‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 255 sur 269 · LE P.AO'OMM^^DEUR DE FAÏENCE · texte numérisé non relu

LE P.AO'OMM^^DEUR DE FAÏENCE

auteur à'Êmile, L'arîslocralio. même s'y est nnme ailleurs. On ronconlre bien encore paraccommodeur de faknee pur-sang, celui qui

porte tout SOD atelier sur ses épaules, qui va dans chaque cour adresser aux étages supérieurs son simple cri de raccommodeur de faïence!

Rnrac - cori - ouo - dcur d'fo - ïcnc'

d'ia

por- c'UinM

»or opérer, s'installe modestement dans quelque é de la voie publique. Celui-là n*a ni morgue >D; ses outils, son mn^^tic, ses procédés, sont s que ceux de ses prédécesseurs; ses prix sont ; il vit sobrement, au jour le jour, et, lorsque se couche Taligué des travaux de la journée, i€il n*est point agité par des rêves de fortune. ïié de cet homme des anciens temps, se montre de notre époque, remuant, inventeur, perfecappelant \Qpuffh son aide pour tuer la con- Gelui-ci ne regarde, pour ainsi dire, la faïence m œil de dédain ; l'argile et la terre de pipe

déshonoreraient ses mains d'artiste. Il faut à son talent une lice plus noble, et ce n'est qu'en présence d'objets précieux qu'il se sent en veine de faire des miracles, comme ce raccommodeur de Rome, qui, d'après sod cri, ne travaille que sur la porcelaine de Gênes :

i^Up ^ I " 1 ^ ■ Jl y zjy

Chiù rob-bè di Ge*no-vat

LE CHAnDBOHniER.

Cest pourtant \k encore nne des grandes eonséqnentes de riotroduction du café dans nos habitudes. Avec le café s*e%t [•opularisé l'osage de la porcelaine, et c*est à h porcelaine que sont voués le génie et la dextérité du raccommodeur moderne.

Mattie perfectionné^ qui résitie à Veau hcuiUanUl — Telle e>l Tioscription que vous pouvez lire sur une espèce d'enseigne que supportent deux petits poteaux au-di'S<u« de sa charrette. C<l!e-ci e^t ordionireraent verte; elle a la forme d'une hoit>>. et ses ornements se composent de quelques v.-^ses de fleurs, de quelques su* critrfs en porcelaine. L'heureux possesseur d'un tel établissement n^ va s'asseoir ni à la fiorte des églises, oi sur le perron de riiôlel de ^ille, ni sur le:» marches désertes du thi-.1tre Ventaduur. 11 p.irc>3urt lentement les rues, les quais, les boulev.-.rJs, chantant sa mélodie, qu'il adapta à nne espèce de discours où sont éonmérés tous les avantages de son procédé. Lorsque, panni les

persowMi attirées an fntoci pv k < trouve une qai rappelle, alan Q s'e dre é l'inviUtîoD; mais c'est te la eoisine qn'il eieree soo Bumsière, « i e si la pratique leot bien l'homrcr éen pi qu'il peut donner eours i sob éloqacan a sans dénigrer ses eonfiréres, s'a4i^gv wm g contestable supériorité. Vases ie kGkîae« porcelaine de Same et de Sèvres, il se chai;^ coller; et, comme, à l'eneoiitre d*ue («ki dustriels, il tient tout ce qull proBcL ^ mette beanconp, il liu arrive de Caire asMz. journées qui ne lai rapportent pas mm i vingt franes.

Voici m échantUloo dn chant en de m deurs de porcelaiiie : c'est, il but hici Wi long, le plus dcUillé, le plus csplicaiif dno méao en excepter celai dn mttàaaLi

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et d1a pw^claifi' !

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r d-b-ienc- et dla piMii

LE CHAUDRONNIER

Il V a une connexion intime entre le raccommodeur de fiîenc»» ♦ t rétameur de ca^serMes : celui-ci fait pour le fer et le cuî»re ce que le premier fait pour la terre. Co-ffé d*un chapnu à l-'nre^ burds, vêtu d'une veste brune, d'un pantalon flottant dont le fond en lambeaux accu<e de fré iuents contacts avec le pav>\ il parcourt les rues. ten.int au bra< son rêchmd, la main ornée d nne énorme cuiller do fer ou de plomb, portant sur ses épaules casseroles, poêles et boUes au lait, et poussant son

cri si rcconnaissaUe : Eht U mumr é€ €9$$noU»l E paznon, grand garçon de qai fice est d aller à la qaèle l'un, s'adossantâqodaœ Cl son réchaud et prépare si rue, chaquii impasse da toutes lescoors poor y^ûlcr niodîant sar le Polsr ans

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et ne recule même pa^ devant un escalier de six étages pour se mellre en communication plus directe avec la ménair»»re qui peut ne lavoir pas entendu. Chargé d un butin .le cafetière^ et de marmites, il retourne ver« son compagnon, à qui il expli )ue qu'il faut éUmer celle-ci, mettre une pièce à celle-U, et. pendant que la besogne

se fait. Il le qaitle de d'autres ciplontioas.

