‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 14 sur 269 · liiM Miii · texte numérisé non relu

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LE rOETE.

le couplet politique; on le chante d voix basse. Regardes, je vous prie, si les portes sont bien fermées, et s*il D*y a pas de sergents de Tille dans Thonorable société... Deuxième conplell...

Do gouTemement d*aujoard'hai Le Champagne est Tauxiliaire ; • Que de voix conquisea par lui

Dans les k>anquet« du ministère I On connait ploa d'un député, Jadis siégeant sur la Montagne, Dont la conscience a sauté Avec le bouchon du Champagne (&ta), Du Champagne I

A la Révolution de juillet !... Voici maintenant le couplet immoral, qu*il faut chanter encore deux fois plus bas que le précédent. Prenez vos éventails, mesdames, si TOUS en avez... Troisième couplet!...

Ce vin sert les pmjcls d'amour, 11 captive U plus rebelle ; Au souper servi chez Vérour D'abord on invite la belle ; Elle résiste peu d'instants, Car bientôt l'ivresse la gagne...

Sa vertu dure moins longtemps Que la bouteille de Champagne (6t«), De Champagne 1

Au sexe qui fait le charme et le tourment de notre existence! aux femmes!... Vient ensuite le couplet patriotique. Vous êtes priés, mesdames et messieurs, de déployer le plus vif enthousiasme... Quatrième et dernier couplet I

Quand, pour noua imposer des lois, Los Prussiens marchnient sur nos villes, An sein du pays champenois Us trouvèrent des Thermopyles.

Si des ennemis orguciUeux Osaient se remettre en campagne, Ils auraient encor devant eux Les paysans de la Champagne {bi$), De la Champagne 1

A la France!...

On se lève, on applaudit , on crie , on tend les verres , on les choque avec fracas , le chansonnier triomphe. Et pourquoi? parce qu*il a réveillé des sentiments nationaux qui couvent sans être éteints, parce que, tout en rimaillant, tout en fredonnant, il a remué des idées populaires. On peut lui reprocher de répéter régulièrement aux noces auxquelles on le convie un épithalame omnibui qui s'accommode a tous les mariages comme la botte du Petit-Poucet à toutes les jambes.

Mais à porter des nœudisi doux

Pans. Tmp de l^vJoaarJ Blot, rue SaUit-Louis, 49.

I/EPICIER

. j^Mi^H^*^

dit quelle o*est pas encore remise du choléra. La conversation s*eng«ige. I/tnconnu prend la parole.

c Méiieu... 1 Tout est dit, l'épicier se déclare. Un épicier ne prononce ni monsieur, ce qui est aflecié, ni m'neUf ce qui semble inûniment méprisant ; il a trouvé son triomphant môsieu, qui est entre le respect et la protection, exprime sa considération, et donue à sa personne une saveur merveilleuse, c Môsieu, vous dirat-il, pendant le choléra, les trois plus grands médecins, Dupuytren, Broussais et môsieu Magendie, ont traité leurs malades par des remèdes différents; tous sont morts ou à peu près. Us n'ont pas su ce qu*est le choléra ; mais le choléra, c'est une maladie dont on meurt. Ceux que j*ai vus se portaient déjà mal. Ce moment-lé, môsieu, a fait bien du mal au commerce, i

Vous le sondes alors sur la politique. Sa politique se réduit i ceci : c Môsieu, il parait que les ministres ne savent ce qu*ils font 1 On a beau les changer, c'est toujours la même chose. 11 n'y avait que sous l'Empereur où ils allaient bien. Mais aussi, quel homme! En le perdant, la France a bien perdu. Et dire qu'on ne l'a pas soutenu ! » Vous découvres alors chei l'épicier des opinions religieuses extrêmement répréhensibles. Les chan-

sons de Béranger sont ion Evangile. Oui, ces détestables refrains frelates de politique ont Hiilun mal dont répicerie se ressentira longtemps. Il se passera peut-être une centaine d'années avant qu'un épicier de Paris , ceux de la province sont un peu moins atteints delà chanson, entre dans le Paradis. Peut-être son envie d'être Français l'entraîne-t-elle trop loin. Dieu le jugera.

