‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 135 sur 269 · SIS · texte numérisé non relu

SIS

TABLE DES MATIÈRES

U FEIME COiME IL FâlH.

Tfiie d^K, Di Balzac

U CHàNÛIHESU. - - >

TfX[e de ËLtAft Reg^avlt« Di-ssiiu de Cit^iMi— GâCHiET.

TiMie de P. â£HiiABAk Dfssluï de GATàRNi — Gaoiiet.

u VIEtLlE HLLf.. -*..«.« Desilns de PAtraueT — Gif tOLi.

LE mnm . . •

Bcssmi de Gavai^m -- Sliisso^itttt.

U FEilE DE itlâÇE . • . - «7

Tcilc rie CirABtES noce ET*

Devins de II ES RI MOÎT^lE*— CiCÏIlT.

LtCCLlSIISTïQUL

TrVf d" A- DELArOltST.

rT3l D£ LA TAHIK DES UATIÊBKS

IhM» ^■•iW« ■< wi — *

PARIS CIIIZ N. J. riIILlPPART, ÉDITEUR

4, ni'E iiO'.ové-CHr.vAiirn, 4

lONOGRAPHIE DU RENTIER

rAR

n. DE BâLZâG

iRTiEB. — Anlhroporr<»«phe selon Linné S Mammifère selon Cuvier Genre de TOnlre (les Parisiens, Famille des Actionnaires, Tri- Im des Ganaches, le Civis inermis des anciens, découvert par l'abbé Terray, observé par Silhouette, maintenu parTurgot etNecker, définitivement étadépens des Producteurs de Saint-Simon par le [TTC. Voici les caractères de cette Tribu remardoptéc aujourd'hui paroles micographes les plus i^ de la France et de TElranger Dtier s*éléve entre cmq a six pieds de hauteur, rements sont généralement lents ; mais la Nature. i à la conservation des espèces frôles. Ta pourvu us a l'aide desquels la plupart des Rentiers se tent d*un point à un autre de l'atmosphère parilu delà de laquelle ils ne vivent pas. Transplanté la Banlieue, le Rentier dépérit et meurt. Ses lar- I sont recouverts de soulicrsâ nœuds, ses jambes nées de pantalons à couleurs brunes ou nms- 1 porte des gilets a carreaux d'un prix médiocre; ile, il est terminé par des casquettes ombellifordeliors, il est couvert de chapeaux à douze francs, ravaté de mousseline blanche. Presque tous les

\ tenons pour la classification du grand Linné contre Cuvicr; le mot nntliropomorphe est une expression , et convient éminemment aux mille espèces croécs social.

individus sont armés de cannes et d'une l.ibaliûi-e d'o:i ils tirent une poudre noire avec laquelle ils farcissent incessamment leur nez, usage que le fisc français a Irèsheureusemcnt mis à profit. Comme tous les individus du Genre Homme (Mammifères), il est septivalve et paraît avoir un système d'organes complets : une colonne vertébrale, Tos hyoïile, le bec coracoïde et l'arcade zygomatique. Toutes les pièces sont ailiculécs, graissées de synovie, maintenues par des nerfs; le Rentier a certainement des veines et des artères, un cœur el des poumons. 11 se nourrit de verdure maraîchère , de ci^réales passées au four, de charcuterie variée, de lait falsifié, de bôtRS soumises à Foclroi municipal; mais, nono!)sl,'i!)i le haut prix de ces aliments particuliers a la ville de Paris, le sang a chez lui moins d'activité que chez les autres espèces. Aussi présentc-t-il des différences notables qui ont porté les oliscrvaleurs français à en constituer un Genre. Sa face pâle et souvent bulbeuse est sans caractère , ce qui est un caractère. Les yeux peu actifs oflTrent le regard éteint des poissons quand ils ne nag« nt plus, étendus sur le persil de l'étalage chez Chevet. Les cheveux sont rares, la chair est filandreuse; les organes sont paresseux. Les Rentiers possèdent des propriétés narcotiques extrêmement précieuses pour le gouvernement qui, depuis vingt-cinq ans, s'est efforcé de propager cette espèce : il est en en*et difiicile aux individus de la Tribu des Artistes, genre indomptable qui leur fait la guerre, de ne pas s'endormir en écoulant un Rentier dont la lenteur communicativc , l'air stupide et l'idiome dépoun u de toute signifiance sont hébétants. La science a dû chercher les causes de cette propriété. Quoique chez les Rentiers la boite osseuse de la télé soit pleine de cette substance blanchâtre, molle, spongieuse qui donne aux véritables Hommes, parmi les Anthropomorphes, Ip 'Lj^ glorieux de roi des animaux, ce ((ui semble justili^ par la ma-

MONOGRAPHIE DU BEWTIEB.

niére dont ils abusent de b CréâlioD, VauqueUn, d*Arcet, Thénard, Flourens, Dulrochet, UaspaîK el aulres individus de la Tribu des Chercheurs, D*y ont pas , malgré leurt e^saî», découvert les rudiments de la pensée Ches tous les Ben lirrs dislil lés jusqu'à 11 j on rd'hni, Celle fiubi^tance n'a donnû à leurs analyses que 0,001 d'e^prit^ 0^001 de

defDii.illl ^1 m \m 1^ iwm ^ g

jugemeitl , 0 le retle i

extérieure du bt&e iitdkf» t

eipéiiencei des cmmiilâ : élit ta iV Gijie, et De pvseiiLe tooui acôtev

j^-fT .

