‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 36 sur 269 · MADAME DE BAWR · texte numérisé non relu

MADAME DE BAWR

I existe à Paris, pour les femmes, un état extrêmement lucratif, qui, bien que fatignntsous plusieurs rapports, n'en convient pas moins parfait ment aux paresseuses, car la paresse n'est point précisément le désir ou le besoin de ne ritn faire; elle est D plutôt l'antipathie d'un travail uniforme et journalier, fiaresseux consentira volontiers, pour gngnt^r sa vie, Durir la ville depuis sept heures du matin jusqu'à f heures du soir, qui ne voudra jamais s'astreindre à 1^ la plume pendant trois heures de la matinée dans k étude ou dans ud bureau. Ce qui lui coûte, ce qui ligne surtout é sa nature, c'est de se mettre a Vou- ^e: témoin ces hommes qui n'ont conservé de place S aucune classe de la société, et qui préfèrent le méde faiseur de tours, d'acteur dans les parades, etc., âers que, malades ou bien portants, 'Is exercent en fai air, exposés à toutes les intempéries des saisons, lovent même au péril de leur vie, quand ils auraient ilevenir d'honorables et bons ouvriers. Pour donner iMinge à la paresse, il suffit de variété dans le labeur, ^éUt dont je parle ici fait mener à celles qui le choi- 4'Dt la vie la plus variée dans ses accessoires que l'on Me imaginer.

!*oos les mois à peu prés madame Jacquemart change lomicile, de lit (iiuand la circonstance permet qu elle ne dans un lit), fait connaissance avec de nouveaux igei, et &e voit forcée d'étudier de nouveaux carac-

tères, avec lesquels il faut qu'elle sympathise si elle •^ut s'assurer de lions traitements dans les diverses maisons qu'elle habite. Qeunusement, un long exercice de sa profession lui a appris à démêler au premier coup d'œil les personne*! qui jouissent de quelque im [.orlance dans le logis où elle vient d'entrrr pour la première fois de sa vie : parmi les domestiques, comme piirmi les maîtres, elle voit aussitôt quelle est celle ou celui qu'elle doit s'attacher à gagner par la flitterie ou par des complaisances dont le désir du bien-être l'a rendue prodigue. De même, grftce à celte mobilité d'existence qui la transpo' te sans cesse du faubourg Saint- Germain dans le Marais, et de la (!hnussée-d'Aiitin dans le faubourg Saint-Mnrceau, elle a appris à mesurer son ton. ses discours, el jusqu'à ses gestes, sur les degrés de 1 é( belle sociale que lui font |)arcourir ses nombreuses pratiques; elle devient tour à tour taciturne ou iiabillard»-, importante ou câline, respectueuse ou familière, selon le rang, l'âge et la fortune des personnes auxquelles elle donne ses soins; et tel la verrait en fonctions dans des appartements situés à différents étapes, qui aurait peine à la reconnaître pour la même personne.

Que madame Jacquemart ait ou non une famille, des enfants, peu importe, puisqu'elle ne pourrait jamais ni les aller vuir, ni les recevoir chez elle. C^est tout au plus si trois ou quatre fois par an elle passe quarantehjit hères de suite avec monsieur Jacquemart; car madame Jacquemart est soumisr, comme toute autre femme, au lien conjugal. Devenue veuve, elle s'est même hltéede se remarier, attendu que, non-seulement elle désire trouver quelqu'un chez elle, lorsqu'un hasaid fort rare l'y fait retourner pour quelques heures, mais aussi parce qu'elle ne veut conGer qu*à une personne sûre le soin de tenir proprement sa chambre et soo ca-

