III. — JEAN FRANÇOIS DU SOLEIL
le 23 mars 1574, « Qculorum lumine nondum orbatus, sed ad caecilatem properans ». Il fait lui-même mention de ses fils Alfonso et Fabrizio K
Pierre ne pouvait êlre le frère de François puisque le père de ce dernier s'appelait Louis; mais il pouvait être son cousin. A la même famille semble avoir appartenu Camillo Dal Sole, qui fut notaire à Ferrare en 1573 et 1574 2, et Alessandro qui fit paraître en 1623 une grammaire latine K
' L. N. Cittadella, Notizie relative a Ferrara, III (1868), p. 333.
* L. N. Cittadella, Notizie, IH, p. 333.
' Grammalices || Rudimenta || Labore, & Indiislria || Alexandri a Sole || eiusdem Artis Ferrarie profcssoris. || Ad vsum Alumnorum suorum in facilem hanc H Melhodum digesta. |1 FerrariWy M. D. C. XXIII. || Apud Franciscum Sucium Typographum Camer. || Superiorum Perniissu. In-42 de 135 pp.
Nous empruntons celte description à M. Pietro Riccardi [BulletinOy p. 416). Les Rudimenta sont un livre des plus rares. Mclzi {Dizionario di opère anonime et pseudonimej II, p. 479) les considère comme un ouvrage anonyme, et les cite sommairement, sans indiquer ni la date, ni le lieu d'impression.
Les vers de frère Loys Du Bois, le traité d'arithmétique de François du Soleil, sont des curiosités qui méritent d'ôtre mentionnées; mais il est évident que l'auteur manceau, dont nous ne connaissons aucun ouvrage de quelque étendue, que le notaire mathématicien de Ferrare ne peuvent prétendre qu'à une place bien modeste dans l'histoire littéraire. Il en est autrement de Marguerite d'AngouIême, reine de Navarre. Nous parlons dans le livre ^'^ de notre Histoire littéraire des relations que cette illustre princesse entretint avec l'Italie; nous y rappelons les hommages qu'elle reçut de divers poètes : Luigi Alamanni, Matteo Bandello, Niccolo Martelli; nous y taisons remarquer, avec M. Arturo Farinelli, qu'elle avait lu Dante et qu'elle s'efforça de reproduire en français la forme de la terza rima; nous y constatons enfin, après M. Toldo, combien l'imitation de Boccace est sensible dans L'Heptameron *. Nous devons maintenant parler des tentatives faites par Marguerite pour écrire la langue de l'Italie.
La reine de Navarre paraît avoir étudié avec passion l'idiome de Pétrarque et de Bembo, bien qu'elle ne le parlât qu'avec difficulté. Nous avons sur ce point des renseignements très précis dans deux lettres du réformateur Pier Paolo Vergerio, évêque de
* En attendant l'édition complète de notre livre I^»", nous renverrons au Bulletin italien^ III (1903), pp. 23-25.
Capo d'Isliia. Ce personnage, qui vinl en France avec le cardinal Ippoiito d'Esté, vers le milieu de Tannée 1540, oblinl à Fontainebleau une audience de la princesse. L'impression qu'elle produisit sur Vergerio fut profonde. Il écrivit aussitôt à Luigi Alamanni une lettre enthousiaste * :
« Molto magnifico fratello, Ne la signera niarchesa di Pescara, ne la S. V., che sapote tante bene tutti due in vive voci et tante bene nci scritti vestri dir ciè che voleté, nô il cardinal neslro illustrissime, ne tulta Roma, prrdicandemi Taltezza et la bcUezza dell' anime et dell' ingegno, el il fcrvor délie spirito acceso in Christo, et la carità ardente délia serenissima regina di Navarra, me ne havete sapulo dir tante, quan le ie nel vere he trevale hieri, che sua Maestà dcgnô di fare che ie udissi un pezze quelle sue rare veci : il quai gierne mi ha perlate una lelilia inenarrabile e senza dubbio la maggiere che le habbia havute già moite tempe. Bencdelto Die et padre del signer nestre Giesû Christe, il quale, seconde la sua misericordia grande, ha suscitalo in quesla nostra elà picna di erreri et di ténèbre, quando più se ne havea bisogne, une spirito, un lume, una verità cosi chiara !....^ »
Vergerio écrit avec non moins d'enthousiasme à la marquise di Pescara, Vittoria Colonna, et il ajoute de précieux détails :
« La serenissima regina di Navarra mi ha lenuto quattre lunghe
hère, per le due prime fiate, a ragienar seco dello slate présente délia chicsia di Die et de' sacri studij et di alcuni articeli bellissimi et tutti spiriluali, et di quegli appunte che Vestra Eccellenlia suol desiderar che si ragieni et si pensi sompre. Li quali ragienamenti, perciechè mi sene parsi ceme un ricce Ihesere dignissimi da censervare et da cemmunicare, per esser anche taie che cemmunicande si augumenta, suMte che io mi parti da sua Maestà, he raccelti insieme et descritti, el se havre tempo hoggi di rivederli et farli trascrivere, pense di mandarli cen queste spazzo, et far vedere alla Eccellentia Vestra quanle alto quesla
Le cardinal Ippelile d'Esté était arrivé à Lyon au mois de mai 1540 avec Alamanni et Vergerio; mais il était reparti presque aussitôt peur retrouver la cour, et bientôt, sans doute, Alamanni et Vergerio s'étaient trouvés séparés.