Cil Î1hi5lre auteur prépan^ un traité de Rkmlogie où les particularités de Ùenlîbr ï^erotit trt^S'am|ilunieut décriiez , et nous ne voulons emprunter rien de plus à ce bel oiivrage. La science allcnd ce tnivaîl avec d'autant plus dlmpatience, que le Realier t!^l uiiecnnquiHe de la civilîsatiiin inod»inu\ Les floui.iîns, le-î Grecs* lej* Epfvp" lienii» les PerfîCs ont ignore lolalcuientce ijr.ind E-icoutiile national a|ipelé Crédit. Jamais ils n'out voulu croire (d*oû créiltt) à la pos^^lbililé de rfniplocer un domntnc par un canv de papyrus quelconque, ruvier n'a trouvé aucun vestige de ce Genre daus h^ gypses qui nous onl conservé Irint il\iuimanx aiitoJllinÎL'n^, a moins qu'on ne veuille accepti^r riionnue [KHrifn'! di-couvcrt dans une carrliTe de grcs, et que tes curieuï ont été vuirll y a tjuel- (jucs anuoes, comme un spèrimcn ilii Gnirre Rentier; mais coiiiLii'n de gr.tve:^ riufsîious tcUc opiuîou nu soul'-vC' rail-ille pas? 11 y amail donc eu tîe.s Grands-Livres el des agents de ihanire avant le déluge! Le Hcnllcr ne remonte tLTtiJiiinun.l |hs jltis ti; u! i]no le rrpuc de Lours XIV, s,i r^niiiaioii «î.iti* de la cnu^iilulion df,-; rentes sur l'iiôlcl de vilk*. L'Kcij:. iiis Lin ;i Iji-aiscauii cîiitrihuéârnccrQÎî;renient de o\U'. Tr'ihu itoli u^l^ Cnuimc cclïc du ver d iùie, l'e.'îifttenri' i!ii Îii^uIIit dr^ppiid d'une finùUe, cl, uninie \\i'n( du ]i:i|iillrKi , il e>t xraiz^embtîiblcmcïit l'Ondn ^ur i::i]'ier. 31.1 Ign- le.^ i'unïH di-s nnlus lu^^kiens aust|uels simt ilis Ils travaux c/lrhres du Comité du sikil |jub!ïc, il p^t iinpii>Biîi!c de vnr cl^ Genre nprii's l'ércclii^u de 1.1 lîuur^e p air^'î les eui|runls, après les ûcrlts d Ûuvr.'ird. de lincrtfrîiiv LafiJtti", Villêlc et autres individu-^ de 1.1 THlni drs Loiï[i:,"llervkr?i cl des Sîiubtres spétialenant ULeii)<ês à touiniiîuîer ti's Itentier;;. Oui! le faîbîo et dn^ix lieutirr t\ dt:s eîiucuiî^ contre k'S|nrls la >'ati!ro stHÎ.dc uùïa poinLaruiè. L:i Cli.'iiuliredesdt*ptités leur can^arru d';nlleur.s, qiioii|uc à rei^r^jl, un chapitre Ijiéclal ûîi biidi;i-t lotis les nus.

Ces observ.-ilions !»ans rêpluiue funl JtiMicG des lenla- IWes, rcaléci d ailleurs sans succi'>, des rroducteurs, des

Economistes, ces THlnii erite|vl ricr, qui ne IcDdiient i Genre, considéré fiar eux caieurs ont été besocoaii tnf ^^H compte de^ travaux anténcm ^1i^^ Genre plu^îeurâ in«li?idai, ( p£xsioN3i£& et de« AliLitAnai,« Hestfaui que, «euibUUe Ih fld^''^ eoque de l'Argouiute , les ^ quille sociale* qui ne leur i ceux qui veulenl supprimer lëlMI^^ nomisles persistent malhettfeaieaall IhésD, comme ne eut-il s pirroslo la science, et foitt-ils Ublenite < politique. Si ce^ tusensés oofatcvil s*a percevrait bientôt de Tiliieoct ^^ ' lier, qui constitue une InDiilka ^ gereu^e Famille des Prolétitm et ) rieuses des ludustriels et d» I sociale, k Gouvixné par soit ! Oui , rinstt net dei îodiridii ^ i porte â jouir de tout saut tymi donné leur énergie goutte à i lion de garde nnlional quelque pwt I lilé ue saurait être DÎée iintsM^ envers la ProYidence : âParti,Iei colon cotre les antres espécet pltt pi The de se briser tes uoes emli Rentier, tous Kuptirirnei eo ^iriM lo tableau social, la Phf sN»BOàkï caractéristti|ues. t'Ohsemleart «Oii des Gîte- Papier» ne Ternit pkS| i vards, cescuriesiiés ImmiiDCs^ ' ment , qui regardent sans wcm» f«i mêmes en remuant leun 1èi de saa, qui lent Iroïi nuoi percnle de leur tal r% et éHtl0|

MONOGRAPHIE DU nEMIEU.

élicieuses extravagances des Callot, des Monloflmann, des Gavarni» des Grandville. La \ belle reine, n*aurait plus ses courlisans : le ▼a-t-il pas la voir quand elle charrie, quand [se en entier, quand elle arrive au-dessus de a*it au pont Royal, quand elle est à l'état de srdue dans les sables du bras de l'Hôtel-Dicu? ison , le Rentier a des motifs pour aller con- Seine. Le Rentier s*arréte encore très-bien maisons que démolit la Tribu des Spéculaipidement planté comme sont ses pareils sur '8, le nez en Tair, il assiste à la chute d'une D maçon ébranle avec un levier en haut d'une ne quitte pas la place que la pierre ne tombe, pacte secret avec lui-même et la pierre, et lute est accomplie , il s*en va excessivement «olument comme un Académicien le serait de m drame romantique , car on trouve chez le ucoup de sentiments humains. InoATensif» il pas d'autres renversements. Le Rentier est en ce sens qu'il remplit les fonctions du ]ue. Comparse de la grande comédie sociale, tand on pleure, il rit quand on rit, il chante

en ritournelle les infortunes et les joies publiques. Il triomphe dans un coin du théâtre des tnompnes d'Alger, de Constantine, de Lisbonne, d'UlIoa, comme il déplore la mort de Napoléon , les catastrophes de Fieschi, de Saint-Mcrry, de la rue Transnonam. Il regrette les hommes célèbres qui lui sont inconnus, il traduit en style de Rentier les pompeux éloges des journaux, il lit les journaux, les prospectus, les afQches, lesquelles seraient inutiles sans lui.

