‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 37 sur 269 · L. ROUX · texte numérisé non relu

L. ROUX

omrne ou plante, moitié coninicrçant, moitié végétal , sublime éclianlillon de la nature morte « branche parasite, qui croit et se multiplie dans le sens inverse de son importance , l'hcrborisle est le gui, sacré jadis, aujourd'hui profine. qui résiste à la ttiffe dfï la FiicuUè. et parviendra bientôt à rtoulTcr Tnrbré de h scieuce qui l'abrile. le soutient, et lui délÎYre im diplôme de vé^ôlalion. Trop, ou trop peu; plus que l'épirier, pns nutnnt que le pharmacien, la nature hn i créé une position mixlc entre les dt>ux régnes; la . société» un ^ancLuairc à égale distance de la boutique et de la (iht'^nnacïc.

D'autres ont lu droit de vivre, l'herboriste végète! 11 »;éjoiirnr éîi nielkment parmi les plantes, mais il n'herèorise j.-im^ii^.

Amoureux du f.ù\ comm.' un Tn'le arbuste, il verdoie, fleurit, fe dis^Khc vi s'cifcuille selon la saison ; il est Ijy^n-umélnquf* ; il s'accommode au tempérament des pbul^"!! ; il connaît leur naturel, leur hygion«', les lois qui président i leur conservation : la sienne ne vient quVpTé?; ; sn vie i^e |»asse à dessécher, conluser. épisier, concAs^er *^l tiniUpr le détritus de tous les vi'gélaux du j;lobf ; il sail tout ce qu'on peut savoir en fait de drogues &iin|iles, el on jirétend i^ue son imagiu.-tiou ne va

pas au delà. Ange conservaleur de h bovr romarin, de la guimauTe et des quatre 8ct casse, le séné, la rhubarbe et le jalap. le boa et la rose de Provins, le mouron d'oîseaa et de moutarde... noire. Son existence esl pn4 il le sait; contestée comme celle de la lica prend pour enseigne. On ne croit pins â sa mais elles ont cours; on croît à tant de chM ont aucun dans le monde ! L*herborisle «tfl pharmacien est sceptique : bienheoreux \t»f^ prit, la médecine lenr appartient! Le fkuwé Ivste profond, a tout passé au creuset denafl dignité se refuse à vendre du tlUeal; 1*M sait rien, n'approfondit rien» mais ilveiidàMt fesse une foi aveugle à tous les remédB;i< quelquefois, tant il lui répugne d*anéaDlîra|*| Il est persuadé que la consoude consolide lv|V la pulmonaire cicatrise le poiMioii. et qi^P tout en usant de racine de patience.

Voyez sa maison : c*est un leystéme, ans 14 par M. de Jussieu, des rayons étiquetés aahv près Linné. Il est philosophe sans le safsirali par intuition, naturalUte par état; il astéioii instinct : la gaude jaune ou violette, assodilAh forme ses armoiries : sa devanture est caaaibl des richesses naturelles que recèle son ialÉif se serait arrêté â son étalage pourychscmM de la végétation. L'herboriste est la nataïadl pour les trois quarts de Paris. Gomicka, phfei' quittes, sièges, comptoir, galeries, i toire se rattache plus ou motus i la

LUERBORISTE.

10 ; tout est chez lui matière médicale, jusqu*é sa are, qui est purgative au suprême degré. Sa colléei contient, outre les fleurs de la création, celles que botanique a inventées. Le pavot y domine comme m les romans nouveaux. Parmi ces végétaux que l'art ^imés sans mesure et sans choix, peut être trouve- ->on encore

De quoi faire & Margot pour sa fête un bouquet.

ï€ une exception. L'herboriste est galant, bon père, i époux; mais ses tendresses conjugales par excel- M se traduisent en livres de chocolat : il cède la 4iiène â sa moitié; il donne un oreiller de fougère à ^|nremier-né. Son intérieur est un musée botanique % il est la première plante. Pour être moins répandu ^ Fépicier, Therboriste est-il moius encyclo|)édique ? «-il moins pourva aux besoins de Tespèce ? moins 3ié la physiologie de cet être maladif, doublé d*in6r- ^ originelles, de l'homme enCn? Inféodé aux mitnes, aux catarrhes chroniques, aux pleurésies, i :« succession de phlegmasies aiguës, qui, puissamlit secondées par la médecine, finissent par dépeupler quartier^ Tberboriste possède encore un arsenal

contre les maux passagers, qui, sans compromettre Texistence , la condamnent à tant de prosaïques nécessités.