IVotre siècle. Inat n a si bien tm ' ' laos des décoB bi den dec ala

LE CHAUDRONNIER

kl

vâ^iuf"'

^ord imaginé l'étamage polydirone : un nom tiré au >-^ ne pouvait pas nuire dans ses nombreuses relations m$ les cuisinières ; puis» muni d'un brevet d'invention,

CFéé une société d'actionnaires, et, du siéiçe princirHle rétablissement comme centre, il a fait rayonner pftatin au soir, dons tout Paris, une foule de petites Tires accompagnées chacune de deux hommes, dont r^ est attelé au brancard, et Tautre module avec son •let de cuivre des sons plus ou moins enchanteurs, I interrompt seulement pour aller recevoir les objets

^^at bien leur confier la pratique. Je souhaite que ^^oitures, les employés, les uniformes et les trom- ^5s« permettent aux actionnaires de trouver à la fin l.'*an un dividende respectable à partager, ce qui ne Lonncrail pas, du reste, grâce à l'influence du root ^gehrone.

^ propos des étameurs polychrones et de leur moyen communication avec les pratiques, je ne dois pas ou- ■TT de mentionner les marchands de robinets. Ceux-ci jKstinguent également des autres marchands ambu- Cj. Au lieu de cris, ils font usage de la trompette, du r de chasse, du cornet, ou du cor de signai, et cela f^ent avec une grande habileté. Tantôt vous croyez p dans une ville de province et entendre le prélude Kie parade de danseurs de corde; tantôt vous vous □Tes dans une garnison prussienne. 11 n'y a pas seu- ■ent ressemblance, mais identité parfaite, et plus ■le fois il m'est arrivé de me croire voisin d'une cane d'oulre-Rhin : les uns sonnent le signal du réveil, •titres celui de la retraite, aujourd'hui de la cavale- * demain de l'infanterie, ceux-ci avec la trompette, it^là avec le cor de signal (signal hom). J'ai souvent ^itigué le gênerai march, signal d'alarme, et celui Q^xi entend dans toute l'armée au moment d'un indie. De cette identité de mélodie je conclus qu'un Ud nombre de déserteurs prussiens ont trouvé asile % les rangs paisibles des marchands de robinets, et Kl. doit y avoir dans la Prusse rhénane des enrôleurs

tout exprès pour les fabricants de robinets de Paris.

Cependant, il parait que l'armée prussienne ne les fournit pas tous, car on rencontre dans les rues de ces marchands qui, bien que munis de trompettes, sont loin de posséder une aussi bonne embouchure. Ils soufflent de toute la force de leurs poumons dans l'instrument dont ils sont porteurs, et ils enfantent quelque chose qui ne ressemble guère à une mélodie humaine; c'est le bredouillonneroent de ceux qui commencent à apprendre le cor de chasse, et, grAce â Tinvasion que cet aimable instrument a faite depuis quelques années, tout Paris en connaît le charme et la douceur. Quelquesuns, dont les poumons ne paraissent pas être de force é lutter contre les difficultés de la trompette ordinaire, se munissent d'instniments d'une nouvelle invention : ce sont des trompettes formées d'une coquille de mer a laquelle on adapte d'un côté un bec, de l'autre une conque. Le marchand souffle lA dedans comme un sourd, et transmet aux oreilles des passants tout ce que lui inspirent son tendre cœur et sa riche imagination.

L'usage de ces trompettes, de ces cors de chasse, de tous ces instruments miliuires dans les pacifiques industries de rétamage polychrone et du robinet, a pourtant quelque chose de singulier. On pourrait écrire des volumes de recherches et d'hypothèses sur les causes probables et vraisemblables d'une si curieuse anomalie, dont l'origine nous est inconnue.

