fut au nombre des maîtres qui furent chargés d'enseigner les sciences aux enfants d'Ercole et de Renée. Dans un acte de 1539, il est appelé : « Francigena, praeceptor librorum et civis Ferrariae * ». Ne faut-il pas lire « liberorum », ce qui

* Un Pierre Des Bas, de Melun en Brie, fut fpçu en 1559 habitant de Genève. {France protestante, nouv. édit., V, col. 265.)

* Une de ces filles fut dotée par Renée de France. On lit, à la date du 27 août 1560, dans une liste de dots que la princesse avait promis de payer {Dotti le quali Madama illma et eccma ha promesso di pagare) :

« A una figlia di Francesco Del Sole.... L. 50. » (Biblioth. nat., ms. franc. 3.220, fol. 168.)

Nous devons cette mention et la suivante à l'obligeance de M. Léon Dorez.

* Un état de la maison de Renée, intitulé Argenterie durant le mois de décembre 4556, contient la mention suivante :

« A Maistre Jehan Du Soleil, tailleur de robes (pour diverses fournitures, dont le détail suit.) XXII L., V s. II d. t. »

(Biblioth. nat., ms. fr. 23.270, fol. 97, v^.)

Nous ne saurions dire s'il s'agit du Giovanni que nous venons de citer ou d'un autre membre de la même famille. En tous cas nous avons ici la forme française du nom de notre auteur, à moins que la particule ne doive être expliquée par une traduction de l'italien. BulletinOf p. 415.

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signifierait que notre compatriote donnait des leçons aux jeunes princes de Ferrare? Deux étaient alors en âge d'étudier : Anna, qui était née le 16 novembre 1531, et Alfonso, qui était venu au monde le 19 janvier 1533. C'est à ce dernier que Francesco dédia en 1546 ses Libretii.

En même temps que le mathématicien de Château-Thierry enseignait à la Cour, il tenait une école publique. Nous avons sur ce point un témoignage précis dans le recueil publié par lui en 1546, et réimprimé en 1552 et 1564. Le chef de la cuisine ducale, Rinaldo, qui fit imprimer le volume de 1546, avait sans doute suivi les leçons du mathématicien. Nous n'avons eu malheureusement sous les yeux qu'une des éditions des Libretii et nous devons nous borner à transcrire les titres des autres tels qu'ils sont donnés par M. Pielro Riccardi.

Voici d'abord la description du petit traité que notre auteur avait fait paraître à Venise :

Libretlo di Abaco nouamête H stampato : Côposto per lo excellête II maestro loâne Frâcisco dal sole || Ingegnero : vtilissimo a H cadauno || p îparare p se stesso sen || za maestro. || Dimandalo breue introdutione. || Con gratia & Priuilegio. — [Au r° du dernier f.] : Stampato in Vinegia a santo Moyse nelle \\ case noue lustiniane per Francisco Bindoni \\ & Mapheo Pasini compogni : Ad in- Il stanlia dello autore : Nelli anni \\ del Signor. M. D. XXVI [1526]. \\del mese di Magio, Re \\ gnàte il Serenissi \\ mo principe Il M. Andréa GrittL In-8 de 12 fï. non chiffr., sign. A-C par 4 *.

Ce livret fut considérablement augmenté dans le recueil suivant :

Libretti nuoui con le re || gole Di Francesce Dal Sole Gallo, Nequali, Medi- 1| ante la theorica,& pratica,gli adolescenti,& etiamdioJINobeli, Mercadanti, Arlesani, Abbachisti, Aggri- 1| mensori, Geometrici, Architettori, Arithmetici, || Raggionati, Scrittori, et ludici, de cittade, terre, vil- 1| le, Castelli, & altri luoghi, Pottranno,

* British Muséum

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cô breue in- Il dustria, informarsi délie sette scienze, et arle libe- 1| raie, Con additioni Astronomice, délia forma || del raondo, cieli, terra, pianetle; slelle, venti, acq, || circonferenza, larguezza, longuezza, terrai- || ni, côfmi, & il numéro délie regioni, capi- 1| tali, Délia terra, et del suo fine, Regole || da ritrouare la congiontione, & opposi- |1 tione, délia luna, le feste mobile et im- || mobile, lettere dominicale, indictiôi, 1| et altre gêlilezze, de mes' in [sic] me- || so, et de anno in anno in ppetuo. |1 Nuouamente calculati etpo- || sti in luce, con gralia et Pri- || uileggio Ducale, Per ani II diece, et pêa ducati 25 || côe î esse grâ si cotiene || M D XLVl [1546]. — [Au v° du dernier f., au-dessous d'un bois représentant un singe : ] In Ferrara Nella Stampa di M, Giouanni de buglhat & M. Antonio \\ Rucher Compagniy Ad Instantia de M, Rinaldo, cuoco dello Illustrissi- \\ mo Signor Duca nel mese di zenaro 1546. In-4 de 2 ff lim. et 40 ÏÏ. chiffr.