Voyez- le se mouvoir dans son intérieur, Toué aux soins exclusifs de sa profession ; animé de cet amour de Tart qui rend honorables tous les emplois, de cette dignité personnelle qui recommande les plus modestes travailleurs : on peut être ministre, et n*étre pas aussi occupé que lui Règle générale : le commerce, qui D*a aucune espèce d*égard pour ce vassal de la vente en gros, lui jette ses produits bruts, ses marchandises cras- , seuses. son gramen chevelu, ses racines immondes, tes tiges souillées d'alluvions L'herboriste en est le purificateur et le grand prêtre ; la guimauve sort de ses mains blanche comme l'ivoire, la gomme arabique taillée A mille facettes, transparente comme le succin; une duchesse s'en accommoderait pour peu qu'elle fût enrhumée. Forcé de s'approvisionner chez le droguiste, dont l'aveugle incurie mêle, confond, altère tous les produits , l'herboriste émonde et purifie tout ce qu'il en reçoit, sans toutefois pouvoir émonder le droguiste luimême.

Grâce i un soin religieux, i une propreté méticuleuse, ennemie d'un simple atome, i des précautions byperbo-

nu» vQr.n^ »«r<i> :i^ffl»*?if irf:i* U-r. vaixi>*ii »siar» uns v!:*^ I Bi»* *vi *nir.iir-ir-or» i tvir 'sm-^r^-r V fvni» ;f v/i'i-nr * S'w^ 'i:-!i-* ■-j"ïi»?:i* tii r.\tf ita-

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Ainai rh<'rbori«te est tour 4 lour comme Sgnnarelle, Mfanl ou homme primitifp herboriiite seulement, ou pratirbn roMMirnmé : c'e^l lelon ce qu*on lui veut. Il pa««n pour un halomon aux yeux de ta pratique, pour iiii crétin en présence de la Faculté. Il y a sans doute exagértlion do pari et d'aulre, mais il trouve é}:alenient ftftn compte é aet di'ui emploi^. Bonhomme au demeurant, il |ioRt(i'*de un faux Mvoir, une fausKeignor.ince, un faux orgueil, une fauxue modchlic, de faux tiroirs, une

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i>Q, i\\ q»je rhérj^i^lr fliiè les prrjo^. bris* iç- cr-jvat'.-e- ^b^ardes En f«ai-ilê'n f'ii-.j'il l€> p^rtve tant d autres en \t^^ les ^^rta^er ■: p'ji<qM'ii n'a pas eseorv c.i-i«r fO'jr l^s D-mrnclahire^ rhimiqqes: ] Cf-rve-vi *e nn.nlre réfracuîre i t-^ales les *t rAc.^>!ém'e: pui<<iue l'eau ci>utînoe de lai comme un êlémeni. la terre comme u en rnoin^ opa>{ue qui >alît le< plantes: pnis^wfi de< bas oliiné^. une redinjiote DoîseUe, esm p.i^(;>*: puisqu'il |.io>si>de de< simples de fèn qu*il y a toujours eu des simple^ daus « baî vaurbe. on lui doit la conservation de VwÊm à et de tant de pn^cieuses recel ti*s qnî scnie sans lui. et contre lesquelles la mêdedM 1 trop rê.igi. On réforme les abus, oo abo«e de si Ton su|iprime rh'rborisle. ponn|uoi ne | mi r la vêgiHation? Un secret que llierborîsie i c*est o-Iu' des grosses recettes nées de |«lib ces millions de riens qui font oo total cfrtji de la journée.

L*hcrborisie n*est jamais trés-Tie»; caren toujours assez riche. Sa flile, délicate leositii ses plus beaux jours à Fombre de« mélufei^ p elle en est encore aux romans de Victor D« fleurit longtemps, pour sVpaiiouir eala ai ' d'une véritable pharmacie : elk réte fi'eUt

L'HERBORISTE

^ comme une grisette ambitieuse rêve qu'elle ue e point i ud prince russe, biriste envoie également son fils é TEcole de cie. pour narguer ses autocrates ; il en veut faire rchal de France de son ordre, c'est-à-dire un cien.

(lanoine, homme d'esprit, peu fier, se rendait liréent cbei un herboriste, homme déchu peut-être, li ayait eu son blason, sa noblesse. Le chapitre i uartien au moins de son trés*noble visiteur don* l'ombrage à Therboriste : < Savez-vous, dit-il un on ami le chanoine, en lui détaillant ses titres, pourrais entrer dans voire chapitre? — Vous y :z. c'est possible, reprit le chanoine, mais par la 5 derrière »

lis à toutes les influences atmosphériques dans la le de ses végétaux, martyr de tous les accidents r surviennent; se décolorant avec la mauve, la , la boun-ache; vieillissant sous I écorce du quintroublé dans son repos par les sages-femmes et es-malados, attaché au chiendent comme celui ci a glèbe, en proie aux charançons et aux vaudel'herboriste n'en demeure pas moins voué â sa on, qu'il festonne chaque jour de quelque plante