Sous Louis XIV, les étameurs de casseroles allaient crier dans les rues, et sifflaient en même temps avec des flûtes de Pan, de manière à assourdir tous les habitants de Paris. Nous trouvons dans une collection de gravures un chaudronnier avec sa flûte de Pan, et lu-dessons les vers suivants :

Avec sa vois de loop-garoa Et son sifilet mde i l'oreille, Chacun dit qu'il sait à merveille Mettre la pièce auprès du trou.

LE RÉMOULEUR

De même qn« \t% Mceommodeurs de faïence, les eumeitm de cAtseroles, qui sont en même temps des fondenrji de cuillers de plomb ci d'étain, se font marchands voyageurs, et ne quittent d.inA li belle saison la grande fille que pour pnrr/>urir les campagnes. Ils voyagent avec femme f.i en tin U, p<*re et mère, et souvent un pelit chien et une grande chtWre. Ils montent ordinairement leur étiblis^^m^nt devnnt Téglise, la niniric ou le presbytère. Les (amille<i d«^ ces raccommodeurs ressemblent beaucoup ^nz f.imilles des bohémiens : leur vie est une vie nomade; ils couchent souvent à la belle étoilo; ils man;ren:. à l.i ;rnmeile et en plein air, tout à côté d'an réchaud allinn»- H d'un berceau garni presque toujours de deux ou tr-ii^ r.ioc»mmitdeurs en herbe.

Le chaudronnier ambulniit (t^ercft plus d'une industrie : il raccommode les vieix soulïïels, ou les échange contre des neufs. Mais il y a ssirtout un moment où il est beau de gloire et de pais^Accc : cVst celui où il daigne se manifester comme fondeur de cuillers aux regards do

la foule ébthie. LlMwaa édmmtaÊ, pHrfei

du village, qae rarrifée et cAÏ ~ Toute U journée, ils se liene celle poêle dans laquelle iaoétmi le pkaè « r« oublient le boire, le maDger, cl voyant les débris de coillcn se i stance fluide et argentée. Je me :

vie de l'espèce de stupéfactioD qoi mis az^atg nous voyions verser du plomb ca biMÎliif te i forme, et qu'il en sortait, an instant ifina. «^ resplendissante. 0 temps de TenCiDee: lofiaq ges et de ma*veilles ! Que n*annis-je pu i»| pour devenir fondeur de cnillers! Adieo d« ««« inconstant qne j*étais dans mes désirs, adici j c i miére ambition 1 Le fondear me faisait oo^Ik: i? q sier, pour l'état duquel j'avais senti josqi^l' a« ^rante vocation, é qui, dés mon plus jeacf ^, j| voué mes plut tendres sentiments^ et oa apfttî un décides

Chiutlrnnmcr sons T.oiiis ST.

KK UKMOULEUR

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un associé. Dans le

une petite meule, montée !

dessus de laquelle se tmrn: dm ki

Toau destinée à rhnmedcr. A« lai ^ki

le côié droit se tronve ci

le moyen d'une corde, â mm i

face piate de k menle. (

parlée f»' «m p^*«

F:as on

hf<dake m

LE RÉMOULEUR

i une atlcntion qu'on croirait proToquce licat de Ions les travaux, qu'il émoud ines ciscnux de la ravaudeuse, les couteaux de la cuisinière, le canif du ûls de la niai- ;ule même pas devant le rasoir du bour- :clui-ci consent à le lui confier, dans un iration fâcheuse dont son menton ne tarde :ht1timent.

rémouleur a un associé, sa machine deipliquée, et possède sur la précédente un table de supériorité. Elle se compose d*une manivelle, entourée d'une corde à hoynu, étendant, va embrasser (•îçnlemenl la pce à Taulre extrémité de In machine. Tnns deux travailleurs tourne la roue, l'autre meule, et, comme il en a i)lusie«rs de rcipropric â la nature et à la délicatesse des it repasser.

