II. DE DALZAG
Vntrcs, des ingrats, passent insouciamment devant la sa- [ To^sainle boutique d'un épi- ;j pp.* Dieu vous en garde!
Quelque rebutant, crasseux, J nA en casquette, que soit Tie i^nrçon, quelque frais et [T'^joui que soit le mailre, je [lis regarde avec sollicitude, ■4 leur parle avec la déférence qu'a pour eux le Constitutionnel, Je laisse aller un mort, un évêque, un roi, sans y faire attention ; mais je ne vois jamais avec indifférence un épicier. A mes yeux, répicier, dont Tomnipolence ne date que d'un siècle, est une des plus belles expressions de la société moderne. N'est-il donc pas un être aussi sublime de résignation que remarquable par son utilité; une source constante de douceur, de lumière, de denrées bienfaisantes? En6n, n'est- il plus le ministre de l'Afrique, le chargé d'affaires des Indes et de l'Amérique? Certes, Tépicier est tout cela; mais, ce qui met le comble à ses perfections, il est tout cela sans s'en douter. L'obélisque sait- il qu'il est un monument?
Ricaneurs infâmes, chez quel épicier êtcs-vous entrés qui ne vous ait gracieusement souri, sa casquette à la main, tandis que vous gardiez votre chapeau sur la tête? Le boucher est rude, le boulanger est pâle et grognon ; mais répicier, toujours prêt à obliger, montre dans tous les quartiers de Paris un visage aimable. Aussi, à quelque classe qu'appartienne le piéton dans l'embarras, ne 8*adresse-t-il ni à la science rébarbative de l'horloger, ni au comptoir baslionué de viandes saignantes où trône la fraîche bouchère, ni à la grille dêCantc du boulanger; entre toutes les boutiques ouvertes, il attend, il choisit celle de l'épicier pour changer une pièce de cent sous
ou pour demander son chemin ; il est sûr que cet homme, le plus chrétien de tous les commerçants, est à tous» bien que le plus occupé; car le temps qu'il donne aux passants, il se le vole a lui-même. Mais, quoique vous entriez pour le déranger, pour le mettre à contribution, il est certain qu'il vous saluera ; il vous marquera même de l'intérêt si l'entretien dépasse une simple interrogation et tourne à la conQdence. Vous trouveriez plus facilement une femme mal faite qu'un épicier sans poli* tesse. Retenez cet axiome, répétez-le pour contre-balancer d'étranges calomnies.
Du haut de leur fausse grandeur, de leur implacable intelligence, ou de leurs barbes artistement taillées, quelques gens ont osé dire : Racal d l'épicier. Ils ont fait de son nom un mot, une opinion, une chose, un système, une figure européenne et encyclopédique, comme sa boutique. On crie : « Vous êtes des épiciers! » pour dire une infinité d'injures. Il est temps d'en finir avec ces Dioclétiens de l'épicerie. Que blâme- t-on, chez l'épicier? Est-ce son pantalon plus ou moins brun-rouge, verdâtre ou chocolat? ses bas bleus dans des chaussons, sa casquette de fausse loutre garnie d'un galon d'argent verdi ou d'or noirci, son tablier à pointe triangulaire arrivant au diaphragme? Mais pouvcz-vous punir en lui, vile société sans aristocratie et qui travaillez comme des fourmis, l'estimable symbole du travail? Serait-ce qu'un épicier est censé ne pas penser le moins du monde, ignorer les arts, la littérature et la politique? et qui donc ^ a engouffré les éditions de Voltaire et de Rousseau? qui*' donc achète Souvenirs et Regrets de Dubufe? qui a usé la planche du Soldat laboureur, du Convoi du pauvre, celle de VÀttaque de la barrière de Clichy? qui pleure aux mélodrames? qui prend au sérieux la Légion d'honneur? qui devient actionnaire des entreprises impossibles? qui voyez- vous aux premières gileries de l'Opéra-
LÉPICIEU.
1 Ml !.. !..
...,f «Il ♦ li
' i; II-;
.«r.» A^r ;.i^ *i flnra 00 Us
^'rr
•i. < • * f ^l'tV^Usti* q'.i lit
••■. T f »' l-.^" ;ir î«: rfiU**'*; 'le '. •■• .. .1 ' .1- I !.. » V.'-: •. P'ytW'ti d^ D*ng' /iiff.i*.». ' .': ,•■ I ..■•-. i ï. . r:.- ■:»•'.. Il- j Itiur-tLl
•I .!•• M- ! • •■ * ■■•;. '!-i:'<r« .\ 'j''|i'jI''5
«il ' M i'i •/• • " . ;• « ■ k f^.t' ' fi . .-.ler-'i |ncs
•i' |.'* <• ■• :• • . ' rr • L'«;!''. r. I •'•!!' i»T.
