LE NAITRE DE CHAUSSON
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gides, la loyauté inviolable, le vif éclat, la netlelé e, et cette union tacite était si bien comprise, que i grand éloge que Ton pût donner à quelqu'un, c'é-
dire quM était brave comme son épée. Mais nous $s dans une époque peu chevaleresque, et la pro-
savate doit remplacer la jolie épée française, ce 9igu, cet éclair d*acier qui du moins brillait dans . avant d'arriver à la poitrine d'un homme. (avate, comme on la pratique aujourd'hui, est un s-compli({ué, trés-savnnl, très-raisonné; c'est l'essans fleuret. Il y a la tierce, la quarte, l'octave et li-cercle; seulement dans l'escrime on n'a qu'un Bl à la savate on en a quatre; cnr les jambes dans ictuel de la science sont de véritables bras, et les deviennent des poings. Les maîtres placent un le pied dans les gencives ou dans l'œil avec beaude facilité : plusieurs mAme décoiffent leurs adres avec le bout du chausson.
naitre de chausson actuel ne ressemble en rien au sr ancien : c'est un jeune homme de Ûgure douce Tenante, le sourire sur les lèvres, qui s'exprime lement et avec un son de voix perlé. Ses manières Tune distinction parfaite; on le prendrait plutôt on professeur d'esthétique et de philosophie que m pugiliste; il fume tout au plus des cigarettes de espagnol, comme George Sand, et boit de l'eau suomme un orateur. Il ne porte ni cravates rouges, sis violets, ni pantalons fabuleux, ni casquette ex- |ue; sa mise est celle d'un fils de famille qui s'halil bien. — A l'entendre parler de son art, vous es être en présence d'un savant de l'Institut, fai es calculs sur l'équilibre et la dynamique : la savate 1 effet un calcul très-exact des forces humaines inées avec la libration et la pondération. Après aes mois d'étude, on est vraiment surpris de l'éi puissance que peut acquérir un muscle bien dé- [>c et bien dirigt*', et l'on s'aperçoit que la nature s fait l'homme aussi désarmé que le prétendent les ophes moroses. Des poings bien fermés selon les pes de l'art valent des marteaux de fer. maître de chausson fashionable ne néglige rien qui peut perfectionner son jeu. M. Lecour, celéofesseur, a travaillé avec Adam, le boxeur anglais, lutable adversaire de Swift. Celte étude lui a beauervi pour perfectionner les coups de poing, qui, a re, étaient la partie faible de la savate. Les coups dans la poitrine ou dans la figure sont fouettés et es avec une vigueur rare, et si bien calculés, qu'il perd pas un atome de force; la vitesse est triplée, is moins d'une seconde, l'on a placé une série ainsi «êe : coups de poing sur le nez, sur l'os maxillaire m l'estomac, ou bien coup de pied bas, coup de •Ql, et coirp de poing. Autrefois l'on ne faisait pas les, et l'on ne liait pas les coups : un assaut actuel t autant d'un assaut ancien, pour la difficulté de 3Uon et la hardiesse des poses, qu'un morceau de DQ de Kalbrenner d'une sonate de Steibelt. 11 y a s, tout cela eût paru impraticable, se tromperait beaucoup si l'on représentait les maie chausson comme des gens de carrure athlétique ;
tiennent en rien de Tllerculc et du lutteur; ils irdinairement de taille moyenne, ont les extrémités Bl les mains petites. — Plus d'une femme envierait lins de Swift; mais ces mains délicates, si elles ont Dchenr du marbre, en ont aussi la dureté; et, déiB par les puissants muscles des épaules, meurtris* es chairs comme un caillou lancé par une fronde, intenant que nous vous avons fait l'histoire et l'es-
thétique du grand art de la savate, nous allons vous introduire dans une salle de chausson, celle de M. Lecour, qui est le professeur à la mode, et qui compte parmi ses élèves les lions les plus chevelus et les plus aristocratiques de l'Opéra et du boulevard de Gand. Vous voyez cette file de cabriolets, de tilburys et de coupés qui stationnent à l'angle de la rue du Faubourg-Montmartre, tout près du boulevard : hâlez-vous, c'est jour d'assaut, et vous auriez peine à trouver place.
La salle d'armes est au rez-de-chaussée, car le piétinement perpétuel serait insupportable aux voisins les plus pncifi(|ues, et les bourgeois proprets partagent la haine de Nicole contre les ferrailleurs et les déracineurs de carreaux : la première pièce sert d'antichambre et de vestiaire ; contre le mur est appliquée une petite fontaine, qui fournit de l'eau froide pour tremper les coins de mouchoir quand il y a des nez compromis a bassiner, ce qui ne Inisse pas que d'arriver quelquefois.
