‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 20 sur 269 · PAU L. ROUX · texte numérisé non relu

PAU L. ROUX

« pas ooire an médecm, celi est permis ; douter de h méde^ doe, e*eH niarcher sur les traces dé don Juan, Blab» dans un siècle aussi posilif ijue k nôtrf!, te s€P|»lîdifne ne saurait aller jusque-là; il o^jf aurait qu^uti , cas où H terail pçrmli de m montrer impU en médeeiim , ce sertît celui où le imédeciu luilîtéiiif , reudâDt (choiye împoissilUj le secret de Tart, paraîtrait alytirer » propre rcli|ioa.

Il y a p^^ur li médecin une épcK|ue probkiue : muni d*uîi ficf'Ui^nt titre . il ne jouit encore que d^une médîo* cre fKHiliou^ Lt médecine e^t $a f remiêre croyance, c\>nime flic est sa pn^miéri' élude; m^h il ne tarde pas a ne ftuire quVui maladifs. c<l â n*étudler que la clîeiK telfi, On e^t médecin à diplème , et on se dispose i tu faire ]«a honneurs â qui de droit. >canznoins lt client riaut un iijthe, le genre humain paraissant se porter i mcnkcille/ou ^craittcnté de sa faire as^tionome itt iltctidant ; c>a IVpo^uc du cumul p celle «kà le acci'iHe touti'£ K^rtf'^ dVmplois y^our s onpirtr tf ni^ut du sien ; »c tù\ ri^Ueur réfj onj^aUe 4es bttle i d'nu ^Miid n^Aktri'. cutr^^ d.ns un jtnirnil de m^dednt cv^mnu' cs.irrvtitur : idue dc^ nui ladK^ju$qu*4 ee qu'il lU \^iS^t ^cuçrir; qui 4 qu'il en ïoU. il dêUiti%

Le uti'di'Ç^in qui dclule ia \< ir te d^ pulé df f^o dé* pâftt'inçnt : K>j^|]^r les déliul-^ d'uti jeune m dcrin . et se tmt iMtt^r par lut« est pour i'homtuc du Pdliis-Dour^ bon une clause tacite de son mitidit ; U Chambre At% pair* riîi^it les médertu!^ tout fomu^ hïtcc les pivjc U de loi^ des nuins de u eadetie. rni^^mmcut recommandé, en ^^uire. à un c^nrtvfv fort «i dîeBiîle, le mcdecin qui dchute lui rend une imte : il en re^tt un malade a

titre d'encouraf ement \ biei^ entendu qu'il doit le gnê dans rintFfét de l^spéee, il n^a garde d*y maoquerdi celui de sa répulattonH* C'est la rouie btttne, l'idé» % vieal â tûul le monde; ces prêta nttons parletnetiliîf tiennent au début, le succès tient à autre chû^e, H sol d'user des priieédés reçus pour être médecin ; mait. m être eelébre, il fini avoir une mélbode â soi.

Faire son chemin â pied quand oo i la renoaiB pour but, c'est vouloir ardfer Urd, oa plutôt o'arrif jamais : on prend donc une Toiture* On «T&it mi U neuff on s'adjoint un p4l«tat; on bibliâit un Irolsièa on monte an premier. C'est nue avance sur la dienték ▼enir i tes malades ne vous prennent qu'a moitié ^ miu. On fait menbltr un appirternoot sptendide^ et Ti accroche dans son cabinet la iiravure é'HippocrmU f fusant la préêenU ^ÀrîaxtTtè$^ afîn de pouTotr di avec coûsdence : i 11 y a chei moi do désîniér«tti ment. >

KVst^on pas connu , c'est un avanU|e ; on a hral gil^ner du moment que Ton n'a rien â perdre; les m lades attendent h &^ntê, de mi^me que vous atlendei^ li maladie. Ce que d^autres o>er\îe»t a peine lenifr^ peur de compromettre une ré^-ut.^tion ^ 00 l>xéenle 4 sang'limM pi»ur faire la sienne. Viennent alors les grat des maladies, cel'es qui iniprîment tout d'un eon^ 1 sceau i la réputation d un m^'^t cîn . ces bonnes mm^ cations de Ta i^ m et du r Aronf^u . ces bt^^ones Ikttclttn qui efï) portent le qu^rt d*un individu , el saiiTtnt m médecin aui trois quarts ^ ces bons empoiT^on sèment qui rétablisse nt pro&viid rhtmiste et crlminilkte dîst^ ptê* et lui font découvrir dans tes tnces d*un crima m eiin U route d^une renommée nouvelle; et te tnéded tri«^mpbe, le thar de h fu^SIcdne ^e lr?o^foniie en ■■ tffMi/orfiiNtf qu%l vient de se donner, tie poQtmul 1 c«Ki>titner de prime abord une e«lébrité 4m talcati