II. ■. ■• 1 i« .1 • I- î! S' 'r-.; tr. Vil'.'..'- r- : ^/■■^. s';r il I ■ ri I ,1 ■ ■ i : I ■ r '"II:!»'- 1 îii^ r i5ilr':ir**>,
• •I ' ' ' i ■ '''•' • i ''■**', II** '■•irnjinMi.'iiil jias
j«f ■ t. <i ■■ I j : r î, I- ;i| |.«iyifii t'»'il ji.ir son t ; 1 1-' 1 I » f ■- 't . ■) I ir 'I. i:hrri'jM!iii', |iiir son
ii;i t r ri'/ I.' O-'i » . |i, . «l»'V<MllI's v;j||\.'ljîi!'i, E^|»a-
j'i.'.: f« i ;.. •• • ,:.i'fi». ff'ri'i»r/-on ;t-Vc ;'i la |:randc i.iM,T fj • i|.'. r? Ml»' .1 loiil iiiainlrnn. Peut-«*lre II, .11 'M j,.'. I I I :l l'i'.'j ri.fuMH; rmilrr, la Kr|iill>li<|ilC «'lit II I t i 'i-i II- Il |i'/iiirriiir «ornnKï l>i nouvelle dyi.i. lu . II). *iri -, «11- ni.ifjlii-m!ra. M-tinliMiir osl sa i]f I I : I I pi ri'- pi ■»!.>« îi.iii |i:ivi iiii or in" social (jiiol- #'.iM| I ■ «(lèi 'iiil'fi lilji? l/i'|.iri«T «■>! l.'i rlii»,o jug»''ft f|iii ^ (iv-r.f ■ on '< •> Inc. | ai l<* ou se liit. aux jo'irs de {/iii,.|..- Il ?. >!• I ;r|ihrii-/.voiis pas dans sa foi pour II- iij.i iiii ifi'iMi ii I'. ' r.fnp«''»lHZ-li; il<: se porlrr en fiinli III i.il.'i.iii ili .Ii:>itM' (ii.iy. di: doliT les onfanls ♦îii »/. (ii'iil l'.y. ■!'■ «Ml M ire jio'ir II* ri» iriip-d'Asilo, de ri riii :tii l'ji |.lii|i', lii' ili iriindiT la Ir.insialion des «'iidii di- %..|.ol<oo d In'iill'-r s<>n iMifant vn Inncier l'(il'Hi>ii« 'IN 10 I iill' or 'I'- la ;:aiili' nalioitaln, splon la iiiifMi iififi- 'In il iM'iiiis ni vain, fanfaron Jonrnali Ml' ("I i|iii \r ; f ''iiiii-i . iiH liiif'H pluuK* l'I pFcssi; à son fii-| Il I, |tii miii , il lui li-nln inii-ssaninicnl la clintiére
it" loM iili'iiiiit inriil '
ll.il- Il I on jiti'ii i-xnniiiM' rmipcu'IannMli» rr visc<TO iiidi-pi o'-lili' Il lu \ir' ■) Il i.ilc ri ipir les nnriiMis iMissiMit «l^ifi" pi 'Il ilrr' .pi'i iil/iliMii , ViiUS l»:'ilissrl Un (|Uarti(T, «III fhO/ii iiii vill;'i- \'i.r. nvi; fiMi'.lniil plus ou moins ft« ffiMi. -ih', v'iii-: fivr/rii'a% r/ <i i'< polir l'drvcr nnri'j^iiso; fin- ffi.iiMr iji' I pi'irv d'Iiiliil.inls. \ous ramnssiv. un |./>i-i ;•. m wi |j I I i-ir« d'-. iMifiiil*; vous nvi'/ fahriijuô f|..i I |i, I ti'i i i|>ti ;i I Jiit iriMii' ri\ilisn|ion. romnio on l.ii III. ' l'iiili il -, .1 di - i li.itnpi'iwiiis. ilrs patto^i di'
I ii.ilH il •'|i-i - I I ili' . Iinnli Mrs . Ull pITsliV l«Tl\ fil mIj.mI ih mil I II iiii| rln-rl dr* {idlilllli^livs : rini M II. II. h I I i-it > I I i|i . iiinlii'. fini 4|ih' \ous n'auro/ l"i in •• i.iti m II Mil l'.t li'plii.loil di'* liivis soriatix,
I |.i 111 .(^..n I iiiln I I pliiifrr an ridn di*l.trn«'
pi ii.i ip i|i liii • I II .1 1 , I MMiiiii' \ii-i . ,i\i*; pl.iiilô mil' noix
Il M (liiilMilKi i.iiii di- .'ihi.iii 1,1* p.iin, la vi.indo.