N est-ce pas pour lui que sont inventés ces mots qui ne disent rien et répondent â tout : Progrés , Vapeur, Bitume, Garde nationale. Elément démocratique, Esprit d'association. Légalité, Intimidation, Blouvement, et Résistance? Vous êtes enrhumé, le caoutchouc empêche les rhumes ! Vous éprouvez ces effroyables lenteurs administratives qui enrayent l'activité française, vous êtes vexé superlativement , le Rentier vous regarde en hochant la tête, il sourit et dit : « Ah ! la Légalité ! Le Commerce ne va pas : — Voilà les effets de l'Elément démocratique ! » A tout propos il se sert de ces mots consacrés et dont la consommation est si grande que , depuis dix ans, il y en a de quoi défrayer cent historiens future si Tavenir veut les expliquer. Le Rentier est sublime Je

p;t An ,. 1//.,!. il »,tii,té- )• vrik d'; f'4fi*, il Mirut le foi

'..• .r. vi i .,»r : i.»:- M fBV*

BIONOGRAPUIE DU RENTIER.

*^mmenre, il est pour les accusés. En pein- "^it pour Vigneron, auteur du Convoi du paumi^àlà iitlcniture, il en observe le mouvement •"^qUt les afficlies; néanmoins il souscrit aux i ^ Bcranger. Dans le moment actuel, il se pose

^ et demande d un petit air entendu à un Da< ^élé du Rentier) : « Ali çà! décidément, ce r. d (il prononce Sang) dont on parle tant, est- .ne ou une femme? »

er ne manque pas d'orij^înalité. Vous vous

si tous le preniez pour une figure effacée.

I foyer si vigoureusement allumé, Paris llambe

^nergie si volcanique, que ses reilets y colorent ^e les flgures des arriére- plans. Le Rentier met ^ le dixième de son revenu, d'après la règle ^Inconnu qu'il applique à tout propos. Ainsi ^^tendex prononcer les axiomes suivants : « Il ^er 1< s petits pois avec les riches, et les cerises ^psoTres. Il ne faut jamais manger d'huîtres miois sans R, etc. » Il ne dépasise donc jamais B de cent écus pour son loyer. Aussi le (jcnre neorit-il au Marais, au raulM)urg Saint-Germain, i'oes abandonnées par la vie sociale. Il abonde spi-Doré. rue Saint- François, rue Saint-iHaude, ■'ons de la place Royale, aux abords du LuxemjiDS queli|ues faubourgs; il a peur des quartiers jHrés trente ans de végétation, chaque individu 43vé la coquille où il se retire, et s*est assimilé ^iéce un mobilier auquel il tient : une pendule

50 i soleil dans un petit salon mis en couleur, ein d'harmonies ménagères. Ce sont des serins

8 sous un globe de verre, des croix en papier ce paillassons devant les fauteuils, et une vieille 'oaer. La salle à manger est à baromètre, â ri- '•nx, à chaises antiques. Les serviettes, quand le «tt mis, sont passées dans des coulants à chiffres 1 avec des perles de verre bleu par les mains de

amitié patiente. La cuisine est tenue avec une i remarquable. Peu soucieux de la chambre de que, le Rentier se préoccupe beaucoup de sa

1 longtemps bataillé pour obtenir cave au bois an vin, et quand il est questionné sur ce détail, ec une certaine emphase : a J'ai cave au bois et vin ; il m'a fallu du temps pour amener là mon aire, mais il a uni par céder. » Le Rentier fait sa n de bois au mois de juillet, il a les mêmes comnaires pour le scier, il va le voir corder au chanut chez lui se mesure avec une exactitude mée. 11 attend avec bonheur le retour des mêmes aux mêmes saisons : il se propose de manger un eau, il y a discussion sur le prix à y mettre, il se pporter et plaisante avec la marchande. Le melon ï dans sa cuisine comme une chose aristocralij'en réserve le choix, il le porte lui-même. Enfin ope réellement et sérieusement de sa table, le est sa grande affaire, il éprouve son lait pour le matin, qu'il prend dans un gobelet d'argent en ) calice.

atin, le Rentier se lève à la même heure par M saisons; il se barbifie, s'habille et déjeune. Du r au diner, il a ses occupations. Ne riez pas! Là ice cette magnifique et poétique existence incon-

gens qui se moquent de ces êtres sans malice. iiT ressemble a un ba:tpur d*or, il lamine des l les étend,, les change en événements immenses superficie; il étale son action sur Paris, et dore ndres instant^ d'un bonheur admirablement in* ute et sans profondeur. Le Rentier existe par les