LE MEDECIN

unît son safoir à quelque rkhe héritière du commerce perisien qui rétablit une célébrité d'argent. A-t-on peu de malades » c'est le moment de concentrer tous ses soins sur un seul, de suivre son idéal, si on en a un en médecine, de se montrer le médecin modèle. Celui-ci arrive à heure Gxe ; il rei^te prés d'un quart d heure chez ses clients, s'informe de la qualité des remèdes, se fait exhiber les déjections plus ou moins louables, passe les nuits, au besoin pose les sangsues, suit une maladie à la campagne, et donne des consultations gratuites aux gens de la maison. Le médecin qui débute ne connaît aucune saignée qui lui répugne; parfois il se saigne lui-même, pécuniairement parlant. On vend une propriété pour avoir une clientèle ; la clientèle est une propriété. On l'achète souvent toute faite. Un bon moyen de s*en créer une, c'est de supposer qu'elle existe; beaucoup de médecins commencent par être célèbres , afin d'arriver é être connus. Faites réveiller vos voisins, que Ton vienne TOUS chercher à toute heure de la nuit au nom de telle duchesse qu'il vous plaira , prise dans le nobiliaire de d'Hozier, que la santé du faubourg Saint-Germain tienne, s'il se peut, a une de vos minutes; qu'une file de voitures armoriées sUtionne devant votre porte; alerte ! valeU de pieds, chasseurs, livrées de toutes sortes; que l'on fasse queue devant chez vous, que l'on s'y égorge comme aux mélodrames : vous tenez déjà l'ombre, la réalité est à deux pas.

Le médecin affectionne la presse périodique comme moyen de publicité et de diffusion. S'il parvient é fonder un journal de sciences médicales, chirurgicales, médicochirurgicales ou chirurgico-médicales, c'en est fait, il a posé les fondements d'une renommée sans bornes, c'est pour lui le levier d'Archimède, et la science ne saurait fiire un pas sans sa permission ; il n'existe pas de maladie qui n'ait paru dans sa gazette;" les jeunes médecins recherchent son appui, les vieux le ménagent, tous le craignent ; il est capable de donner la fièvre même à la Faculté.

Planter des dahlias , c'est pour un médecin un moyen d'avoir bientôt une clientèle en pleine fleur : exceller sur un instrument de musique , c'est apprendre aux clients qu'on doit avoir, qu'on connaît les touches les plus cdélicates et les plus nerveuses de la fibre organique; se faire l'ami des artistes, c'ost être avant peu leur médecin; collectionner des médailles, des Ubleaux, des bronzes antiques, c'est s'exposer a avoir prochainement une collection de malades, espèce précieuse, et qui mérite comme une autre d'élre embaumée.

C'est surtout lorsqu'on a le |»lus de temps à soi qu'il est le moins permis d'en perdre. Il est des cas où un médecin doit être ubiquisle : le malin, c'est à son hôjiital, le jour chez les malades de la campagne, le soir c'est é une réunion de médecins qu'il doit être retenu Sa consullalion a dii relarder ses visites; il arrive tard dans son cabinet; la dienléle a ses exigences. Il ne prend rien aux pauvres pour commenctr; il se contente de traiter des malades, afin d'avoir plus lard des clienls.

La renommée marche d'aljord au pclit pas ; survienne une éprdêniie , elle prendra la poste. Le choléra a fait quelques victimes, il est vrai, mais aussi que de médecins n'a-l-il pas crét'S ! Beaucoup se sont improvisés médecins attendu Furgence du fléau ; il y eut à Paris quelques médecins de plus et quelques hommes de moins : en tout deux fléaux.

Ce sont les circonstances qui font les médecins, at-on dit souvent. Il y a des maladies obscures, des sciatiques, que l'on guérit incognito ; groupées, elles repré-

sentent à peine un rhume d'élite. Lier une artère, fût-ce l'artère iliaque, i un pauvre dans un carrefour, c'est avoir fait beaucoup pour l'humanité, pour sa réputation peu de chose ; mais une angine que l'on réussit chez une comtesse rétablit l'équilibre : tout se compense. Le médecin voit d'abord des sujets dans les hôpitaux; puis il fait des visites n'importe où ; il examine la maladie quand il débute, il examine le malade quand il a débuté. Dans la première époque , « il n'y a guère à ses yeux que des réputations usurpées ; les grands médecins sont des charlatans, le savoir est méconnu: la conscience est un empêchement; il se reproche d'avoir des scrupules. » A-t-il pris position : « Défiez- vous, dit-il incessamment, de ces jeunes gens systématiques, â qui la saignée »e coûte rien, qui vont tranchant à droite et à gauche toutes les questions et tous les membres qui leur tombent soos la main. L'expérience a prévalu, le grand médecin est seul digne d'être appelé. »

Aujourd'hui on ne meurt plus dam les formes, ro«t d'après la méthode. i( est mort guéri, dit un grand chirurgien de notre époque ; ce mot peint tout le chirurgien. Sa passion est de rogner, disséquer, cautériser, et de pousser une opération jusqu'à ses plus extrêmes co»séquences; comme il n'a que Dieu pour juge, c'est à lui qu'il présente ses opérés assez bien pansés pour des morts qu'ils sont. Il y a, au contraire, parmi les médecins, une espèce bénigne qui laisse mourir avec le plw grand sang- froid et la plus complète philanthropie.