|r iiiMiMi I lut . )i I m'Iii><. Il* ::ini\nn«M):iM)l, l.\
(.illlii liiill \M-lil) Il I I I •■ t .|H II* l>niI,l;:iMtn lo TiM hi-,
iiiif I . pi I.ni i II t- 1 1 11 II l.i. M' li'xri II' prrinn r. m'
i-itm In 1 II- di I lin i . •• iM n ' i !• uili.pio .i tiMilr lirnir .i;i\ ilnlnnl. iiM I III tii , . ii\ iM.iii II uni S.ii;\ liii. .lur:;:) d(' I «•-« i-\i • •)iii lit l>ii .M ni 1 I >■»■ ii'li' hiivlri iir di*> sOi li ti'\ itiii ii>ii«i ' ui\|ii. l'iN 1 r.Mi II \\c Ir l.iU.K*. Ir thi' 11' vM « II' I I II ni H". .■ .r-.- P,' N \ l-.MUi.pii' ]^ii»r.'.li' \;ni' h i, li» piii.liii li.t.i I .1 II iti))ii.' Itr..t.i l!ii\ t-.iS*. 4 *i »,-ii\.,| 1.) mniliiMiin lir t-^-i^ W^ d."ii;:uis 1. i N . \\ % \\ u\ \\h\ I hiiiji' il I.» I« ».■ II'. ^.';i: ■ I- il,' l.»iih' 1-.:m;;. :»• Ii'm). !. pi*ti 1 1 l'I 1.1 I 11 » .Il .| Il I iM)- ^M'nl î . I 11. l.»: ; jt dr \\
• u'^nir li II» lih-»u»l ■( I.' r' Il r,^ .| r..-.'. v\ .u »'\ .\ OiHi ,'li'iii ni «l'i^i » .v*.^ .• r.- I.* v.li JV. il V v;r»pv il i.^.
iiiiliii.ir \;n\ ipi.\i î' ^1.' mi-î; Im,'.'. .11.: IV. K'N tr.'-.M I,'*-* l,-\ pi..n.^.i;\ ri '.^ î«»i' ' ! '.Mn. .',.11. N.^'.v\ y^'.xW i N 1*1,11 it "■•. I '. ,1 .', v*i :i V I ''.XNi.M'.v. ,■ ^l ■ \ I*,- >i \M\ iv ) 'N ,!.,.- .>,i .' ;.M,\ i\.\v lv%. ;,u 1^... ,1.; ,'.\\ \f\
unités à trois an^'les qu*emlirasse répîcerîc? L'épicier lui-m-'me enibras^e une trilogie: il est électeur, jprd# na».ior:>.l et j'iré. Je ne «ais si les moqueurs ont une pierr» soii> 1.1 nijniirlle ^,!ichc. mais il m'est imposM!>lc J' ri i lier cet homme riuand. a ]*.ispecl des billes d'.i^-:^ cuiîl'MjiK'^ dans s»?> jattes de bais, je me rappelle» le r!!< (".'il ii>:nil d-iiis mm enfonce. Ah! quelle place il f*f' C'ij 0 diiis lo C'i'iir des marmots auxquels il vend W j.-»pîor dis cmcoucs, la corde des cciTs- volants, Icn <o"t-:l« f'î lox draçrôi.-s! Ci'l homme, qui tient dans sa montre û*^ cii-i i:..'» jo'ir n -trc enterrement et dans Non œil uii« iarrr.* pour notre mémoire, côtoie incessamment notre ex!l}ncc : il vend la plume et l'encre au poêle, les coult^r» nu piintre. la cullc â tous. Un joueur a tout perdu, veji se tuer : rêpicier lui vendra des balles, la poudre tu rarscnic; le vicieux personnage e^^pôre tout reg.iprriiT. rêpicier lui vendra des cartes. Votre mnitresse »ient. vous ne lui oITrirez pas à déjeuner sans l'intervention d? rêpicier; elle ne fera pas une tache à sa robe qu'il o^ reparaisse avec l'empois, le savon, la potasse. Si. tlai.» une niiit douloureuse, vous appelez la luiiiièrH à ^aud> cris, l'épicier vous tend le rouleau rouge du miraculeux, de riliustre Fuinade, que ne détrônent ni les briqueu allemands, ni les luxueuses machines a soupape. \ons n'allez point au hal sans son