‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 195 sur 269 · LE JARDINIER DE CINETIËRE · texte numérisé non relu

LE JARDINIER DE CINETIËRE

qui chaDî^e à sa volonté de (on et de visage. J'ai entendu |)nrlor d'une jeune femme qui paraissait profondément arnigéc de la porte réronic de son mnri, et à laquelle le funèbre oiseau de proie tint à peu près ce langage :

— Ah ! madame, un si b:»n mari!... jeune, gracieux, aimant... II devait aimer les œillets : nous lui mettrons dos marcottes choisies... tout ce qu'il y a de mieux en panachés... Il avait été militaire,- je crois?

— Lieutenant dans la garde nationale.

— J'ai un laurier suprrlje. qui lui ira comme un Las de soie... Entourage solide, une urne à chaque coin, colonne en granit, comme celle que M. Adolphe de N... m'a commandée pour la tombe de sa femme. Pauvre jeune iumime! en voilà un qui a du chagrin.

— C'est un jeune homme?

— Oui, madame, un grand brun, fort beau garçon, ma foi, avec des yeux à la perdition de son Ame, et qui pleure!... Si vous le voyiez... 11 faudrait avoir un cœur de roche pour ne pas se sentir venir la larme à l'œil... Si ça continue, il en mourra; il n'y a que le mariage, un mariage d'amour capable de le .sauver.

— Il est bien â plaindre! Il doit aller souvent au cimetière?

— Tous les dimanches, de deux à cinq heures.

A quelques jours de là, la jeune femme et Adolphe de N... se rencontrèrent au champ des morts; ils écliangèrent quelques regards. Huit jours après, ils mêlèrent quelques paroles; huit jours plus trird, ils confondaient leurs pleurs. Ils pa.ssèrent de là aux soupirs, aux sern*n)onls demain, aux mutuels aveux; puis ils en vinrent à oublier complètement le chemin du cimetière, à la grande satisfaction du jardinier, qui n'oublie pas, lui, de venir, à chaque fin de mois, se faire payer chez M. et madame de N... de l'entretien de deux lombes pour lesquelles il n'a rien fait.

Dans cette circonstance, c'est à Tamour qu'il aura dû son succès ; dans une autre, il s'adressera à l'amour-propre; l'intérêt ne sera pas non plus négligé dans ses opérations spéculatives.

— Non, monsieur, disait une veuve de quarante-cinq ans à l'un de ces dépisteursde morts, je ne ferai aucune dépense inutile : mon mari m'a laissé des enfants; c'est â eux que je dois songer maintenant.

— Justement, madame, c'est à cause de cela qu'il faut des fleurs à la tombe du défunt; nous lui en mettrons des plus belles et des plus rares : ça attire les promeneurs; on s'arrête volontiers, et on lit tout naturellement l'épitaphe. Vous feriez distribuer deux cent mille prospCHîlus, que cela ne vaudrait pas pour votre commerce ces simples paroles peintes en blanc sur un fond noir :

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