II. DE BALZAC
V^nlrcs, des iiigrals, jmssent iiisoiiciamment devant la saj ro'Sainle boutique d'un épi- 1^:1 er.* Dieu vous en garde!
riuelque rebutant, crasseux, I nA en casquette, que soit Jlo ijnrçon, quelque frais et h^'jiiui que soit le maîlre, je j trs regarde avec sollicitude, *t4 leur parle avec la déférence qu'a pour eux le Constitutionnel, Je laisse aller un mort, un évêque, un roi, sans y faire attention; mais je ne vois jamais avec indiATérence un épicier. A mes yeux, répîcier, dont Tomnipotence ne date que d'un siècle, est une des plus belles expressions de la société moderne. N'est-il donc pas un être aussi sublime de résignation que remarquable par son utilité; une source constante de douceur, de lumière, de denrées bienfaisantes? Enfln, n'est-il plus le ministre de l'Afrique, le chnrgé d'affaires des Indes et de l'Amérique? Certes, l'épicier est tout cela; mais, ce qui met le comble à ses perfections, il est tout cela sans s'en douter. L'obélisque sait- il qu'il est un monument?
Ricaneurs infâmes, chez quel épicier êtes-vous entrés qui ne vous ait gracieusement souri, sa casquette â la main, tandis que vous gardiez votre chapeau sur la tcte? Le boucher est rude, le boulanger est pâle et grognon ; mais l'épicier, toujours prêt à obliger, montre dans tous les quartiers de Paris un visage aimable. Aussi, à quelque classe qu'appartienne le piéton dans Tembanas, ne 8*adresse-t-il ni à la science rébarbative de l'horloger, dI au comptoir bastionué de viandes saignantes où trône la firaiche bouchère, ni à la grille dcGantc du boulanger; entre toutes les boutiques ouvertes, il attend, il choisit celle de l'épicier pour changer une pièce de cent sous
ou pour demander son chemin ; il est sur que cet homme, le plus chrétien de tous les commerçants, est à tous, bien que le plus occupé; car le temps qu'il donne aux passants, il se le vole à lui-même. Mais, quoique vous entriez pour le déranger, pour le mettre à contribution, il est certain qu'il vous saluera ; il vous marquera même de rintérét si l'entretien dépasse une simple interrogation et tourne â la confldence. Vous trouveriez plus facilement une femme mal faite qu'un épicier sans politesse. Retenez cet axiome, répétez-le pour contre-balancer d'étranges calomnies.
Du haut de leur fausse grandeur, de leur implacable intelligence, ou de leurs barbes artistement taillées, quelques gens ont osé dire : Raca! à l'épicier. Ils ont fait de son nom un mot, une opinion, une chose, un système, une figure européenne et encyclopédique, comme sa boutique. On crie : « Vous êtes des épiciers! i pour dire une infinité d'injures. 