vernis. Enfin, il vend l'h»tieau prêtre. \q cent-sept ans au soldat, le masque aa carnaval, l'eau de C(do;^neà la plus belle moîttc du genre humain. Invalide, il te vendra le tabac éternel que tu fais pass<T de ta tabatière â ton nez, de ton nez à ton mouchoir, de ton mouchoir à ta tabatière : le oez. le tabac et le mouchoir d'un invalide ne sont-ils pas one image de Tin 11 ni aussi bien que le serpent qui se mord U queue? Il vend des drogues qui donnent la mort, et des subst'inces qui donnent la vie; il s'est vendu luî-niéme au public comme une dme à Satan. Il est Talpha et l'omêga de notre état social. Vous ne pouvez fave un pis ou une lieue, un crime ou une bonne action, une œuvre d'art ou de débauche, une maîtresse ou un ami, sans recourir à la toutc<puis<ance de l'épicier. Cet homme est la civilisation en boutique, la société en coroet, la nécessité armée de pied en cap, l'encyclopédie en action, la vie diNtrlbuéc en tiroirs, en bouteilles, en saclirls. Nous avons entendu préférer la protection d*un épicier â ri'lle d'un roi : celle du roi vous tue, celle de l'épicier fait vivre. Soyez almndunnc de tout, même du diable ou de votre mère, s'il vous reste un épicier pour ami, vous vivrez rhrz lui ci»mme le rat dans son fromage. Nous te* lions imit. vou> di>ent les épiciers avec un juste orgueil. Ajiuile/ : Nous leniuis à tunt.
Ww quelle fatalité ce pivot social, cette tranquille errai ure. ee philo>opht' pratiijue, cette industrie iiicesvatnmenl \veii| êe, a-l-ello donc été pri>e pour type de la brisM ? ij'.ielles ver:us lui manquent? .Viicune. La nature ennneniiuenl i:êni''r«'UNe de l'épicier entre pour beaucoup d.m^ 1.1 )hx>ionomie de Paris. D'un jour à l'autre, ému ) .n qurlj .e iMl.i^liMplie OU par une fête, ne reparait -il p.iNdmv le l.:\e de son uniforme, après avoir fait de iopp*»>ii;o;i en bisr! " Se> m. >-.i vantes lignes bleues a boniMi> ouii.^v.iiis .iie.'iiip.i^nenl en pompe les illu>lrt$ n^Miv *>:i i(v \i\.iT^:s «li.i iriimiphent, et se mettent ga- \. niMi. 1:1 11", e^i . liir^ ihnris a 1 intn'O d'une nivale niait, v. ^»;: :-.: . s.- r»^:>i,-r.^ee. elle e>l fabiileu.se. Lui seul a l.' i.^ii .^.' di' M i, .,!.; Il : i ner îiii-mêine tous les jours avec j .. l^^l lie rîu'Miive em|VM'. Quelle intarissable fécondité d.D'N l. iM.'.a- de vex }'iaisar.liries aviC ses pratiques! .i\i,* ij;ïr!lev p.'.li m '.'leN r.''.i>oîalioiis ilnmasselcs deui ^.'.J^ d:: p. .\:i- .^ 1.1 veii\i et Je rorplielin avec quel xtiîi::'.',. ; d.* m.Nl,'>în iî pènelre chez ses clients d'un
LÉPICIER.
rang élevé! Dircz-vous que l*épicier ne peut rien créer? QniDonET était un épicier; après son invention, il est devenu un mot de la langue, il a engendré Tinduslrie du lampiste.