Au yo du titre sont placés neuf distiques latins : Sludiosis.

Le second f. lim. contient, au r^, la table, et, au v^, des vers italiens intitulés : Il Sole.

Les Q. cotés 1 et 2 sont occupés par une épître de F. Dal Sole « Alio iilustrissimo et eccellcntissimo principe, il S. donno Alphonse daEste».

Au r« du 10e f. sont deux distiques latins : Discipulis. On lit audessous : « In ludo litcrario Francisci a Sole in contrata vulgarilcr dicta la Zuecha de Ferrara. »

M. Pietro Riccardi a fait connaître en détail le contenu de ce volume, dont il possède lui-môme deux exemplaires. Il en cite d'autres exemplaires dans la Bibliothèque communale de Ferrare (F. 12-5), dans la Biblioteca nazionale de Florence (Sezione Magliabechiana, Miscellanea N® 11, Busta no 1143), enfin dans la collection Buoncompagni (I, 1898, p. 178, no 1784).

La réimpression de 1551 n'est connue de M. Ricardi que par un catalogue de vente :

Libretti nuoui con le regole di Francesco Dal Sole Gallo, Nequali, mediante la theorica, & pratica, gli adolescent! & etiandio Nobeli, Mercadanti, Artesani, Abachisli, Agrimensori, Geometrici, Architettori.... Potranno con breue industria informarsi délie sette scienze ed arte libérale. Con addition!.... In Ferrara

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Nella Stampa di M, Giouanni de Buglhat et M. Antonio Bûcher, Compagni,.. 1551. In-4*.

Voici le titre de la troisième édition :

Instructioni || et Régule || di Francesco || Dal Sole, || Francese. Il Cittadino di Ferrara, Sopra il fon - || damento délie aime scienlie d'Abbac- || co, Arithmetica, Geometria, Cos- || mografia, & Mathematica, No- || uamente ristampale, & con || particolare additioni di jj esso Authore, || aggionte. jj In Ferrara, Appresso Francesco di Bossi jj da Valenza. jj M. D. LXIIIl [1564]. ln-4 de 2 ff. et 64 pp. assez inexactement chiffrées.

Cette édition reproduit les vers adressés Studiosis, l'épîtrc à don Alfonso da Este et les vers dédiés Discipulis. Cette dernière pièce, qui se lit p. 16, est datée : « Nella Schola di Francisco Dal Sole, Francese, su la Giovecca in Ferrara. »

L'impression est plus correcte; le style a été quelque peu remanié ; mais le volume ne contient en somme aucune addition importante.

Bibliolh. communale de Ferrare, E, 15, 4 ; — Biblioteca Marucelliana, à Florence, 6, A. VI. 14; — Collection Pietro Riccardi; — Collection Buoncompagni (1, 1898, p. 178, n^ 1783) ; — Catal. Costabili, 1858, no2527; — notre bibliothèque.

Le prince B. Buoncompagni a relevé dans la langue de Francesco Dal Sole un détail particulièrement intéressant pour les mathématiciens, c'est l'emploi du mot cumulo avec le sens de « milliard» -,

Ainsi que nous l'avons dit, les minutes de François s'arrêtent à l'année 1565, année qui fut probablement celle de sa mort. On a vu que ses enfants restèrent à Ferrare ; mais ils ne furent pas seuls à porter le nom de Dal Sole. Un Pietro Dal Sole, « Gallus et peclenarius », qui se dit fils de Guillaume, fait son testament

* Cat. Costabili (Paris, Silvestre, avril 1858), n» 4341.

* Intorno alla parola « cumulo » usata da Francesco Dal Sole in senso di « mille millioni ». Nota di B. Buoncompagni. DuUetino di bibliografia e di storia délie scimze matematiche e fisiche, X (1877), pp. 428-431.

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