^ Lettere volgari di diversi noblUssimi huomini. Libro primo (Vinegia, in casa de' figliueli di Aide, 1544, in-8), fol. 99.
regina ascende con lo inlellelto et quanto benc ella sente et parla délia gratia di Dio et délia forza della parola sua....
« Et corne, direle, potesti tu intenderle [le opinioni della rcg^lna], usando essa corne inlendiamo che usa per ordinario, la lin*çua francese, laquale tutti sappiamo che tu non intendi? Sua Maestà parlava francese, et io non intendo altro che parli in quesla lingua, et nondimeno quesla volta tanto l'ho intesa ch'io penso di haverne perdute pochissime parole, et la ragione è che ella intende la lingua noslra d'ilalia, se ben non rusa, et intende etiandio molto della latina, nella quale io la sentii pronunciare alcune cose mollo bene. Adunque Sua Maestà havendo rispetto et compatendo alla mia poca intelligentia et infirmità, et volendo esser intesa, quando usava qualche vocabolo o modo di dire francese, che a Ici poteva parère un poco dure et difficile aile mie orecchie, incontanenle lo mitigava con un poco del nostro volgare d'Italia e col latino, oltra che ella pronunciava tanlo distinto et lanto chiaro che mi faceva tosto capire la forza di quci vocaboli, et poi si parlava di maleria della quale ho pur lelto et scntito ragionare allre fiale. Basta che mi pare di haver ben intcso et raccolto inlieramente quci ragionamcnti et la Eccelentia Vostra gli vedcrà et gli Icggerà con stupore, non solo con piacere et frutto.... ' »
Marguerite, nous l'avons dit, s'essayait aux lettres italiennes; elle écrivait ou dictait en italien; 2 c'est en italien notamment qu'elle écrivait à Vittoria Colonna. La correspondance était fréquente, mais elle n'était pas toujours facile. En 1540, il arriva
* Ibid., fol. 100-101. — Vittoria Colonna, marchera di Pescara, carteggio raccolto e pubblicato da Ermanno Ferrero e Giuseppe Mûller (Torino, Loeschcr, 1892, in-8), p. 195. — D'aulros Italiens parlent de Marguerite avec la même admiration que Vcrgcrio. L'ambassadeur vénitien Matlco Dandolo dit en 1542 dans sa relation officielle : « Ha la scrcniss. regina di Navarra, sorella di Sua Maostà Orislianissima, cihquanta anni. È di complcssione delicala, di sorte ch'ella non promette mollo lunga vita ; pure per essere mollo moderala net viver suo, e di animo assai ccmposlo, potrcbbe vivcrc assai. Quesla credo sia la più savia, non dico délie donne di Francia, ma forse anco dcgli uomini.... » (Eugénie Albèri, Reiaziom degli ambasciatori vcncti al senato, série I, vol. IV, 1860, p. 48.)
' M. Henri Hauvette a publié, d'après l'original, une lettre italienne adressée par Marguerite aux magistrats de Florence. Cette lettre, datée du 13 mai 1528, et contresignée du secrétaire A. de L'Aunay, lut portée à destination par Gio. Ratlisla Della Palla. Voy. Bulletin italien, Il (1902), p. 217.
qu'Anne de Montmorency retint pendant quelque temps un recueil manuscrit de poésies que la marquise de Pescara envoyait à la reine : le connétable les trouvait suspectes d'hérésie *.
Lorsqu'Alamanni était passé par Lyon, au mois de mai 1540, Marguerite lui avait fait remettre une lettre pour Vittoria, lettre que le poète avait transmise par l'intermédiaire de Georges d'Armagnac, évêque de Rodez, ambassadeur de France à Venise 2. Cette intervention d'Alamanni nous permettrait presque de nous demander si la reine de Navarre n'était pas son élève, et s'il ne retouchait pas les lettres ou les vers qu'elle écrivait.