11 est temps d'en finir avec ces Dioclétiens de Tépicerie. Que blâme-t-on, chez l'épicier? Est-ce son pantalon plus ou moins brun-rouge, verdâtre on chocolat? ses bas bleus dans des chaussons, sa casquette de fausse loutre garnie d'un galon d'argent verdi ou d'or noirci, son tablier â pointe triangulaire arrivant au diaphragme? Mais pouvez-vous punir en lui, vile société sans aristocratie et qui travaillez comme des fourmis, l'estimable symbole du travail? Serait-ce qu'un épicier est censé ne pas penser le moins du monde, ignorer les arts, la littérature et la politique? et qui donc ^ a engouffré les éditions de Voltaire et de Rousseau? quî^ donc achète Souvenirs et Regrets de Dubufc? qui a usé la planche du Soldat laboureur, du Convoi du pauvre, celle de VÀttaque de la barrière de Clichy? qui pleure aux mélodrames? qui prend au sérieux la Légion d'honneur ? qui devient actionnaire des entreprises impossibles? qui voyez- vous aux premières gileries de l'Opéra-
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««• 5 rxiJiiirlit ç- -Jtn-rt. lEBE i I! -se ran«*i^,M» à* Tît'lnr •--? liOBoii^ aLzmi. i -•:-^'T=r i*;« Mil 19 f %sr.r4 •-viîi^irur uns '•»s,:aîKf ■» liir. ,»r Br -ïoa«-;lt» a* r'< nî^Vnrn fera »i .a *ai:.ie*. ta mcilÉ* ]t;^3 î !•!ni)*» L L;- »- refir n»* iiannîj Bnsrii**s i -?îiit ■* î.î- Viv l- •.cîtfts: a TrtR fc • tr!-vtf.jiiL. **> ^i -..t •* •* L'^T'-rr: ^«t innni!*- nn >ii" ciiï ■« minera **» '.li»^^-.-* ^fnx t r*-» •'.iii*r-*ii*eit rL t: :tv -m eu. uns am-» j*»ar iiiir» némur*. rùi«tR "nf*«ugnimi,*nr mari -sill— i*!U!:% L vait £ iriinuï « . *!it!rî si >'«^a». je* r*ii"#fir? :ii i-'iiir» s ri«Ttt 2 im& Ta. inu-ir t iiiit -nsnt. t^*i: « iii*r ^'•îj»ci»r JXL ^-^aun usât xi.!»** n s^miky >•£ -*ir-^'iiK jt ^'fSKris. i«suiiiiai^ *^»T^ i *tc ?»îârn*y. !*nu'Mi!r jiL «îainn dsi ai-i»^ Tiur» n.iiir'ïaÉe «jai, ^.•L4 î»* ju iflrT»î ]sâ i è^(!?xxiar sas rnofirscactia te J «irj»»' *îl** lii îff^ la» 11M 'SÊCiti 1 iz r»3« ^ 'Z a^ Tvisniib-A î"!-t rBii.i»ieL jt «TiB. a |»<C2sar. i é»LS iiii* i-.r. iijLii«ur»«L':«t tins n^iîûa ~ii jnnùs^ a sr^t^ tr.4 . *n«i::»»r '- .*l4 i*ait j* n»i j*TL niup» ol lùrBn^csx. te .'I L'rLTt FuiLiitiî. PM i»t fkîarîa<£a£ il jcs Àrîfsels u-j^iLi3iii<. 11 j^ jcnittâ^s nodJBrs 1 «mçofc. \«iis l'i^HS }iifhc II }.L ixj^ no. v?iiÎL Liilo. i ««bi Fk^»t> iix irtcr» ji r)r$l-*!jt mm « mûciC if auifBe aa 'janiî 1 1 ,'*;: i 6* L «j-ja»» i ji |ci» «sje atiijûe èc fcare îfm.i'T hnl'» 1 H r^oin k îiiiic ffierBCL fae ta fais yoH^er bt u uj«î-tr» 1 va kl ^ iw bb 1 tis ^aqcâiiôr 6t 1:1 ix>:*x»:i»Hr 1 u ti^tt2»« : le bol le ta^c <t «t noi^'ifvr tu. ii-riliàe ae «Mt fii ^as aat ÎBa^ «e InlL i3iiK iirM ÇK k scr7«aC fâ se laani U zw^ Z Teaii à» £ir>ri«£i ^ Ai«Mac si »■!, et St%
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d'art fM et étàotwAtt, aae ■■cresaae «a aa l■i^ sass re. cMfîr a b lfis:e-f«iKaaee et Tepcier. Cet koaaac est la ckrîSsiàom ea Lo»lâfae. h Mfôiét es cofsei, U aé* ce&sité jrmêe ie pîal ca car. reacçH^féiie ca actioo, b «ie dLthbaée ea tîr.irs <» l^clefles, ea sicfac^s. 54a§ iToas eateada préiêrer b pKÂMM 4*aa épicier â ceîle d'en rx : ceCe da rot to«s lae« celle àt Vè^îûtr (ait TÎTTe. Soyez ahzad-jOLê de tji:l. a- aie do dûÛe oa de Totre ckère. sll toos reste sn éf icier poor aui, lous Tivrez chez S ai G>!3iiiie k rat dans s<l<o Cros^^e. >ous te* aoQs tvat. Toas disent les épiciers arec on ja»te orgueil. Ijocttrz : ?(oas teoocs a t>fit.
