‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 253 sur 269 · ODO · texte numérisé non relu

ODO

Le préfet de police connaît seul les agents secrets employés à la politique. C'est lui qui les reçoit, leur donne ses instructions, écoute leurs rapports et rétribue leurs services. Chaque mutation de préfet amène un changement dans ce personnel, beaucoup trop variable pour être étudié. Seulement, nous devons dire en passant que les espions envoyés dans les cours étrangères ne partent pas de la rue de Jérusalem. Chaque ministère a sa police secrète; colles du ministère de rinlérieur et des Tuile-

I ries sont les plus importantes. C'est de là que sont ex-

I pédiés nos mouchards à l'étranger ou dans les salons de

t la haute aristocratie.

I Le cabinet du préfet se compose de dix-neuf em-

, ployés ^. Aucune pièce ne sort de ce bureau sans avoir été lue, enregistrée et portée au préfet lorsque la note

I est importante.

, Le secrétariat général comprend un secrétaire général et vingt-neuf employés *.

( La préfecture renferme deux grandes divisions : la première, occupant cent trois employés, exerce la police

^ jadicîaire*; la seconde comprend cloquante-deui employés*.

I 1 L'occupation de ces employas consiste dans rouTerlare,

; l'enregistrement, la distribution des lettres, pièces et dépêches

t adressées au préfet et s'élevant par jour au chifTre énorme de

I deux mille. La correspondance du préfet avec les ministres et

les autorités pour causes politiques est faite aussi dans ce bu-

^ reau- La formation des dossiers relatifs aux afTaires politiques,

1* le dépouillement des pièces adressées par les agents secrets, les

I réfugiés politiques, ijni du ressort de ce cabinet, où se trouve

^ en outr^un registre qui contient le nom de tous les individus

B qui ont figuré dans les aflaires politiques.

^ a Dans leurs attributions se trouve : la rédaction des arrêtés

de nomination des employés de tous les services, la formation

' et le classement de leurs dossiers, les demandes d'emplois et les

^ renseignements sur les candidats, les archives générales, l'ad-

I' minislration de la garde municipale , des sergents de ville et

f des sapeurs-pompiers , les théâtres, saltimbanques, réunions

I publiques, fctcs^ jeux, afficheurs, crieurs publics, cultes, Tétat

^1 civil, le timbre, les débits de poudre, les déserteurs, etc.

, a Dans ses bureaux sont les archives des arrêts et jugements

rendus en matière criminelle dans toute la France depuis cent

▼ingt an^, les crimes et délits, la sûreté publique, les forçats,

ragabonds, mendiants, brocanteurs et cbinbnniers , la garantie

des matières d'or et d'argent, les laminoirs et balanciers, l'exa-

men, l'interrogatoire de tout individu arrêté, sa mise en liberté

et son renvoi au procureur du roi. Un individu arrêté est d'abord

^M>Dduit au dépôt de la préfêctun , où il ne reste jamais plus de

-^ngtpquatrc heures ; il est interrogé parun commissaire de police

^md Aoc, renvoyé s'il n'y a pas lieu à suivre , ou conduit devant

^^30 juge d'instruction s'il y a lieu. Les prisons, les maisons d'ar.

^r&i, de correction, de justice, de force, de détention, de régime

^;>énitentiaire, dépendent encore de cette division , ainsi que le

^)Urcan de mendicité, le départ des chaînas, les passe-ports, les

^>orts d'armes, les livrets, les permis de séjour, les hôtels garnis

^t les logeurs.

* Ce sont ceux qui veillent aux approvisionnements des halles ^tel marchés, aux cimetières, exhumations, épidémies, poids et -anesures, à la Morgue, la Bourse, aux bateaux i vapeur, bains ^or rivière, navigation, marchands de vin, traiteurs, charcutiers, chantiers de bois et charbons, édifices publics et carrières, nettoiement, éclairage et arrosage de Paris, égouts, puits, fontaines, aqueducs, voitures publiques, roulage, professions des médecins, chirurgiens, sages-femmes, herboristes, droguistes, remèdes secrets, eaux minérales, etc.— En dehors de ces deux divisions, on doit placer la comptabilitéf qui occupe douze employés , le bureau des architectes et eommUtaires de la petite «otrie, composé de treize architectes experts , la caisse et ses onxe employés, et le conseil de salubrité formé de huit médecins, chimistes et pharmaciens. Cent quatre-vingt-dix employés sur- Teillent et perçoivent les droits dans les halles et marchés; les courtiers gourmets piquewrs d$ vins, au nombre de quarante,