La consultation réunit d'ordinaire deux médecins rivaux, la jeune et la vieille école. C'est une position délicate : le jeune médecin a seulement voix consultative; le consultant jouit, au contraire, du double vote, et résout les questions que l'autre n'a fait que poser ; Taccessoire l'emporte sur le principal. Le Jeune médecra mandé le premier prend moins cher et guérit quelquefois. On a vu de grands médecins enterrer à grands frais leur client. Dernièrement un jeune médecin se trouva en face d'un professeur chez un riche malade; leurs méthodes étaient opposées ; le jeune médecin était celui de la maison , l'autre Tarait pour lui l'autorité d'un grand nom. Le consultant blâma ouvertement le système suivi par son confrère : il fut écouté, le jeune médecin éconduit ; on lui demanda son mémoire le même jour. Le malade jouissait encore d'une apparence de santé, c Sachez bien une chose, dit le jeune médecin en remettant son mémoire, c'est que, tout professeur qu'est monsieur, son malade mourra celte nuit. » Le médecin fut repris parla famille: qu avait donc fait son malade? Il élait mort. L'art proprement dit consiste à ne prédire qu'à coup sur, a faire craindre bien plus qu'à faire espérer. Les malades qui viennent de loin mènent toujours loin leur médecin; croire beaucoup aux remèdes est un moyen d'imposer le savoir. Des fièvres quartes ont été guéries par des pains a cacheter. Il n'y a que la médecine qui nous sauve.

Parlons d abord du médecin en général; il sera temps ensuite de le considérer dans ses divers attributs. On voit le médecin, apôtre prétendu de la seule religion qui existe encore, sans croire précisément à son art, le maintenir à la hauteur de toutes les croyances, et l'asseoir môme sur les débris du s^enrc humain. Une société où le mcdrcin existe seul est assurément une société malade. Néanmoins la médecine est impérissable, par la raison éminemment péremploire qu'il y aura toujours des médecins ; que, si l'homme sain a besoin de croire à quelque chose, l'homme malade croit a tout aveuglément; et que, de toutes les maladies, la plus invétérée, c'est la maladie des médecius. Pénétrer dans la conscience du médc-

LE MÉDECIN

cin serait tu reste entrer dans une Ta^te inflrnierie où toutes nos passions seraient numérotées, plus celles que le médecin tient en réserve, et qui lui sont personnelles. Ceux d*entre les médecins qui s*clévent dans les hautes abstractions de Tart , réduisant la médecine à un petit nombre de symptômes, se sont fait de bonne heure une philosophie pratique où ses préjugés trouvent une bonne place. Geui-ci , en effet, ne sont-ils point des maladies? En généra] , le médecin cherche son milieu comme les autres hommes. 11 faut le voir lorsque, retranché dans un faubourg , il adopte par nécessité les sobriquets bizarres que la foule donne aux mots qui Taflligent ; accepter en dernière analyse un vocabulaire complètement hérétique pour ne pas s*aliéner des clients absurdes. Les malades ▼eulent être traités pour les maladies qu'ils se supposent, et par les remèdes qu'ils ont prévus d'avance : de li naissent les coups de sang et les grands échauffements; de même les remèdes ont divers noms, aQn que les malades puissent choisir. Par exemple, on administre avec avantage Vextrait de ihéhaïque à ceux qui redoutent Topium. C'est ainsi que Paracelse , pour ne point faire appel au mercure, inventa le sublimé. Dans une sphère plus élevée, le médecin crée, au contraire, une foule de maladies, celles qui existent ne suffisant pas aux besoins hyperboliques de ses clients du grand monde. Il possède en outre pour lui-même un code exceptionnel; il D*est point malade comme tout le monde, et les remèdes qui guérissent un client tueraient infailliblement un médecin. Le médecin n'est jamais plus à Taise que lorsqu'il exerce sur ses propres données, et que la maladie qu'il combat n'a pas été autorisée par l'expérience des siècles , ou prévue par les décrets de la Faculté. Celle-ci évite surtout de consacrer aucune doctrine : ce n'est pas un pouvoir responsable, parce que, peut-être, il y aurait trop de danger à l'être. Les fautes sont personnelles en médecine.

Les philosophes et les médecins eux-mêmes affirment que la médecine use l'âme an profit du corps ; en d'autres termes, qu'elle perfectionne le corps en vertu d'un certain épicuréisme philosophique. Au moral , le médecin vit beaucoup pour lui-même . il se fait d'ordinaire une religion de son égolsme; le reste de l'humanité n'existe pas pour lui , attendu que tout le monde n'a pas l'honneur d'être médecin. Cet amour du positif se formule en idolâtrie pour l'argent. Suivez un médecin depuis son entrée dans la carrière pratique : souple d'abord et insinuant , il prendra insensiblement le ton sec , tranchant , d'un homme dont la réputation s'augmente et dont la caisse s'emplit. Bientôt maître de sa clientèle et de son entourage, sa parole sera celle d'un maître ; elle coûtera aussi cher que celle d'un procureur. La vie et la mort s'échapperont de ses lèvres selon son bon vouloir; mais il fera plus de cas d'un écu que d'un homme : l'argent sera le point de mire de toutes ses actions.

A cette époque, s'il n'a pas la croix -— et ceci est une grande question pour le médecin, — il l'achète ou la fait acheter ; si le grand chancelier de la Légion d'honneur le rejette de son Eldorado , il a recours à quelque ordre équivoque qui se rapproche par la couleur de ses insignes du ruban si désiré, non qu'il y tienne comme û une distinction, mais parce qu'il voit un supplément de client«le au bout d'un ruban. Le médecin n'oublie jamais d'être de quelqu'un ou de quelque chose, le public veut savoir d'où viennent les grands médecins.