Ah ! si l'épicerie ne voulait fournir ni pairs de France ni députés, si elle refusait des lampions à nos réjouissances, si elle cessait de piloter les piétons égarés, de donner de la monnaie aux passants, et un verre de vin à la f( mme qui se trouve mal au coin de la borne, sans vérifler son élal ; si le quinquct de répicier ne protestait plus conlre le gaz son ennemi, qui s'éteint à onze heures; s'il se désalionnait au Constitutionnel, s'il devenait progressif, s'il déblatérait contre le prix Monthyon, s'il refusait d'être capitaine de sa compagnie, s'il dédaignait la croix de la Légion d'honneur, s il s'avisait de lire les livres qu'il vend en feuilles dépareillées, s'il allait entendre les symphonies de Berlioz au Conservatoire, s'il admiraît Géricault en temps utile, s'il feuillelait Cousin, s'il comprenait Ballanche, ce serait un dépravé qui mériterait d'être la poupée éternellement abattue, éternellement relevée, éternellement ajustée par la saillie de l'artiste afTimé, de l'ingrat écrivain, du saint-simonien au désespoir. Mais examinez-le, ô mes concitoyens! Que voyez-vous en lui ? Un homme généralemeni court, joufflu, d ventre bombé, bon père, bon époux, bon maître. A ce mol, arrêtons-nous.
Qui s'est figuré le Bonheur, autrement que sous la forme d'un petit garçon épicier, rougeaud, à tablier bleu, le pied sur la marche d'un magasin, regardant les femmes d'un air égrillard, admirant sa bourgeoise, n'ayant rien, rieur avec les chalands, content d'un billet de spectacle, considérant le patron comme un homme fort, enviant le jour où il se fera, comme lui, la barbe dans un miroir rond, pendant que sa femme lui apprêtera sa chemise, sa cravate et son pantalon î Voilà la véritable Arcadie ! Etre berger comme le veut Poussin n'est plus dans nos mœurs Etre épicier, quand votre femme ne s'amourache pas d'un Grec, qui vous empoisonne avec votre propre arsenic, est une des plus heureuses conditions humaines.
Artistes et feuilletonnistes, cruels moqueurs qui insultez au génie aussi bien qu'à l'épicier, admettons que ce petit ventre rondelet doive inspirer la malice de vos crayons, oui, malheureusement quelques épiciers, en présentant arme, présentent une panse rabelaisienne qui dérange l'alignement inespéré des rangs de la garde nationale à une revue, et nous avons entendu des colonels poussifs s'en plaindre amèrement. Mais qui peut concevoir un épicier maigre et pâle? il serait déshonoré, il irait sur les brisées des gens passionnés. Voilà qui est dit, il a du ventre. Napoléon et Louis XVIIl ont eu le leur, et la Cham!)re n'irait pas sans le sien. Deux illustres exemples! Mais, si vous songez qu'il est plus confiant avec ses avances que nos amis avec leur bourse, vous tidmirerez cet homme, et lui pardonnerez bien des choses. S il n'était pas sujet à faire faillite, il serait le prototype du bien, du beau, de l'utile. Il n'a d'autres vices, aux yeux des gens délicats, que d'avoir en amour, à quatre lieues de Paris, une campagne dont le jardin a trente perches; de draper son lit et sa chambre en rideaux de calicot jaune imprimé de rosaces rouges ; de s'y asseoir sur le velours d'Ulrecht à brosses Ileuries; il est l'éternel complice de ces infâmes étoffes. On se moque généralement du diamant qu'il porte à sa chemise et de l'anneau de mariage qui orne sa main ; mais l'un signifie 1 homme établi, comme l'autre annonce le mariage, et personne n imaginerait un épicier sans femme. La femme de l'épicier en a partagé le sort jusque dons
Tenfer de la moquerie française. Et pourquoi l'a-t-on immolée en la rendant ainsi doublement victime? Elle a voulu, dit-on, aller à la cour. Quelle femme assise dans un comptoir n'éprouve le besoin d'en sortir, et où la vertu ira-t-elle, si ce n'est aux environs du trône? cor elle est vertueuse : rarement l'infidélité plane sur la tête de l'épicier, non que sa femme manque aux grâces de son sexe, mais elle manque d'occasion. La femme d'un épicier, l'exemple l'a prouvé, ne peut dénouer sa passion que par le crime, tant elle est bien gardée. Lexigu'ilé du local, l'envahissement de la marchandise, qui monte de marche en marche, et pose ses chandelles, ses pains de sucre, jusque sur le seuil de la chambre conjugale, sont les gardiens