‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 44 sur 269 · LT · texte numérisé non relu

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■out sombre et antîépicurien qu*il paraisse. Ta voué Paris n'est cependant pas un ennemi systématique m diTcrtissements du monde; il donne quelquefois Dspitalité aux raouts dans ses appartements, et installe C)aadrille et la valse sous les girandoles de son salon, ■s l'ongle de l'homme du Palais perce toujours sous le M blanc de l'amphitryon : chez l'avoué, le plaisir cal- . <e, et le bal est encore un hameçon. C'est un prétexte politesses à faire mensuellement, sous forme d'invita- ■I, aux avocats dont on exploite la confraternité, et aux :3gistrat8 dont on choie la connaissance ; l'avoué invite Kme a ses réunions ses principaux clients, qui s'em* fissent de venir y tremper leurs lèvres dans le verre ^a dont ils ont eux-mêmes fourni le sucre, et tour- Jer aux sons de l'orchestre doLt ils payent les violons. Ces bals, le croira-t-on, sont l'clTroi des clercs de Té- 3e, qui voient arriver cette nuit de délices avec plus de ^reur encore qu'une nuit de garde civique. C'est que, >^r eux, la corvée de l'étude passe alors pour quelques 'Ves dios le salon I L'avoué les a chargés de recruter

le plus de danseurs possible, et c'est à ces danseurs étrangers qu'appartiennent de droit les belles et aimables danseuses. Quant aux clercs de Tétude, le patron, en vertu des droits qu'il a sur eux, les commet d'ofCce pour servir de cavaliers aux vieilles présidentes, aux avocatei sur le retour, aux clientes à leur automne, en un mot, i toutes les prétentions surannées qui convoitent l'agitation du quadrille, et que la charité chrétienne peut seule exempter du désagrément de faire tapisserie. Les infortunés clercs traînent toute la nuit le boulet de ces rigodons forcés. Galériens du bal, ils ne sont jamais libérés avant cinq heures du matin.

On voit, par tout ce qui vient d'être dit sur la distribution de sa journée, que l'avoué joue le rôle d'un agent d'affaires plutôt que celui d'un véritable avoué L'étude n'est qu'un accessoire, sinon dans son budget, du moins dans la distribution de son travail personnel. Voici comment cette étude est gérée à côté, ou plutôt en dehors du patron.

U direaioD appartient au premier clerc, qui est plus avoué que l'avoué lui-même. Le second clerc fait la procédure d'après les instructions de son supérieur immédiat* Le troisième clerc fiiit ce qu'on appelle le palaU. Cesl lui qui (ait vber 1^ dosstors au greffe, qui fait in*

LE CROQUE MOST

quelques années, toas le litre de Compagnie des Sépaltnres. une magnifique succursale d(^ la grande entreprise du faubourg Saint-Denis. Cet élnblisse ment est vraiment si rero|»lî de commodiiés, que nous ne saurions le passer sous silence sans une criante injustice. Avei-vous fait une perte, ailes là : moyennant une faible reconnaissance, on s'y chnrge de tout ré|{li r et de tout ordonner, depuis A jusqu'à Z, aTre réglis« comme avec les Pompes, y compris les distributions de vos aumônes; si bien qu'une fois votre commande laitp vous n'avez plus é vous occuper du défunt, pas plus que s'il n i;xistail pas, et vous pouvez partir tranquillement pour les courses de Chantilly ou pour le couronnement de la reine d'Angleterre on de la rosière de Bercy. — Joint à cet éta blisscnient. ajoutes, s'il vous plail, qu'il y a. pour le plus ^nrand agrément du visiteur, une exposition perpétuelle d*' petits sépulcres, de (telits jardins funèbres. d«* tombeaux grands comme la main, d'urnes imperceptibles, de cercueils portatifs le tout â prix fixe et dans le dernier goût. C'est a vous de choisir parmi tous ces ravissants échantillons. Voudriea- T(»us par hasard faire embaumer I objet de vos rêgrels éternels / On vous firésenlera une jeune fille, un ranard et un poulet injectes depuis trois ans par M. Gannal. encore aussi frais et aussi appétissants que s'ils sortaient de chex le marchand de coniestibies.