C'est de la première division que ressort le bureau des mœurs, triste séjour où viennent aboutir bien des existences de femmes amenées à cet état de dégradation par la misère, le vice ou la coquetterie. Souvent il y a pour premier échelon à leur douloureuse position un somptueux hôtel, des jours de luxe, des nuits de plaisirs, et pour dernier degré la honte, la misère et le lit douloureux de rhôpital, où la main d'un ami vient si rarement presser celle de la mourante. Elles viennent, les malheureuses, oublieuses du passé, insouciantes pour Tavenir, chercher à leur tour une place pour leur nom , pour le nom de leur famille, sur ce fatal registre qui grave une tache éternelle de boue sur chaque nom qui s'y trouve marqué.

Cependant on les voit arriver là sans regrets, sans pudeur, sans remords; elles sont jeunes, elles sont belles, leur voix est pure, leur regard doux et tranquille; elles ont souvent a peine seize ans lorsqu'elles s'empressent ainsi de solliciter un brevet d'infamie. Quelle douloureuse mission que celle de flétrir malgré soi tant d'existences que Dieu avait faites si brillantes ! comme il faut que les hommes de cette administration soient purs par leur caractère et dans leur existence, pour que la malignité publique n'ait aucune prise sur leur conduite! Parmi ces jeunes filles , il s'en est trouvé souvent qui n'étaient qu'égarées, que de sages conseils ont ramenées d la vertu ; mais si les hommes qui sont à la tête de cette dangereuse administration n'étaient pas honorables, s'ils abusaient de leur position pour profiter du vice , s'ils se servaient de leur ascendant sur ces pauvres filles en faveur de leurs passions, alors une telle organisation, loin d'être salutaire, deviendrait monstrueuse et ne servirait plus qu'à la corruption.

Bien que ces femmes, une fois admises sur le registre, soient à jamais perdues pour la société , la police s'est pourtant préoccupée de leur sort. Elle a compris qu'elles seraient chaque jour par leur position confondues avec le restede la société, <|u'elles vivraient, malgré leur honte, dans la vie commune , et qu'elles deviendraient dangereuses si elles n'étaient l'objet d'une surveillance assidue. Depuis douze ans , l'administration s'est constamment efforcée de les renfermer chez elles, de les cacher «a regard de tous , de leur interdire l'accès des promenades publiques, où, par leur présence , elles exposaient les honnêtes femmes aux insultes des passants. Il n'était plus possible, comme au moyen âge, de leur donner une toilette distincte : c'eût été les enseigner à tous ; la police fit mieux, elle ne les toléra que sur certains points, et veilla sévèrement à ce que leur mise fût toujours convenable. La moindre infraction est sévèrement punie; un pouvoir absolu sur elles est donné au préfet , qui peut les condamner à plus d'une année d'emprisonnement, et des agents spéciaux, chargés des maisons de tolérance, veillent sans cesse sur ces femmes et sur les filles insour mises, qu'ils conduisent au bureau des mœurs pour requérir leur inscription.

Ce n'était pas assez de maintenir l'ordre dans une classe aussi dépravée , il fallait encore songer à la santé de ces malheureuses. Le dispensaire fut créé, et dix médecins furent chargés de ce pénible service, dont l'utilité ne saurait être trop appréciée. Toutes les femmes , soit en maison, soit en carte, passent chaque semaine soag l'examen minutieux du docteur qui se rend auprès d'elles

dégustent les vins qui arrivent, et empêchent la fiilsification. Ensuite paraissent les employés de la naftigation §i des ports, le contrôle de la halle aux grains et farine, des bob et charbons, de la fourrière, le personnel des prisons, etc.

u: s;: (;:.n: ni: ville.

et signe leur feuille, ou donne Toiilre de les diriger sur Saint- Laz'ire. Le seul reproche que Ton puisse adresser à ce mode d^admiiii^tration , c*est de ne pas eul-ver d l'instant même les femmes malades, d'attendre souvent au lendemain pour les envoyer à Thospice. et d'exposer ainsi le public à devenir victime de la cupidité des maitresses de maison.

Le bureau du dispensaire est ouvert chaque jour, nonseulemeut à toutes les filles de celte classe» mais encore â beaucoup de femmes que la police est forcée de tolcrer. et aux]uelles elle délivre des cartes que celles-ci ont soin de tenir secrète*:.