Si le voyage était court, si l'épicier ne parlait pas, cas rare, vous le reconnaîtriez à sa manière de se moucher. Il met un coin de son mouchoir entre ses lèvres, le relève au centre par un mouvement de balançoire, s'empoigne ma|^stralement le nex, et sonne nne fanfare à rendre jaloux un cornet à piston.

Quelques-uns de ces gens qui ont la manie de tout creuser signalent un grand inconvénientâ l'épicier : «Use retire, i disent-ils. Une fois retiré, personne ne lui voit aucune utilité. Que fait-il? que devient-il? il est sans intérêt, sans physionomie. Les défenseurs de cette classe de citoyens estimables ont répondu que généralement le flls de l'épicier devient notaire ou avoué, jamais ni peintre ni journaliste, ce qui l'autorise à dire avec orgueil : « J*ai payé ma drtte au pays. » Quand un épicier n*a pas de fils, il a un successeur auquel il s'intéresse* il

L'ÉPICIER

Teiicoorage, il vient voir le monlanC des ventes journalières, et les compare avec celles de son temps; il lui prête de Targent : il tient encore à Tépicerie par le fil de Tescompte. Qui ne connaît la touchante anecdote sur la nostalgie du comptoir à laquelle il est sujet?

Un épicier de la vieille roche, lequel, trente ans durant, avait respiré les mille odeurs de son planeher, descendu le fleuve de la vie en compagnie de myriades de harengs, et voyagé côte à côte avec une infinité de mornes, halayé la boue périodique de cent pratiques matinales, et manié de bons gros sous bien gras; il vend son fonds, cet homme riche au dtld de ses désirs, ayant enterré son épouse dans un bon petit terrain à perpétuité, tout bien en règle, quittance de la Ville au carton des

' papiers de famille; il se promène les premiers jours dans Paris en bourgeois ; il regarde jouer aux dominos, il va même au spectacle. Mais il avait, dil-il, des inquiétudes. Il s'arrêtait devant les boutiques d*épiceries, il les flairait, il écoutait le bruit du pilon dans le mortier. Malgré lui cette pensée : « Tu as été pourtant tout cela ! » lui résonnait dans Toreille, à Taspect d*un épicier amené sur le pas de sa porte par Tétat du ciel. Soumis au magnétisme des épices, il venait visiter son successeur. L'épicerie allait. Noire homme revenait le cœur gros. 11 était Umt chose^ dit-il à Broussais en le consultant sur sa maladie. Broussais ordonna les voyages, sans indiquer positivement la Suisse ou Tllalie. Apré.<; quelques excursions lointaines tentées sans succès à Saint Germain, Montmorency, Vincennes, le pauvre épicier, dépérissant toujours, n'y tint plus ; il rentra dans sa boutique comme

** le pigeon de la Fontaine à son nid, en disant son grand proverbe : Jeiuu comme le lierre, je meurs où Je m'attache! Il obtint de son successeur la grAce de faire des cornets dans un coin, la faveur de le remplacer au comptoir. Son œil, déjà devenu semblable à celui d'un poisson cuit, s'alluma des lueurs du plaisir. Le soir, au café

du coin, il blâme la lendanee de l'épicerie au charlatanisme de l'Annonce, et demande i quoi sert d'exposer les brillantes machines qui broient le cacao.

Plusieurs épiciers, des têtes fortes, deviennent maires de quelque commune, et jettent sur les campagnes un reflet de la civilisation parisienne Ceux-là commencent alors à ouvrir le Voltaire ou le Rousseau qu'ils ont acheté, mais ils meurent à la page 17 de la notice. Toujours utiles A leur pays, ils ont fait réparer un abreuvoûr, ils ont, en réduisant les appointements du curé, contenu les envahissements du clergé. Quelques-uns s'élèvent jusqu'à écrire leurs vues au Conttitutionnel, dont ils attendent vainement la réponse; d'autres provoquent des pétitions contre l'esclavage des nègres et contre la peine de mort.