Avant monie d'être une sommité, un médecin est devenu profondément scnsualisle : l'élude et la vue des souiTrances, en lui donnant le moyen de les éviter, lui en ont rendu la jouissance plus précieuse; aussi excelle- t-il

â user, tempérer ou développer tout ce qu'il est dooiié i l'homme d'en éprouver. C'est le médecin qui brûle luimême son moka , qui choisit ses perdreaux trulTcs chex Chevet ; c'est lui qui a inventé la salade d'ananas ; It plupart des raffinements culinaires dérivent de la médecine. Quand l'humanité est au plus mal, le médccio ntge dans les réjouissances sociales.

Il faut l'avouer aussi , du sein de la médecine surgissent de temps à autre de grandes individualités qui ont nom Dupuytren, ou quelques autres qu'il serait imprudent de citer parce qu'elles existent encore. Quand un médecin parvient â échapper au petit mercantilisme de si profession et aux soins exclusifs de sa clientèle , disons mieux , à l'individualisme qui nous ronge , il peut tout comme un autre devenir un grand homme. Observons cependant que . même dans son hypothèse , son action a été jusqu'à présent purement individuelle. La médecine manque de ces vues générales qui embrassent tout un peuple, toute une nation. Tout se fait chez nous dans des intérêts de personnes, de f; mille tout au plus. Un médecin ne comprendra jamais qu'on puisse travailler à perfectionner l'hygiène d'une grande ville, et à réformer les abus* qui compromettent la santé de tout une classe d'hommes. Il est vrai que c'est l'affaire des philosophes, qui n'entendent rien à la médecine, ou des académiciens, qui l'envisagent à un point de vue par trop constitutionnel. Aussi les grandes questions d'hygiène et de salubrité publique sont-elles moins avancées chez nous que chez les anciens, généralement dépourvus de grands médecins. Je m'éloigne ici de mon cadre, mais il me semble que je me rapproche de la vérité.

Entrons maintenant dans le monde â la suite du médecin, comme lui, le chapeau à la main, mais avec l'intention perfide d'anatomiser chaque individualité. Sur le premier degré de l'échelle médicale est placé le médecin de cour, personnage multiple.— La cour a plusieurs médecins , l'habit à la française est placé en première ligne dans sa thérapeutique; il ne le quitte point tant que sa clientèle le retient dans le faubourg Saintllonoré ou dans les riches hôtels de la Chaussée<d'Antin. Tout ce qui peut payer noblement veut être traité de même. Grâce au médecin de cour, l'anecdote de salon pénètre jusqu'au château ; il ne dit jamais que la moitié de ce qu'il saîL Sa clientèle de Paris est toujours malade autre part, et on le consulte moins sur les maladies que l'on a que sur celles qu'il a du guérir ailleurs ; un mot de lui contient le bulletin des affections que Ton doit se permettre « ses ordonnances sont des ordres du jour. Quiconque n'est pu médecin de cour l'a été du premier consul , ou espère l'être tôt ou tard d'un dictateur.

Cette distinction se confond fréquemment avec celle de médecin professeur. Aucune existence, que noussachioas» n est plus varice, plus complète, que celle de médede professeur. Faire marcher de front les intérêts de k science et ceux de sa fortune, avoir une clientèle et ue auditoire, être obligé de révéler mille secrets au nom de l'art, n'en laisser échapper aucun par égard pour ses clients, avoir sa popularité de professeur et sa renom* mée de médecin â faire fleurir l'une par l'autre, être profond à la Faculté, léger et superficiel dans un salon : td est son rôle de tous les jours. Le médecin professeur possède, outre sa chaire, une clinique dans un hôpital; il est au moins chef de service. La douleur lui apparaît sous toutes les faces, hideuse et agonisante sur un çra* bat, coquette et parée dans le boudoir d'une femme élé* gante. D'un hôpital, ce purgatoire de la souffrance physi(|ue cl morale, il passe dans un somptueux hôtel, Eden de la maladie. Celle vio si contrastée de Paris, il la sait

LE MÉDECIN

rj&xANM

Umt eolMre. les tâUeaiii les plus sombres de Ribeîra sonlé ses rem une réalité; il connaît également les tOQclies religieuses et mélancoliques de Murillo. Uo palais et une léproserie, yoilà le monde pour lui. Il est médecin dans son hôpital, sec, dur, brutal par nécessité; il est médecin de bonne compagnie prés du lit d'une grande dame. Dans ses salles, le malin, il est roi; dans ses visites du soir» c*est une royauté constitutionnelle tout an plus.