yeux, et son constant usage de cet organe en justifie l'hébétement. La curiosité du Rentier explique sa vie, il ne vivrait pas sans Paris, il y profite de tout. Vous imagineriez diLdcilenient un pocmc plus beau ; mais ce poème de l'école de Delille est purement didactique. Le Rentier va toujours aux messes de mort et de mariage, il court aux procès célèbres, et, quand il n'a pu obtenir de place à l'audience, il a du moins vu par lui-même la foule qui s'y porte. Il court examiner par lui-même le dallage de la place Louis XV, il sait où en sont les statues et les fontaines; il admire les sculptures que les écrivains ont obtenues de la Spéculation dans les maisons des nouveaux quar**-ers. Enfin, il se rend chez les inventeurs qui mettent dcî; annonces à la quatrième page des journaux, il se fait démontrer leurs perfectionnements et leurs progrés ; il leur adresse ses félicitations sur leurs produits, et s'en va content pour son pays, après leur avoir promis des consommateurs. Son admiration est infatigable. Il va, le lendemain des incendies, contempler l'édifice qui n'existe plus. 11 est pour lui des jours bien solennels ; ceux où il assiste â une séance de la Chambre des députés. Les tribunes sont vides, il se croit arrivé trop tôt, le monde viendra; mais il oublie bientôt le public absent, captivé qu'il est par des orateurs anonymes dont les discours de deux heures tiennent deux lignes dans les journaux. Le soir, mêlé à d'autres Rentier*, il exalte môsieur Guérin de l'Eure, ou le commissaire du roi qui lui répliqua. Ces illustres inconnus lui ont rappelé le général Foy, ce saint du libéralisme, abandonné comme un vieil affût. Pendant plusieurs années, il parlera de M. Guérin de l'Eure, et s étonnera d'être tout seul à en parler. Quelquefois il demande : a Que devient M. Guérin de l'Eure? — Le médecin? — Non, un orateur de la Chambre. — Je ne le connais pas. — Cependant il aurait bien ma confiance, et je m'étonne que le roâ ne l'ait pas encore pris pour ministre. » Quand il y a un feu d'nrlifice, le Rentier fait â neuf heures un déjeuner dinatoire, met ses plus mauvais vêtements, serre son mouchoir dans la poche de côté de sa redingote, se dépouille de ses objets d*or et d'argent, et s'achemine à midi, sans canne, vers les Tuileries. Vous pouvez alors l'observer, entre une heure et deux, paisiblement assis, lui et sa femme, sur deux chaises, au milieu de la terrasse, où il reste jusqu'à neuf heures du soir avec une patience de Rentier. La ville de Paris ou la France ont dépensé, pour vingl mille bourgeois de cette force, les cent mille francs du feu d'artifice. Le feu a toujours coûté cent mille francs. Le Rentier a vu tous les feux d'artifice, il en conte l'histoire â ses voisins , il atteste sa femme; il dépeint celui de 1815, au retour de l'Empereur. « Ce feu, môsieur, a coûté un million. Il y est mort du monde; mais dans ce temps-là, môsieur, on s'en souciait comme de cela, dit-il en donnant un petit coup sec sur le couvercle de sa tabatière. 11 y avait des batteries de canon, tous les tambours de la garnison. Il y avait là (il montre le quai) un vaisseau de grandeur naturelle, et là (il montre les colonnades) un rocher. En un moment, on a TU tout en feu : c'était Napoléon parfaitement ressemblant abordant de l'ile d Elbe en France ! Mais cet homme-là savait dépenser son argent â propos. Môsieur, je Tai vu, moi, au commencement de la Révolution; pensez que je ne suis pas jeune, etc. » Pour lui se donnent les concerts monstres, les Te Deum, Quoiqu'il soit pour l'indifférence en matière de religion, il va toujours entendre la messe de Pâques A Notre-Dame. La girafe, les nouveautés du Muséum, l'exposition des tableaux ou des produits de l'industrie, tout est fête, étonnement, matière à examen pour lui. Les cafés célèbres par leur luxe

BlonOGRAPHiE 1 U RE5T]ER.

sont encore créés pour ses jf ui toujours avïJes. Jamais il n'a eu de journée comparable à celle de rouTertiire du chemiu de fer, il a parcouru quatre fois le chemin dans la journée. 11 meurt quelquefois sans avoir pu voir ce qu'il souhaite k plus : uDe séance de rÂcadëmie française!

Généralement le Renlier Ta rarement au spectacle, il y va pour son argent» et il attend un de cen grand.% suc* ces qui attirent tout E^aris, il fait queue, il consacre à celte dépense les produits de ses économies* Le Rentier ne paye jamais les centimes de ses niémoires, il lesmel religieusement dans une sébile, et trouve ainsi, par trimestre, quelque quinze ou vingt francs qu'il s'est volés A lui-même. Ses fourniï^seurs connaissent sa manie, et lui ajoutent quelqui^s cenlimes pour lut procurer le plaisir de les rogner. De U cet aïbme : « Il faut toujours rogner les mémoires, s Le marcliatid qui résiste à ce re* franchement lui devient suspect.

Le soir, le rentier a plusieurs soclélés : celle de son café, où il regarde jouer aui domtnos ; mats son triomphe Cbt au billard; il est eUrémement fort au billard sans avoir jamais touché une queue, il est fort comme galerii, il connaît les règles » il est d'une attention extatique.

Vous pouTCï voir dans tes bUMl suivant letE boules avec le :

qui regardent les gestes de pour savoir si le cafainbola|« a témoignage, el font autorité; " endormis sur les banquettes.