Je ne fais qu'un reproche à l'épicier : il se trouve en trop grande quantité. Certes, il en conviendra lui-même» il est commun. Quelques moralistes, qui l'ont observé sous la ladtude de Paris, prétendent que les qualités qui le distinguent se tournent en vices dés qu'il devient propriétaire. Il contracte alors, dit-on, une légère teinte de férocité, cultive le commandement, l'assignation, la mise en demeure, et perd de son agrément. Je ne contredirai pas ces accusations, fondées, peut-être, sur le temps critique de Tépicier. Mais consultez les diverses espèces d'hommes, étudies leui*s bizarreries, et demandez>vous ce qu'il y a de complet dans cette vallée de misères. Soyons indulgonls envers les épiciers 1 D'ailleurs, où en serions- nous s'ils étaient parfaits? il faudrait les adorer, leur confier les rênes de l'Etat, au char duquel ils se sont courageusement attelés. De grâce, ricaneurs auxquels ce mémoire est adressé, laissez-les-y, ne tourmentez pas trop ces intéressants bipèdes : n'avex-vous pas assez du gouvernement, des livres nouveaux et des vaudevilles?

LE POÈTE

t DE LABÉDOLLIERRE

Qoe les geBS respnt SMt bêi0sf BcABiâioiaw,

Hescio q«id nafirun wAiUBS Tocts il illis.

B<Mur.

I ToQ «ûtcftd par poètes te« grandi écrivains qui La M n'élit ih'^ pensées proîmiiif% i\'iii\i* forme méloiii ij.r pt i iuoresque, on ■ i\ I M ! • r peu dans le I . u ncore moins 4i^tiv k jitcNent Mais, si i'ùn c<t[iïprt!nd sous ce nom c.t:\\% f\m se croient fô droit du le porter, ceux qu'une prédupo»ition native excite à cadencer des alexandrins i enfin les métromanes susceptibles de rimer, et convaincus d être coutumiers du fait , on trouvera une classe assez nombreuse ayant une physionomie et des allures partiailiéres, et appréciable sans loupe d l'œil de l'observatioii.

teindrons- nous les bablto^le cette classe bizarre et peu connue? L*auteur de la ttftfomanie Ta faii avadt nous , et sa monographie fàbàste. Un intervalle d*un siècle a modifié le costumf , 'satâs altérer lindWido'. Le poète est toujours le même personnage , inégal et fantasque, distrait et rôveur. 11 a échangé contre un frac l'habit à galons d'or et A boutons historiés , mais il est toujours plus soigneux de son style que de sa toilette, quand il ne néglige pas l'un et l'autre, quand il n*eiiste pas une parfaite harmonie de désordre entre ses vêtements et ses pensées. La poudre n'enfarioe plus m che-

Telore, mais les mêmes idées excentriques germent daos sa cervelle à l'ombre d'une coiffure à la Titus. Une épêe inoflensive ne ballotte plus à son côté, mais sa démarche n'en est pas moins embarrassée, irréguliére, rapide comme une locomotive, ou lente comme un roulage accéléré. Un jabot moucheté de tabac ne s'arrondit plus en nageoire de perche à Tavant de sa poitrine ; mais cette poitrine, palpitante du feu du génie, est encore aujourd'hui gonflée d'orgueil et de vanité.

La vanité ! voilà le péché favori du poète ! Sitôt qu'an écolier a griffonné ({wre sixains pour la fêle de sod professeur, il croit krar dans son écritoire une source de gloire et de fortune, court lire ses vers à ceux qui ont le malheur d*^tre ses amis , et devient le héros de di verset solré^ où fou sert des poètes après le café, en guise de rafratcbisadj^ents. Certaines familles se plaisent 1 grouper J^uton^ V^^^^ ^^' rimeurs , qui deviennent fartie intégrante da logis, et sont immeubles par destinftlon. ChacHf^ o eux d tour de rôle s'avance au milieu du salon, où les dames l'examinent avec Tattention qu'on prête à une bête curieuse, et, après quelques instants d'une résistance honorable , il donne aux oreiUeê son friand repas. Rien n'est changé depuis le siècle de Molière dans l'agencement des réunions littéraires, ni les exclamations des Philaminte et des Bélise, ni les prétentions des Trissotin et des Vadius. Cependant ils sont de nos jours plus policés que leurs devanciers, leur jalousie le dissimule sous les dehors d*un enthousiasme récipro-

LE POETE

que. Ils peuvent songer secrètement à déprécier leurs confrères, mais ils arrivent plus sûrement d leurs fins ; ils ne se querellent plus, ils se louent.