pas que le rémouleur f sse jamais do bien îs : la roue qu'il fait tourner avec tant ni celle de la T rlune ni celle de Frascali. veux souvent grisonnants , je ne puis me esprit qu'il arrive jamais à po<s('der ni mpagne ni grandes pro, riiHês. Cciîx qui te profession, pour laquelle jo ne crois pas vec une voca'iun d<^ciiiée, doivent nccesir fait vœu de pauvret»'. Lft nom originel ( révèle assez d'ailb urs la modestie des I rémouleur. Gagnc-Pelil! voilà un mot jui explique son présent, son avenir, ses espérances ; espérance de ga;'ner le pain crainte d'en mantjuer quelquefois. Ce mot e signification , et en môme temps d'une phie : il renferme une abnégation totale istres, une renonciation tacite aux plaisirs; ! monde. Le seul fruit q-e tire le rémou- B laborieuse, c'est l'indépendance; quant brlune, elles ne seraient pas à leur place

dans son cerveau : il gagne *•. gagnera toujours peu , le nécessaire, l'indispensable, ji plus ni moins. H y a li tout un système, tous les él ments d'une secte philosophique , d'une école. Diogène , s'il n'avni^t pas eu m sa possession quelques petites rentes sur l'Étal, quelques bonnes valeurs de portefeuille , se serait certainement fait rémouleur. Je ne serais môme pas surpris que quelques philosophes modernes se fussent cachés sous cette modeste enveloppe, comme protestations vivantes contre les tendances usurières, les Gèvres d'exploitation, la rapacité des faiseurs d'argt nt et de dupes. Si tous les gagne-petit ne sont pas des philosophes, il faut avouer que, dans le nombre, il en est h- aucoup qu'on pourrait prendre pour tels. Le gagne-petit a fourni le sujet de bien des enseignes d la France; ii a été adopté surtout par l'épicier et le mercier; on trouverait à peine un village qui n'eût pas le sien.

Le rémouleur aussi fait encore partie de ces artisans voyageurs qui portent leur gagne-petit sur le dos; on les rencontre sur les grandes routes dans l'été. Arrivés dans les villages , où on les voit pnsque toujours par paire, l'un d'eux va chercher la pratique en chantant, comme à Paris, son éternel refrain ;

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LE COSniISSAIRE DE POLICE.

ressemblais d Odry. ^ Ohl pan ! pan ! Ce chien de portier ne veut pas m'ouvrir. — Mon mari s* est pendu ! — Ma femme s'est noyée ! — Comment? je ne pourrai empêcher mes voisins de pousser leurs ordures devant ma porte ! ' Camarades, attention 1 Gare le commissaire I — Je voudrais bien avoir un passe-port. — El moi, un permis de séjour. — Et moi, un livret d'ouvrier. — Et moi, une boutique à la foire. — El moi, cl moi, etc., elc.

Ah ! de grAce, messieurs cl mesdames, c'est assez. Cessez de nous redire la complainte de vos malheurs, de nous étourdir du bruit de vos lanienlalions, et allez bonnoment trouver voire commi>saire de police ; car, messieurs et mesdames, quoi que vous puissiez être, vieux ou ji'unes, propriétaires ou [irolélaires, gens bonne les, |)rcsi|ue honnêtes, peu honnêtes, ou voleurs, vous le voyez, il a été écrit là-haut qu'ici-i»as, et dans ce benoît dix-neuviéme siècle, il vous faudrait sans cesse avoir recours a cet «igcut suprême, auquel Dieu et le roi 01)1 cou lié une si grande part de vos destinées publiques cl domestiques.

Donc, et pour faire plus intime connaissance avec lui, vous m'accompagnerez, s'il vous plaît, là-bas, jusqu'à celle lanterne, où, le soir, vous lirez, à la lumim du transparent, ces mots eu lettres majuscules : CommiS' sariat de police.

ÏDUlorois, avant de vous introduire dans le sanctuaire, je vciix dire le bureau du comm.issaire, accordez-moi la petite satisfaction de vous expli(iuer succinctement l'hisloirc cl les attributions légales de celte fonction. Vous le voulez bien? Je commence donc sous forme d*

AVERTISSEMENT l'UKUMlNAirB.

Les commissaires de police existent de toute antiquité. De tout temps il y a eu des magistrats commis à la police des villes, mais qui peut-être ne s'appelaient pas commissaires de police. Je suis persuadé qu'avec un pou de bonne volonté on leur découvrirait des prédécesseurs jusqu'au sein des monarchies syriaques, égyptiennes et chaldéenues. Sans remonter si haut, les édiles ne romplissaient-iis pas à Rome les fonctions de nos commissaires? El Caton le Censeur, dont la présence suspendait les danses impudiques des fêtes de Flore, ne représcnte-t-il pas exactement un commissa'rc de police du bal Musard, à la vue duquel se règle et se virginise inst,inlanémcnt la plus dégingandée et dévergondée cachucha?