Nous ne possédons que deux lettres adressées à Marguerite par Vittoria : l'une est datée de Rome le 15 février 1540 ^ : Tautre est écrite quelques jours ou quelques semaines plus tard, au moment où Alamanni quittait Rome pour revenir eu France *. Nous ne connaissons également que deux lettres de Marguerite. La première, qui doit être de 1540, nous a été conservée dans le recueil intitulé : Lettere volgari di diversi nobilissimi huomini (Vinegia, 1542, in-8 »); elle a sans doute subi quelques retouches. La seconde est probablement de 1545; elle est postérieure, en tout cas, au 19 décembre 1544, puisque Georges d'Armagnac y est cité comme cardinal; elle a été découverte par M. Fontana dans un recueil manuscrit de la bibliothèque municipale de Caraerino, recueil qui remonte à la seconde moitié du xvi® siècle.
La seconde pièce étant d'une authenticité plus certaine que la première, nous la reproduirons de préférence, comme un spécimen du style de la reine :
* L'ambassadeur de Ferrare, Alberto Sacrati, donne sur cet envoi de curieux détails dans diverses dépêches datées du mois d'août 1540. Carteggio di Vittoria Colonna, pp. 203-205.
Le volume envoyé à la reine a été retrouvé par M. Domenico Tordi, qui lui a consacré une intéressante notice : Il Codice délie rime di Vfttoria Colonna, marchesana di Pescara, appartenuto a Margherita d'Angoulêrne, regina di Navarra (Pistoia, Lito-tipogr. G. Flori, 1900, in-8, portr. et fig.).
* Carteggio, p. 190.
^Ibid., p. 185.
* Ibid., p. 200.
* Fol. 125 yo; Carteggio, p. 202.
« Cugina mia, mi è paruto, havendo ricevuta la vostra letlera, ch'io debbia dire quel che disse Jacob, il quale non rispose altro alli suoi figlioli, quando gli dissero che Joseph regnava in Egitto, pensando che Irovassero questa nuova apposta per rallegrarlo, ma quando vidde i carriaggi et i presenti mandati da Joseph, alhora lo credelle et disse : Bastami, poichè 'i mio figliolo Joseph vive. Cosi, cugina mia, havendo io pianto la vostra morte, non dubitando perô délia félicita vostra, ma considerando la infelicità di coloro a' quali la presentia vostra è lanto necessaria (tra' quali numéro me), sono stata più giorni sepza potere ben credere la convalescentia ; ma, quando ho poi veduto la lettera vostra, con la quale mi pare sentire la voce et lo spirito vostro raggionare con meco, è forza ch'io dica : Bastami, et lodato sia Dio che la mia cugina et buona amica vive, vive, dico, in Colui il quale è la vera vita ; perché, quanto alla carne, io vi tengo buono tempo fa per morta, et che il vostro Adam con tutte le concupiscentie sia morto et crucifisso nel Nostro Signore Jesù Christo, col quale et per il quale voi siete morta et resuscitata, vivendo, nella nova carne deU'agnello morto inanzi la creazione del mondo, et renovala in novo spirito, caminando sopra nova terra, contemplando i nuovi cieli, estimando le cose vecchie, le quali sono esteriori, esser passate, perché l'esteriore finira et non ci restera altro permanente che l'interiore, si che nissuna cosa mortale è degna di essere desiderata da colui il quale ha il suo cuore fisso neir eterno Dio et nel bene délia sua éternité. Ond'io tengo per certo che, contemplando voi le cose esteriori le quali Dio ha fatte per accecare i peccatori et perché siano alli suoi eletti scala per salire alla cognizione délia sua immensa potentia, sapientia et bontà, le giudicate tali quaU elle sono, cioé un vapore o fumo chiaro per un poco et poi passato cosi presto come passa la lagrinia délia perdita, quando é giunta alla speranza délia recuperatione. Ma chi le conosce non vi puô mettere il suo core, et chi non ha il core, né ancho imbratta in loro il corpo, perché, vedendo et udendo lutte queste cose, guarda solamente Dio, il quale parla et opéra per le sue créature, et questo fa con l'occhio simplice dal quale é veduto Dio in tutte le cose, onde il corpo viene ad essere fatto luminoso, non vedendo altro fra le ténèbre di questo mondo che la luce che vi luce, et cosi sono l'occhio et il cor vostro, a'quali io olîero le mie aftettionatissime raccomandationi, ma non di me sola, anzi di mons-O"* il cardinale d'Armignac, mio figliolo, l'honore del cui capello non mi ha dato tanto piacere quanto ne ho ricevuto intendendo per il testimonio délia lettera vostra che la gloria di questo mondo non li ha niente mutato, cosa ch'io veggo essere