Bien qu'il y soit inondé de compliments et d*eau sucrée , le poêle fréquente peu celle collection de zéros qu'on appelle le monde. Pour s'y présenter, il faut sMiabiller. et s'habiller est une occupalion si triviale, si pénible» si intolérable ! S'interrompre dans la fabrication d'une stance pour chercher une cravate et un gilet; descendre des hauteurs du Primasse pour fouiller dans un tiroir ; troquer sa plume contre un peigne, contre une brosse, contre un rasoir; employer à changer de linge, à attacher des sous-pieds, à mellrc des gants, un temps qu'on voudrait consacrer tout entier à un travail spiritue], quel supplice I Et à quoi bon le subir? Pour aller faire des révérences daps un salon, conter des fadeurs à des femmes roides el minaudiéres , soulever les plus hautes questions de l^ #0iciété avic des clercs de notaire, jouer nu boston, demander une indépendance en carreau, déguster des verres d^orgeat que ia maîtresse de la maison suit.de l'œij^ en .;iptant les gastronomes indiscrets , entendre les sons saccadés d'un piano ou la voix criarde d'une prima donna parisienne... c'est amusant el varié comme un jel d'eau.

Le poêle reste donc chez lui, s*y livrant doucement à son indolence naturelle, it ntlendanl l'inspiration avec rimmobilité d'un fakir. A l'inverse de Scnéque, qui écrivait sur une table d'or un traité de la pauvreté, il vante dans une mansarde les douceurs de l'opulence. Et comment les connaitrait-il ? la poésie est si mal rélri- Luée I Dernièrement un écrivain justement estimé, un homme de cœur et de talent, demandait un â-complc de cinq francs sur une pièce de vers qui devait parnilre le jour suivant dans un journal; il avait besoin de ce subside pour dîner... Ou le pria de repasser le lendemain.

On conçoit qu'il répugne au poêle d'atlnchcr une femme el des enfants à sa triste destinée. Il est au reste trop amoureux de toutes les femmes pour en préférer une seule. Promener de beautés en beautés ses vagues tendresses, s'éprendre vite, oublier plus vile encore, réver aux blonds cheveux de l'une, aux yeu.\ noirs de l'autre, a la mélancolie louchante d'une troisième ; bàlir un roman sur la griselte qu'il coudoie, sur la paysanne qui passe dans un champ, sur la comtesse qu'une calèche emporte loin de lui ; voilà sa joie, voilà ses plaisirs : plaisirs innocents, dégagés de toute pensée de possession, incapables de troubler le repus d'une famille ou d'une union quelconque ; plaisirs plus doux que la réa- » lilé, car il se crée à ton gré de charmantes maitnsses , svelles, grivcieusi.'s, aériennes, belles comme des houris, pures comme des madones ; et, s'il prenait sa laulerne pour en cherclicr de semblables à travers le monde , il mourrait peul-eire avant de l'avoir éteinte.

L'humeur uidépendante du poêle se plierait difficilement au joug matrimonial : il lui faut une liberté d'esprit et de mouvements qui s'accorde mal avec les tracas du ménage. 11 peut lui prendre envie à deux heures du malin de sortir pour admirer la campagne que la lune éclaire, et de quitter sa femme pour courir dans les bois. Tient-il une rime qu'il a longtemps poursuivie, fût-ce au milieu de la nuit, il se lève et s'écrie : « Je l'ai trouvée ! » avec non moins de joie qu'Archiméde. Quelle femme s'accoutumerait à ces poétiques escapades ? quelle femme, en pareil cas, se refuserait la satisfaction de se draper en épouse incomprise , de proclamer à la face de l'univers que son mari est un monstre, et de le traiter comme tel ?

La turbulence des enfants suffirait pour rendre le mariage intolérable au poète, car il a horreur de tout ce qui trouble ses méditations, d'un chien qui jappe, d'an fouet qui claque, d'un pétard qui éclate, d'une grenouille qui saute, d'un lézard qui fuit. Quand il se perd dans les espaces, dans l'infini, dans l'élernilé, s'il est rappelé brusquement à son être si chétif , à sa vie si courte, à son horizon si borné, il souITre, il soupire, il est malheureux, le pauvre ange déchu , le pauvre roi découronné , le pauvre martyr livré aux bêtes !