Ahl mesdames, voilà de l'érudition. Mais soyez tranquilles : nous nous en tiendrons là, et pour cause. Nous vous dirons en deux mots qu'avant la révolution française il y avait des commissaires enquesleurs et examinateurs, lesquels reçurent, en 1790, le nom de commissaires de police. Sous la Convention, ils étaient élus par le i.enple comme tous les officiers municipaux. La législation de lan VIII, qui conféra au pouvoir exécutif la

! nomination de tous les fonctionnaires, y comprit nalu-

1 relUmenl celle des commissaires.

1 A Tari-, (jualre commissaires sont attachés au service de chaque arrondissement; en outre, deux aulres sont commissaires délégués |;our le service général; ri, fin, il y a un commissaire chargé spécialement de la surveillance du château, et Irois autres commis à la librairie. En province, sauf la banlieue de Paris, le nombre des commissaires se règle sur le chilTre de la population.

Sachez, enûn, qu'en qualité de magistrat, le commissaire de police interroge, juge et prononce préalable-

ment sur h destiDstion dejc prévenus. Cobubc < police municipale et jadiciairet il connail de venlions, crimes et délits, en poursuit llnstni rête les coupables, et les fait condaire en fi l'ordre du maire, du juge d*instraction et du ] du roi.

Maintenant, messieurs et mesdames, t«mu c le fond du OAractére officiel du commissaire < Si vous désirez de plus amples reoseif^emen sez-vous à M. Berriat-Saînt Prix, professeur dure et de droit criminel, ou au premier t( vous rcncoDirerez sur votre chemin. Mais voai nez déjà quelle est Timpoiinnce de ses foa quelle heureuse idée a eu réditenr Gnrmer de \ ner par mes soins la présente physiologie et pi monie du commissaire de police.

BUREAU DU 001l]nSS.\lRE DE POUCE.

ToumtE le bouton, S. F. K

Entrons.

Nous traversons d'abord une petite salle, /ii ment assez malpropre. Autour d'une lourde i»k montée d'un noir pupitre, se tiennent ud sccru griffonne, et deux sergents de ville deboat, I droite et la main gauche du bras exécutif. Des en de la table, des bancs adossés contre la monilk vent le public qui attend audience. Ce public e dinaire d*asscz mauvaise compagnie, et exhale «i plus ou moins nauséabonde. C'est pourquoi (et clez-en mon crédil), je vous introduirai immèli dans le bureau du commissaire. Nous y void.

\ Paris (et nous étudions surtout le cmuih risien, expression suprême et prototype da gw missairo), ce bureau forme un appartemeot issc et suffisamment orné; même il sert qnelqieJw fins : bureau jusqu'à quatre heures de l'aprM soir, quand on a enlevé les ordures et parfiac sphère, il devient salon de réception. On y iaaA fait do la musique ; car on danse ches le eoBBis police comme ches le procureur du roi, on bc attaché au parquet.

Auprès d'un bureau d*acajou, sunnoalé fafà buste du roi, est assis, sur no fauteuil dtmmo^ à clous dores, monsieur le commissaire. Haàui achève de dresser ud procés-verbal, jetOHkiiH les livres et les papiers qui cncombrentlaUlkA bureau. Avec les ordonnances nonvellcaatédM cerveau du maire et du préfet de polîee,d^ transmet immédiatement, nous voyons desBHtoi mener du procureur du roi, une coranûsnionplÉ juge d'instruction, des objets saisis et à^immké dos passe-ports, des livrets d'ouvriers, des chiomai vers papiers de crieurs publics, qu'il exaDlaerailAI conférer Tapprobation légale du ronfrr ar lif. 0Ué Parmi les livres qui couronnent le piateaiàfl taire, voici les Cinq Code§, son tuift wmwm ftlJÈà De la Police, par Delamarre; Kiikmminé^ divers ouvrages de médecine légale; SKMndid aux noyés et aux asphyxiée; IVatti êm\ ~ M. Orfila, etc.; car, par les devoirs, Icsi état, le commissaire de police est tenu do I naissances pharmaceutiques asH $*il vous ctaii permis de jeter un regarfail cette armoire, vous y < oavrirics I macopée, complète, au este* en eofaV^P^^ criplions de la médecine iégale.