Par quelle lalaliié ce pivot social, celte tranquille créature, ce philosophe pratique, cette industrie iuccssamment occa|ée. a-t-elle doLc éié prise pour ty(>e de la hétiie? Quelles rerlns lui man^penl? Aucune. La nature éminemment généreuse de l'é} kier entre pour beaucoup dans U physionomie de Paris. D'un jour a l'autre, ému par quelque catastrophe ou par une lete. ne reparaît-il pas dans le luxe de son uniforme, après avoir liait de Topposition en biset '! Ses mourantes lignes bleues à bonnets ondoyants aco:»mpa^'nent en pr>mpe les illustres morls ou les rivants qui triomphent, et sr mettent galamment en espalitrr> fleuris â lentrée d*une royale ma* riée. Quint â sa constance, elle est fabuleuse. Lui seul a le courage de se guillotiner lui-même tous les jours arec un col de chemise empesé. Quelle intarissable fécoodité dans le retour de ses plaisantiries anc ses pratiques ! avec quelles paternelles consolations il nmasse les deux sous du pauvre, de la veuve et de Torphelin avec quel sentiment de modestie il pénétre chez ses clients d* ua
L'EPICIER
rang élevé! Dîrcz-vous que l'épicier ne peul rien créer? OumguET était un épicier; après son invention, il est devenu un mot de la langue, il a engendré l'industrie du lampiste.
Ah ! si l'épicerie ne voulait fournir ni pairs de France ni députés, si elle refusait des lampions à nos réjouissances, si elle cessait de piloter les piétons égarés, de donner de la monnaie aux passants, et un verre de vin à la femme qui se trouve mal au coin de la borne, sans vérifler son élal ; si le quinquet de répicicr ne protestait plus contre le gaz son ennemi, qui s'éteint à onze heures; s'il se désaiionnait au Constitutionnel, s'il devenait progressif, s'il déblatérait contre le prix Monthyon, s'il refusait d'être capitaine de sa compagnie, s'il dédaignait la croix de la Légion d'honneur, s il s'avisait de lire les livres qu'il vend en feuilles dépareillées, s'il allait entendre les symphonies de Berlioz au Conservatoire, s*il admiraft Géricaulten temps utile, s'il feuilletait Cousin, s'il comprenait Ballanche, ce serait un dépravé qui mériterait d'être la poupée éternellement abattue, éternellement relevée, éternellement ajustée par la saillie de l'artiste affcimé, de l'ingrat écrivain, du saint-simonien au désespoir. 3Iais examinez-le. ô mes concitoyens! Que voyez-vous en lui? Un homme généralemenl court, joufflu, à ventre bombé, bon père, bon époux, bon maître. A ce mot, arrêtons-nous.
Qui s'est figuré le Bonheur, autrement que sous la forme d'un petit garçon épicier, rougeaud, à tablier bleu, le pied sur la marche d'un magasin, regardant les femmes d'un air égrillard, admirant sa bourgeoise, n'ayant rien, rieur avec les chalands, content d'un billet de spectacle, considérant le patron comme un homme fort, enviant le jour où il se fera, comme lui, la barbe dans un miroir rond, pendant que sa femme lui apprêtera sa chemise, sa cravate et son pantalon? Voilà la véritable Arcadie ! Etre berger comme le veut Poussin n'est plus dans nos mœurs Etre épicier, quand votre femme ne s'amourache pas d'un Grec, qui vous empoisonne iivec votre propre arsenic, est une des plus heureuses conditions humaines.