Tels sont, nous le croyons, les traits caractéristiques des individus voués au culte de la rime; mais le genre qu'ils adoptent les diversifie ; et si, après les avoir observés dans leurs personnes, on les étudie dans leurs œuvres , on verra le type général se modifier, s'effacer même complélement, selon qu'ils sont :

1^ Elégiaques, — 2° Sacrés, — 3° Classiques, — 4° Auteurs de poésies légères, — 5° Nébuleux, — 6' Intimes, — 7» Auteurs de romances, — 8° Chansonniers.

Le poêle élégiaque débute par un recueil de vers longs ou courts, d'une harmonie plus ou moins douteuse, d'une correction plus ou moins grammaticale , mais invariablement afl*ublé d'un titre prétentieux : Première Soupirs, Chant» d'Amour, Rêveries , Lamentations, Méditations, Élévations^ Contemplations, Amertumes, Aspirations, Premières Larmes, Pensées du Ciel, etc. Une fois baptisé, l'ouvrage est tiré à trois cents ex«'mplaires ; sur ce nombre, une centaine est offerte par l'auteur avec des dédicaces autographes également flatteuses pour les donataires et pour le donateur ; et le libraire en vend une vingtaine â grand renfort de réclames où l'on démontre comme quoi depuis longtemps le besoin d'un volume de vers, intitulé Crépuscules, se faisait généralement sentir.

Les stances du poêle élégiaque sont destinées à entretenir le lecteur de ses rêves, de ses émotions et de son imminente fluxion de poitrine. Ses lectrices s'écrient : a Le pauvre jeune homme, qu'il doit être pâle et étiolé! qu'il aurait besoin de consolations, et qu'il serait doux de lui en prodiguer ! j> Eh ! mesdames, ce moribond se porte à merveille ; cet infortuné jouit largement de tous les plaisirs de la vie ; ce songe-creux sublime sort parfois du café dans un état d'ivresse qui n'a rien de poétique; et cependant, si vous réclamiez de lui quelques strophes , il ne manquerait pas de vous adresser une langoureuse et lamentable épitre :

Vous demandez des vers i ma voix afTaiblic ; J'obéis : il me faut céder à vos désirs; Mais ma muse est plaintive, et sa méiancoUo Pourra faire ombre à vos plaisirs.

LE POETE

Abl1aUtei-«oi rêYer.pentirH toliuircl Fof^oi vouloir nèlcr met qfprct a Tot ienrt* Votre giielé niit fid â ma tr^tct^ amcrc. Votre dooi sourire à mes pUsors?

Qaloiporte le Tain bmil d'une lyre «onore, Qui s'enfait emporté »ur l'aile des autans! Faible arbuste, mes fruits ne sont pas mûrs encore, Je suit â peine en mon printemps.

Ah ! laissee-moi rêver, pensif et solitaire. Rassembler quelques fleurs pour en tirer le miel, Héditer en silence et cbcrclier sur li terre Quelque rayon tombé du ciel.

Jaouis, pour m'inspirer, les passions rapides N'ont rené dans mon coeur ):;urs orageux torrents. Attendez que mon front soit sillonné de rides Par U douleur ou par les ans.

Mais cet émule de Millevoye, si Irisle, vi tendre, si sympathique, est sans doute le plus coni)K.iissnni dr tous les élres? Sans doute il pense avec Sninl Ju>l «]nc les malheureux sont les puissances de la lorre? Erreur! il plaint des misères humaines imaginaire^, sans jamais soulager les misères en chair et eo os qui ircmissenl autour de lui ; sa compas>ioii in partibus s'exerce sur des chimères et néglige les réalités ; il a de la sensiblerie et point de sensibilité, de Tesprit et point de cœur, des larmes pour de vagues souffrances, et point de pitié pour les douleurs véritables.

Le même contraste exi>te souvent entre la conduite et les œuvres du poète sacre. Celui-ci est un p< rsoiinage tout biblique, repu de la lecture du Pentatcuquc et des Prophètes; oriental et bondissant dans ses ininires, apocalypti |ue dans ses lyrii|uc> emportements. Il erre sans cesse sur les bords du Kr^dron ou sur la cime du Golgotha. A genoux , la tête rase et couverte de cendres , il invoque Jéhovah , supplie Elohim , le dieu des arme s , déplore la mine de Tarche sainte et de la maison d'isrnêl. et paraphrase les quarante-deux chapitres de Job avec MDit constance digne de leur auteur :

O cité de Sion ! Jérusalem céieslo, Quand pourrai-je en ton >ein contempler Jcliova ? S'il faut verser des pleurs, c'est 5ur riiomme qui reste. Et non sur rbomme qui s'en ra...