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Innet, et dVntrelenir les meubles as.sez élpf^nU que ces deux pi'X^s renferment. Elle a donc rhoi î trois jouni entre une fluxion de poitrine et un rhumatisme ai<i^ qui réclamaient ses soins, pour épouser monsieur Jacquemart, lequr! monsieur Jacquemart» garçon de bureau depuis trente-trois ans au ministère de Tintérienr, 8*est établi dans le petit manoir, et vient tous les huit jours, à Tnilresse qu'elle lui imlique. lui apporter du linf^e, lui doi^r des nouvelles de sa petite chienne et de son serin, et recevoir le produit de ses journées», les profits du baptême, Hc. ; somme qu'il est char|;é de placer en rentes giir rÉUit, et qu'elle lui donne toujours intacte, .ntlendu qu'elle n'a jamais occasion de dépenser six liards. Ces entrevues, qui souvent sont interrompues n«r un coup de sonnette, ne durent que dix minutes au pus, ont lieu dans l'antichambre, et ne permettent pas un mot superflu ; elles sont loin, comme on voit, de pouvoir amener un divorce pour incompatibilité d'bumt iir.

Madame Jacquemart est naturellement privée de tous les plaisirs dont jouissent biauconp de gens de sa classe. Les promenadis, les bals, les spectacles, sont choses dont elle se souvient d'avoir entendu parler dans sa grande jeunesse, mais dont l'entrée lui est interdite. Si le hasrrd lui accorde quelques moments de loisir, elle se garde bien de les perdre en courses inutiles ; elle va visiter ce qu'elle appelle ses femmeSj s'informrr de leur élat, gourmander les paresseuses qui laissent passer l'année sans réclamer ses soins, et savoir au juste à quelle époque telle ou telle de ses clientes l'enverra chercher. A l'exception de ces sorties , mridame Jacquemart se passe habituellement du plaisir de respirer un air pur, puisque, fût-ce au mois de juillet, elle ne pourrait ouvrir une fenêtre que dans le cas extrême où la femme qu'elle soigne étoufferait au point de se trouve^, mal.

Ajoutez â tant de privations la privation du sommeil pendant une grande moitié de raniiée. le devoir qui l'assujettit a mille soins dégoûtants, et chacun se dira : « Madame Jac{|uemart est la plus infortunée créature qui soit au monde. » Eh bien! il n'en est rien, surtout si, grnec à la protection de quelque célèbre accoucheur, elle est parvenue à ne plus garder que des femmes en c(»uches.

Il est bien certain que, pendant plusieurs nuits, il lui est interdit de s*étcndre sur des matelas, ainsi que nous le faisons tous; mais cHe a contracté Thabitude, le soleil couché ou non, de dormir â merveille dans une bergère, dans un fauteuil, sur une chai<e; au besoin même, elle dormirait debout. Seulement Morphée lui donne sa part en petite monnaie, au lieu de la lui |iayer en grosses pièces ; et elle en souffre si peu, que, dès qu on la réveille pour réclamer d'elle quelque service, on la voit se dresser sur ses jambes d'un air tout aussi jovial, tout aussi dispos, que si elle s'éveillait naturellement après sept heures d un sonimeil suivi.

L'heure du déjeuner venue, on donne à madame Jacquemart une énorme tasse de café à la crème. Ce moment est un des plus doux moments de sa journée, car un sort bienfaisant a voulu que madame Jacquemart fût gourmande : de bons repas sont pour elle une immense compensation a ce que son existence semble avoir de peu agréable. Vivant toujours chez des personnes riches, ou, pour le moins, chez des personnes qui sont dans l'aisanco, chaque jour, avec délices, elle prend sa pari de

* Les journées d'une garde, la nuit comprise, sont habituellement paj>:cs six francs.

différents mets snccalcnts dont elle ■ 1er dans son petit ménage. On le soigne; etk soigner d'ailleurs, et parle sans cesse de U boei dont elle sort, afin de piquer l'ancour prnfNV chez qui elle se trouve. A son dîner, à ton rrfi et quelquefois même dans la jonniée,nn verre < vient égayer M>n esprit et réparer ses forces. E\V sa tabatière, dans laquelle elle puisse toutes lei notes une distraction qui lui plait infiniment et vantage de la tenir éveillée; sans compter enli satisfaction de ne point travailler de Taigailk au soir, ainsi que le fait une pauvre ouvrière pc vingt sous dans sa journée.