Artistes et feuilletonnistes, cruels moqueurs qui insultez au génie aussi bien qu'à l'épicier, admettons que ce petit ventre rondelet doive inspirer la malice de vos crayons, oui, malheureusement quelques épiciers, en présentant arme, présentent une panse rabelaisienne qui dérange l'alignement inespéré des rangs de la garde nationale à une revue, et nous avons entendu des colonels poussifs s'en plaindre amèrement. Mais qui peut concevoir un épicier maigre et pâle? il serait déshonoré, il irait sur les brisées des gens passionnés. Voilà qui est dit, il a du ventre, Napoléon et Louis XVÏÏI ont eu le leur, et la Chambre n'irait pas sans le sien. Deux illustres exemples! Mais, si vous songez qu'il est plus confiant avec ses avances que nos amis avec leur bourse, vous admirerez cet homme, et lui pardonnerez bien des choses. S il n'était pas sujet à faire faillite, il serait le prototype du bien, du beau, de l'utile. 11 n'a d'autres vices, aux yeux des gens délicats, que d'avoir en amour, à quatre lieues de Paris, une campagne dont le jardin a trente perches; de draper son lit et sa chambre en rideaux de calicot jaune imprimé de rosaces rouges ; de s'y asseoir sur le velours d'Ulrecht à brosses fleuries; il est l'éternel complice de ces infâmes étoffes. On se moque généralement du diamant qu'il porte à sa chemise et de l'anneau de mariage qui orne sa main ; mais l'un signifie 1 homme établi, comme l'autre annonce le mariage, et personne n imaginerait un épicier sans femme. La femme de l'épicier en a partagé le sort jusque dans
l'enfer de la moquerie française. Et pourquoi l'a-t-on immolée en la rendant ainsi doublement victime ? Elle a voulu, dit-on, aller à la cour. Quelle femme assise dans un comptoir n'éprouve le besoin d'en sortir, et où la vertu ira-t-elle, si ce n'est aux environs du trône? car elle est vertueuse : rarement linfidélité plane sur la tête de l'épicier, non que sa femme manque aux grâces de son sexe, mais elle manque d'occasion. La femme d'un épicier, l'exemple l'a prouvé, ne peul dénouer sa passion que par le crime, tant elle est bien gardée. L'exiguïté du local, l'envahissement de la marchandise, qui monte de marche en marche, et pose ses chandelles, ses pains de sucre, jusque sur le seuil de la chumbre conjugale, sont les gardiens de sa vertu, toujours exposée aux regards publics. Aussi, forcée d'être vertueuse, s*attache-t-elle Uiiih son mari, que la plupart des femmes d'épiciers en maigrissent. Prenez un cabriolet à l'heure, parcourez Paris, regardez les femm2s d'épiciers : toutes sont maigres, pAles, jaunes, étirées. L'hygiène, interrogée, a parlé de miasmes exhalés par les denrées coloniales ; la pathologie, consultée, a dit quelque chose sur l'assiduité sédentaire au comptoir, sur le mouvement continuel des bras, de la voix, sur l'attention sans cesse éveillée, sur le froid qui entrait par une porte toujours ouverte et rougissait le nez. Peut être, en jetant ces raisons au nez des curieux, la science n'a-t-elle pas osé dire que la fidélité avait quelque chose de fatal pour les épicières, peutêtre a-t-elle craint d affliger les épiciers en leur démontrant les inconvénients de la vertu. Quoi qu'il en soit, dans ces ménages que vous voyez mangeant et buvant enfermés sous la verrière de ce grand bocal, autrement nommé par eux arrière-boutique, revivent et fleurissent les coutumes sacramentales qui mettent l'hymen en honneur. Jamais un épicier, en quelque quartier que vous en fassiez l'épreuve, ne dira ce mot leste, ma femme: il dira mon épouse Ma femme emporte des idées saugrenues, étranges, subalternes, et change une divine créature en une chose. Les sauvages ont des femmes; les êtres civilisés ont des épouses; jeunes filles venues entre onze heures et midi à la mairie, accompagnées d'une infinité de parents et de connaissances, parées d'une couronne de fleurs d'oranger toujours déposée sous la pendule, en sorte que le mameluk ne pleure pas exclusivement sur le cheval.
Aussi, toujours fier de sa victoire, l'épicier conduisant sa femme par la ville a-t-il je ne sais quoi de fastueux qui le signale au caricaturiste. Il sent si bien le bonheur de quitter sa boutique, son épouse fait si rarement des toilettes, ses robes sont si bouffantes, qu'un épicier orné de son épouse tient plus de place sur la voie publique que tout autre couple. Débarrassé de sa casquette de loutre et de son gilet rond, il ressemblerait assez atout autre citoyen, n'étaient ces mots :ma bonne amiey qu'il emploie fréquemment en expliquant les changements de Paris à son épouse, qui, confinée dans son comptoir, ignore les nouveautés. Si parfois, le dimanche, il se hasarde à faire une promenade champêtre, il s'assied à l'endroit le plus poudreux des bois de Romainville, de Viocennes ou d Auteuil, et s'extasie sur la pureté de l'air. L.i, comme partout, vous le reconnaîtrez, sous tous ses déguisements, d sa phraséologie, à ses opinions.