Car. si du tentateur les promesses trompeuses Ne l'ont point détourné du sei vit e de Dieu, Entre les cli«'rubins et les âmes heureuses Il aura sa place au saint lieu.

Cir, apnt secoué la terrestre poussière, U verra de son Dieu l'étemelle beauté;

Esprit pur, il preadrt des ailef de hnaière Pour voler dans Vm

A ses yeux éblouis apparaStrout sans voile Kt Toréhesire infini que dirige Uriel, Et les nnges assis chacun sur une étoile. Dans rampbtlbéâtre du cid.

Mais sachez que ce christianisme , ou plutôt ce jad.iïsnic, est simplement une affaire de forme. Le poète sacré est chrétien à l'épiderme, et nullement ttUiu et in cuU. Dieu qu'il entonne les louanges d'Adonaï sur le kinnor et le hasor, ou en s*accompagnant du nehel, il se trouverait fort embarrassé s*il était mis en demeure de réciter le ConfiUor et le Credo. C*est un ermite mondain, un apolre de boudoir, qii^on rencontre plus souvent â rOpëra qu'à la messe. Il compose pendant un entr*acle une ode sur le jugement dernier, et je ne serais pas étonné qu'il fut athée comme Ilébert, et matérialiste comme un chirurgien."

Parlez-moi de ce petit vieillard aux cheveux poudrés, a h figure effilée , aux manières affables et mielleuses.

qui a conservé prejufue en entier le costume des ( jours, gilet à fleurs, culotte courte, bas de soie, soslien à boucles , et qu'on voit parfois rôder aux alentours ûê pont des Arts : voilà un catholique fervent. Il ne manqœ pas un office ; son bonnet de soie noire se distingue m

milieu des létes nues inclinées à Vinstant de l'Elévation ; il se glorifie du lilre de raarguillicr, et veille assidûment aux intérêts de la fabrique. Eh bien ! ce dévot si zélé ne jure que par Jupiter, il ne connail d'autres divinités que celles de TOlympe , d'autre paradis que les Champs- Elyséens. Si vous lui parb z Satan, il vous répondra Pluton... C'est un poète classique.

Ombres He Boucher, de Delille, de Rosset, de Fontanes, d*Esménard, de Sainl-Lambert, de Dumolard. vous devez tressaillir de joie en contemplant ce dernier rejeton de la littérature impériale. Lui seul élabore des poèmes didactiques, lui seul confectionne des idyllos et des églogues, et appelle ses personnages Acis, Thémire, Almédon, Philis, Dolon, Zénis, Phylamandre. Amarylle et Myras; lui seul ose invoquer les Muses et Apollon . et employer le langage des dieux, c'est à-dire un pathos incompréhensible aux simples mortels. 11 faudrait un dictionnaire spécial pour servir à l'intelligence de sa poésie. Sous sa plume :

Le télescope devient de Cassini le tuhe observateur ; U trompette , le hellxqueiix airain ;

la flûte. V harmonieux roieau;

le caféier, de Moka h timide arbrisseau ;

le soc, le fer agriculteur ;

le mûrier, Varhre de Thisbé;

un médecin , Venfant de Chiron;

un fusil , un tube enflammé;

une baïonnette , le glaive de Baronne ;

un tambour, une caisse d* airain couverte

en peau d'onagre; — la mer, VhumideNérée;

un hippopotame , des rivages du Nil le coursier

amphibie j etc., etc.

Ses vers sont autant d'énigmes et de logogriphes destinés à exercer la patience de ses lecteurs , heureusement peu nombreux 11 a horreur de la trivialité et revêt toutes choses d'un style noble et emphatique. S*il avait à rendre le mot populaire de Henri IV (je veux que le paysan mette la poule au pot tous les dimanches), il écrirait

.... Je veux que l'humble laboarear Célèbre avec gaictc le saint jour du Seifrnettr; Je veux voir sa misère un instant cuotclée, Et qu'à son appétit U géUne immolée.