Triste tt obscur, refoulé dans un coin de la préfecture de police, le dispensaire se ctcho honteusement d tous les rrgards. II >enibIo que ce quartier, juif par le nom de ses rues , juif dans son origiue , soit destiné à servir de cénacle à toutes les misores de la société. Li, se trouve le Palais de Justice, où s'agite sans repos la classe infatigable des plaideurs, et dans le sein duquel viennent se dérouler tant de dnmes lugubres; ici. les prison^ qui se vident ch ique jour et sont toujours pleines ; plus loin. U Morgue et ses froides dalles tout humides encore du

passage des noyés; pub le

au vice pour eu gtraatir l'hainiDité; atohMlM

dont l'œil d'Argus se proméiw àt kMi iv h AA

dont la nûssîon eU de tocjout cMte, JVÉ*

compenser.

11 n'y a donc autour àt cet Ulélqielai|liik^] honte et du désespmr. A ses cMs le fice, kâlil^| famie avec les prisons, le Pabb M b ■■!■;>■ pieds la fange du dispennire; perliHftèslihHirt sang : toutes les misères, Uwtes les èednniMik corruptions de U société se sont réragiéM M; li(t*V l'air qui y soit pur, que le âd oà Tm !■■* crainte lever un regard tranquille, peceefîiMrf ment se trouTe l'œuvre de Diea» ctqÎMIs ssiiiA* jours chaste de toute sonilliire.

Tel est le penonnel raie ; passons promptemeat A k

1 Va chef, an toas-cfacr. Ml quatre officiert de paix, er"^—- * inspvictcuirs de police, lei ^ spccteiirs des bUeb gaiû^ki

LE SEnCENT DE VILLE.

So«e iigcnis parviennent le i»his souvenl à la d«îcou- ▼erle des crimes commis dans Pnris. Clinrg«»s de visiter les liôlels garnis, ils pronm nt cli :f|nc jour le nom cl le signalement dt\s individus qui liMilrt^nl on sorlont. Dos qu'un crime est connu, les inspcclriirs s'informoiil du nom des gens absents de l'iiôtol à Tlnviiv où le forfait a dû avoir lieu, puis à rin^tanl môme on fait arrôler lotis ceux qui par.iiî^sent suspccls. La plupart du 1«mtij»s, ce sont des forçats libérés . des repris do juslico ou (!rs hommes sans aveu. Il est bien nire que !«' coupable ne se trouve pas parmi ces ligunîs patibulaires ^

il y a qiiebjucs anmVs, lorsqu'un bon babitr.nt de Paris rentrait cb«»z lui longtemps apr.'s l'b^ure antique du couvre-feu, il renconlrait parfois sur sn roule une escouade d'bommos se jrlissaul av«'c Icnleur h îong des maisons, ne Irabissaut leur prô ence p.T aucun bruit, et le brave houime pouvait continuer son chemin en loute •ûrelé ; la palrouille grise avait pas>é par là. Aujourd'hui la patrouille jirise n'existe plus , elle a été remplac(*e par les rondes de nuit qui font ce scrvi\.e de concert avec la garde de Paris et les palrouilL\s de la garde nalionale. Lorsque le jour a fui, quand on i^ heures onl snnnê à l'horloge de la Préfecture, vous oyez sortir et se diriger en lous sens , dans les quartioi^ \es plus dê>crls. ces cgenls ténébreux chargés de veille» à /« sùrolé commune. Un honnête citoyen vient-il à pa:< ^cr, leur présence le rassure; un ivrogne a-t-il roulé dans le ruisseau, ils le relèvent tt le couchent au violon. Le m.illicunux, sans ce secours, pouvait être écrasé par L es nombreuses voilures qui arrivent approvisionner la kffille entre deux et trois heures du malin. Mais survienne K^in voleur; ah ! comme de bons limiers, les voilà sur sa gjiste. Ils se lancent à sa poursuilc : laissez-les faire, il ^iV'chnppera pas.

Ce sonl, du resle, les seules patrouilles vraiment utiles

^vcc c« lies de la garde de Paris. Les hommes qui

^composent ces rondes nocturnes se répandent siieucieu-

.^emcnt au nombre de scpl, et s'ér.hcîlonnent de dislance

-^n distance de manière à pouvoir facilement se porter

secours en cas d'attaque, ils ont soin également de ne

"point éveiller 1rs soupçons des voleurs, de ne jamais

donner l'alarme à ces travailleurs de sinistre passage, et

de pouvoir les envelopper sans difficullés dans b urs

rangs, qu'ils resserrent au premier signal. Leurco>tume

est simple, léger surtout, pour leur permettre de courir

plus facilement lorsque le voleur teuto de s'échapper.