Mais, dira-t-on. je ne vois pas dans tout seule jouissance intellectuelle. Patience : m» quemart n'en est pas plus dépourvue que ti créature raisonnable; seulement, il faut qu'ell dans le cercle rétréci de ses habitudes et de se D'abord, madame Jacquemart est l>avarde, c Jacquemart n'est jamais seule ; raconter, pour lui prête attention, est un de ses plaisirs les Aussi fait-elle subir é ceux qui IVntourent d» ou moins circonstanciés de son passé person événements romanesques qui ont eu lieu da milles au milieu desquelles elle a vécu ELi point devant l'exagération, et même devant le i pourvu qu'elle parvienne à exciter Tintérét ; que, le plus souvent, se joint à la satisfactinn qui, pour elle, est déjà grande, celle qu'éproii tcur habile lorsqu'il exerce son génie sur < Qiicliiucfois ses jeunes années se perdent dao tere (jui autorise les conjectures les plus di permet les histoins les plus fantastiques; bonne heure à un jeune étourdi» elle est rest sans fortune, avec quatre enfants en bas âge : rie d'aventures à remplir l'existence de cinq gé Elle a inévitablement, à la suite de sa premier essuyé toutes les viei>situdes que Luciue. da» de mauvaise humeur, envoie à ses patientes. lasse de radoter sur la séduction de sa jeune»! transporte alors dans un hospice, où elle est caa passé les plus belles années de sa vie; tontes c migrations mentales ne laissent pas quedejetiri taine variété sur son existence; elle n*hésîtr^ se l'orger un passé à sa guise, et s'iJentiie si a ment à ses mensonges, qu*elle croît avoir éprw lement ce qu'elle raconte. Comme une jeeoeta ne souffre pas, ei qui se voit obligée de garer ne s'amuse guère, il arrive parfois que le ItMi dame Jacquemart obtient du succès près di a couchée; s'il eu est autrement, elle se nlit fl domestiques de la maison, et Ironii Mai Ji I d établir de longs entretiens avec eux, siîtteil chambre, soit dans la cuisine, soit même d«BS h di de madame, où elle cause â voix basse avec h Ivi chanbre.

Par suite de son goût pour la narratîoB, mtéÊê qiicmart est fort curieuse; elle sait qu*ttB gniM dit : a Quleonque ne voit guère n*a guère I dittf En sorte que le jour où Ton peut laisser enUtf fil visites est attendu par elle avec une extrêaeîHF et lui procure une foule de distractions a^AW (|ue Ion annonce une femme, elle s*êtab<itâilM avec le bas qu'elle tricote (le tricot ayant Cri M^ qu'on peut le quitter â la minute sans iueonvWl^

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ses yeux et ses oreilles la servent d'une i veilleuse, qu'elle pourrait, au b-^nt d'an inslaritli la figure, la toilette de celle qui vient dealrcTiltl

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B la conversation ne lui échappe. Elle fait ses lexions tout bas, approuve ou critique ce qui se muse des médisances, si son bonheur veut qu'il e quelques-unes dans Tentretien. De plus, il est qu'elle reste simple observatrice de la scène ; la plus légère question qu'on lui adresse lui Mscasion de répondre avec sa loquacité habifout montrer Tenfant : c'est elle qui va le cherli l'apporte, qui feit remarquer combien ce petit semble à son père, quoiqu'il annonce déjà qu'il beaux yeux de madame, a et mille autres propos pète depuis vingt-cinq ans pour chaque individu ration future qu'elle a vu naître au jour, l'enare et la mère fussent-ils d'une laideur d faire

