LA MARCHANDE DE POISSON
annonce en même temps dans les faubourgs Saint* tes et Montmartre Tanguille de mer :
JX.
A Tan- guie de mer, à l'an guie!
hareng : Hareng qui glace, tout nouveau, hareng
jau!
is le quartier des Tuileries, tout le monde connaît
te Marianne, son bonnet rond , sa flgure enlumi*
son bâton qui vient en aide à sa jambe boiteuse,
inne remplie d*aIoses, sa hotte chargée de morue,
et son cri : Morue d'Hollande, à f alose! à falote!
Le caractère original des poissardes ne perce pas médiocrement dans les mélodies de leur invention, ou plutôt dans leur manière de les chanter. Jamais voix humaine n'a produit des sons plus bizarres, plus criards, plus sauvages; une mélodie de quelques notes contient des sons de toutes les qualités. Ce qu*i] y a de remarquable surtout, c*cst la transition brusque du son de poi* trine au son de tète. Le cri de ces femmes a tant de rapport avec celui des marchandes de cerneaux, quf je croirais volontiers qu'il s'en trouve parmi elles qui cumulent, et qui , après avoir crié pendant une partie de Tété : Merlan du jour! merlan à frire, à frire! se mettent i vendre des cerneaux pendant Tautomne.
La mélodie des maquereaux ialét est une des meil- * leures et des mieux chantées :
Presto.
IlallaUnnilo,
—JE. s J-
mi
Maqu'reau,maquYeau,maquYeausa-lé, maqu'reau sa- lé, maqu'reau sà té*
I marchandes de poissons succèdent les marchandes 1res, avec leur chant expressif : A la harqusl à la tel
A la barqu* à ia barqu'!
8 les marchandes de moules : La moule au caillou /
-£if
LkI moul', la moul' au cail-lou.
marchande de moules au caillou doit rappeler au :eur la reine des marchandes, la gloire des halles, leuse marchande de moules de Bruxelles. Assise sur bar, qui ressemble beaucoup à un char de triomphe in, entourée de paniers remplis de moules, Té- ) Flamande forme, dans ce cortège, une des curioles plus pittoresques de la capitale de la Belgique, irait tenté de la prendre pour une apparition fantas- : à telle heure du jour, elle parcourt les rues de
Bruxelles; a telle autre, celle d'Anrers; et souvent on la voit, sur la route de Malines, glisser comme une ombre avec la rapidité de Téclair. Son char mystérieux semble être entraîné par une force magique, et les nuages de poussière qui Tenvironnent ne permettent pas à l'œil de distinguer quelle puissance lui fait dévorer l'espace avec une telle rapidité^'On n'aperçoit, au milieu de ce tourbillon, qu'un l)onnet blanc, une face rubiconde, et le mantelet noir classique des Flamandes. Les uns pensent reconnaître dans ce cortège celui du corsaire noir, cet effroi des marins , ce présage de grands désastres, qui aurait momentanément abandonné pour la terre son maritime empire. D'autres font le signe de la croix, persuadés qu'ils ont vu galoper sur le manche d'un balai quelque sorcière pressée d'arriver au sabbat. Inutile de faire observer que ces deux opinions appartiennent aux romantiques. Quant aux classiques, ils prétendent avoir vu la conque de Neptune traînée par des dauphins terrestres, ou des panthères de Naxos emportant une nouvelle Ariane. Cest tout simplement» notre marchande de moules fièrement et glorieusement assise au milieu de ses coquilles, comme Vénus au sein des roses. Son attelage se compose de huit chiens énormes qui semblent voler de relai en relai, et donner des ailes aux moules, dont elle approvisionne presque toute la ville de Bruxelles. Je ne connais pas de voyageur qui n'ait emporté comme impression de voyage un croquis de la célèbre marchande de moules , et de son équipage si singulier et si original.