PARIS CHEZ N. J. PHILIPPART, ÉDITEUR
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INTRODUCTION
II faut bien toujours que les écrivains d*unc époque * rendent au public ce que le public leur a prélé, et l'écri vain n*est jamais si heureux et si populaire que lorsque le public lui a beaucoup demandé, et lorsqu*il lui a beaucoup rendu. Plus ses emprunts sont nombreux, et plus il est lui-même un homme de génie. G*est là Tunique raison qui a fait de Molière le premier poêle du monde; car nul plus que lui n*a emprunté â Thumaine nature ses vices, ses ridicules, ses passions, ses haines, ses amours. Heureusement pour les emprunteurs à venir que, si le fond de l'humanité est le même toujours, la forme en est changeante et variable à TinGni. Chaque siècle, que disons-nous? chaque année a ses mœurs et ses caractères qui lui sont propres; Thumanité arrange toutes les vingt-quatre heures ses ridicules et ses vices, tout comme une grande coquette arrange et dispose ses Tolants, ses bijoux et ses dentelles ; et nous ne voyons pas trop, puisque les marchandes de modes ont des li- Très sibyllins, tout exprès pour expliquer jour par jour les révolutions de leur empire, pourquoi donc n*aurionsnous pas, nous aussi, le peuple frivole et mobile par excellence, un registre tout exprés pour y transcrire ces nuances si unes, si déliées, et pourtant si vraies, de nos «œurs de chaque jour? t^'est la Bruyère qui Ta dit, et celui là s*y connaissait : Il n'y a point d*année où les folies dei hommes ne puissent fournir un volume de raractères. Et, je vous prie, si pareil livre eût été faitseu-
len^cnt depuis tes derniers livres de Tiiêophraste, savezvous une histoire qui fût plus varice, plus remplie, plus charmante, plus vraie surtout et plus animée par toutes sortes de personnages? Biais non, les historiens, oubliant Tespèce humaine, se sont amusés é raconter des sièges, des batailles, des villes prises et renversées, des traités de paix ou de guerre, toutes sortes de choses menteuses, sanglantes et futiles; ils ont dit comment se battaient les hommes et non pas comment ils vivaient ; ils ont décrit avec le plus grand soin leurs armures, sans s*inquiéter de leur manteau de chaque jour; ils se sont occupés des lois, non pas des mœurs; ils ont tant fait, que c*est presque en pure perte que ces misérables sept mille années que nous comptons depuis qu*il y a des hommes en société ont été dépensées pour Tobservaiion et pour l'histoire des mœurs.
Et pourtant, songeons-y, x,a jour viendra où nos petitsfils voudront savoir qui nous étions et ce que nous faisions en ce temps-là; comment nous étions vêtus; quelles robes portaient nos femmes ; quelles étaient nos maisons, DOS habitudes, nos plaisirs ; ce que nous entendions par ce mot fragile, soumis à des changements éternels, la beauté. On voudra de nous tout savoir : comment nous montions à cheval ; comment nos tables étaient servies ; quels vins nous buvions de préférence ; quel genre de poésie nous plaisait davantage, et si nous portions ou non de la poudre sur nos cheveux et a nos jnnibcs des bottes
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