Ire jouissance de madame Jacquemart, et la sans doute, si Ton en juge par le penchant énéral de l'esprit humain, c'est le plaisir que JkMDliiation. Si l'on excepte les dix minutes que isile du docteur, pendant lesquelles madame rt dépose son sceptre et s'incline respectueu* I recevant les ordres pour la journée, c'est elle sans partage dans la chambre de son accouoe peut entr*oavrir une porte, essuyer la pous-

sière sur un meuble, allumer una bougie, on mettre une bûche au feu,* qu'elle ne l'ait trouvé bon dans sa sagesse. Si l'on gratte doucement contre la serrure, ce serait monsieur lui-même, elle dit qu'il a frappé trop fort. On ne laisse pas entrer une visite sans s'être bien assurée que la personne qui se présente n'a sur elle aucune senteur, et sans vous recommander de parltr très-bas. Un léger bruit se fait-il entendre dans la pièce de l'appartement la plus reculée, elle sort en fureur « nour aller faire taire ces gens-là qui vont donner un mal de tète à madame. » Les soins qu'elle prodigue à la mère n'empêchent point madame Jacquemart de veiller sans relâche sur l'enfant. C'est elle qui indique la place où l'on doit poser le berceau du nouveau-né, qui prescrit la dose de sucre qu'il faut mettre dans le verre d'eau dont il va boire quelques gouttes, qui préside à tout oe qui concerne sa toileite, son sommeil, etc. Enfin, du matin au soir, elle dirige, elle ordonne, elle exerce un empire absolu; aussi parle-t-elle en souveraine é la plupart des gens de la maison. Autant elle se montre grac'euse avec une femme de chambre qui parait posséder la confiance de madame et celui qu'elle sait être chargé du soin de la cate, autant od la volt traiter impérieusement les autres domestiques, quand ils ae se conforment pas A tous les

Plris. Inp. de Edouard Blot, ne fatotliovs, ae.

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petits soins qu'elle leur recominaDde sans cpsse pour foire croire à rutililê de sa présence, et son étonnement serait grand si quelqu'un le trouvait mauvais, quand il 8*ap[it a de la vie d*une iiccouchce. >

Àl-idnme Jacquemdrt ne courbe pas seulement la domestirilc sous un joug de fer. car ce joug s*étend aussi sur In maîtrt'sse de la maison. Armée des ordonnances preMTÎles par le docteur, elle ne s'approche pas du lit snns dire : (( Il faut que madame boive, il faut que madame mange sa soupe, v ou tonte autre chose qu'il lui semlili» ordonner à son tour. Bienheureux si, peu satisfaite de o tlo douce illusion, elle n'entreprend point, dans certains cas, d'indiquer quelque remède de bonne femme qu'elle assure avoir fait «mployer souvent avec le pins grand succès. Ces mots : a Si ça ne fait pas de bien à madame, ça ne peut pas lui faire de mal, « sont ordinairement Texorde de ses propositions dans ce genre. Si la pauvre jeune femme î le malheur de s'y laisser prendre, madame Jacquemart joint i rimporlnnce de sf's fondions toute l'importance d'un véritable docteur, ce qui doulde les moyens de gouverner ceux qui l'entourent. Sans compter qu elle aime de passion à exercer la médecine.

Gar(lez-vou.<; de parler devant madame Jacquemart de quelque douleur que ce soit : elle les a toutes éprouvées. Sur ce sujet, son savoir est inépuisable. Nonseuk'iijcnl elle vous entretiendra des divir^es maladies de la femme, mais aussi des maladies des hommes; car elle les connaît par ouï-dire au moins, lorsqu'il ne lui plaît pas de les mettre sur le compte de monsieur JacquLmr>rt. Par suite, il n'en existe pas une dont elle ignore le traitement; elle serait en état de soigner les plus graves comme les plus légères : aussi dans une maison qu'elle habile, on ne s'est jamais donné une entorse, elle n'a pas entendu tousser sans prescrire le bain de pied qu'il faut préparer ou la tiNane qu'il faut boire aus>ii6t. et sa mémoire est pleine d*une telle quantité d anecdetes, d'histoires extraordinaires dont le fond roule sur le chiendent, les sangsues et la bourrache, qu'on la prendrait volontiers pour un journal de thérapeutique ambulant.