Le grand monde possède encore dans le médecin des eaux une garantie pour ceux qui s'aventurent, sur la foi des sites et des douches sulfureuses, jusque dans le sein des Pyrénées. Le médecin des eaux part avec ses malades dés les premiers jours du mois de juin; il est chargé de procurer des eaux à ses malades, et des malades à ses eaux. Moitié administrateur, moitié savant, il a plus à faire que Moïse au sein du désert. La parole de celui-ci était commode; pourvu que les Bébreux eussent un puits, ils ne s'informaient pas si l'eau était plus ou moins carbonatée. Pour le médecin des eaux, l'analyse chimique le regarde ; il est en outre chargé de l'hygiène du local. Les petites brochures se succèdent entre ses mains; il s'agit de prouver que sa fontaine est une piscine, et qu'elle l'em-

porte sur tous les filtres connus. Des gens ont la témérité de prétendre que cette place est une sinécure. Il est vrai que le gouvernement qui en octroie le brevet donne rarement les connaissances requises pour en foire usage; mais trouver un homme qui soit à la fois physicien, botaniste, géologue, chimiste et voyageur, n'est pas chose facile ; on prend un homme politique, et tout est dit. Quand on n'est rien par ses emplois ou par ses titres, on peut encore s'établir homœopathe, phrénologue ou magnétiseur; on ne parvient pas toujours à fonder ainsi une science, mais on fonde une réputation.

Le médecin, prosecteur, aide ou professeur d'anatomie, jouit d'une grande importance, aujourd'hui qu*aucun homme ne meurt sans que l'on sache ce qu'il aurait fallu (aire pour le guérir.

Dans quelle classe rangerons-nous celui qui se complaît dans les phénomènes de la nature anomale? Sa maison est un musée asses semblable au musée Dupuytren. La Vénus hottentote y donne la main à l'Apollon de Paris; un squelette type, un Quasimodo chevillé en laiton, l'embryon acéphale et le fœtus à trois têtes, Rita et Christine, une deuxième édition des frères Siamois, se rencontrent dans son répertoire. L'espèce humaine est su-

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Oa peut être wdeciu d'us llKâCrt laH

cin. Li. oc d«t covia'fr j^-^i'» çad poâft «K &ICX [ êtrv l«ple. Le MiieciB du tMtre «t a hu poar les mabdîes iBuziBiir:^. Li frima éatask éstetï^ le ■êderic, qii Tvllire 4r lesff i nQn i v ion fnr- Icr : ausU a-t-e!!e àkz.< ses *t:«aes niées va ieiBe éx- Icar chc-tsi pir el'.e ^<cr ( hiier h Bâfrâe OMCrac '<-

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L'HORTICULTEUR

ALPHONSE KÂRR

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"^^J f^ 'est surtout quand on voit E^^ certains goûts qui remplissent et rendent heu- ' reuse la vie d'un homme ^que l'on comprend bien que chacun a besoin d*a* L voir sa madone de plâtre •u de bois qu*il puisse ) >arer à sa fantaisie.

C'est ce qui explique ' :omment des hommes souvcMt ir€H-!^i4iuni'ur.> cuusacrent toute leur vie i quel* que« Heufii, a qufiques insectes, quelquefois à un seul Insecte, à une seule Qeur; tant un instinct admirable, ou qiielqufffdls peut-être une sage philosophie, leur enseigne a préseDler le moins de surface possible i la fortune, à vivre tout lias, et si se contenter d'un bonheur facile i cacher auj yeux en monde.

n ne r^ul [tas croire que l'intensité et la violence d'une passuin piits^ietil se mesurer à la petitesse de son objet. l^s horticulleuii, qui vivent dans les fleurs comme les abeilles, ont comme elle un aiguillon dangereux. Les pas&ioDK douces s'entourent de férocité comme on entoure une piaule précieuse de ronces et d'épines pour la préserver de la denl des troupeaux.

Cela me appelle comment me fut un jour dévoilé l'atroce caractère des moutons, que j'avais toujours regardés comme l'emblème de la mansuétude et de la bien- TÊtllance. « Mont^ieur, me disait un berger avec lequel je venais de voyager sur la route d'Epernay, il n'y a rien diï si mécliaut que les moutons; ils n'aiment pas plus l'herbe de ce champ qui est ensemencé que celle de celui d'à côté, qui ne l'est pas ; eh bien! Us fiOBt tous dans le champ ensemencé... Brrr... brrrr. Mords là. Né* dor, brrr.,. C'est dune pour me faire prendre par le garde et me (aire mettre à l'amende. Tenes, eo foilâ un lébas..* tto noir... qui agace mon chien. Id» Médor... U

l'irrite i plaisir... Médor, veux-tu v«nîr ici ! allei éerriére... Il espère se faire étrangler, parce qu'il sait bien que, quand un chien étrangle un mouton, c'est le inravre berger qui le paye. »

Celui qui écrit ces lignes a failli perdre U vie -pour s'être permis de dire un jour, à propos d'une giroflée annoncée comme bleue , et qui avait produit des fleUrs du plus beau jaune : c A quoi seri-îl d'avohr me giroflée bleue si elle fleurit toujours jaune? » Mais voici une histoire dont nous avons été témoin.

On se rappelle la fureur avec laquelle on a, îl y a une trentaine d'années , oritlvé les tulipes dans loule l'Europe , et surtout en France , et plus encore en Hollande.

Un oignon, semper augustut, fut vendu douze mille francs.

Une eotcrotme jamm, onze cent vingUtrois francs, et une calèche attelée de deux chevaux bais.

Une tulipe médiocre, le viee-roiy fut vendue pour tes objets suivants :

Quatre tonneaux de froment, huit de seigle, quatre bœufs, huit cochons, douze moutons, deux tonneaux de vin, quatre de i>iére, deux de beurre, mille livres de fromage, un lit complet, un paquet d'habits et un gobelet d'argent.