Vous allez par une voiture publique à Meaux, Melun. Orléans, vous trouvez en face de vous un homme bien couvert qui jette sur vous un regard défiant : vous vous épuisez en conjectures sur ce particulier d'abord taciturne. Est-ce un avoué? est-ce un nouveau pair de France? est-ce un bureaucrate? Une femme soufCrinte
m ^B'dle ùtA |»af ene^ire remise àa choléra. La coe- ▼enatM s'engage. L'iooaoa (•reod U parole.
c Màtieu.., • T'jol est dît, \ épicier i>t éècUrt. Un éfuider ne prononce ni wunuicmr, ce qui eU aflecié, ni m'fini, ce qui femUe infiniment mi^«ant ; il a troaré •oo tri^'iripliant nu^nm, qui esl entre le respect et U prolACtîoo, exprime la consi4mti/jn, et donne à sa perioooe one ateor merreitleoAe. € Md^im, toos diral'it, pendant le choléra, les trrm plot jfrands médednic, bofOfXrtn, Brotnuif et m/ifieu Maçendie, ont traité leurs MêUdes par des remèdes différents; tovs sont morts oa a pe<i prêt. Ils n*ont pas su ce qa'esl le choléra ; mais le tktÀkn^ c'est «ne maladie dimt oo meurt. Cfux qœ j'ai t«i se portrieot déjà mal. Ce moment-li, môsiea, a fait hica eu mal ao eommerce. »
Voos le sonda alors sur la politique. Sa politique se rédoit à eed : c Môsiea, il parait que les ministres ne •atcot ce qnl'f font ! On a beau les changer, c'est tonîo«rs b même choie. Il n'y avait qae sous I Empereur m ils albiest hîca. Mais aussi, quel homme! Eoleper* dasi, la Franet a hiea perdu. Et dire qu'oo ne l'a pas aoirteau ! > Voua déco^ifrcx alors chet l'épider des opi- •imm ftIftfieMrf eitrémcmeat réprèhesstUes. Les chan-
sons de S<^^n»er sont i(m Efaaeile. Oui. ces déteOables rtfnius frHatês àt p>iiîique ont fiitnn mal dont répicerie se re<seolira loogiemps. Il ^passen peut-être une centaine d'anntes avant qu'un épicier de Pan< , ceux de la proTince sont un peu moins atteints de la chaoson, entre dans le Paradis. Peut-être son enrie d'être Français l'eDtraine-t-elie trop k-iu. Dieu le jugera.
Si le voja^e était court, >i ré|*icier ne parlait pas, cas rare, tous le reconnaitriei à sa manière de se moucher. Il met un coin de son mouchoir entre ses léTres. le relére au centre pr un mouTcment de halançoire. s'empoigne roa«n^tralement le nei. et sonne «ne fanfare â rendre jaloux un cornet â fiiston.
Quelques-uns de ces gens qui ont la manie de tout creuser si<nialent un srrand inconTénientâ Fépicier : «lise retire, > disent-ils. Une fois retiré, personne ne lui Toit aucune utilité. Que fait-il? que deTÎent-il ? il est sans intérêt, sans physionomie. Les défenseors de cette classe de dtorens estimables ont répondu que génénlement le ils de l'épicier devient notaire ou avoué, jamais ni peintre ni journaliste, ce qui l'autorûse â dire avec orgueil : c i*ai payé ma d*>tte au pays. » Quand nn épicier D*a pas de iU, il a un soocessenr auquel il s*intéresse - il
LtPICIER.
TeDCOurage, il vient foir le monlant des ventes journaliércs, et les compare avec celles de son temps; il lui prête de Targent : il tient encore à Tépicerie par le fil de Tescompte. Qui ne connaît la touchante anecdote sur la nostalgie du comptoir i laquelle il est sujet?