LE PCHETB.

Déponnt tous ses sacs dans un Tsse fumaot, Fasse d'un doux banquet le plus bel ornement.

Le poêle classique est Tenu au inonde deux mille ans trop lard. Il est vrai qu*il ignore parfaitement le grec, attendu qu*on ne l'apprenait guère au temps du Directoire exécutif. Cependant, parlcz-lni de Lamartine, il vous citera une ode de Pindarc en Thonneur de^; jeux olympiques ; chantex-lui les Hirondelles de Bérnnger, il vous ripostera par V Hirondelle d'Anacrcon. Âdmirex devant lui les tableaux de Decamps , il vous racontera comment Dibutade inventa le dessin. Les travaux astronomiques d'Arago lui sont peu familiers» mais en revanche il vante nipparquc, Pilhéas, Aralus ctTymocharis.En géographie, il préfère à rélude de Maltehrun colle de Strabon et de Pomponius Mêla. Il dit rOccilnnic pour le Languedoc, la Pannonie pour la Hongrie, Hbcric pour TEspagrle, l'Ansonic pour l'Italie, Parlhénopc pour Napîes, et Lutcce pour Paris : il passe insouciant devant les [grandes œuvres de Robert de Luiarches, de Jean de ClicUes. et autres archi ectcs catholiques; mais il se pAme d*aise à l'aspect d'un fronton soutenu par une monotone rangée de colonnes corinthiennes.

Comme corollaire du poclc clnf:sîque se présente Tautcur de poésies légères. C'est nn homme de loisir, c'està-dire un élre dont le mélicr consiste à ne rien faire, à recevoir et à rendra des visites, cl à consommer a la ville ce qu(> prodnisent les habitants des campagnes. « S'il voulait s'en donner la peine, assurc-t-il, il éclipserait Victor Hugo; mais provisoirement il se contente do se délasser d'études plus sérieuses, au moyen de la poésie.» Il daigne rimer, le gentilhomme ! il polit de petits vers de société, de petits compliments, de petites fables, de petites épitres , des Imuquets a Chloris, l'épitaphe d'un cpagneul chéri , des chirades cl des acrostiches. 11 cultive notamment le madrigal.

msi DAVE * on m'avait istité a me rendre a sa maiso!! de

CAMPACXe, ET A LAQUi:i.l.E J*AI KÉPONDU QUE it KB POUYAIS 1 ALLER, PARCE QCE j'kTAIîS RETESO TAR CKE INTRIGUE d'aMOCR.

Iri<, charmant objet que l'enfant de Cylbcre Dans le« bois de Pjplios aurait pris pour sa mère,

» T<HK le monde devinera sons ccUc simple désignalion la belle baronne de .... née foniiessc de .... dont h'S charmes embellissent les ce-des les plis disting nés de Is eapiule. {N9le 4e Cauteur du mâdriitU.)

En votre heureux séjour *. th ! ne m'attires pas ; Je suis, vous le savez, épris d'une autre belle *.

En voyant vos divins appas.

Je craindrais trop d'être inûdèle.

* Allasion à la ravissante maison de campagne qne possède ] la baronne de ..., née comtesse de ..., an riant village d« .... tv le penchant du coteau de .... si renommé par rexcelleoee de ses csrrièret à pIMre. {Id.)

' Autre allasion h la charmante marqaise de..., naintesaiit vadame de ... , dont j'enlevai le cœnr au chevalier de ... , ancira écijcr cavaicadoor de feu Sa Majesté Charles X. (Id.)

Il y a quelques années, il s'est opéré une réactioB contre le genre classique; et, comme toutes les réacliont, elle a été trop loin. Il s'est créé une secte de rimeart qu*on peut dé.signer sous le nom de poêles nébuleux , eC qui, en haine des Grecs et des Romains, se sont évertués à imiter les Anglais et les Allemands , à singer lord Byron, Schiller, Gœlhe et HofTmann, émettre la ballade et le fantastique à l'ordre du jour.

Le poète nébuleux amalgame tout ce que la nature et l'esprit ont pu créer de plus laid :

Souvent sans y penser un écrivain qui s'aime...

11 groupe toutes les monstruosités imaginables du monde réel et métaphysique.