Le Rentier e^t si viol cm tu est un mouvemeol de va-ci-TÎtiil m quente peu les soclHéâ de m bo5^ton> le piquet et rimperiaW; 1 Tf chercher. Toutes les fols» ilqiiiii ?it|l ce fait entendre, la compi^iik t dft;i flel! & Par 1rs jours de clialnr, il f^ qui lui cause alors la surprlst éc li teille de bière. Le jour m \9m — ** une sortie^ le couple dîne vkm livre aux surprises de V&mML plat^ qui ne se f&ni bien fut dbs Id

llenttir et sa femme parlent ifte ^

ils vénfient leur compte d^AprètU cailei i^

dition, font provisîoji d» cunnln^clil'

une dignité sérieuse i ÎH mmt m poMt

La femme du Reutter e$X oite êêtm

MONOGRAPHIE DU RENTIER

e da peuple et la bourgeoise à prétention.

le rire, elle n'offusque personne, chacun

lûlt an parti pris; elle a des boucles de

Irysocale conservées avec soin ; Gère de son

'niére, elle n'admet plus le corset ; elle a

I diable, elle cultive le bonnet rond, mais

i un chapeau qui lui va comme d une mar-

DS. Comme disent ses amies» la chère

let n*a jamais eu de goût. Pour ces sortes

nlhouse, Rouen, Tarare, Lyon, Saint-

Ittrrentces modèles à dessins barbares et

Bmlears outrageusement mélangées, à semis

■-- mpossibles, a pois singulièrement accom-

^ j mignoDs.

lenUer n'a pas un (ils petit clerc, en voie -yé, huissier audiencier, greffier, commis ~ . a des neveux dans Tarmée ou dans les

El fils, neveux ou gendres, il voit rarement utcun sait que la succession du Rentier se I rente. Aussi, dans celte Tribu, les senti < I sans hypocrisie et réduits à ce qu'ils dois la société. Il n'est pas rare, dans celte mk le père et la mère faisant de leur côté, ?ua fils, un neveu, les mômes etTorts que le ^ font pour leurs parents. Les anniversaires ' ec toutes les coutumes patriarcales, on y jert. Les joies domestiques empreintes de

causées par certains meubles longtemps 4enus au moyen de privations imposées. La -^m des rentiers est celle de ne rien avoir A t rien devoir. Pour eux. les débiteurs sont ■ont, même d'un crime. Quebfues rentiers ^ des colleaions, entreprennent des biblio- Kitres aiment les gravures; quelques-uns coquetiers en bois de couleurs bizarres ou ligne sur les bateaux vers Bercy, sur des

où les débardeurs les trouvent quelquefois i«nt leur canne abaissée. Nous ne parlerons frves de leur vie privée, le soir, qui les mons un jour original, et souvent font dire ^ de bonhomie féminine par leur indulgente Eie suis pas la dupe des rendez-vous de mon- "Turc.»

a me autour de cette figure, plus on y déklités excellentes. Le Rentier se rend justice, llementdoux, calme, paisible. Si vous lere- Ctentivement, il s'inttuiète, et se contemple ur chercher le motif de cette inquisition, "'«ndrex jamais en faute : il est poli, il admire ne comprend pas, au lieu d'en plaisanter dividus du genre Hommes Forts ; il salue lis & rue, il ne passe jamais devant une porte i r sans asperger la bière ni sans demander lui auquel il rend les derniers devoirs; s'il ■3 fait raconter la vie, et s'en va donnant

sa mémoire, il respecte les femmes ; mais :^et point avec elles, il n'a point le mol pour eut-être son plus grand défaut est-il de ne [l.éfauts. Trouvez une vie plus digne d'en-

de ce citoyen! Chaque jour lui amène son I bérets nouveaux. Humble et simple comme r-airies, il est aussi nécessaire à l'état social M indispensable au paysage. Ce qui le rend a«nt intéressant est sa profonde abnégation : ^c personne, il admire les artistes, les minis- •cratie, la royauté, les militaires, l'énergie lins, le courage moral des savanb:, les gloires L les araignées mélomanes inventées par le

Contiitutionnel, les palinodies du Journal des Débats et la force d'esprit des ministériels : il admet toutes les supériorités sans les discuter, il en est fier pour son pays. Il admire pour admirer. Voulez- vous a*pprendre le secret de cette admirable existence? Le Rentier est ignorant comme un carpe. 11 a lu les chansons de Piron. Sa femme loue les romms de Paul de Rock, et met deux mois à lire quatre volumes in-i2; elle a toujours oublié les événements du premier volume au dernier; elle mitige sa lecture par l'éducation de ses serins, par la conversation avec son chat. Elle a un chat, et ce qui la caractérise est un amour immodéré pour les animaux. Quand le Rentier tombe malade, il devient l'objet du plus grand intérêt. Ses amis, sa femme et quelques dévotes le catéchisent , il se réconcilie généralement avec l'Eglise : il meurt dans des sentiments chrétiens, lui qui, jusqu'alors, a manifesté de la haine contre les prêtics; opinion due à S. BI. libérale feu le Constitutionnel /«^ (Juand cet homme est à six pieds de terre, il est aussi avancé que les vingt-deux mille hommes célèbres de la Biographie universelle, dont cinq cents noms environ sont populaires. Comme il était léger sur la terre, il est probable (lue la terre lui est légère. La science ne connaît aucune épizootie qui atteigne le Rentier, et la mort procède avec lui comme le fermier avec la luzerne : elle les fauche régulièrement.

Nous n'avons pas obtenu sans peine du patient micographe qui prépare son magnifique Traité de Rienohgie la description des variétés du Rentier; mais il a compris combien elles étaient nécessaires à cette monographie, et nous avons livré leurs figures au crayon d'un dessinateur déjà nommé. L'auteur de la Rienologie admet les douze Variétés suivantes :