Leurs armes se compr.scnt d'un snbre qu'ils tiennent

do sûreté, occupés ù sin-willcr les rrptis «le ju>licc et à hur arrcsliiiion, voi.à loule la poico dm j:'c île proti'v.'^r Ij v:I1.' »l3 Paris. \ xmo. licnrc doiniéc io li j<,iiiir«>, lo-^ ;u'cnls plac-'s po-ir la surviMil inced'un n.cmo «{u iiliLT >» n'unissent li.uis une maison iii'li pit'e cl ?<.'us l;i ()r.'.<i'lcnco «i'un oflicier «le paix, dressent ion; s r.>|»porls qij'ils t-nvouvil à h pr'f'iture.

1 ]l c\\Ac à Pari.« qu:ilie nulle c.rm.;. cl le niouvemenl joiirnnlier «b'S cnln'es el >orlies iloil è!re l'viiu' à deux njille tin«j ccnls. Le nombre dos bulletins cnvuy.'s à la préfecture pir les inspeeteiirs des ;;arn:s est d'un miiîion l'nviion par an, el l'un ne comple p:is moins de soix.tnte n;i!le pcT.OMnes Io;;eaiil ou garni. liCS dépenses de la pii-fodure de poicc sonl moindres qu'on ne pense, et sonl ré-^lées eliapie année avec cxaclilulo. Le con^Jril municipal vole les fojids à emjdoyer pour la p» icc muni) ip de, el les pièces compl;ible8, après «voir élé examinées par le conseil, passent encore sous les yeux de la cour les cuniples. Quinl aux fuuds secret.^, (C sont les chambres qui les volonl. Ces fonds s'éièvenl annuellement, pour/e ministère dt finterieuft à trois millions environ. Ce ministre verse i pou près trois cent mille fraies sur h piét'ccluT'; dt po'icc, cl les agents secrets, même ceux cirployô» pour la politique, sonl rclnbucs sur cette somme.

c.»ché sous le brr.s: leur mnrchc est toujours lente et mi surée. Laissons donc passer ces agents protecteurs , la terreur des assnssins, la sécurité des citoyens attardés; el si, comme jj» le pense, vous vous ôtes parfois trouvé seul au milieu des rues de la capitale, entre une et trois heures du matin, regardant avec soin autour de vous chaque visage qui passe dnns l'obscurité, vous tenant prêt à tout instant pour l'une de ces attaques mnîf s rares qu'on ne le suppose, vous avez du souvent, à Ci'lte heure, remercier daus votre pensée la ronde nocturne qui se glissait en silence auprès de vous et vous rassurait par sa seule présence. Quant aux patrouilles que la troupe de ligne et la garde nationale envoient se pr.>mener à travers la ville endormie, elles sont assuren)enl Irés-bounes pour remi tire dans leur route les Trinqtiefort qui reviennent de la barrière la tête légèrement émue par les fumées du vin à six; mais il suffit de jeter un seul coup d'œil sur leur costume et sur leur allure pour se convaincre de leur insuffisance.

Le service de nuit (pie fait la troupe de ligne pourrait être a>snrément aussi utile que cilui des agents de polie»'; seulement il faudrait la débarrasser de cet énorme fusil qui gène les mouvements sans être d'aucune utilité; en outre, il est un reproche plus grave qui doit trouver sa place ici , puisque nous traitons de rutililé des rondes norturnes. Ce reproche, c'est de ne pas lais.ser au sousofllcier <[ui commande la patrouille la possibilité de s'écarter de la route tracée, en .sorte que s'il entend l( s cris de détresse d'un homme assassiné dans une rue voisine, il ne peut lui porter secours si cette rue n'est point indiquée sur son itinéraire. Quant à la garde nationale, sans parler du fusil de munition, du sac el des bufflcteries (jui étouflcnt le plus zélé citoyen, il est mille autres causes qui nuisent â l'efficacité du service de ces soldais amateurs; cl, pour ne pas nous étendre plus longlemps sur ce sujet, disons seulement en passant que les bons uiots lancés en patrouille, les éclats de rire, sont un assez mauvais moyen de surprendre les voleurs en flagrant délit.