molto rara in simili gradi *. Perô vi prego, cngina mia et bona sorella, piacciavi d'esscrgU madré nel'abscnlia mia, et di parleciparlo dcUe gratie che Dio ha donale a voi, acciochè le lentalioni, che assaliscono dalla mano dostra, nol facciano cadere nei'abissq comune degli altri pari suoi, i quali in luogo di triunpho sono miserabil ruina délia Chiesa, i cui ministri, se seguitassero in parole et coslumi quei de' quali si chiamano successori, i principi et popoli chrisliani correggerebbono i loro errori, et le bocchc di coloro che li sprezzano et riprendono sarebbono chiuse, ma vivendo corne vivono, se gli huomini tacciono, le piètre parleranno. Dio voglia che costui il qnal ho voluto nutrire per obedire alla sua sanla parola et bona voluntà, sia trovato nel numéro de' suoi eletti, sapendo bene che in ogni stato et grado ce ne sono de' suoi, i quali non hanno piegato il ginocchio avant) a Baal ! Ma spero tanto nella bontà di Dio et in voi che, se per fragilità lo vederete cadere, l'avertirete corne amica vera et correggerete come bona madré, la quai cosa vi prego a volere fare, come vorrei che facesti per la mia salute propria. Et con questa contidentia pregarô quel Dio il quale puô quel che vuole, et vuole più il ben nostro che noi non sapressimo mai desidcrare, che vi sia sempre queUo che già vi è, cioô vita et salute, sanità et consolatione, et che mi tenga sempre mai nella vostra bona amicilia.
Vostra bona cugina, sorella et amica :
Margarita *.
Si un secrétaire a pu faire subir à cette lettre quelques retouches, elle n'en est pas moins écrite dans le style ordinaire de Marguerite. Non seulement on y retrouve son mysticisme vague et parfois insaisissable, mais elle laisse errer sa plume, comme dans ses lettres françaises, et se lance de même dans des phrases Interminables. La correspondance de la reine avec Vittoria Co-
^ Georges d'Armagnac, nous l'avons dit, avait été promu au cardinalat le 19 décembre 1544. Il faut rapprocher de ce passage ce que Marguerite dit, peu de temps après, du cardinal dans une lettre au roi : « Je l'ay nourry despuis l'aige de dix ans, et a ma requcsle luy donnastes l'evesché de Rhodcz, de laquelle ne voulust estrc ingrat serviteur, mais a emploie tout son temps a essayer de vous fere service; dont je luy porte telle affection que s'il estoit mon propre fils. » Nouvelles Lettres de la reine de Navarre, publiées par F. Gènin^ 1842, p. 253.
^ Carteggio di Vittoria Colonna, p. 289.
lonna, si elle nous avait été conservée tout entière, aurait certainement présenté un grand intérêt; il esta souhaiter que les érudits en découvrent de nouveaux fragments- La reine de Navarre n'écrivait pas seulement en prose; elle senfible avoir voulu faire des vers italiens comme file faisait des vers français. Quatre sonnets insérés, sous le nom de la princesse, dans divers recueils du xvi** siècle, ont été reproduits par Luisa Bergalli dans une compilation dont les exemplaires sont rares, surtout en France*; aussi ne croyons-nous pas inutile d'en donner le texte à notre tour :
Padrc eterno del ciel, che brami e vuoi Che a le tutti torniam, donde noi siamo Paniti ancora, e del fallir di Adamo Portasti pena per far salvi noi,
Gùidami a te, che ciô far solo puoi, Chè da me non vagHo se ben ciô bramo. Mercè sol grido e in te mio scampo chiamo, Perché il nemico mio più non m'annoj.
Vano è il mio faticar, faccia ch'io voglio ; So che inutile io son per mai salvarmi, Chè cercando fuggir romperô in scoglio.
Sol ncl tuo sangue spero e sol coirarmi Délia fe m'assicuro e con condoglio Ti prego che ti piacci a le tirarmi.
Felice voi, che cogli spiriti ardenli Avete il core al mio Signer rivoUo
* Componimenti poetici délie più illustri rimatrici d'ogni secolo (Venezia, 1726. 2 vol. in-12). I, pp. 54-55. — Luisa Bergalli ajoute dans ses notes (f, p. 265), en parlant de Marguerite : « Vien riforilo che nella nostra lingua, oltrc i sonetti che vanno sparsi per le raccoltc, clla abbia composte un poema eroico. »
48 IV. — MARGUERITE d'aNGOULÊME
Ed accendete ogn'uno a star raccolto In lui, chc verso noi tien grocchi intenli !