Un épicier de la vieille roche, lequel, trente ans durant, avait respiré les mille odeurs de son planeher, des« cendu le fleuve de la vie en compagnie de myriades de harengs, et voyagé côte à côte avec une infinité de morues, halayé la boue périodique de cent pratiques matinales, et manié de bons gros sous bien gras; Il vend son fonds, cet homme riche au delà de ses désirs, ayant enterré son épouse dans un bon petit terrain à perpétuité, tout bien en règle, quittance de la Ville au carton des papiers de famille; il se promène les premiers jours dans Paris en bourgeois ; il regarde jouer aux dominos, il va même au spectacle. Mais il avait, dil-il, des inquiétudes. 11 s'arrêtait devant les boutiques d*épiceries, il les flairait, il écoutait le bruit du pilon dans le mortier. Malgré lui celte pensée : « Tu as été pourtant tout cela !» lui résonnait dans Toreille, à l'aspect d'un épicier amené sur le pas de sa porte par l'état du ciel. Soumis au magnétisme des épices, il venait visiter son successeur. L'épicerie allait. Notre homme revenait le cœur gros. Il était tout chose, dit-il à Broussais en le consultant sur sa maladie. Broussais ordonna les voyages, sans indiquer positivement la Suisse ou T Italie. Aprèp. quelques excursions lointaines tentées sans succès à Saint Germain, Montmorency, Vincennes, le pauvre épicier, dépérissant toujours, n'y tint plus ; il rentra dans sa boutique comme '^ le pigeon de la Fontaine â son nid, en disant son grand proverbe : Je suis comme le licrrCy je meurs où Je m'attache! 11 obtint de son successeur la grâce de faire des cornets dans un coin, la faveur de le remplacer au comptoir. Son œil, déjà devenu semblable à celui d'un poisson cuit, s'alluma des lueurs du plaisir. Le soir, au café
du coin, il blâme la tendance de l'épicerie au charlatanisme de TAnnonee, et demande à quoi sert d'exposer les brillantes machines qui broient le cacao.
Plusieurs épiciers, des têtes fortes, deviennent maires de quelque commune, et jettent sur les campagnes un reflet de la civilisation parisienne Ceux-là commencent alors à ouvrir le Voltaire ou le Rousseau qu'ils ont acheté, mais ils meurent i la page 47 de la notice. Toujours utiles à leur pays, ils ont fait réparer un abreuvoir, ils ont, en réduisant les appointements du curé, contenu les envahissements du clergé. Quelques-uns s'élévent jusqu'à écrire leurs vues au Constitutionnel, dont ils attendent vainement la réponse; d'autres provoquent des pétitions contre l'esclavage des nègres et contre la peine de mort.
Je ne fais qu'un reproche à l'épicier : il se trouve en trop grande quantité. Certes, il en conviendra lui-même* il est commun. Quelques moralistes, qui l'ont observé sous la latitude de Paris, prétendent que les qualités qui le distinguent se tournent en vices dès qu'il devient pro* priétaire. Il contracte alors, dit-on, une légère teinte de férocité, cultive le commandement, l'assignation, la mise en demeure, et perd de son agrément. Je ne contredirai pas ces accusations, fondées, peut-être, sur le temps critique de l'épicier. Mais consultez les diverses espèces d'hommes, étudies leurs bizarreries, et demandez^vous ce qu'il y a de complet dans cette viillée de misères. Soyons indulgents envers les épiciers 1 D'ailleurs, où en serions-nous s'ils étaient parfaits? il faudrait les adorer, leur confier les rênes de l'Etat, au char duquel ils se sont courageusement attelés. De grâce, ricaneurs auxquels ce mémoire est adressé, laissez-les-y, ne tourmentez pas trop ces intéressants bipèdes : n'avez -vous pas assez du gouvernement, des livres nouveaux et des vaudevilles?
LE POÈTE
É. DE LABÉDOLLIERRE
t roQ eatend par poètes les gfmdi écrivains qui haljHleiïL de^ pensées profondes d une forme mélodieuse et piUoresque, on et) sig^slera peu dans le pa^sé, el encore moins é3B% le présent Mais, si roû en jn prend sous ce nom ct^ux qui se croient en droil de le porter, ceux qu'une prédisposition nalire excite à cadencer des alexandrins; enfin les métromanes susceptibles de rimer, et confaincus d'être coutumiers du fait , on trouvera une classe assez nombreuse ayant une physionomie et des allures particulières, et appréciable sans loupe d l'œil de robservation.
Peindrons- nous les hablto^'Ae cette classe bizarre et peu connue? L'auteur de la Èffiramanie Ta fail avaiit nous , et sa monographie sdbâste. Un intervalle d*on siècle a modifié le costumfs /sabs altérer liadividu. Le poète est toujours le même personnage , inégal et fantasque, distrait et rêveur. Il a échangé contre un frac rhabit à galons d'or et à boutons historiés, mais il est toujours plus soigneux de son style que de sa toilette, quand il ne néglige pas Tun et l'autre, quand il n'existe pas une parfaite harmonie de désordre entre ses vêtements et ses pensées. La poudre n'enfarine plus u che-
Qae les gens A'esfni soai bêles?