de sa vertu, toujours exposée aux regards publics. Aussi, forcée d'être vertueuse, s'attache-t-elle ta^tà son mari, que la plupart des femmes d'épiciers en maigrissent. Prenez un cabrioKt à l'heure, parcourez Paris, r^ardez les femmss d'épiciers : toutes sont maigref. pâles, jaunes, étirées. L'hygiène, interrogée, a parlé de miasmes exhalés par les denrées coloniales ; la pathologie, consultée, a dit quelque chose sur l'assiduité sédentaire au comptoir, sur le mouvement continuel des bras, de la voix, sur l'attention sans cesse éveillée, sur le froid qui entrait par une porte toujours ouverte et rougissait le nez. Peut être, en jetant ces raisons au nez des curieux, la science n'a-t-elle pas osé dire que la fidélité avait quelque chose de fatal pour les épiciéres, peutêtre a-t-elle craint d affliger les épiciers en leur démontrant les inconvénients de la vertu. Quoi qu'il en soit, dans ces ménages que vous voyez mangeant et buvant enfermés sous la verrière de ce grand bocal, autrement nommé par eux arrière-boutique, revivent et fleurissent les coutumes sacramentales qui mettent l'hymen en honneur. Jamais un épicier, en quelque quartier que voas en fassiez l'épreuve, ne dira ce mot leste, ma femme: il dira mon épouse Ma femme emporte des idées saugrenues, étranges, subalternes, et change une divine créature en une chose. Les sauvages ont des femmes; les êtres civilisés ont des épouses; jeunes filles venues entre onze heures et midi à la mairie, accompagnées d'une infinité de parents et de connaissances, parées d'une couronne de fleurs d'oranger toujours déposée sous la pendule, en sorte que le mameluk ne pleure pas exclusivement sur le cheval.
Aussi, toujours fier de sa victoire, l'épicier conduisant sa femme par la ville a-t-il je ne sais quoi de fastueux qui le signale au caricaturiste. Il sent si bien le bonheur de quitter sa boutique, son épouse fait si rarement des toilettes, ses robes sont si bouffantes, qu'un épicier orné de son épouse tient plus de place sur la voie publique que tout autre couple. Débarrassé de sa casquette de loutre et de son gilet rond, il ressemblerait assez à tout autre citoyen, n'étaient ces mots : ma bonne amiey qu'il emploie fréquemment en expliquant les changements de Paris à son épouse, qui, confinée dans son comptoir, ignore les nouveautés. Si parfois, le dimanche, il se hasarde à faire une promenade champêtre, il s'assied à l'endroit le plus poudreux des bois de Romainville, de Viocennes ou d Auteuil, et s'extasie sur la pureté de l'air. Là, comme partout, vous le reconnaîtrez, sous tous ses déguisements, d sa phraséologie, à ses opinions.
Vous allez par une voiture publique à Meaux, Melun, Orléans, vous trouvez en face de vous un homme bien couvert qui jette sur vous un regard défiant : vous vous épuisez en conjectures sur ce particulier d'abord taciturne. Est-ce un avoué ? est-ce un nouveau pair de France? est-ce un bureaucrate? Une femme souffrante
|r¥»icK^ «UK ta 7€!i srtô» iC&'inC» ie la àassao. ectr« 4mm 90: f imiif. f*m,-h3e^ «m «wîe f -îtrc Fnaçais l'entrtTSKrH-^ « înç îi;èi. fia !« JTOTn-
Ji fe '^n^ «^2.1 owrt, 4 fè^ttôer m foriarC p**, cas nrt^, v^«i U r«f!r.«aa:£nfa a n ■««fre îe se BiMclicr. Il nM «ft fTÂa 4e «ta B4«cMr estre ses lèpres, le rel^e m eesCre p(»r ib Bovreaieal 4e kaluçu^ire. s*ef&fmpt^, iMpitnUmtwA le meu H foumt «se fuitire à rtsnén j%loqi oD eomei â pbtoo.
QfielqnevoDS de ces geoi qoi oui h manie et tout erefi^erM^naleol an ^and incoiiTénieiitâ Tépicicr : dise retire, » di«ent'ih. Une fois retiré, personne ne lai Toit infime otilité. Qae (ait-il? que denent-iPil est sans iniérH, Mnt (ihyuiononiie. Les défenseort de cette classe de citoyens estimablet ont répondu qae généralement le flU de IVpirier dcTienI notaire oa avoué, jamais ni pein* Ire ni journAliste, ce qui l'autorise à dire avec orgueil : « J'si payé ma dttte su pays. » Quand un épicier D*a piff deflU, il a un successeur auquel il s'intéresse* il
L'ÉPICIER
rencourtge» il mnl voir le montant des ventes journalières, et les compare avec celles de son temps; il loi prête de l'argent : il tient encore i Tépicerie par le fll de l'escompte. Qui ne connaît la touchante anecdote sur la nostalgie du comptoir i laquelle il est sujet?