Le dé.sir de madame Jacquemart est que la m*Te nourrisse son enfant, parce qu'alors elle devient tout â fait nécessaire jusqu'au moment où elle est parvenue à former la bonnr. et hieu sait avec quelle arrogance elle donne sc> conseils à la malheureuse jeune novice, qui se garde bien de lui déplaire en la moindre chose, tant elle croit sa place attacher à l'approb-ilion de la garde. C'est doue toujours à son grand rrgnH (même à part le tort qui p. ut l'n résulter pour elle le jour du baptémo), que iiiadainr JoCqncmart en arrivant trouve une nourrice élaUie; aus^i ovlto pau\Ti* femme devienl-oll« habituellement lobjct de ^on antipathie, et se fait-elle une étude de la crili(]:!cr cl de la vexer tant que la journée dur*'. Si renf::i:t crio : a Ce pauvre amour meurt de faim » S'il Ir-lto : <( ()!i le fait trter trop souvent, il faut snv(tir iri'UVinur un eufant pour la nourriture, et cela ' ne Ni.j.preii;! |r> • u un jour. » Il en est de nic^me du ta- , leiit dminiailiotlt r, talent que madame Jacquemart pos- I oèdc par exceiiviicc, (;u sirte qu'elle n'épargne pas ses j aviî» à la noi.rricc. •( Prenez garde, prenez garde! vous le serrez tn»p, il devient tout rouge. »

If Olez doue cette grande épingle que voir* avez placée si prés de son petit cœur : il n'en faut pas tant pour tuer un cnfint. n El la jeune mère de frémir, de crier à la nourrice du fond de son alcôve : c Ecoulez madame Jacquemart, je vous prie, ma ch *.re ! faites ce qu'elle vous dit de faire! » Kt madame Ja *quemart de jouir au fond de son àme, et de relevtr la léle avec autant d'or-

gueil qu'un général d'armée qui vient de gap bataille.

Le sentiment de son importance n'aliaidi«e madame Jaojuemart ; m.iis i ne s'oppose fÊkéc selon la circonstance, elle ne se dépouille 1»» roideur respectueuse pour montrer b'^ne^lhi mie. Celte métamorphose s*opcre pendant ktip^ lui faut parcourir pour se transporter de Ihiifi duchesse dans une arripre-boutii|ue. Elle wi^i monsieur Leroux, gros boucher de la me SiiMèr dont pour la troisième ou quatri<*me fois.lifaa de réclmor ses soins. Elle entre d un air jkîbc façon, saluant les garçons bou'hors d'un ymrni naissance, fait un sign< de tète amical à lifità « Eh bien! monsieur Leroux, dit-elle avec api vous m'avez donc encore tiillé de la W^ mieux, tant mieux : cette chère madame Lbv père que nous nous tirerons aussi bien deotfki que nous nous sommes tirée des autres. >

Ici, tout est fait simplement, rondement, m] La causerie avec l'accouchée ne tarit pas; or Leroux s'amuse des récits qui lui donnent iiif grand monde, qui lui peignent des femmes Hep hôtels somptueux mille détails de la viedesriÀ ne connaîtrait pas sans sa g.irde, et madame Jm épuise tout a son aise son recueil d'hir4oire< tn bouffonnes. Elle se montre d'ailleurs loat i b femme, n'exige jamais rien, ne g*^ne persoooe. jours prête à rendre quelque service de nnfui: soigner elle-même son café dans la petite cuiL il ne faut pas croire qu'elle prenne jamais de princesse, parce qu'elle garde de jurandes éiaes suite de cela que madame Jacquemart est tn monsieur Leroux comme une amie de la mai) prend ses repas avec la famille et les garçoa*. excepter le diner du baptême; et quand, pourk arrive le fromage, monsieur Leroux va chifR bouteille d ancienne eau-de-vie de Cognac. qaH la virille amie de madame Jacquemart Alon. monde de rire, de causer, ou plutôt de laiaer c» dame Jacquemart qui en raconte de tootei le« t et de prolonger le temps que Ton reste à table, i vancer un peu la bouteille Ce n'est Cirles pas : Jiicquemart qui se lèvera la première ; elle s*e4l dire qu'elle a laissé Nanette prés de madame Loi lui donner tout ce qu il faut.