I. Le CÊLiBATAiiiB. Celte belle Variété, qui se recommande par le contraste des couleurs de son vêtement, toujours omnicolorc, se hasarde au centre de Paris. C'est au-dessous de ses gib ts que vous pourrez voir encore les breloques de montre â la mode sous l'Empire : des graines d'Amérique montées en or, des paysages en mosaïque pour clef, des dés en lapis-lazuli. Ce Rentier se met volontiers au Palais-Royal en espalier et a le >ice de saluer la loueuse de chaises. L.e CélibaUiire se lance aux cours publics en hiver. 11 dine dans les restaurants infimes, loge au quatrième dans une maison à allée ou il y a un portier â l'entre-sol. Il se donne la femme de ménage. Certains individus portent de petites boucles d'oreilles, quelques-uns affectent un œil de poudre, et sont alors vêtus d'un habit bleu barbeau. (Généralement bruns, ils ont de fantastiques bouquets de poils aux oreilles et aux mains, et des voix de basse -taille qui font leur orgueil. Quand ils n'ont pas l'œil de poudre, ils se teignent les cheveux en noir. Le Prud'homme, trouvé par un de nos plus savants naturalistes, par Henri Monnier, qui le montre avec une complaisance infinie, magnifiquement conservé dans l'esprit, encadré de dessins admirables, le Prud'homme appartient à celte Variété. Ces Rentiers parlent un idiome étrange. Quand on leur demande : c Comment vous portez-vous? » Us répondent : a A vous ranimes devoares / » Si vous leur faites observer que le verbe ramer ses devoirs n'a pas le sens de rendre ses devoirs, ils vous répliquent d'un air presque narquois : c Voici trer*e ans que je dis ram'mes devoa» res, et à bien du monde, personne ne m'a repris ; et d'ailleurs ce n'est pas â mon Age qu'on change ses habitudes. Ce Rentier n'est susceptible d'aucun attachement, il n*a pas de religion, il ne se passionne pour au* cun parti, passe une partie de ses jours dans les cabinets de lecture, se réfugie le soir au café 8*il pleut, et y re-

MOOGRAFHIE BU RETnER.

girde entrer et sorlïr tes Ittïâf uèi. %ins nt pômvoDi l«t SUIVIE iliiis leurs îentÂi |.r'i?T*e!i* !e* ûoclume* i]mad il fait Ke.iu lemff^. L€^ fru^^lut tfili^a en l|' orient eha-ioe hiver urie o ruine qiMttiïîtî. ^e coofofidti ps ce ^«nre àv*-c If DiMEici : le i-êiibaUire \mi rester garçon „ leDjmef'-t veut ^f^ marier.

\[. Le LntporAT.Dî. Cite V.irî^îé a ronniT ïe fr>^0- Ce R.>iiii^r e>l irî!-(!^U, maîî II s'apaise f3cî"n[*^nL Se» traîls nrai^re^orrrirtil d»î^ t'ii* iaiirr^ e: TtrJ*ïrt5. Il -si le^tnl <|tii >a4onfiP n ilt^ îJV^an L:tipîi*e?î. mû* îiiconjil lf?%, le^iyi.Hes lro"iLl<^iit &a rfi.iïsîi'ïi'liidt' <^l t .'ijri'i^eot* Ce R^^iilii^r *e prîï^ de t .^it t il e-l -rUire, .«^^s vélt^uteîil^ »^nt rijiés; il p'im|^e encore y^u^ li ul q",v le jnkeJeut, njîrfjtile Ici rÎJtteurs de la mm-arde. se n lumlde pelUs pains et de là il le nntîn. dir.e :j dorz^ ?jui< cher MUe* ray ou à Tiogt soiiî cUeî Tï c*>t^ui; il u-^nîi dii'i sous

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ausjî. Cet imbécile eilc«litfv,i le Cure iia ca|fîUl afia Ci élfep ae prêterai l pat i n I francs qui! tïi-iil pf^tî |ri^«. Il »*jf Irape i iQflt i d'utilité. i« laisse iirendrei cabieor» soo ennemi. Les i eoDuai^siseiit i sa lète^ déf^ngaDdé. Dfe tmis les 1 le plu$ i loi-iDênie m fC ]

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m. Le MmiÊ. Ce llenli(?r divîse <îa cernent sa renie par allociitioos mensuelles, il sVfT rce rt'i-onnnu^' r siïr o^Ue somnif , et sa femelle le seconde. Cliex lui le mari»ge se Ir.-ihll par la blanrheur du Eiiii^e, par des ^\leU couleur □ankipp par de«£ jai>ot<; plb^é:!* p;ir des gants de soie qu'il fait durer une année. Peu causi un il écoule, et il atroufé moyen de remplacer une premipre inlerriig'itioti en offrant uue prbe de titl>ae. nemanftnble par !^oo exceisife douccufp le marié s appli<|ue a tiuelf^ue» ouvragej« doinesti [ueSp il fait le.^! comuiis-^ions du mén.iqc, [iromént le chîcri de sa fimme. rapports des friandises, se ran^e cinq minutes avant le pHi*sa^e d'une mlure. et dit Jf/on àmin nn ouvrier. Cet anthropomorphe s'indigne et amaj^se du mande quand un charretier brutalise ses ehevaui, demande pourquoi tant charger une voiture, et parle d*une loi à faire sur les anîmaLi, comme il en eiiste une en Anglelerre, berceau du gouvernement constitulionnel. Si U- chnrrelier se met à l'état de ncbellion envers les spectateurs p en sa qualité de père de famille, le Marié s'évade. Il offre la plnf»art d^s caractères du B entier firaprement dit. Son détiut consiste â soui^crire aux ouvraj^es par ïivriisr>ns en cnchetle do sa femme* Qnelques-uni vont a rAlliênée; d'autres s'afRUent à cet obscitre^i sociéiés chantantes, les fillis naturelles du i a- Teau, et nommées gojïaeltes-

