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Tout Paris a pu Toîr, pendant dix ans, n ç'n du Père Lachaise, cette épilAphe, qui donu i u i une vogue à laquelle elle fot redevable d'une fvru mense. Pour elle, le jardinier de cimetière anu bon génie, tint il est vrai que rien ntH ab^J bon, ni absolument nMurais, Uni il est vni ({% solu n'existe pas.
Ce n*est pas toujoanc au domicile du mort fi dresse l'entref reneur de tombeaux : aiaez mou tond au sortir du cimetière les parents de celai i;i d'être inhume. Biais tout n*e^t pas roses, U a» qu'ailleurs ! la concurreoce est (grande, et lai m teurs se font une guerre acharnée, carcbxon i doué de cette impudeur, de cette énergie qu'et soif de l'or.
Il arrive quelquefois qu'une nuée de ces hy\ bat sur le funèbre cortège comme une naée <lc ( sur un cadavre : alors quel spectacle hideax de étranges commerçants offrir en plein air a on p^ fils, â un mari navrés de douleur d'honorer au r restes encore chauds des personnes q'i'iU ont N'est-il pas affreux de les entendre crier amour avec une infatigable persévérance :
— Monsieur, voici mon adresse ; tous ne i pas de maison mieux assortie.
— 51onsieur, veuillez jeter les yeux sur nos ] rants : c'est le triomphe du bon marché; noa> vous fournir des saules pleureurs a vingt pour dessous du cours.
— Monsieur, défiex-vous de la mauTaise mire:
— Blonsieur, n'ccoutex pas ces gens-U ! c'est vous ai parlé le premier!
■— Monsieur, vous savez le proverbe : c loi i les bons ! x> Ma maison touche au cimetière.
— Monsieur, c*est chez moi qu'on troi«iM( y a de meilleur en occasion I
Des marchandises d'occasion en ce geut, w tous; c'est une plaisanterie! Non, sans doole. plus réel. Dans le commerce de jardinier de ci comme dans beaucoup d'autres, il y a abondaneei chandise.^ d occasion; et ces marchindises-U, q donne â bas prix, sont celles sur lesquelles lai ai gagnent le plus 1. .. Lorsque le temps de la roac» expiré, les morts ne peuvent empêcher les vit vendre leurs tombeaux; dans la classe mojeaM. dans les autres, les plus grandes douleurs ne sa au delà de cinq ans; celles qui vont jusqn*i dii i fort rares. Si donc un honnête négociant, dam roxysme du chagrin, ne s'est décidé qu'avec Upl« difficulté à tirer cent écus de sa caisse pov « quelqu'un des siens une tombe particulière pcidi ans, il est certain que, ce temps écoulé^ilnen lera pas le bail. Cependant la colonne trooqaée, de chône, l'entourage de bois peint seront cno un état trés-satisfaisant : qu'en fera4-il, lai qai plus payer, et qui ne se soucie guère de pkarcrl donne tout simplement ces objets au jardinkr. déjà peut-être vendus é t'avance, et qoi Id de échange quittance du dernier mois d'entrrtii comment, en fait de fourniture! sépalcraks chandises d'occasion ne manquent januitt! Voi quoi le jardinier de cimetière est l'ainmi ai cessions à perpétuité.
Et pourtant le jardinier de cimeliéie, cet Wi émotions, sans entrailles, cet homme qui Iran avec l'invulnérable im])assibilîté d*D mille; il est marié. Sa compagne se mille : c'est presque toi^ours une j
lE JARDINIER DE CIMETIÈRE,
;he, aux formes anguleuses, à la parole aigre, mal Mllée, mal tenue; le sourire n*a jamais effleuré ses Tes minces el flétries: on lit sur sa physionomie 'elle a toujours clé étrangère a»x joies de ce monde, jardinier de cimetière a quelquefois un enfant, rareml deux, jamais davantage : la cupidité ne peuple Et quelle triste race, bon Dieu ! Pâles, maigres, fuleux, rabougris, ces pauvres enfants habitent le e-chaussée d'une maison humide et sombre; ils nt leur journée à confectionner des couronnes fuires; ils nVml d*aulre promenade que le cimetière, ils n'entrent que pour arroser les fleurs des tombes servir de guides aux visiteurs. Jamais leur visage ne ^épanouit sous Tinfluence d*un rayon de bonheur; les de l'enfance leur sont Inconnus : ce sont de paujeunes plantes qui s'étiolent à l'ombre du toit pael, el qui, pour la plupart, s'iodinent et meurent s avoir vécu.
N'allez pas croire toutefois que ce tableau d'intérieur It une généralité sans exception. Il est un jardinier de etiére dont la maison élégante, ornée d'un perron à uble escalier, appuie sa construction, imitè^de Tarlîtecture de la renaissance, sur la muraille du champ repos; les appartements de cette maison; où tout se uve réuni en fait de confortable, sont meublés dans le dernier goût. Quant au propriétaire, c'est un homme -;fb claquante ans environ, de bonnes manières, d'un
Iangap:e distingué, d'une figure gracieuse, et dont les vêlements sortent des ateliers d'Ilumann. 11 a une femme de trente-six ans, belle brune aux grands yeux noirs, qui touche du piano comme llerz, chante la Folle comme madame de Sparr, et fait de l'opposition en politique comme un député de Textrème gauche; il a une iille de dix*sept ans, jolie blonde, qui ressemble à une gravure anglaise, qui a été élevée dans un de nos pensionnats à la mode, que Ton songe à marier, et à laquelle les adorateurs ne manquent pas. Elle aura cent vingt mille francs de dot.
Ce jardinier de cimetière court au bois de Boulogne à cheval, en tilbury, comme un habitué de Tortoni ou du café Anf,'lais. C'est un dilettante, un abonné des Bouffes, et il ne manque jamais de louer une stalle pour toutes les prcmièresreprésentalionsqui se donnent sur les théâtres de Paris. L'hiver, il donne des soirées où Ton fait de la musique,'OÙ Ton joue, où l'on danse comme à la Chaussée-d'Antin et au faubourg Saint-llonoré, où parfois il arrive que, tandis que les flammes bleuâtres du punch se mêlent aux vives clartés des bougies odorantes, on aperçoit du balcon doré d'autres flammes qui s'élèvent de la poussière des tombes, comme pour remplacer ces images de mort que l'ancienne Egypte mêlait à toutes ses fêtes, comme pour dire à celui qui assiste à ces joyeuses réunions : Mémento, homo, guiajpulrww, et in pulve^ rem rêver ter is.
LA
DEMOISELLE DE COMPTOIR