Misera me, che a passi infermi e lenti Seguito ho lui che me sprezza ha molto ; Ond'or del van desio fallace e stolto L'aima si pente e trae sospir cocenti.
Priegate voi, che degli eletli siete, Per me de' cieli il re, che la sua mano Mi tenga sopra e mi raccolga in seno :
E poichè scorto il vero lu me avete.
Paie che ancor non sia per gl'altri vano ; Ma che il provi ciascun chiaro e sereno.
Voi, donna, che domaie fieri mostri Che la terra produce e il gran serpente Sopra voi stessa alzato, con la mente Pura salita agli superni chiostri ;
Quanto avran da imitare i giomi nostri Ed invidiarli la futura gente, Che al fuggir chiamerà Tore sue lente, Goder bramosa in ciel degli onor vostri?
Voi nel volto divin gl'occhi pascendo, Viverete là su, spirito eletto, Nella céleste, dolce fiamma ardendo.
Coglicrà il frutto allor vostro inlelletto Del semé sparso, il sommo ben godendo, Ch'è delle nostre menti il vero oggetto.
In Iode di Vittoria Colonna *
Già desiai di far al mondo conte Le grazie che dal cielo, e non d'altronde,
^ Luisa Bergalli a supprimé ce titre, on ne sait pourquoi.
Piovvero in voi e d'onorata fronde Nel bel Paraaso cingermi la fronte ;
Or mi spaventa il caso di Fetonte Che per troppo poggiar cadde nell'onde, Menire del Pô lunge le verdi sponde * Yo pensando salire al sagro monte.
Ma col voslro favor la voslra gloria Poggierà per le mie vergate carte, lo salirô per non signato calle.
E per me griderà ciascun Vittoria, Risponderà Vittoria in ogni parle Ogn'alto monte, ogni profonda valle *.
Ces vers sont-ils bien authentiques? Nous n'oserions l'affirmer, même pour les trois premières pièces. Tout ce que nous pouvons dire, c'est qu'ils reflètent exactement les idées religieuses de Marguerite. Quant à la forme, elle est calquée sur celle des sonnets de Vittoria Colonna : les mots mêmes sont ceux qu'emploie la marquise de Pescara. Il y a dans les œuvres de cette dernière deux sonnets commençant par : Padre eterno del ciel % trois sonnets commençant par : Felice ♦, un sonnet commençant par : Già desiai ^
Que Marguerite ait ou non composé des vers italiens, il est certain que, par son esprit et sa grâce, elle provoqua l'admiration de tous les Français et de tous les Italiens qui l'appro- •
* La mention du Pô semble bien prouver que ces vers ne sont pas de Marguerite.
* M. Bartolommeo Fontana {Renata di Francia^ duchessa di Ferrara, anni 1537-1560 (Roma, 1893, in-8) reproduit ce sonnet d'après les Rime diverse d'alcune nobilissime e virtuosissime ' donne, publiées par Lodovico Domenichi (Lucca, Vincenzo Busdrago, 1559, in-8), et il ajoute,' à propos de Domenichi : « È un brulto nome cotesto, una faccia testa, capace di avère o rifatto o immaginato egli il sonetto : ma perché non possiamo dire nulla in contrario, lasciamolo li ».
* Rime di Vittoria Colonna (Bergamo, 1760, in-4), pp. 87, 186.
* Ibid.y pp. 58, 92, 182.
» Ibid., p. 26.
50 IV. — MARGUERITE D*ANGOULéME
chèrenl, et qu'elle fit même une vive impression sur le pape Paul III *.
* M. Léon Dorez nous signale une anecdote curieuse sur Marguerite. Santc Lancerio, bouteiller de Paul III, raconte, dans ses Vint d'Italia (Roma, 1890, in-32, p. 24), le fait suivant, qui se serait passé à Nice, chez les Franciscains où était descendu le pape, en juin 1538 : « Et non mancando esso [il Papa] di accarezzare la regina di Navarra, doctissima et sancta donna, S. B. la voile al suo tavolino una mattina a pranzo, disputando sopra la Scrittura Santa con li dottissimi cardinali Contarini et Sadoleto, cosa certo rara da vedere in una donna tanto dolta e sauta. » Il est bien probable que cette docte conversation eut lieu en langue italienne.