BcAinuaauit.
Hescio qaid nafirui nediuiis Totos ia illis.
HORAf.
Telure, mais les mêmes idées excentriques germent dans sa cervelle à l'ombre d'une coiffure à la Titus. Uoe épée inoffensive ne ballotte plus à son côté, mais sa démarche n'en est pas moins embarrassée, irréguliére, rapide comme une locomotive, ou lente comme un roulage accéléré. Un jabot moucheté de tabac ne s'arrondit plus en nageoire de perche à l'avant de sa poitrine ; mais cette poitrine, palpitante du feu du génie, est encore aujour* d'hui gonflée d'orgueil et de vanité.
La vanité ! voilà le péché favori du poète ! Sitôt qu'on écolier a griffonné <{^re sixains pour la fête de son professeur, il croît avoir dans son écritoire une source de gloire et de fortune, court lire ses vers à ceux qui ont le malheur d'être ses amis , et devient le héros de diverseir solré^ où Son sert des poètes après le café, en guise de rafititchis^âilQ^ Certaines familles se phisent
è grouper 'éutotn^'^'éUes des rimeurs, qui devieuoeoi rtie intégfâlîte du logîê, el sont immeubles par destitlon. Cliaem^ V eux à tour de rôle s'avance au milieo du salon, ou les dames l'examinent avec l'attention qu'on prête à une bête curieuse, et, après quelques instants d'une résistance honorable , il donne aux oreiUeê son friand repas. Rien n'est changé depuis le siècle de Molière dans l'agencement des réunions littéraires, ni les exclamations des Philaminte et des Bélise, ni les prétentions des Trissotin et des Vadius. Cependant ils sont de nos jours plus policés que leurs devanciers, leur jalousie se dissimule sous les dehors d'un enthousiasme récipro-
LE POETE
que. Us peuvent songer secrètement i déprécier leurs confrères, mais ils arrivent plus sûrement à leurs uns ; ils ne se querellent plus, ils se louent.
Bien qu'il y soit inonde de compliments et d*eau sucrée , le poêle fréquente peu celle colleclion de zéros qu'on appelle le monde. Pour s'y présenter, il faul s'habiller, et s'habiller est une occupalion si triviale, si pénible, si intolérable ! S'interrompre dans la fabrication d'une slnnce pour chercher une cravate et un gilel; descendre des hauteurs du Parnasse pour fouiller dans un tiroir ; troquer sa plume contre un peigne, contre une brosse, contre un rasoir; employer à changer de linge, â attacher des sous-pieds, à meUre des gants, un temps qu'on voudrait consacrer tout enlicr à un travail spirituel, quel supplice 1 El à quoi bon le subir? Pour aller faire des révérences daiis un salon, conter des fadeurs à des femmes roides el minaudières , soulever les plus hautes questions de l^ saclélé avec des clercs de notaire, jouer nu bQston, demander une indépendance en carreau, déguster des verres d'orgeat que la maîtresse de la maison suit, de Tœi^ en notant les gastronomes indiscrets , entendre les sons saccadés d'un piano ou la voix criarde d'une prima donna parisienne... c'est amusant et varié comme un jet d'eau.
Le |ioëte reste donc chez lui, s*y livrant doucement â son indolence nalurelle, il iillcndant Tiiispiration avec l'immobilité d'un fakir. A l'inverse de Scuéc|ue, qui écrivait sur une table d'or un Iraité de la jauvrelé, il vante dans une mansarde les douceurs de l'opulence. Et comment les connaitrait-il ? la poésie est si mal rétribuée ! Dernièrement un écrivain justement estimé, un homme de cœur et de talent, demandait un acompte de cinq francs sur une pièce de vers qui devait parnitre le jour suivant dons un journal; il avait besoin de ce subside pour diner... On le pria de repas.ser le lendemain.