ris, où chaque chose possède un autel, l'or, la la religion, l'intrigue, le vice, la flatterie, Tintél enfin, excepté peut-être l'esprit et le talent, 'isterie a son temple comme les vieux habits. 11 y agasins, des rues, des quartiers, des arrondisse- []ui ne sont que bourrache d'un bout à l'autre; des surtout où la joubarbe s'épanouit sur les toits, le le dans les caves, la pariétaire sur les fenêtres, rimcvére se desséche à côté du tilleul, où le i-blanc des vallées françaises heurte de front le ndron des Alpes; des maisons qui correspondent s les vég«'Maux de l'univers. La rue des Lombards, } s*il en fut jamais, cultive 1 herboristerie depuis >s immémorial. Elle s'épanouit au printemps avec iltes des champs, et fobrique de l'eau de fleur vr de Grasse dans toutes les saisons. Rue incomrovidence de l'herborisation, résumé du régoe elle réunit tout ce qui s'infuse par ordonnance ,'cin. Toutes ces substances ont leur histoire, deécacuiinha qui créa la famille des Belvétius, juspervenche, dont Jean-Jacques Hovsseau a fait une élèbre. La rue des Lombards vous vendra un pachiendent ou cent quintaux de salsepareille, au ans morgue et sans vanité aristocratique, sans :e de son sucre et de ses pralines, de son moka s thés plus ou moins chinois. C'est la fourmilière boriste en chair et en os vient picorer le chèvret la ^cabieuse. Réunissant la double individualité nacien el de l'herborisle, le marchand qui a posé nates suspend à ses plafonds des tortue^ numides, odiles d'Lgypte, des cachalots macrocephales, un

filon aurifère, une mine d'asphalte non vitrifiée, ou des serpents â sonnettes, pour fasciner l'herboriste et pour étonner cet amateur des produits bruts de la création. Exposition perpétuelle de produits chimiques, la rue des Lombards popularise par le commerce les décati vertes de la science et de l'industrie : le sulfite de quinine lui doH sa renommée, je dirais presque ses vertus ; elle met A contribution les cinq parties du monde. Les îles, les contineots, remplissent ses magasins de ces productions bixârres qui épuiseraient la science du pittoresque iné^ pulsable chez M. de Balzac, et en font la rue la pi us complète de l'univers.

L'herboriste ne tire aucune vanité de sa profossion, mais il en tire de grands profits. Son industrie est sans contredit la plus florissante de toutes les industries. Dire ju8qu*<i quel point l'herboristerie est la botanique, c'est rafi*:;ire des savants; mais on ne peut parler de l'herboriste sans proclamer ses droits à être lui-même un savant. Si l'espèce est sarmenteuse, l'ittdi\idu peut s'élever à de grandes hauteurs. Celte profession a son gazon et ses chênes robustes. Les philosophes se font-ils jamais faute de partir d'un grain de sable pour s'élever aux plus hautes considérations sociales? Et s'il est vrai que tout est dans tout, l'herboriste ne doit-il pas être dnns quelque chose? Le régne végétal, domaine exclusif de l'herboriste, n'embrasse- t-il pas les prairies arl-ficielles el tous les systèmes progi'essifs modernes d'agronomie? L'herboristerie a produit de gnnds hommes. 0 vniitlevillisles, espèce goguenarde et incapable, race essentiellement improductive, le genre humain, réduit à vos maigres couplets, périrait infailliblement d inanllion ou d'un rhume négligé. L'herboristerie n pourvu plus d'une fois â ralimenlation des peuples. Parmentier, un herboriste, avec son précieux tubercule, a plus fait pour rhumanilé qu'une foule d'autres dont les. cendres sont censées reposer au Panthéon. Quelle vie fut plus active, plus dévouée, plus éminemment utile el féconde en résultats commerciaux que celle de Poivre, à qui la France doit la plus grande partie de ses richesses coloniales. Fils d'un négociant de Lyon, ce philosophe ne se révéla jamais que par ses œuvres : ce fut un de ces ressorls utiles et précieux dont la Providence se sert â Tinsu delà société pour lui créer un bien-être. Aiijourd'hui, quel ami de la science et de la nature ignore les travaux de physiologie végétale de M. Raspail? L'herboriste relève plismunoins de ces belles expériences. Si donc le rùle de rherbdrîste nous parait vulgaire, c'est que nous n'i'D voyons que le côté trivial. 11 en est de cette profession autrement que d'une foule d'aulres qui, dissimulant leurs coulisses avec habileté, nous imposent à toute heure le mensonge de leur génie et l'éclatant programme d'une problématique supériorité. Nul doute que l'herborislerie ne contienne les germes les plus puissants de civilisation. Ayez seulement un rhume ou une fluxion, cl vous proclame res rherboriste l'homme le plus utile de la sociélé.

LE CROQUE-MORT

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