Les patrouilles de nuit .sont d'une utilité incontestable; sans elles, Paris .serait livré au pillage et au meurtre, comme au quatorzième siècle. Depuis quelques années, on s'est eflbrcé d'apporter des améliorations à ces rondes vigilantes, d la police a compris la première qu'il était moins nécessaire d'avoir des hommes armés jusqu'aux dents que des agonis vêtus â la légère pour ne perdre aucun de leurs avantages sur les voleurs. Voilà pourquoi tour à tour ont disparu la patrouille grisr. le chariot découvert qui porta la nuit une escouade de la police dans les rues de Paris, pendant une année au plus, pour faire place à des agents plus utiles. Depuis quelque temps on remarque un nouveau service : c'est celui que font les patrouilles de jour. Ces agents , envoyés par la police, circulent sur les boulevards de distance en distance; dans peu d'années, on espère pouvoir les répandre dans toutes les rues de Paris , et principalement sur les boulevards extériturs, où leur présence est trop souvent nécessaire.

La nuit est terminée, les i ondes reviennent en silence, dr.îssent leurs rapports, et vont chercher le sommeil. Alors vient le tour du sergent de ville : â lui maintenant de garder Paris, â lui de veiller â sa sûreté. Ce n'est point un mouchard, cet homme; il ne se cache pas dans l'ombre, il n'a l'Oint jeté dons un coin son costume ofliciel pour se couvrir du mas(|ue de l'espion ; jamais il ne s*est introduit dans le sein des familles pour scruter les consciences, ni dénoncer la pensée; jamais non plus il ne s'est paré de faux titres, de fausses décorations, comme plus d'un baron de l'Empire ou de la Restauration. Si la

LE SERGENT DE VILLE

croîx des braves rayonne sur sa poitrine , c'est qu'il Ta noblement gagnée en soutenant aux frontières l'honneur du nom français, comme savent le défendre nos soldats.

Le serçfcnl de ville à Paris, c'est le gendarme en province; c'est la providence du citoyen paisible, la terreur des criminels. Sans lui, vos femmes, vos mères, vos sœurs, seraient à chaque instant exposées aux grossièretés du premier manant. A qui s'adressent-elles dans la rue, en votre absence, pour faire cesser ces lâches insultes? Au sergent du ville seul, car cet homme, c'est la loi en costume ofliciel.

A ces agents, les travaux, les ennuis, les dt'goùts; à nous les plaisirs et la joie. Lorsque Paris voit s'éloigner les beaux jours de Télc; lorsque les fêtes, les bals se succèdent; quand le carnaval déroule dans les salles publiques ses longs chaînons de masques bigarrés; quand tout Paris danse sous les transports d'une lièvre chaude, un seul homme reste impassible au milieu du tourbillon. Debout, immobile pendant toute une longue nuit, il voit le plaisir voltiger en riant autour de lui sans pouvoir jamais y prendre part. De douces i>aroles d'amour se murmurent à son oreille, il ne doit pas les entendre; de voluptueuses images de femmes passent et repassent sans cesse sous ses yeux, il doit les voir sans émotion. La loi veut que le sergent de ville n'ait aucune passion. Le sommeil appesantit ses paupières alourdies, la lassitude accable ses membres; il doit rester debout et veiller sans rjpos.

Knlin, après cinq mortelles heures, la On du bal semble approcher, la lumière du matin perce à travers les vitraux du foyer, les danseurs de la salle brillante désertent la scène de cette joyeuse nuit de bal masqué; le sergent de ville, brisé par la fatigue, cherche avec hésitalion une place où il puisse se délasser un moment. C'est l'isolement surtout qu'il demande, car il a peur de vos mépris; c'est eu trtrmblant qu'il ose s'asseoir jirès de vous, il ne vous parle pas, il porte seulement un regard inquiet autour de lui pour voir si les danseurs ne fuiront pas avec indignation la banquette sur laquelle il ne craint pas de prendre quelque repos, si des chuchotements railleurs ne vont pas le punir durement de sa témérité. Il MO vous adressera jamais la parole le premier, il apprécie bien sa position, et trop souvent il a rougi de ii«)n habit pour ne pas comprendre votre répugnance.

Le sergent de ville en France remplit les mêmes fonctions que le policeman à Londres. Sa charge exige qu'il veille au repos des citoyens, a la sécurité de Id ville, et sous ce rapport on n'a rien à lui reprocher.