Un épicier de la vieille roche, lequel, trente ans durant, avait respiré les mille odeurs de son planeher, descendu le fleuve de la vie en compagnie de myriades de harengs, et voyagé côte à côte avec une inflnité de mornes, lialayé la boue périodique de cent pratiques matinales, et manié de bons gros sous bien gras; il vend son fonds, cet homme riche au delà de ses désirs, ayant enterré son épouse dans un bon petit terrain à perpétuité, tout bien en règle, quittance de la Ville au carton des
' papiers de famille; il se promène les premiers jours dans Paris en bourgeois ; il regarde jouer aux dominos, il va même au spectacle. Mais il avait, dit-il, des inquiétudes. 11 s'arrêtait devant les boutiques d'épiceries, il les flairait, il écoutait le bruit du pilon dans le mortier. Malgré lui cette pensée : « Tu as été pourtant tout cela ! » lui résonnait dans l'oreille, â l'aspect d'un épicier amené sur le pas de sa porte par l'état du ciel. Soumis au magnétisme des épices, il venait visiter son successeur. L'épicerie allait. Noire homme revenait le cœur gros. Il était tout chose, dit-il à Broussais en le consultant sur sa maladie. Broussais ordonna les voyages, sans indiquer positivement la Suisse ou rilalie. Apre?, quelques excursions lointaines tentées sans succès à Saint Germain, Montmorency, Vincennes, le pauvre épicier, dépérissant toujours, n'y tint plus ; il rentra dans sa boutique comme
^ le pigeon de la Fontaine à son nid, en disant son grand proverbe : Jeiuii comme le lierre^ je meurs où je m' attache! Il obtint de son successeur la grâce de faire des cornets dans un coin, la faveur de le remplacer au comptoir. Son œil, déjà devenu semblable à celui d'un pois* son cuit, s'alluma des lueurs du plaisir. Le soir, au café
du coin, il blâme la tendance de l'épicerie au charUUnisme de l'Annonce, et demande â quoi serl d'exposer les brillantes machines qui broient le cacao.
Plusieurs épiciers, des tètes fortes, deviennent mahres de quelque commune, et jettent sur les campagnes un reflet de la civilisation parisienne Ceux-là commencent alors â ouvrir le Voltaire on le Rousseau qu'ils ont acheté, mais ils meurent â la page 47 de la notice. Toujours utiles i leur pays, ils ont fait réparer un abreuvoir, ils ont, en réduisant les appointements du curé, contenu les envahissements du clergé. Quelques-uns s'élèvent jusqu'à écrire leurs vues au Constitutionnel, dont ils attendent vainement la réponse; d'autres provoquent des pétitions contre l'esclavage des nègres et contre la peine de mort.
Je ne fais qu'un reproche à l'épicier : il se trouve en trop grande quantité. Certes, il en conviendra lui-même, il est commun. Quelques moralistes, qui l'ont observé sous la latitude de Paris, prétendent que les qualités qui le distinguent se tournent en vices dés qu'il devient propriétaire. 11 contracte alors, dit-on, une légère teinte de férocité, cultive le commandement, l'assignation, la mise en demeure, et perd de son agrément. Je ne contredirai pas ces accusations, fondées, peut-être, sur le temps critique de l'épicier. Mais consultes les diverses espèces d'hommes, étudiez leui*s bizarreries, et demandez<vous ce qu'il y a de complet dans cette vallée de misères. Soyons indulgents envers les épiciers I D'ailleurs, où en serions-nous s'ils étaient parfaits? il faudrait les adorer, leur confier les rênes de l'Etat, au char duquel ils se sont courageusement attelés. De grâce, ricaneurs auxquels ce mémoire est adressé, lai.ssez-les-y, ne tourmentez pas trop ces intéressants bipèdes : n'avez -vous pas assez du gouvernement , des livres nouveaux et des vaudevilles?
LES
PEIiNTS PAU EUX-MÊMES cCPa/J.vo