LE COMMISSAIRE DE POLICE

ace du bf^au s*élcve la bibliothèque. Elle est irnie, el vous la consulterez avec fruit, avec plai- (itez-vous médiocrement le droit et la procédure? sez alors parmi les chefs-d'œuvre des poëtes, des s et des historiens. Vous en voyez figurer qui npnentâ toutes les littératures, car le commissaire ce est toujours plus ou moins ami des lettres el 5. Lui-même souvent a été artiste, il a cultivé les

par vocation ou par occasion. Vous découvrirez les commissaires de police beaucoup d'ancîons premiers, des Gjraros qui ont pris du ventre, dos,

des basses mis à la réforme, des ut et des fa autoul-puissanls, et qui un beau jour se sont radica-

évanouis, des journalistes, des instituteurs mali; et, pour compléter cette nomenclature, des rçants ruinés et beaucoup d'anciens militaires, :ommissaire de police a toujours mené une vie renlureuse. Son étal même exige qu'il ait expérita vie sous plusieurs faces; car, comme vous le c'est déjà un homme d'un âge mûr, c'csl-â-dire imine entre quarante ou cinquante ans. Gonsidé-

sou corps maigre, son front large, sillonné de refondes, dévasté aux tempes, ses cheveux rares

et grisonnants, accusent les vef .3 et les perpétuelles fatigues de son état. Son œil est vif, éveillé, et toutefois circonspect. La curiosité, l'attention, la discrétion, se lisent au fond de son regard, et le nuancent dilTéremment. En général, sa mise est simple et propre : il porte d'ordinaire du drap noir, et aux jours de service, sous les pnns boutonnés de son habit se laisse entrevoir sa redoutable écharpe, insigne et talisman officiel de son autorité. Quelques commissaires de police, il est vrai, plus jeunes ou plus mondains, affectent une mise trésrecherchée; mais, sous l'habit classique ou le frac à la mode, la physionomie de ce magistrat ne change pas; car, sitôt qu'il entre en possession de sa charge, le commissaire de police éprouve le besoin de se créer un visage respectable et sévère, sinon il manquerait d l'une des conditions les plus importantes de son personnage : il ne serait pas imposant, et il doit l'être; car songez qae, seul, il tient et gouverne ses audiences, qu'il les donne  toute heure, et souvent en robe de chambre et en bonnet de nuit; qu'il y remplit les rôles du président, da juge d'instruction ou du procureur du roi, sans antres auxiliaires do son autorité que Tassistance grotesque de deux gendarmes on de qnatre tourlottroas et on caporal.

LE COMMISSAIRE DE POLICE

qui, durant rinlcrrogatoire, se balançcnl piltorcsquement sur le canon de leurs fusils. G*cst donc â lui de suppléer par son attitude majestueuse, par le ton de sa voix, le jeu de sa pliysiononûe, à ces puissants moyens d'émotion qui, dans nos tribunaux, agissent sur les coupables les plus endurcis. D'ailleurs l'interrogatoire du commissaire de police est d'une excessive imporlanci'; car il saisit le criminel au premier bond, encore sous le coup et la terreur de l'arrestation, quand il n'a pas eu le temps d'ourdir sa fable et de méditer sa réponse. Encore une fois, c'est une diflicile fonction, qui exige au physiiiue comme au moral des hommes d'une gravité et d'une expérience consommées.

Je n'ai pas tout dit encore. Enumérer les attributions du commissaire de police serait un dénombrement à fatiguer le plus intrépide nomenclateur. Mais là-bas, â trois lieues d'ici, une maison brûle; il est trois heures du matin : Allons, debout, monsieur le commissaire de police!

L'émeute court les rues, la générale bat, la fusillade retentit. Allons, monsieur le commissaire, ceignez votre plus éclatante écharpe, mettez votre tricorne officiel, et aux yeux de tous prononcez, en face des factieux armés, les trois sommations voulues par la loi, et faites-vous casser la tète pour le service de l'ordre public !

Une femme vient de se noyer. Monsieur le commissaire,

Vous n'êtes pas de ceux qui disent : Ce n'est rien. C'est une femme qui se noie.

Vous accourez sur la rive, vous recueillez le corps ou le c^idavre, vous rendez le corps â la vie, vous envoyez le cadavre â la Morgue, et du tout dressez procès-verbal.

Mais combien vous seriez encore un homme heureux, monsieur le commissaire! combien je vous porterais envie si la coutume ne vous avait, bon gré, mal gré, commis â la conservation de la paix des ménages, à Paris comme à la banlieue, a la banlieue comme â la province. Ah ! nous avons le doigt sur la pl.'>ie, sur le côté le plus fâcheux, le plus incessammcul dilficilc de vos fonctions. Celle-là exige de votre part une perpétuelle vigilauce, une sagacité, un jugement bien supérieur au jugement de Salomon, qu'on a beaucoup trop vanté. Que de lamentations saugrenues, que de plaintes ridicules il vous faut su!iir! car vous êtes trop sage pour vous précipiter tête baibsée au sein de ces guerres intestines.