La salle est une grande pièce tapissée de coutil, en forme de tente, avec un plancher frotté au grés et à l'eau bouillante, pour que le pied morde bien et ne se dérobe pas. Tout autour sont disposées des banquettes élevées sur une marche qui encadre l'arène destinée aux combattants; le long des murs sont accroches les gants de boxe des élèves, portant chacun leur numéro. Ces gants, dont les doigts ne sont articulés que par-dessous, ressemblent à des traversins; la peau est de buffle et la garniture de crin. Les Anglais remplissent les leurs avec la pluma; mais la plume, plus moelleuse d'abord, ne tarde pas à se tasser en paquets, et devient plus dure que le crin. A côté des gants, qui font trophée avec les masques, pendent les cannes et les bâtons de longueur.
Les assistants sont rangés au plus prés du mur, afin de ne pas gêner les combattants ; et, pour ne pas être atteints, dans les coups de grande volée, par les cannes des mnilres qui font assaut, chacun tient en main un bAlon dans la pose d'arrêt, ce qui donne à l'assemblée l'apparence d'un chapitre de chanoines assis dans leurs stalles un cierge à la main.
Le costume du maitre est très-pittoresque; il consiste dans un pantalon de laine rouge à pieds, demi-collant, serré â la ceinture et tenant sans bretelles, une chemise rayée de violet ou de bleu, une petite calotte pourpre, et des gants de boxe avec des crispins vernis.
L'assaut commence ordinairement par la canne et le bâton. La canne se tire â une seule main, et le bâton à deux mains, comme les espadons et les estocs du rooven âge. Avant de commencer, les maîtres se donnent une poignée de mains, puis ils font le salut. Ce salut, où les maîtres exécutent avec leurs cannes des arabesques plus capricieuses que celles décrites par le bâton du fantastique caporal Trim-Trim, dans le roman humoristique de Tristram Shandy, en faisant des sauts et des pas de voltige (la voltige se fait lorsqu'on est attaqué dans la rue par plusieurs personnes; la rose courfr/e, que Ton fait pour salut, est la plus jolie arabes )ue dessinée au bâton que l'on puisse voir; les voîtéSf les écarts de côte, les coups de travers pleuvent drus comme grêle); ce salut est vraiment très-gracieux et très-élégant. Après cela, les maîtres se mettent en garde, et les hostilités sont ouvertes, les cannes tourbillonnent et s'entre-choquent en pétillant; quand le coup porte, le vaincu s'écrie: c Touché, bien touché, > et Ton reprend la garde. Comme les combattants n'ont ni masques, ni plastrons, les coups doivent être retenus : ils le sont presque toujours au début de la lutte ; mais quelquefois les adversaires s'échauffent, et l'assaut ne diffère pas beaucoup d'une vé« riuble bataille. Aussi, l'assaut terminé, les combattants
LE HAmiE MI CBAUSSOH.
s'embrassent pour montrer qu'ils De se gardent pas rancune, et n'ont aucun fiel dans le rœar. Cette coatnme a qucl(|iic chose de loyal, de touch»Dt« et doit prérenir Lien des querelles. L'agilité et la prestesse des maîtres Liltonnistfs sont réellenient efTnyar.tes. M. Lecour eiêcutc en une minute àe< carrés c^mpos^s de vingt coups sur chaque face, il a mcme clé ju>qu\i deux cents coups de Liions à la minute, ce qui tst | rotiiçieux; 1 ou ne Toit pas le b.1lon. on Pent^nd seulen:eut siHer.
Les ns>aut< de savate viennent ensuite. Les coups de pied, les coups de f oing se suivent et ne se ressemblent pas, mais ce sperUcle n'a rien de repj'îss.int. les mouvements s«>nt si justes, si fr«»ci>. si bien raisonnes, si Lion ra!cu!ê'i, que loulo idôe de do ■ leur est éloignée : on croirait (•hitôt assist r à uco Ir^'oc de voltige qa*â un combat: les temps d'arrêt. le< c«ujs de pied exécutés par Lecour et sou frère. sc<ct aussi gracieux qu'on temps d'arabe.sque de Perrot, le merveilleux danseur. Les oombattants, susiendus au milieu d'i:c lourbilloo de bns et de jamiies. semblent ne pas tenir à la terre. Auriol n'est pas plus vif. plus i^-étulict et plus allègre: et cependant ces mouvements si pror.:it$. si lestes, sont d'une force prodigieuse: le plus fiible de ses coups vous renverserait.
Voici quelques-ane< d s foses qui se pratiquent. On donne des coups de tète dans la figure et dans l'estomac : \o\XT cela o:\ <aisit l'adversiire par le collet ou par la tôle, et en l'atliranl vers soi on lance le coup.
Si votre ad%er>jir^ court sur vou*. tous places le coup de tête dans l'estomac, vous lui saisissez en même temps les deux jarrets jour le recferser: queIquef<H<. comme une arabes jue fjutasti ]ue. comme ct=s parafes à main levée que l'on tait au b-. ::t d'une pd^doat on est couloul. vous le faites i^<ser par-de<>u< voire tète, et vous Teu voyez, eu manière de fioriture, d-jcrire une parabole derrière» vous, i
i> ctv.rp, comme toutes les botr»:-? possibles, a sa parade : eiî i'e vécut jul, vous jo:*ez è:re saisi par la nuque: