L. COUAILHAC
a mère d*actrice s'ap- T.T)elle assez généralement madame de Saint-Robert, tlle a cinquante ans, les restes d'un cœur sensible, et une fille sur la (èlc de laquelle reposent toutes ses espérances. — Madame de Saint-Robert est — ou une ancienne soubrette de comédie qui a longtemps fait les déli* ces ûe Vury-it-riàiiçais, de Quimper-Corcnlin, d'Onde- Darde et autres villes de celte importance, — ou une co* quette émérite qui avait obtenu un bureau de loterie, sous la branche aînée» par la protection d*un vieux chevalier de Saint-Louis, et qu*uu vole de la Chambre des députés a cbassée de son antre aléatoire; —ou enfin une ex-portière de la rue Coquenard, qui s*est iaignée des quatre veinei pour fiiire entrer sa chère enfant dans les classes du Conservatoire et lui assurer une position brillante. Mais madame de Sainl-Robcrl n*avoue aucune de ces origines; depuis que sa fille Aurélie a débuté avec quelque succès sur un théâtre, elle les trouve de trop bas étage. Il luîfiiutdes antôcédopts de meilleur aloi. Or. voici Thistoire qu'elle a fait rédiger par un écrivain public, qu'elle a apprise par cœur, et qu'elle raconte à tout propos :
c Jf . de Saint-Robert était, du temps de Vautre, officier supérieur dans un régiment de la vieille. Son physique était si avantageux, qu'on ne l'appelait que le beau Saint-Robert. Plusieurs fois le petit caporal, en passant la revue de ses grognards, lui donna de petites tapes sur la joue. Ces différentes circonstances me déterminèrent à lui accorder ma main , malgré l'opposition de ma famille* qui revenait de l'émigration, et qui était infectée de préjugés. Aurélie naquit de celte union. Pauvre enfant! le ciel ne devait pas longlemps lui laisser son père l »
Ici la Saint-Robert tire de son sac un grand mouchoir à carreaux bleus, et essuie deux larmes complaisantes qui coulent le long de ses joues ridées. Puis elle continue :
ff La fatale expédition, de Russie fui résolue par le grand homme. M. de Saint^Robeil, qui faisait partie de ravanl<garde , entra des premiers dans Moscou ; il en sortit le dernier. Dieu avait. marqué son tombeau dans les neiges de la Russie ! Au passage de la Bérésina, la surface glacée du fleuve craque autour de lui ; mais il touche presque le bord opposé... il n'a qu'un pas à &ire pour être sauvé... Tout à coup il entend derrière lui un cri poussé par un dé ses camarades... il veut voler «i son secours : héroïsme inulilc! il disparait avec lui dausle goufire !»
Ici la Saint-Robert lire encore de son sac son grand mouchoir à carreaux bleus, el essuie deux nouvelles larmes. Puis elle continue :
« Restée veuve, je me consacrai a l'éducation d'Aurelie. Je l'élevai dans la pralii|ue de toutes les vertus cl
dans Tamour des arts. Et. coniuic elle montrait les plus
LE MÉDECIN