Mais l.i s'arrête la res>emblance. Le bâton dos poiir^men ne sert qu'à la défense des citoyens, l'épéo du ser-

gent de Tille 8*etl trop looTent roagie da san^fi dans les émeutes. La mission da pdlicenuD tû pacifique, celle da sergeni de ville peot devenir l L'agent anglais n*est chargé qae de la mmûâpi nôtre, malheureusement, esl des premiers à s»t passions politiques du pouvoir.

Ce n'est pourlaol pas de gaielé de cœur que le s de ville se précipite au-devant des barricades : ce assurément lui répugne autant qu*â tout wim mais comment pourrait-il s'y soustraire? S'il fait le coup de feu du prolétaîre, ses camarades ne • pas derrière lui pour jeter î son inaction réptli lâche ! s*il déscHe, dans une sainte indigoîitîoD. U peaux du pouvoir pour se mêler aux rangs ds | révolté, qui donnera plus tard asile i sa Cunilr donc viendra tendre une main sccourable â sa (ra nourrir ses enfants? La chance n'est pas épie d* côtés. Une pension est accordée par TEtat i la &m: soldat mort au service ; la misère est réservée i la aux enfants de l'homme frappé au sein de l'ése-i sergent de ville ne peut qu'obéir aveuglement ici qu'il reçoit; aux chefs seuls on peut demaiHl<if e du sang versé. Il faut à tout gouvernement, àts^ constitutionnel ou républicain » une armée poar^ respecter par les puissances étrangères, des «^: arrêter une effervescence populaire à rintén«i.r. se soient appelés hier gendarmes, qu'ils se nfrow jourd'hui gardes municipaux ou sergents de ville c soldats du peuple , ils n'en seront pas moins lï soumis au pouvoir régnant et prêts â le défeiirvi le peuple, qui fournit dans tons les temps â scsc l'argent et les verges.

Autant la police municipale est belle, utile: A police en matière politique devient d^ûtaoteet.? le cœur. La plus grande faute des préfets» t'tAù employé le sergent de ville dans les émeatcs.cat voir méconnu la police municipale et d'ea avarfai instrument de plus au pouvoir. On a sali le mp ville depuis dix ans, comme la Bestauratioa km la bouc Tuniforme de la gendarmerie. La llckà gent de ville était de protéger les citoyen, étlsa de les défendre ; dès lors on pouvait le i«oÉfl|ipri 11 fallait que cet homme pût traverser pakifaHi meute , sans que les révoltés pensaascat â hkàt ennemi. H devait veiller é la tranqoilliit fcll< comme les sapeurs- pompiers vcilleot au wm Pourquoi lui avoir fait ce mauvais iMe? hap préfets de police ont-ils oublié um candéRMIi cipal? Le peuple aurait encore *'<M*t^tt «■ li^i prêterait secours, et ne le maudirail dosmIuM avec mépris de ses rangs.

le

ff.

LE

COMMISSAIRE DE POLICE

ALEXANDRE DUFAI

ar permission do monsieur le maire et de monsieur lo commissaire de police, dit Bilboquet en ôlant son chapeau et prenant une pose majestueuse.

C'est qu*à vrai dire, a])rcs monsieur le maire, ce dépositaire suprême de i*aulorité municipale, se présente d nos yeux, revêtu de son caractère et de son écharpe ofGcielle, ce grave inaf;^istrat qu'on nomme, en ôlant son cliapeau comme Bilboquet, monsieur le commissaire de police. • Sérieusement, son iniluence est considérable ; et, dans Faction delà machine administrative et judiciaire, il est peu d'agents dont les fonctions soient si complexes et si étendues.

Hier, pendant que votre admiration s'extasiait au passage des Panoramas devant les statuettes de Dantan et les aquarelles de Gharlct, quelqu'un a pris soin de votre montre sans vous avertir : allez chez le commissaire de police.

— Vous avez perdu votre portefeuille? Quel maliiear ! Vite ! vite ! allez chez le commissaire de police.

— Celle nuit, votre femme s'est égarée aa bal Hagard? Quel bonheur 1 Ma foi, si tous m'en croyeii vous n'irez pas chez le commissaire de police.