IV, Le Tacitebi^ï, Vous vojcî passer un homme lom* bre et qui paraU rêveur une main passée dans son gilet; Vautre tient une canne â pomme dîvoîri! blanc. Cet homme est comme une conlrelaçon du Temps, il marche tout les jours du même pas, et sa Ugure semble avoir été euile au four. Il accomplit ses révolutions avec rtn* fleiible régulirilé du solctL Comme depuis cinquante

iQi la Franeft le inmTe gnves, U iH>lice, in^viéH d ^^i rendre com|it« île <|iip|i|«e cl Uer : elle le voit raibwiM sufer my^térieascfMit Its lastiqut, tirer n clef. slM avec prrâiutioD. Qoe iitt*DÎ «erve. Les agenU rÉT^it iets, lavage de fNifikr tî police aequtert la ceiljinée ^It' ce qai te donue lai îtirfiMli cerné. Il sort, entre dm « Caire, il leur livre qu'il a dérobés à TaUeetie plie alors ses précantMat, sentOp lui parle û*i pénètre dans ta dianilne symptômes de la plos eiei certitode qtie cet lioiiiiiie« p emploie son tem|H( â molfr col ter des étiquette : îl fm§ rougir de la desiinaim fi^ ce rentier est eonceotm sv «t 6olr ses Jours, fdiol. i I V. Le lln.fTim. CtUe aux amateurs de tjpeft pv cordon est en cuir ireal^ it de sa redingote; par des épaules, et par h thoraciques, enBa pirm quecbcs les aiitr«t itariHè»!

lul^mêtne a lun ie ficelé

BIONOGRAPmE DU RENTIER.

péripéties trimestrielles assez cuement de chaque saison, il est e, il fume des cignres, rc<;ale ses manger des matelotes à la Hâpce, jons : il a signé son cprlifirat de ;he usurier qui lui a escompté les Uence. Tant que dure cette phase, iine quantité de petits verres, sa me, puis bientôt il rcvi» nt à l'ôlat alonné par les dettes et au taulier, le météore du genre, n'a , Il se dit volé par rinf'ir.e qui re : quand il en a tiré qucl(|ue 3ue le tour d'aller vivre à quelque ù Use condamne fi la mort civile, [uelques trimestres de sa pension.

de n)s armées vend, dit-on, quclir qui Va nourri le certiGcat de vie rariété danse aux barrières, parle chant au bivac, le long des murs ivre d'un trimesire Vous voyez trogne rouge, à chapeau bossue, )urs graisseux, redingote couleur d'un ruban rouge, allant comme lamps-Elysêes, sans pouvoir mentis gants en hiver, une redingote lodrucs inédits, ayant mille francs leuf sousâ la barrière, après avoir rie et sauvé TEmpereur. La blague r.4 discours une teinte spirituelle, fants et les soldats. Par un hiver aire de police , averti par les voide DOS armées sur la paille dans ite, il le fait placer par Tadminis- X Incurables, au moyen d'une déses pensions de la Légion d'honques autres sont sages, rangés, et t dont les antécédents, la position mais qui tient un bureau de tabac, , qui fabrique du fouet. Si leur extrêmement excentrique, leur ; de l'hôpital. Cette variété d*ailtraordinaire : elle est panachée tel point qu'il est difQcile de dée vestimental. Les individus de dant une particularité qui leur est u'ofonde horreur pour la cravate, :ol est crasseux, rongé, gras, mais me cravate de bourgeois; puis ils II. )

UR. Ce Rentier à passion ostensible dans ses courses à travers Paris, les idées bizarres. Son peu de for- ;ollcctions d'objets chers, mais il des riens le goût de la collection, reconnue chez les anthropomorgprandes villes. J'ai connu personde cette Variété qui possède une i afûches afGchées ou qui ont dû ce rentier, la Bibliothèque royale action, Paris y perdrail ce magniiictions originales venues sur ses tous les proNpectus, bibliothèque Celui-ci collectionne uniquement ssenteut les acteurs et leurs cos* il une bibliothèque spécialement is dans les volumes é six sous et rs sont remarquables par un vête-

ment peu soigné, par les cheveux épars, une figure détruite; ils se traînent plus qu'ils ne manhentle long des quais et des boulevards. Ils portent la livrée de tous les hommes voués au culte d'une idée, et démontrent ainsi la dépravation «i laquelle arrive un Rentier qui se laisse atteindre par une pensée. Ils n'appartiennent ni a la Tribu remuante des Artistes, ni à celle des Savants, ni «i celle des Ecrivains, mais ils tiennent de tous. Us sont toqués, disent leurs voisins. Ils ne sont pas compris, mais toujours poussés par leur manie: ils vivent mal, se font plaindre par leurs femmes de ménage, et sodvent, entraînés à lire, à vouloir aller chez les hommes de talent mais les Artistes peu indulgents les bafouent.

VII. Le Philanthrope. On n'en connaît encore qu'un individu, le Muséum l empaillera sans doute. Les Rentiers ne sont ni assez riches pour faire le bi(>n, ni assez spirituels pour faire le mal, ni assez industriels pour faire fortune en ayant l'air de secourir les forçats ou les pauvres; il nous semble donc impossible de créer une Variété pour la gloire d'un fait anormal qui dépend de la tératologie, cette belle science due à Geoffroy Saiutllilaire. Je suis à cet égard en dissentiment avec 1 illustre auteur de la Rienologie : mon impartialité me fait un devoir de mentionner cette tentative, qui d'ailleurs l'honore ; mais les Savants doivent aujourd'hui se défier des classifications : la nominclature est un piège tendu par la synthèse à l'analyse, sa constante rivale. N'est-ce pas surtout dans les riens que la science doit longtemps hésiter avant d'admettre des différences? Nous ne voulons pas renouveler ici les abus qui se sont glissés dans la botanique â propos des roses et des dalhias.

VIII. Le pBîisioiiwé. Henri Monnier veut distinguer cette Variété de celle des Militaires, mais elle appartient au type de l'Employé.

