‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 233 sur 269 · LA MARCHANDE DE FRITURE · texte numérisé non relu

LA MARCHANDE DE FRITURE

iirs i son ministère, dans plus d*nne occnsion, pour »léter un diiier écourté, ou se procurer Thiver, au du feu, la joui^«ince d'une frugale collation; el, ce frottement accid«ntel, avec une classe supérieure, i*a pa manquer d'acquérir ua certain degré de cilion et de politesse. Son existence oflTre, du reste, 18 constante uniformité.

eroupie plutôt qu'assise sur son escabeau, pour tous les instants de la journée se passent dans une invariable de mouvements alternatifs. Elle prend après Tautrr toutes les pommes de terre qtii corn* it sa provision du jour, en enlève la peau avec réconomie possible, les découpe en can'^îaeuses ges, les verse dans la graisse qui frémit, les tourne loarne en tous sens i Taide d'une large écumoire, s relire enfln lorsqu'elles se sont empreintes de eonieur dorée qui les rcud si appétissantes C'est qae, de la poêle, elles passent dans la feuille de sr de l'ouvrier, dans l'assi^tle de la ménagère, k casquette du petit friand, dont les ardentes solitions viennent d'arracher un sou à la muniOcence roelie. D'ordinaire, le soir, aussitôt que l'ombre de rit 8*est abaissée sur Paris, on voit se glisser jus- ^le, comme des ombres, le jeune homme à l'habit ripé, qui sVst imaginé qu'il suffisait d'habiter Paris ' dèfenir poète ou diplomate, et le vieillard ruiné, le misère n'ose se produire au grand jo»**-. neureux, • avoir compté lenlenient dans la souffrance les ;M8 heures de la journée, de trouver là. pour To- I doaloureusemeot prélevée sur le produit de quel- I hardes, de quoi calmer sans trop de dégoût les ne de la faim.

Mais, comme il est de règle générale, en alimentation aussi bien qu'en amenbleroent et en toilette, que l'objet de luxe finisse toujours par venir s'adjoindre é l'objet de première nécessité, il s'est formé une troisième industrie plus élevée d'un degré que les deux premières, et qui réprésente  leur égard ce qu'était autrefois le marchand de gAteaux au boulanger, ce qu'est aujourd'hui au hourher le somptueux marchand de comestibles. Cette industrie est celle de la marchande de beignets.

Alerte, sémillante et coquette, la marchande de beignets n'a de commun avec les deux espèces déjà décrites que le fourneau, la poêle et le saindoux. Elle va jusqu'à se permettre d'être jeune et jolie; elle aflfectionne les passages les plus fréquentés : le pont Neuf et la porte Saint*Denis sont ses résidences favorites; il y a même dans ce dernii r endroit un établissement dont la vogue rappelle les beaux jours de la galette du boulevard Saint- Denis. La marchande de beignets tient, pour ainsi dire, à honneur de fonctionner en présence des passants ; son fourneau, placé sur le trottoir, le plus en vue possible, .semble être dispose pour attirer les regards, et il faut dire, du reste, qu'elle fonctionne avec une dextérité merveilleuse. Ses beignets sortent, comme par enchantement, doré< et splendidrs de l'appareil créateur, et, par leur odeur et leur apparence, sollicitent é la fois les deux sens les plus avides et les plus faibles. Son débit est incalculable, car elle s'adresse à la sensualité, qui s'acQroit à mesure qu'on lui cède, et il faut bien que ses bcnélices aient une certaine importance, puisque son loyer, sur le pont Neuf, par exemple, s'élève jusqu'à une somme annuelle de mille francs.

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