A cette époque, on voyait dans les gazettes, aux Abu* velleê étrangères:

Amstesdaii. — L'amiral Liefhens a parbitement flewi chez M. Berghem.

Mais passons à notre histoire.

Un jour OB avisa (|ue ks tulipes à fend javn^ «'étaient plus belles, que c'éuit é tort qu'on les admirait depuis si longtemps ; que les seules tulipes que l'on dût avoir et cultiver éuiratles talipes é fond Uanc; que toute tulipe Jaune serait mise i la porte des pUtes-btndes qui se

LWNtTICDLTElIB.

et yt Ictt pém «mt mnêàif et jrtée M VcaL Les asilcwi te 4m»cmt ; «i écriric 4et let-

iras, flcs bffodHW» ces cknsMtty ms psBpUctSf vcs

Ut amlMn 4et tafifct javM tetal tnilét rokiti- •éf . 4e fcat «felopfét 4et Uages eu frit^n^ nH* bôm, 4e fèUmgtÈàu, 4e peidMs, 4>MWiif 4et !■• mUrtt, H 4e jéfàct.

Les perlbof 4et taU^ fcl—diet finval 4écitréi an- 4aeie«s, B^fatenn, révoMoanairet, 4âM>cralee» tapegeen, laM-cakittei. je«MS feat.

Des anib se fcraûlléreat, 4es aéiiffi forai 4ésiijiis, 4et lanflles 4tTtifef .

Ua ioir ^ae IL Maller joaail aai 4oaiiBOf aree an 4e aet caBiara4ef 4*eDbDce, Itorticallear coauae lai. oa parla 4es tnlipei, 4es Inlipes jaiiaes d Uaodies. M. Maller i^m»k êtn javaes ; foa ami était poar les îHêes aoa- ▼dles; Mébal. 4a reste aaiateor tréB»4istiBgiié, feaail alors 4e fMsser aox Manches.

M. Moller el son aaii. toos 4etix konnnes 4e boa goàl et 4e saToir-TÎTre, mettaient la plus grande modératioa 4ans leors paroles , et entaient avec un sob extrèaie 4'ea tenir juMfu'é la 4iscassion.

— Certes, disait M. Maller, la nature n'a rien fait de trop : il n*est pas une pierrcrie de son riche écrin qui ne ckanne la rue ; il est triste de voir des personnes procéder par exclusion. D est certainement quelques tulipes é fond blanc que j'admettrais volontiers dans ma collection si mon jardin était plus grand.

— De même, reprit Tami , désh^nt ne pas rester en arriére en tait de politesse et de concessions, j'avouerai que érywuintke^, toute jaoae qu'elle est, est une fleur ftirl préxentable.

— Je ne méprise pas l'aai^fae de Delpha *, malgré soa fond blanc, reprit M. Muller.

— Elle a'esi pas très blaache, reprit l'ami ; ce n'est qa'aa bout de trois ou quatre jours qu'elle se débarrasse 4'aae teÎBtejaane qu'elle a en ouvrant ses péules; aussi a'ea /iMsoas-aoaa pu gnnd cas.

— Cesl eepeadant de votre collection celle que je préférerais.

Les deoA 2mis étaient dans ces excellents termes quand madame Maller sortit poar faire le thé.

Il est difficile de bien dire par quelles imperceptibles transitions '!s en vinrent é l'aigreur, à l'injure, é l'insulte; mais tofijours est-il que, lorsque madame Muller rentra, cin | minutes après, elle les trouva sous la uble, se tenant aux cheveux et se gourmant de tout cœur. M. Muller avait jeté les dominos au visage de son ami, et la lutte s'était eng<igée.

On comprend de quelle honte furent saisis les deux antagonistes après que la première effervescence fut passée.

Aussi, dés le len4efDaln, M. Muller écrivait é son ami :

c ie suis une bête féroce et un homme mal élevé ; rer^vfi mes excuses. Notre ancienne amitié effacera ce moment d'égarement. Ma femme vous prie de dîner a%ec nous aujourd'hui. 11 y aura de ces petits choux de Bruxelles que vous aimez.

c Votre ami,

« MuLua.

c P. S. Vous m'obligerei , mon cher ami , de me

* Ërymanihe, feuille -morte, rouge cl jiuna.

* \ iulel, pourpre et blanc.

BMOfa 4e celé

4a voa MW

Ta plate» haaiea letiMs raf if*, »

lia:

chaiae, aae 4e aM sartoat à pmknÊÊJée * d é 1

nrcçatl

c Je serai chet Toas i daq Vous BM pfrmettm , moa excaHeal ami , ëe voas préseatrr aa horticaltear qai 4ésire a4Biirer ¥os magaifiqaes lalipet.

c D 4ésire aailoal voir voire UméknmM *, Toire juitéetmn^ d votre 4élicâeasa Mmi*. a

Paraae 4éiicatesse qae loas 4eai coaiprircaU M, llih 1er frisait porter soa admiralioa sar le» plos blaachci d'entre les tulipes blanches, d soa ami o*éuU pas SMÎm poli â l'égard des fonds jaunes.

Cependant le mouvement 4e générosité de M. MuDcr ne pouvait se maintenir toujours é la mèaie haalear; M. Valter, loi, n'avait fait qu'une concesudon aassi darable que le sentiment et rimpuUion qai raTaieat c» sée : celle de M. Muller devait snrvivrr é l'élan.