Celte compagnie, ainsi que AIN. les marbriers et tous les ouvriers des cimetières, nourrit au dehors une multitude de courtiers et de drogmans (le nombre en est, dit-on, formidable), qui, toujours à la piste des moribonds, des valétudinaire> et des mort**, aussitôt que vous êtes enrhumé, ou que vous avez rendu l'âme, se précipitent i votre porte, où par jalou^iie de métier souvent ils se livrent de sanglants combats et périssent. — Quelquefois ces industriels poussent l'adresse et la sollicitude jusqu'à graisser la patte du portier pour qu'il les vienne avertir dès que le malade aura tourné de Tœil, et qu'il favorise leur introduction, à l'exclusion de tout autre. — c Madame, un monsieur tout en noir, et qui parait prendre une part bien vive à votre deuil, demande i être conduit près de vous, a — L inconnu entre d'un . air pénétré et le mouchoir à la main. — La dame s'incline et fait signe à l'homme attendri de s'asseoir. — « Vous avez fait une grande perte, madame. - Oui, monsieur, bien grande. — Bien douloureuse. — Oui, bien doulou reuse, et dont je ne saurai jamais me consoh-r. — Madame, que souvent le destin est cruel! — Vous êtes bien bon, monsieur, de m'apportrr «pielques douces paroles; mais je crois n'a\oir pas l'honneur de vous connaître : que me voulez-vous? — Je sais, madame, qu'il n'est rien qu'une m^'re ne fasse pour la mémoire d'une fille chi'rie... U'Ias! que ce monde e^i plein de tristesse!... Je suis, madame, courtier pr's la compagnie des sépultures I ou courtier particulier di M. de La Fosse, fabricant de sarcophaçes ), et ie vcnai<: voir, madame, si par hasard vous n'auriez pas besoin d'un tombeau ; nous en avons de neufs et d'occasion, et dans le deriiii r g( nre » Acesmos, notre bouime essuie une bordée terribb;; mai« il est à l'épreuve du feu. — « Comment! monsieur, vous n'avez donc ni cœur ni Ame pour venir troubler ainsi une pauvre femme dans sa solitude et son désespoir! Cest une abonûnatton c'est une honte, le métier que vous f îles !... » Et là-dessus on le jette à la porte, mnis il revient le lendemain ; car rien ne saura l'arré 1er jusqu'à ce qu'il vous ait extorqua qu« Iques ordrts. — Il n y aurait qu'un moyen de se défaire d'un pareil misi'rable. ce serait de le tuer; mais la loi jusqu'à ce Jour n'y autorise >,ue faiblement.

C'est au ibubourg du Roule, chez nn illustre ébéniste.

nommé on ne peut plus heurenMOiPDl M. Uomo, q«e u fabriquent l« s cercueils de chèiie et de pali«Miidre. le cercueils niarquetés. guillochés, damasquinés* à nmfm* timentt. à secrets ou à musique; mais la grande OMa■f)^ turedes b.éres à l'usagede la canaille. c*esl-û-diredeshKni de bois blanc, est établie au village de la Gare. L'oan» qui en a l'entreprise est tenu dan*"- robligalioo d'en acdr toujours au moins six mille de faiJcs, et dao< chique mîrie, une bonne collection. Ce tailleur suprême, qui €»• fonce Zang, Staub et Dussautoy, Cail à ce métier a Ir tune, tout comme MM. les vaudevillistes des Pompe«è leur ^té, font la leur. C'est une cho^e bien rnrieiuteqr l'euot. de quantité de vivants qui virent à Paris de k mort ! Sans la population souterraine un tiers de U pv nationale serait sans ouvrage et sans pain ! — Ai ov- TOÈ^ de luxe il faut un attelage de luxe. Il faut deskn à la beinté, il faut de$ perles au poignard. Aussi acsce point notre h<^ros, ce mince et cliétif personnage^ jouit de la douce faveur d'ensevelir les heureux dijsv et de les mettre dans leurs cercueil» Boule oo Cà«<ic4 r'. Non, mon cher marquis, il y a un gros pna tout exprés pour cela : fleuri, potelé, presque unaMs. Ce beau mignon, vous l'avez vu sans doute, il ert m» reconuaissable ; il porte toujours sur IVpaole u ac énorme en guise de carquois; car il faut yoqs direfi pour é|»argner aux cadavres saperÛns toute énioliaB « tout cahot désagréable, bien que leurs cereueik teM matelassés et garnis d'oreillers comme on boudoir. ■ les enterre à bouche que veux-tu? dans le son.