On conçoit qu'il répugne au poêle d'altr.chcr une femme et des enfants â sa triste destinée. 11 est au resle trop amoureux de toutes les femmes pour en préférer une seule. Promener de beautés en beautés ses vagues tendresses, s'éprendre vite, oublier plus vile encore, rêver aux blonds cheveux de l'une, aux yeux noirs de l'autre, â la mélancolie louchante d'une troisième ; bâtir un roman sur la griseltc qu'il coudoie, sur la paysanne qui pas.se dans un champ, sur la comtesse qu'une calcrhc emporte loin de lui ; voilà sa joie, voiKi ses plaisirs : plaisirs innocents , dégagés de toute pensco de |:osscssion, incapables de troubler le repos d'une famille ou d'une union quelconque; plaisirs plus doux que la réa- » lité, car il se crée è Son gré de charmantes mailnsscs , sveltes, grt\cieusL'S, aériennes, belles comme des houris, pures comme des madones; et, s'il prenait sa laiilerne pour en chcrcber de semblables à travers le monde , il mourrait peut-être avant de l'avoir éteinte.
L'humeur îridépendante du poêle se plierait difficilement au joug matrimonial : il lui faut une liberté d'esprit et de mouvemenls qui s'accorde mal avec les tracas du ménage. H peut lui prendre envie â deux heures du matin de sortir pour admirer la campagne que la lune éclaire, et de quitter sa femme pour courir dans les bois. Tient-il une rime qu'il a longtemps poursuivie, fût-ce au milieu de ta nuit, il se lève et s'écrie : « Je l'ai trouvée ! » avec non moins de joie qu'Archiméde. Quelle femme s'accoutumerait à ces poétiques escapades / quelle femme, en pareil cas, se refuserait la satisfaction de se draper en épouse incomprise , de proclamer à la face de l'univers que son mari est un monstre, et de le traiter comme tel ?
La turbulence des enfants sufQrait pour rendre le mariage intolérable au poêle, car il a horreur de tout ce qui trouble ses méditations, d'un chien qui jappe, d'un fouet qui claque, d'un pétard qui éclate, d'une grenouille qui saute, d'un lézard qui fuit. Quand il se perd dans les espaces, dans l'infini, dans l'éternilé, s'il est rappelé brusquement à son être si chélif , à sa vie si courte, à son horizon si borné, il souflfre, il soupire, il est malheureux, le pauvre ange déchu , le pauvre roi découronné , le pauvre martyr livré aux bêtes !
Tels sont, nous le croyons, les traits caractéristiques des individus voués au culte de la rime; mais le genre qu'ils adoptent les diversifie ; et si, après les avoir observés dans leurs personnes, on les étudie dans leurs œuvres , on verra le type général se modifier, s'effacer même complètement, selon qu'ils sont :
1<* Elégiaques, — 2° Sacrés, — 5' Classiques, — 4° Auteurs de poésies légères, — 5° Nébuleux, — 6' Intimes, — 7° Auteurs de romances, — 8** Chansonniers.
Le poêle élégiaque débute par un recueil de vers longs ou courts, d'une harmonie plus ou moins douteuse, d'une correction plus ou moins grammaticale , mais invariablement affublé d'un titre prétentieux : Premiers Soupirs , Chants d* Amour, Rêveries , Lamentations , Méditations, Élévations^ Contemplations, Amertumes, Aspirations, Premières Larmes, Pensées du Ciel, etc. Une fois baptisé, l'ouvrage est .^tiré à ti^ois cenls exemplaires ; sur ce nombre, une centaine est offerte par l'auteur avec des dédicaces autographes également flatteuses pour les donataires et pour le donateur ; et le libraire en vend une vingtaine à grand renfort de réclames où l'on démontre comme quoi depuis longtemps le besoin d'un volume de vers, intitulé Crépuscules ^ se faisait généralement sentir.
Les stances du poêle élégiaque sont destinées â entretenir le lecteur de ses rêves, de ses émotions et de son imminente fluxion de poitrine. Ses lectrices s'écrieni : a Le pauvre jeune homme, qu'il doit être pâle et étiolé! qu'il aurait besoin de consolations, et qu'il serait doux de lui en prodiguer !» Eh ! mesdames, ce moribond se porte â merveille ; cet infortuné jouit largement de tous les plaisirs de la vie ; ce songe-creux sublime sort parfois du café dans un état d'ivresse qui n'a rien de poétique; el cependant, si vous réclamiez de lui quelques strophes , il ne manquerait pas de vous adresser une langoureuse et lamentable épitre :
Vous demandez des vers à ma voix afTaiblic; J'obéis : il me faut céder à vos désire; Mais ma muse est plaintive, et sa méUncolie Pourra faire ombre à vot plaisirs.