La terre dans laquelle on mit les tuli|»es blanches at fut ni soignée, ni amendée, ni tamisée, eoaame celle deitinée aux fonds jauut-s.

La seconde ann^e, ^, Muller s'aperçal qii*elles encombraient le jardin ; la troiaiènM* année . elles fmd placées sous une gouttière: elles l^urirenl mal; d M. Muller. après avoir montré sis tulipes jaancs dam tout leur éclat, disait aux visiteurs : c Voici ce qâ il y a di mieux en tulipes blanches : elles m'ont été données air mon ami Walter. et j'y tiens ininineat. » El qnaad. db minutes après, il disait : c Je ne conpifmila pas qa^st puisse cultiver des tulipes blandies, » on ae Ironvall aiturellement de son avis.

On ne connaissait que quatre roses so«s le i^fae di Louis XIV ; aujourd'hui, le^ hocticoltears modfUgi^ cnx qui ne donnent pas quatre ou cinq noms difeteals à h même rose , ceux qui ne se bLisenI pas ave^jif pv l'amour du nouveau et l'orgueil des 4éooavenea, caa»> tent quarante espèces et plus de dix-huit cents varîàii.

Certains amateurs, entraînés par Fambilion de pogr der seuls une variété quelcon(|ue, recherchent dans ks roses les défauts avec autant d'empressement qae 4'aatres y cherchent les qualités. Pourvu qn^ane r^Me sait rare, elle est assez belle, et elle l'emporte é lears yaai sur les plus riches de forme et de couleur, ainsi qaesv les plus odorintes. Ces amateurs chcrcheni depam da» q ente ans la rose verte, la rose bleue, la rose noka il la rose capucine double.

Miidamc de Geniis, qui dit avoir inventé la roaa aMMi» seuse, donne, dans un de ses ouvrages, un procédé pav avoir la rose noire et la rose verte, t^e procédé esl Iréa» simple : il ne s'agit que de çreiïet une rose sar an ca^ sis ou sur un houx. Nous l'avons essayé, et U- hoax a^ donné que ses f« utiles vertes et piquantes et ses haica di corail, et le cassis a produit d'excellent caasis.

Tous les ans, vers la tin Av mai un bruit se r^ami qu'on a trouvé la rose capucine double : nous avons M de longs trajets pour la voir^ jusqu'ici nous ne Vm

> Colombin, ronf?e ' t hhnc.

* l^>||^|»^e (»âk*, rtiit*:' et blanc.

* l'aiMi lit'e, nmjie « t iaiinc.

* Couleur dv luili*. |Hiji.e et muse.

* Rouxe, onuyié elJNun* par oienut panacbea.

L'HORTICULTEUR

--J*«1?^ltï^

jamais Tue ni double ni capucine. Quant à la rfk^ meue, c'est en vain jusqu'ici que plusieurs amateurs remplissent leurs jardins du très- petit nombre de fleurs bleues que produit la nature, dans l'espoir que les abeilles portant le pollen d'une de ces plantes sur un rosier.' il le fécondera, et fera naître une rose bleue. Nous avons à ce sujet des idées qui nous appartiennent, et dont nous ferons 1 essai quelqu'un de ces jours. Les roses décorées des noms les plus noirs, la nigritiennif aurikay etc., sont des roses violettes.

Les amateurs sont é l'affût des moindres difTérences. Ce rosier est remarquable par son bois , celui-ci par ses aiguillons, cet autre est précieux par l'absence de telle beauté, celui-ci tire tout son prix de ce qu'il n'a pas d'odeur; celui-là vaudrait bien moins s il ne sentait pas légèrement la punaise.

Plus un iujet s*écarte de la rose ordinaire, de la rose que tout le monde peut avoir, plus il acquiert de valeur pour les amateurs passionnés.

Heureux celui qui posséderait un rosier qui serait une vigne, et qui boirait le vin de ses roses 1 Nous avons vu un rosier dont le possesseur explique que, depuis cinq ant qu il l'a oiteiiu de semence , il n*a jamais fleuri. Homme fortuné ! plus fortuné encore si son rosier pouvait, l'année prochaine, n'avoir plus de feuilles !

Un horticulteur distingué était le curé de Palaiseau, petit village du département de Seine-et-Oise, lé où mon

ami Victor Bohain avait un rosier de haute futaie grand comme un prunier, un rosier qui est mort dans l'hiver de 1858.

Le curé de Palaiseau a vécu jusqu'i rige de qvatre* vingt-deux ans , au commencement du printemps , ai

I/UDnnCULTEUR.

moment où il allail pour U soixantième fois voir fleurir une prérieuse coUeclion qu*il s'élail occupé toute sa vie d'enrichir.

Il y a quelques années, ce respectable prélre céda à on mouvement de curiosité et alla voir une coUeetion appartenant â un Anglais.