— « Mon cher, je ne dors plus. J'ai pour voisin un enragé dilettantey qui tous les soirs, entre onze heures et minuit, exécute sur le cornet â ]iislon la grande chasse de Robin des bois, — Eh! pourquoi, diable! n*en parlez-vous pas à volrc commissaire de ])olice? »

— Votre boulanger s'obstine donc à ne pas comprendre que deux et deux font quatre? Dites un mot à votre commissaire de police; il possède une méthode infaillible de lui inculquer Barème.

— Eh! madame, qu'avcz-vous? — Monsieur, je suis horriblement contrariée : il pleut à verse; mon mari m'attend d six heures au café Anglais. — Votre mari, madame? — Oui, monsieur; et ce maudit Gacre. qui est le seul sur la place, refuse de marcher. Blon Dieu ! mon Dieu III — Patience, madame. Eh! cocher, un mot. Vous allez conduire madame au boulevard de Uand, ci dépéchons. — Cent sous, ou je bouge pas. — Alors, je prends votre numéro, et je vais de ce pas chez le commissaire de police. — Plail-il, nol' bourgeois? — Je vous dis que je vais de ce pas chez le commissaire. — Un instant donc; il y a manière de s'entendre. Qu'elle monte, c'te dame; elle ne s'explique pas, j'peux pas deviner ce qtt'ell'veut, moi. — Montez, madame. — Mille remerciments, monsieur. »

Et la petite dame va rejoindre son mari au café Anglais. 0 grande puissance du commissaire de police sur le bonheur de la vie conjugale!

— On m'a changé mon manteau. — On m'a pris ma canne. — On m'a appelé polichinelle. — On m*a jeté fiulquê ehoa par la fenêtre. — On a prétendu que je

LE COMMISSURE DE POLICE

ser

face du bf^au s*élcve la bibliothèque. Elle est arnie, et vous la consulterez avec fruit, avec plai- •ûtez'vous médiocrement le droit et la procédure? ;sez alors parmi les chefs-d'œuvre dos poêles, des rs et des historiens. Vous en voyez figurer qui npment à toutes les littératures, car le commissaire ice est toujours plus ou moins ami des lettres et s. Lui-même souvent a été artiste, il a cultivé les , par vocation ou par occasion. Vous découvrirez les commissaires de police beaucoup d'anciens •premiers, des fiiraros qui ont pris du ventre, des. l des basses mis à la reforme, des ut et dos fa nutoul-puissnnts, et qui un beau jour se sont rndica- . évanouis, des journalistes, des instituteurs mal- X; et, pour compléter celte nomenclature, des Tçants ruinés et beaucoup d'anciens militaires, commissaire de police a toujours mené une vie ventureuse. Son état même exige qu'il ait expcrila vie sous plusieurs faces ; car, comme vous le

c'est déjà un homme d'un âge mûr, c'est-à-dire smine entre quarante ou cinquante ans. Gonsidé-

sou corps maigre, son front large, sillonné de irofondes, dévasté aux tempes, ses cheveux rares

et grisonnants, accusent les vef ,3 et les perpétuelles fatigues de son état. Son œil est vif, éveillé, et toutefois circonspect. La curiosité, l'attention, la discrétion, se lisont au fond de son regard, et le nuancent différemment. En général, sa mise est simple et propre : il porte dordinaire du drnp noir, et aux jours de service, sous les pnns boutonnés de sou habit se laisse entrevoir sa redoutable écharpe, insigne et talisman officiel de son autorité. Quelques commissaires de police, il est vrai, plus jeunes ou plus mondains, affectent une mise trésrecherchée; mais, sous l'habit classique ou le frac à la mode, la physionomie de ce magistral ne change pas; car, sitôt qu'il entre en possession de sa charge, le commissaire de police éprouve le besoin de se créer un visage respectable et sévère, sinon il manquerait à l'une des conditions les plus importantes de son personnage : il ne serait pas imposant, et il doit l*être; car songez qoe, seul, il tient et gouverne ses audiences, qu'il les donne à toute heure, et souvent en robe de chambre et en bon* net de nuit; qu'il y remplit les rôles du président, da juge d'instruction ou du procureur du roi, sans antres auxiliaires de son autorité que l'assistance grotesque de deux gendarmes oa de quatre tourloarous et un caporal.