Tout le monde connaît la triste, et philosophie H populaire composition de Vigneron, cet houn'te itai^ deste peintre; je veux dire le Convoi da PauTre. Ibak char de l'indigence, un homme obscur gagne silcn» s( ment son dernier asile. Sans cortège et sans appvSL il |»asse comme il a vécu. Trahi par la fortune, àmdonné des siens, un seul ami lui reste et le sait; dfll ami, c'est son chien! un pauvre birbet, portant h A basse, enfouie sous les soies longues et crottées de sia^ son inculte. ^ Ce tableau simple et déchirant, Vigimi l'a fait!... A Biard, il en reste un antre moins sonki et que son pinceau railleur reproduirait merreilhia ment! — Celui-là, je l'ai vu. de mes propres jeii«i! — C'était un homme, ô sublime phiio>0|*hie ! qvuteà derrière un corbillard, suivait les n^stes de sa dcfaii adorée et fumait tranquillement sa pipe.

Il va sans dire que ce sont les croque-morts et b métropole que nous avons pris pour type et arebi^ Ceux des provinces varient à l'infini; mais au demean^ ils ne sont toujours que des provinciaux J'en ai reae» tré dans quelques villes, qui ressenibleut assrt fv k cr.stumc à des marchands arméniens d'An-baoge/. H d'autres qui m'ont paru un assez heureux meUn^ éi charbonnier et du rabbin. — L'usage des chars, qaiU J^e au p*uple de Paris : c En tout cas, noos sona» Suis de ne pas nous en aller à pied ; » ou c Viendn n jour où, venlrcbleu ! à notre tour aussi nous êcLibo* serons!... » n'est pas généralement adopté et ne le^n pas de sitôt sans doute. Beaucoup de villes re^* rdeat» core ce mode de transport funèbre comme nn mîDkk sacrilège, et il n'y a pas fort longtemps mém^ qn'à R» lins la populace a jeté dans l Allier un malencoMrff corbillanl qui avait osé se montrer par la ville.

La gaieté qui rogne chez nos aimables vaodevillidB du fauoourg, tout h 'lîogaluilique, toute sardanaplc«|« toute exorbitante qu'elle a pu vous sembler, est ta déchue cependant de sim antique splendeur. ■■4ii!ci n'est plus que l'ombre d'elle-même. U bllalt foir a«c quelle magnificence inouïe se célébrait antraibblt ji*

LE CROQUE-NORT

des Morts. Le jour des Morts, c'est la fi^te des Pompes, e*est le carnafal du croque-mort! Qu'il semblait court ce lendemam de la Toussaint, nais qu*il était brillant!... 0és le matin, toute la corporation se réunissait en habil neuf, et. tan'lis que MM. les fermiers, dans le deuil le plus galant, avec leur cri^pin jeté négliftemment sur l'épaule» ré|>andaienl leurs liBMités, les verres et les brocs circulant, on vidait sur U^oitcç une feuillette. Puis, un hé« raut ayant sooné le boute-selle, on se précipitait dans les équipages, on partait ventre à terre, au triple ga« i lop, et Ton gagnait bientôt le Feu d*Enfer, guinguette

I en grande renommée dans le bon temps. Lé, dans un k janlin solitaire, sous un magnifique catafalque, une ta- H ble immense se trouvait dressée ( la nappe était noire et :• semée de larmes d'argent et d'ossements brodés en sauli loir), et chacun aussitôt prenait |ilace. — On servait la