Cette collection était une vraie rose mystérieuse irosa mytiica), comme disent les Litmies. Le jardin de ÎAo* glais est un haicm environné de hautes muraftiçs, daas lequel personne n'était jamais admis, sous cfuelque prétexte que ce fiit. U était frénétiquement jaloux de ses roses. Celait pour lui soûl que ses fleurs devaient étaler leurs riches couleurs, depuis le pourpre ju^u'au rose le plus pAle, depuis le violot sombre jusqn'af thé jaune, jusqu au blanc; c*élait pour lui seul qu'elles devaient exhaler et confondre leurs suaves otleurs. Un écrivain allemand a dit : « Lès gens heureux sont d'un difficile accès. » Notre Anglais à ce compte était le plus heureux des homm> s. Personne n'avait jamais vu ses roses. Il était jaloux d'un petit vent d'est qui. le soir, en emportait le parfum par-dessus les murailles, et, pour compléter les rigueurs du harem, il pensait souvent à faire garder ses roses, ses odalisifues, par des eunuqires d'un nouveau genre, par des gens sinon aveugles, du moins sans odorat.

Le bon curé néanmoins se mit en route une nuit ; il fit cinq longues lieues dans une voiture non suspendue : il avait alors près de quatre-vingts ans. 11 arriva avant le jour ; il s'adressa à un jardinier, et, il faut le dire, on l'accusa d'avoir employé jusqu'à la corruption pour engager l'eunuque d T intraduire dans cet asile mystérieux des plaisirs de son mailre.

Le jardinier se laissa séduire ou corrompre, et, aux premières lueurs du jour, il ouvrit doucement, avrc une cli'f graissée, la porte où l'attendait le bon curé, respirant d peine, haletant, oppressé. La porte s est ouverte sans bruit, les deux complices marchent d pas lents et silencieux. Le jour est si faible, qu'on ne distingue rien encore, mais il semble que Ton respire un air embaumé. -On va voir les roses... Tout d coup une voix sort d'une 'peçsionno :

— Williams I ohé, Williams, conduisez monsieur hors du jardin !

' U n'y avait rien d répliquer; il fallut sortir, remonter dans la carriole, et revenir, après dix lieues dans les plus mauvais chemins, sans airoir rom))li le but du voyage. Pour consoUr le curé, an \oW\n soutint le paradoxe que l'Anglais ne tenait son jardin si fermé, que psrce qu'il ne posjiédait pas une seule rose. j Qui sait?

En général , les amateurs n'admettent pas tout le monde dans l'urs jardins; ils ont surtout horreur de 'certaines espèces qu'ils désignent sous le nom de fleurichotiê et de curioltcs.

La corruption, l'escalade, la fausse clef, Ta bus de confiance, n'ont rien (|ui eO'raye certains amateurs pour se procurer une greffe, un œil d'un rosier qu'ils ne possèdent pas.

En 1828, la duchesse de Berri obtint des $emi$ de roses qu'elle faisait tous les ans d l^osni douze fleurs qui Jlui parun nt d'une beauté remanfuable ; apendant , comme il ne s'agissait pas seulement d'avoir dt* belles Toses, mais des roses nouvelles et inconnues, elle char- Igt a madame de LnrochejnC4|uelein de les faire voir d un jcélèbre jardinier. Le jardinier, après avoir examiné les

fleurs pendant dix minutes, en déclara trois moutelus. L'une surtout lui parut mériter la préférence sur tes deux rivales , et elle fut appelée hybride de Rosni.

Deux ans après, au mois de mai ou de juin 1830 (c'était la dernière fois que la duchesse do Berri devait Toir ïeurir ses roses), elle avisa qu'il y avait deux ans qn'elle jouissait du plaisir de posséder seule l'hybride de Rosni, et qu'il était temps de renouveler ce plaisir en le partageant. Elle pensa que ce serait pour le célèbre jardinier un présent de quel(|ue voleur, et elle chargea de nouveau madame de Laroehejacqucleiu de le lui offrir de sa part.

Madame d<s Lmuiiejacquelein trouva l'horlicultar lisant d l'ontbrc de deux hauts églantiers cliai^és et fleurs magnifiques 11 reçut l'oUre avec les ténMMgnagieg de reconnai.ssancc que méritait cette honorable et d^cate attention Mais le bienfait arrivait tard : il atall ta soin, dans le peu de temps qu'il avait eu les roses dut les mains, deux ans auparavant, de conper â la déroMt deux yeux de la plus belle variété ; il les avait grclet avrc le plus grand succès, et il avait reçu la messagéra de la duchesse d l'ombre des deux hybrides de B€«Bi« sujets plus beaux sans contredit qu'aucun de ceux ^[sa possédait Madame.

La plufiart des gens qui s'occupent de flenrs le ibtfl plus par vanité que par amour, plus pour les montrer que pour les voir. Les horticulteurs, j'en excepte Inem peu. n'aiment pas les fleurs. Quelques-uns plantent daM les cailloux un dahlia ( l'incomparable, bordé de blase) pour assurer ses panachnres ; d'autres ôtent tootet lai feuilles d un camélia. M. P..., à la rentrée des bons, guillotina les impériales de son jardin ; les ^ lettes . n:èléi*s aussi d la politique . ont été exilées Louis XVIU . et plus tard amnistiées. M. de Casli commandant du chdteau des Tuileries, a laitonet signe contre les œillets rouges. Pendant plusieurs nées, après la Révolution de juillet, les lis oi des jardins royaux. Nous respectons par-dessus to«t les passions et lis bonheurs , mais la passion des bortlod* teurs n'est pas réelle.

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LA MÈRE D'ACTRICE

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