0 sorcières, à vos balais 1 1 f Des colenux larves et follets

Descendent ; Voici tous les spectres des nuits, Dans les cimoiièrcs des bmils

S'entendent ;

Des bruits qui viennent de l'enfer, De for heurté contre le fer,

KirJiiges.

Et qui, montant jusques aux cieui, Vont Tiirc dresser les cheveux

Aux anges.

Les ondins planent sur les eaux, Les vents à travers les bouleaux

Gi'misscnt.

Dinj b couche des nouveau-nés.

Des repl les empoisonnés

Se glissent ! ! I

La belle nuit pour les s.ibbats!

Allons, quittez de vos grabats

Lnpnllc!!!

Le muilre infernal vous attend, Accourez faire avec Satan I i !

Ripaille!!!

Infatigables fossoyeurs, Vampires, soyez pourvoyeurs

Du diable; Lutins, k nous plaire empressa, Auprès de ces gibets dresses

La table.

Jusqu'aux premiers feux du matin Que tout mon peuple à ce festin

S'assemble I!

Nécromam ietis et démons, Rions, chintons et blasphémonf

Ensemble '. ! !

Ainsi Belzébulh dans les botf Appelle la foule à ses lois

Cl smr de fantasques coursierf

LE POETE

L'armée entière des sorciers SejelH»

Et voyant leurs noirs tourbillons Tracer par les airs des sillons

De flamme, Le paisant, saisi de terreur, Prie, et recommande au Seigneur

Son ftme.

Ces vers, et ^^tresnoti moins rocailleux, sont escortés d'une multitude d*épîgraphes. Le poêle nébuleux les prodigue , les sème à pleines mains , en met dix pour une ode. Elles sont, la plupart, tirées d'écrivains étrangers ; et s'il y admet des auteurs français , c'est pour la plus grande gloire de ses amis et connaissances, dont les poésies inédites lui fournissent un beau choix de cititions.

nélas: bêlas:

(SuAKSPEARE, traduction de Letourncur.)

C'est un spectacle étrange, et qui mérite certes Qu'on tienne pour le voir les fenêtres ouvertes.

(Aristippe GnrLccHAnD, Saynètes.)

Qo'ilie était bilUi

(Lord Btron, traduction nouvelle et inédite*)

Oh I la socictc

Use bien promptement le cœur qu'elle a frotté f

(Le comte Alfred db Bauhot, Dêiperatio.)

O snlilliiies f ransporfs:

(Gabriel RoXAicoTiCR Demuawsi, Odê à Dku.)

Je vais mettre le nei à la fenêtre ronde

Où l'on passe le cou pour voir dans l'autre monde.

(Sylvestre de la Morandièrb, Denier Jour d'un Condamné,)

Ctui aime 6and trtct)me Ue peitô^, n'a trofe, tCa îroj, X^^xne seuU tBt îrisirag, Cil que lor}ax amor^ lie.

(Jehan Momot, Poésiu du inizième iiècle.) (KoTZF.DiE, Adélaiie à9 Wolfingm, acte II, scène vn.)

Parfois, pour se donner à peu de frais un vernis d'érudition . le poète nébuleux pille çâ et là, dans les grammaires et les guides de la conversation, des épigraphes en anglais, en allemand, en espagnol, en turc, en russe, en chinois et autres langues dont il ne possède pas la moindre teinture. Il affecte aussi les tours de force en fait de versiGcation, et danse sans balancier sur la corde rliythmique.

Quand la guerre, sur la pUine

Pleine De bataillons, où la mort

Mord, Dans le sang et le carnage

Nage, Jetant les roit des combats

Bas;

Dans les enfers tout rougeoie :

Joie; Orgie et repts sans fin.

Fin;

Car miint pécheur qui trépasse

Fasse Par la porte du manoir

Noir.

Comme le poêle nébuleux , le poète intime est une création moderne : c'est un intrépide flâneur qui passe ses jours à regarder par sa fenêtre • i courir les rues et

LE POETE

•s eftaaffs^ 4 snvre 4c r«n le vol te nmidies et des pipiQaas : pft»c4cBps fiiMrt inoffeosif s*Q ne tenait en pnte rîmée lo jtxinal 4e ses faks et gestes.

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