II soupe dans un cénotaphe, — la salade dans un sarco-

■ phage, — les anchois dans des cercueils ! — On se cou-

■ chait sur des tombes. — on s'asseyait sur des diipes; — éi les coupes étaient des urnes, — on buvait des bières de I toutes sortes; — on mangeait des crêpes; et, sous le nom n de gélatines moulées sur nature, d*emhryons à la bérhai melle, de ca|.ilotades d'orphelins, de civets de vieillards. f de suprêmes de cuirassiers, on avalait les meU les plus , délicats et les plus som| tueux. — Tout était à profusion I el en diffusion ! — Tout était servi par montagnes I —

Au prix de cela les nucet« de Uamache ne fur> nt que du carême, et la kermesse de Ritbens n'est qu'une scène désolée. — Les esprits s'animanl et s*exaltant de plus en plus, et du choc jaillissant mille étiNcelles, les plaisanteries débordaient enfin de tontes parts, — les bons mois pieuvaienl à verse, — les vaudevilles s'enfantaient par ventrée. — On chantait, on criait, on portait des santés aux défunts, des toasts à la mort, et bientôt se déchaînait l'orgie la plus ébouriffante, Torgie la plus échevelée. Tout était culbuté! tout était saccagé' tout était ravagé! tout était pèle-méle! On eu dit une fosse commune réveillée en sursaut par les trompetten du jugement dernier. — Puis, lorsque ce premier tumulte était un peu calmé, on allumait le punch; et, à sa lueur infernale, quelque*' croque-morts ayant tendu des cordes i boyau sur des cercueils vides, ayant fait des archets avec des chevelures, et avec des tibias des tlûtes libicines, un eflroyable orchestre s'improvisait, et, la multitude se dis-'

ciplinant, une Immense ronde s'organisait et tournait sans cesse sur elle-même en jetant des clameurs terribles, comme une ronde de damnés.

Le punch et ta valse achevés, on remontait gaiement dans les chars, on regagnait promptedient la ville, et l'on venait souper en masse au café Aiiglals. — (Tétait alors on bien étrange spectaè)e que cj^lte longue enfilade de voiiarei de deuil et de durlillards, stationnant sur le boulevard de la foêhion, iU porte d'un cabaret de bon ton, d'une popine^,,d|un ea% thermarumy comme eàt dit Jnvénal;et dans lîutérieor, èë n'est pas, je vous prie, un spectacle moins bisarrè, que cette baode joyeuse de farceurs en costume fnoèfaf e attablés avec des lions et des filles, sablant le madère et le ikeny^ en chantant le 6rod save tke king sur l'air de la mère Godichon !

Mais, hélas ? que les temps sont changés ! Aujourd'hui celte brillante fête, â peu prés abolie, ne se signale plus au croque-mort consterné que par une misérable gratification de trois livres, et pas sterling. — Trois francs ! trois misérables franes! avec cela que voulez- vous qu'on lasse? On ne peut acheter ni un clyso- pompe, ni coucher en ville, ni suborner la reine de Prusse, et encore moins souscrire aux Français peints par eux-mêmes ou aux Anglais. ^ Cependant gardez-vous de croire que toute tradition de ces réjouissances soit à jamais perdue, et qu'elles n'aient laissé dans les mœurs aucune trace. Un riche et copieux banquet, mêlé de farces et d*intermédes, a été donné, il n*y a pas fort longtemps même, par le menuisier qui façonne les boites de luxe, dont je vous parlais tout à l'heure; et il se passe rarement plus d'une année sans que les Pompes ne .soient le théâtre de quelque nouvelle et délicieuse bouffonnerie.

P. 5. ^Si, pour quelques légères railleries échappées é ma plume indiscrète, on allait se fâcher sérieusement contre notre héros et lui faire un crime irrémissible de la frrgililé de ses mœurs un peu régence, je serais vraiment bien désolé. Mon Dieu ! je l'ai dit, c'est la profession qui V4 ut ça. Sauf Toliie et Joseph d'Arimathie, depuis la création du monde, tous les ensevelisseurs ont toujours été des drôles ! il ne faut pas leur en vouloir ; et d'aiVeiirs, auprès des libitinuires antiques, des nécrophon s et des sandapilariiy nos croque-morts sont des yestales, qui méritent le prix Monthyon.

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LE MÉLOMANE

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