il ne s'agit |dus, comme on voit, detaillepcti que l'on doit prodiguer â une femme ea coarkc seulement, dans celte maison, on frappe InpHi violence de tous les côtés, mais il monte jwfa'a sol habité par l'aecouchée une forte odearérA tabac, vu que monsieur Lit mx el les KHçm* souvent di'us la boutique. Madame Jarqarmsitic plus d'attention à tout C( la que madame Lan même, et pense aussi <c qu'il faut laisser eesmî|Bi au.T petites mijaurées dont les nerfs ne sappvtrri

Li< fail est que la mi*re el l'enfant se panai veille, que madame Leroux se lève le qiiatffh« descend â son comptoir le dixième, et que, ccltécoulée, madame Jacquemart se trouve libre fdl tir ses>oins précieux dans d'autres parages.

La tenue de ma<iame Jacquemart est toijoanl gnée, et pourtant, comme elle dit, sa toilette fft un cl n d'œil. Elle a soin d'ajouter asseï soa^i en éuit de même quand elle était jeune el jolie fait remarquer qu uu certain embonpoiol taî ■ un reste de fraieheur qui autorise ses prêteatM beauté; s'il arrive alors qu'une personne obl^

LA 6ARDB.

pe, dans n jeunesse, elle devait être fort sédait« madame Jacquemart sMDcline d*nn air toat à feit et, et, bien que ce compliment porte sur le passé, il li en M pu moins éprouTer une petite émotion ibie.

trèfail d'esprit le pins réjouissant pour madame lemarl, c'est de calculer de tête i quel total la ae qu'elle a placée dans le mois, et celle qu'elle ra dans le mois sui? aot, portera son avoir, en y jol* l l'intérêt du tout pendant une, deux ou trois anselon qu'elle a de temps pour suivre son opération roéliqae. Ce calcul a le double avantage de Tocculans ses heures de désœuvrement, et de porter sa Se sur le temps heureux où elle pt^urra jouir enfin oit de ses longues veilles. Elle se voit alors, possé* OB honnête revenu, vivre chei elle en dame et mal* e, dans la douce société de monsieur Jacqueniart, is tous deux par une bonne dont elle saura bientôt actionner les talents pour la cuisine ; se mettant i à l'heure qui lui conviendra, se couchant, se levant

selon sa fantaisie, en un mot, dans la situation prospère d'une femme qui a fait sa fortune. Ce rêve de son avenir l'aide à supporter tout ce que son état présent peut avoir de pénible, au point qu'un grand nombre d'années 'se passent avant qu'elle se décide i le réaliser : des engagements sans fin qui se succèdent, le désir d'augmenter encore ce revenu qu elle doit â ses peines, et peut-être le goût de l'étrange manière de vivre dont elle a contracté l'habitude, tout fait qu'elle atteint on âge fort avancé sans goûter ce repos qu'elle croit ambitionner, et qu'elle n'a jamais connu qu'en perspective. Enfin, un jour elle quitte le logis d'autrui pour entrer dans le sien. La pauvre femme va se reposer^ hélas! car elle arrive malade, pour mourir le surlendemain dans les bras de oe bon monsieur Jacquemart, q*jin*a pM técu près d'elle la valeur de trois mois depuis qu'ils sont mariés. Elle meurt doucement, sans avoir prévQ sa fin, sans grandes soafiirances, ayant joui dans sa vie, après tout, d'une dose de bonheur égale au moins â celle dont jouissent l'homme de génie ou le millionnaire.

L'HERBORISTE

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