Commissaire,

Commissaire, Colliii bdt sa ménagère,

Conimissaire,;

Cunimissaire, Cela n'est point votre affaire,

a dit ei chante Déranger. Si j'avais l'honneur de connaître plus particulièrement M. de Déranger, je lui dirais : « Monsieur, vous avez étrangement changé ici le rapport des choses. Ce n*est pas le commissaire de police qui fourre son nez où il n'a pas affaire, ce n'est pas lui qui place témérairement son doigt entre l'arbre et l'écorcc, comme ditCicéron, cité par Sganarelle. Oh! non» plaignez-le, et ne le conseillez pas, car il est la première victime de ces perpétuels débats. Les deux partis, la moitié de l'homme et la moitié de la femme, n'invoquent son arbitrage qu'afin d'avoir le plaisir de le violer et de se battre impunément sous les yeux du commissaire. Et pour quelles causes encore vient-on solliciter son intervention? Aujourd'hui le mari a bdtonné madame sa

femme; bon f mais le lendemain l'épouse a jf^ du mori un pot rempli de choses owuû ffwi corc une Lucrèce de cinquante ans, laide, rîdiy se vient plaindre à lui, et vent poorsolire • francs de dommages et intérêts pour allcotat * i Il faudra peut-être qu'il vériûe le fait de IVi plaignez, plaignez bien fort le commissaire et

Mais, après le devoir, les droits ; apm ks les avantages : c'est trop juste. Voycoi dooe est rémunéré, honoré, pansé et payé le luit saire.

Les commissaires de police attachés au w sous-préfectures et des bourgs populeux d< h de Tari-s reçoivent un traîlement de dtci t trc cents a trois mille francs. C'est (fo. > le service des petites villes de province utv; grande activité : leurs fuuc lions se bùr&etii : exclusivement aux soins de la |iolice mnnidpi commissaire de police de la baulieae de M les charges de celui de la capitale, sans ea ft avantages. Souvent on lui adjoint un secnliin le budget de la commune : un agent de («Iîk ordinairement l'uniforme des seni^ents de vSk sa disposition. C'est le factotum do eomûa à tout, tantôt à monsieur, tantôt i niiém, prévenus et achète des lapins a la balle fm feu de M. le commissaire. Comme OMilreiq deux costumes, et revêt runiforme offinLa deste habit de pckin, suirant quil agit fmï public ou domestique du coniniissariat.

A Paris, et dans les chefs-lieux coDSklnlÉB feclure, le traitement de ces fonctioimarni ïS qu'à six mille francs. Certains oonmiMin.i gnant des services particuliers, eamméi Doursc, de la Banque de France» oa desdaifai Icux, s'assurent un revenu de dii â dosa Ai qui n'est pas désagréable.

Dans tous les théâtres » â Paris cooMsp une loge, ordinairement placée an oôlé^HkÉ ceinte, est spécialement réscrrée an oqmmM lice qui, ce jonr-lâ, fait le service de la slt la rez aussi un cabinet ou bureau, où le cmmtàm tous les soirs son compte-rendu de soncttat^ y a lieu, dresse son procès- verbal de enkarf qui arrive le plus ordinairement, quand flMià tacle ne se termine qu'après minuit Aiaiiai les soins, les attentions délicates, les ciaflBa finies du directeur, du contrôleur, et dei mai M. le commissaire, madame la comniouRdii commissaires, s'il y en a. (Notons, en pani^f^ voit souvent des commissaires de poUee ami beaucoup d'autres qui sont, demeorenltfHa bataires. Pas de régie générale i cet ^vi)

Le public est disposé i croire qu'oo dourt contestables du commissaire Ât police, e'ol A bri des voleurs. Eh bien ! pas du toat Lu ab servent pour le commissaire de si tUs nÉm0 ou de reconnaissance, qu'ils preBnenlIaqMir de se rappeler d son bon souTenir. Ds hsaifi montre, son manteau, ses lorgnettes jiBdtaii ou son parapluie; auquel cas, le eomwaÉii d'une bienveillance inexprimable, cl s'ahM charitablement d'en dresser piocéwwM.