IX. Le Campagt^ard. Ce Rentier sauvage perche sur les hauteurs de Belleville, habite Montmartre, la Villette, la Chapelle, sous les récentes Batignoles. Il aime les rez-deschaussée à jardin de cent vingt pieds carrés, et y cultive des plantes malades, achetées au quai aux Fleurs. Sa situation extra-muros lui permet d'avoir un jardinier pour inhumer ses véi:étalions. Son teint est plus vif que celui des autres Variétés, il prétend respirer un air pur, il a le pas délibéré, parle agriculture, et lit le Bon Jardinier. Tollard est son homme. Il voudrait avoir une serre, afin d exposer une fleur au Louvre. On le surprend danslesboîs de Roroainville ou deVincennes, où il se Halte d'herboriser ; mais il y cherche sa pAturc, il prétend se connaître en cha'^pignons. Sa femelle, aussi prudente que craintive, a »oin de jeter ces dangereux cryptogames et d'y substituer des champignons de couche, innocente Ironiperie avec laquelle elle entretient ce Rentier dan» ses recht rches forestières. Pour un rien il deviendrait collectionneur. C'est le plus heureux des rentiers. H a sous une vaste cloche en osier des poules qui meurent d'une maladie inconnue à ceux des(|ucls il les achète. Le Campagnard dit : Nous autres Campagnards, cl se croit a la campagne, entre uir nourrisseur et un étiblissement de fiacres. La vie à la campagne est bien moins chère qu'à Paris, affirme-t-il en ofl*rant du vin d'Auxcrre orgueilleusement soustrait h l'octroi. Fidèle habitué des ihéAtres de Belleville ou de Montmartre, il e-^t dans l' enchantement, Ju.<K|u'au jour où, perdant sa femme par suite de rhumatismes aigus, il craint le salpêtre pour lui même et rentre, la larme à l'œil, dans Paris, qu'il n'aurait jamais dû quitter, si, dit-il, il avait voulu conserver sa chère défuntel

X. L'ËsooNPTEUB. Celte Variété pile, blême, A gardevue vert adapté sur des yeux terribles par on cercle

BIONOGRAPHIE DU RENTIER-

de fil d'trchil, a'aUachc aiii pelites rues sombras, ani raéchanU apparlfmenlft. Betrîiovhée denrim des cartons, â un biiffau propreL elle sait dire des phrases tnlel* leuseK qui enfeloppeut &t% résolu liûnft implacablei. Ces Rentiers sont kit plus courageui d*e titre tous : ils demandent cinquante pour cent sur des effets a six mûls, quand ils vous voient s:in^ canne et sa us crédit, lissent franc^maçonsi et se fotit peindre avec leurs coïi tûmes de dîgn lia ires du Grand Orient. Les uns ont des redingotes vertes étriquéo s qui leur donnent, non moins que leur îifTure, une res^^eniUnnce avec les cigales, dont Targane clairet semble ctre d^in» leur laryni; les antres ont la mine fade des veau!c, prori:i]ent avec lenteur et sont douceroui comme une pur^ation. \h perdent dans une seule afTain' ki béuéllces de dis escomptes usuralres, et Oni^ sent par acquérir une dcflancc qui les rend alTreui* Cette V.iriéte ne rît jamais et ne se montre point sans psra^ pluie: ellfï porte des doublets souliers.

3^1* Le I)AMF:h£T. Octte Variété devient rare. Elle se reconnaît à ses (îilcis, qu elte porte doubles ou triples et de couleurs éclatantes, à un atr propret, à une badine au lieu de canne, a une allure de papillon, à une tailtô de gu^pe, n des bottine* â une f*pingle mou tée d'un énorme médaillon a eheveuï ouvragés par le Benvenuto CelUni des perrui|ues, et qui ]iorpi'tue de blonds souvenirs. Son nienlrm i>tonge dans une cravate prétentii^u«>e. Ce rentier, qui a du coton dans les oreiller it aux mains de vieux gantit acttoyét, j^rend des j^oses anacrcoutiques, se lierai te la té te par un mouvement délicat, fréqueule les lii'ux publics, veut se marier avantageuse meut. Tait le tour des tiers â Saiut-llocb pendant la messe deïi bdles, pasiïe la soirée aux concerts de Valentiuo, suit la mode di^ trvs-bHn,dit HeUedame, Hâte m voix et dan^ie, Âjtres dix anm>cs passécH au service de C y tbère, il se coui promet avec une iJiirigante de trentc-sii ans, qui a deux frères cbatouîlleuXi et Huit par d^ïvenir Theureux cpoiii d'une femme charmante^ très ^ distinguée, ancienne modiste^

baroi daiïs le

reste d'oamers, CMée^rfii sont élevés de 11 à la redingote iiiArroacl«| plus chez les mircbisdfl itmi menades, ne dépassent pasi tier est mnqaîUe, ne £ui f ment vîraaC^ il joue «s f boules.

Pauvre argile d'oà ne i vertus aoiil înédîtes et Sterne a iaîllé la belle d*oû j'ai tiré les Bîrolicii.| Rentier^ apprète-tot» dés^ si tu la lls^ â sou tenir ki cinq pour cent coosalidè. ci< des Rentiers, réduite de ni réduiront encore les Cba&lreti cilité que^ quand une tnfaÎMal^l mille personue^t «lia ne ciurpli En laîn tu as lu pendant trtsUl â tour répubHcaiiiea, impérvlaii Rentes fKuwÉrvmiMS * Hilj^ a :

agneau social, tu serai tonda al comme eo 1750. Sais -ta [ que moi |>our défeiiseur. £n J récolte une inoition dinjaisl la p1«isanteri«, le seul léa i pour que tu puisses j être pUstl putédtt quart de U renie, m\ nez, iJ tâcbera sur toi ks i chantera ÛBs complatntei \ clouera entre quatre pliactel calemboun.

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lE JOUEUR DE BOULES

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