LE COMMISSAIRE DE POLICE

ment. Les jours de fêtes ou de foires aunuclles, il 3 son plus beau Iricornc» sa plus éclatante écharpe, oui donne ses ordres, escorté de deux sergents de D guise d*aides de camp. Marcliands, sallimbansolporteurs, cabareliers, chansonniers, chevaux et B, éléphants et ccuycros, tout passe par ses mains, . subir son inspection cl son approbation première. îbre de replacer, jusqu'à pleine et ab>olue convica tête dans la gueule des hyènes civilisées. Il disen vrai pacha, de toutes les femmes sauvages, » noires ou cuivrées, (}ui, bon an, mal an, nous al par centaines de tous les coins de la France. On . habille, on les lui déshabille : il peut les contemans leur état primitif, ([ui n*cst point du tout sau. et, d'ailleurs, pour lui prouver au juste leur bon d» ces dames, .sont toujours prêtes à se civiliser qL L*beureux homme !

50 est réservée û M. le commissaire, à sa famille et imiSy s*il désire voir Bobèche ou Polichinelle, ou ade ascension de mademoiselle Zéphirine, ou le écart, sur trois chevaux, de mademoiselle Natha- MOiiére écuyère du grand Cirque Olympique. 'dix, trois fois heureux le commissaire de police! ^ voyez ! tant de gens ont intérêt à le gagner, mii prodigue les plus séductrices avances. La cori pvend pour Talleindre toutes les formes, et les oquentes, et les plus irrésistibles. Elle arrive en fton, sous forme de galettes dorées et ap|<étissan

grands paniers remplis de bouteilles, qui décéuir bordeaux, de belles volailles rôties et farcies. . est apporté par de jeunes enfants, image de la V des premiers Ages, chargés de remettre les sus- ^o:s, sans autre indication, à M. le commissaire de

Il se rencontre par-ci par-là des commissaires bé-

m qui acceptent et s'efforcent de ne pas compren-

perfidie de ces cadeaux. Mais, d'ordinaire, ils sont

^és immédiatement, car le commissaire de police

^nd trop bien le langage de ces galettes, qui lui

OQS sommes l'œuvre d'un boulanger pauvre, mais ?. Laissez en paix nos balances, monsieur le comire. Si nous ne rognons pas à la pratique une peirl, comment y trouverons«nous la nôtre, ô respecmagistral! s> I bouteilles de bordeaux ont aussi leur éloquence,

et leurs bouches yermeilles semblent distiller ces paroles insinuantes :

a Je suis le marchand de vin du Cheval rouge, monsieur le commissaire. Le dimanche au soir et le lundi, la |iiquelte et le vin bleu se débitent si bien ! Buvez mon bordeaux, mais ne me fermez pas mon cabaret à minuit. Je n'ai chez moi que des honnêtes gens; ils payent si bien î Monsieur le commissaire, cela mérite considération, et mon bordeaux aussi. »

S'il voulait les écouter, les bonnes volailles, les oies grasses et les dindes farcies lui diraient encore :

a Une guinguette est une guinguette, monsieur le commissaire: le peuple aime à s'amu.ser, laissez donc \q cancan prendre ses ébats, et permettez à la chahut de se produire de temps à autre. L'honnête fille ne fait de mal à personne, monsieur le commissaire. »

Mais il est inflexible, lui, le commissaire de police; il renvoie tout, en répétant d'une voix solennelle :

Timeo Danaos etdona ferentes;

c'est-à-dire je crains les boulangers, les cabaretiers et les ménétriers jusque dans leurs présents. (Traduction libre de commissaire de police.)

A côté de ces séductions grossières, il en est J'autrcs d'une nature autrement dangereuse et attrayante. Exemple : Une jeune personne qui a éprouvé des malheurs a soutiré dans un moment de distraction la bourse de sou amant favori. M. le commissaire de police vient l'arrêter : lamentations, supplications et larmes de la demoiselle. « Monsieur le commissaire, laissez-moi fuir, tout ce que j'ai est à votre disposition. • Et la suppliante est jolie, et elle pleure, et le désordre de la situation dévoile aux yeux du commissaire des choses... Pleurs et beautés perdues! Le commissaire ne voit rien, n'entend rien, et, d'un cœur impitoyable, il envoie l'ingénue au dépôt, méditer sur les tristes conséquences de la distraction.

Vous voyez donc, messieurs, et vous, mesdames, jugez-en par ce dernier trait, combien est rare et prodigieux le mérite d'un commissaire de police.

Donc ne vous moquez plus de Bilboquet; imitez-le bien plutôt lorsqu'il découvre son chef en disant : « Par permission de monsieur le maire et de monsieur le commissaire de police. »

LE

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