Dans soD quartier, dans sa ville oa«|A commissaire de police régoe et goaf«aii«H lorité, sauf ses redevances au sdgaMStfi la loi lui impose. A son passage, et èHatli sa revue journalière, ^^^^rnn FéeiMlsitllii

LE COMMISSAIRE DE POLICE

i jours de fêtes ou de foires annuelles, il beau tricorne, sa plus éclatante écharpe, ses ordres, escorté de deux sergents de l'aides de camp. Marchands, sallimban- *s, cabareliers, chansonniers, chevaux et its et écuyéres, tout passe par ses mains, 1 inspection et son approbnlion première, ^placer, jusqu'à pleine et absolue convicis la gueule des hyènes civilisées. 11 dis- •acha, de toutes les femmes sauvages, u cuivrées, (|ui, bon an, mal an, nous laines de tous los coins de la France. On )n les lui déshabille : il peut les contemilat primitif, qui n'est point du tout sau. {urs, pour lui prouver au juste leur bon mes, sont toujours prêtes à se civiliser eux homme !

rvée û M. le commissaire, à sa famille et désire voir Bobèche ou Polichinelle, ou ision de mademoiselle Zéphirine, ou le ' trois chevaux, de mademoiselle Nathauyére du grand Cirque Olympique.

s fois heureux le commissaire de police ! tant de gens ont intérêt à le gagner, ;ue les plus séductrices avances. La cor- >our l'atteindre toutes les formes, et les , et les plus irrésistibles. Elle arrive en forme de galettes dorées cl appélissan )aniers remplis de bouteilles, qui décciux, de belles volailles rôties et farcies, lorté par de jeunes enfants, image de la imiers âges, chargés de remettre les sus- $ autre indication, à M. le commissaire de icontre par-ci par-là des commissaires bé- 3ptenl et s'efforcent de ne pas comprenie ces cadeaux. Mais, d'ordinaire, ils sont diatement, car le commissaire de police bien le langage de ces galettes, qui lui

les l'œuvre d'un boulanger pauvre, mais en paix nos balances, monsieur le comas ne rognons pas à la pratique une peent y trouverons-nous la nôtre, ô respec- ! »

s de bordeaux ont aussi leur éloquence,

et leurs bouches vermeilles semblent distiller ces paroles insinuantes :

<K Je suis le marchand de vin du Cheval rouge, monsieur le commissaire. Le dimanche au soir et le lundi, la piquette et le vin bleu se débitent si bien ! Buvez mon bordeaux, mais ne me fermez pas mon cabaret à minuit. Je n'ai chez moi que des honnêtes gens ; ils payent si bien î Monsieur le commissaire, cela mérite considération« et mon bordeaux aussi. »

S'il voulait les écouter, les bonnes volailles, les oies grasses et les dindes farcies lui diraient encore :

a Une guinguette est une guinguette, monsieur le commissaire; le peuple aime à s'amuser, laissez donc le cancan prendre ses ébats, et permettez à la chahut de se produire de temps à autre. L'honnête fille ne fait de mal à personne, monsieur le commissaire. »

Mais il est inflexible, lui, le commissaire de police; il renvoie tout, en répétant d'une voix solennelle :

Timeo Danaos etdona ferentes;

c'est-à-dire je crains les boulangers, les cabaretiers et les ménétriers jusque dans leurs présents. (Traduction libre de commissaire de police.)

A côté de ces séductions grossières, il en est i'autrcs d'une nature autrement dangereuse et attiayante. Exemple : Une jeune personne qui a éprouvé des malheurs a soutiré dans un moment de distraction la bourse de son amant favori. M. le commissaire de police vient l'arrêter : lamentations, supplications et larmes de la demoiselle, a Monsieur le commissaire, laissez-moi fuir, tout ce que j'ai est à votre disposition. » Et la suppliante est jolie, et elle pleure, et le désordre de la situation dévoile aux yeux du commissaire des choses... Pleurs et beautés perdues! Le commissaire ne voit rien, n'entend rien, et, d'un cœur impitoyable, il envoie l'ingénue au dépôt, méditer sur les tristes conséquences de la distraction.

Vous voyez donc, messieurs, et vous, mesdames, jugez-en par ce dernier trait, combien est rare et prodigieux le mérite d'un commissaire de police.

Donc ne vous moquez plus de Bilboquet; imitez-le bien plutôt lorsqu'il découvre son chef en disant : « Par permission de monsieur le maire et de monsieur le commissaire de police. »

LE

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