AUGUSTE RICARD
f n homme porte des chemises eo toile de Hollande, des bas de Paris; ses souliers vernis ont j été faits sur les dessins d*un bdltier de la rue Vivienne; il n'emploie, pour sa l)arbe, que du savon onctueux, pour ses mains que de la p:Ue d'amandes douces; ses dents sonl entrete- ■r Désirabode, sa chevelure par Michalon ; il a apjrt du sourire perpétuel dans la classe d'un vieux lerOpéra; il est patient, poli, aimable... B croyez qu*il est question d*un grand écuyer de . d'un diplomate, d'un chanteur de romances? 4>at : il s*agit d*un garçon de café.
ttl assez généralement garçon de café de père en il homme qui sert des glaces au café de Foi, ou Hses à Teau-dc-vie chez la mère Saguet, à la bar- V Maine, avait un trisaïeul dans la carrière qu*il m, comme aujourd'hui un Séguier, un MoIé, un I, dans Tarmée ou dans la magistrature L*art de le café, la liqueur; de marcher au pas de charge, Urtdes allées de fables et de tabourets, en portant K main droite des buissons de sorbets, un thé cornvu une phalange de carafes d*orgeat, cet art-là de- I une grande habitude. Pour faire un bon garçon \ il faut avoir été pris tout petit, il faut avoir com-
66S exercices sous les yeux d*un père, endant il est quelques exceptions i cette régie : icontre, dans Tintéresiiante classe qui nous occupe d'hui, plus d*UD praticien qui B*a pas été bercé
avec les traditions de café, et qui, à IMge de quinze ans, dFeût pas su laver une tasse sans en faire des morceaux. C*esl une variété de Tespôce, ch«'Z laquelle le génie a lui tout d*un coup Les antécédents de ceux qui la composent se perdent dans les brouillards d'un passé orageux, dans la fumée de cent estaminets, dans la chronique de la Chaumière et de la Courtille. (les g.irçons de café-U ont. pour la plupart, hérité jadis d'un parent de la Normandie, ou du Perche. Alors ils ont roulé dans les cabriolets de régie pendant les jours gris do telle année; ils ont joué du cor chez tous les marchands de vins de la rue Nontorgueil; ils ont fatigué le sol historique du bois de Romainville avec leur danse passionnée, puis, un beau jour, ils ont porté leur dernier écu au bureau de placement. Ils sont devenus garçons de café.
Ceux-là ne sont pas les moins habiles. Leur vieille expérience en fait d*excellents arbitres dans une discussion de billard, de dames ou de dominos; ils savent, de longue date, ce qui plail aux viveurs sortant d'un bon repas, et ils n*ont pas peur des ivrognes.
Quels que soi* nt d'ailleurs ses préc<''dents, le garçon de café typique est toujours un homme probe et birn por^ tant : la vigueur de constitution et l'honnêteté d'àmesont deux qualités sans lesquelles il ne saurait être. L*œildu maître, on le comprend, ne peut toujours iiiancr sur les flacons, les carafes, les tasses et les cafetières du laboratoire. Rien de facile comme de détourner, au milieu de la consommation gigantesque de certains établissements, quelques gouttes de cet océan de rafraîchissements et de liqueurs; quelques fractions de ce total que le patron compte tous les soirs, i la grande morli6cation du mauvais sujet retardataire échangeant sa dernière pièce de dix sous, à minuit, contre une bouteille de bière blanche. Le garçon est donc, et de toute nécessité, un bon-
LE GARÇON DE CAFÉ
néte homme. Depuis le leTer du soleil jusqu'à rextinction du gai, il minipule le numéraire de son prochain : c'est un serviteur de conflance, c*est un garçon de recettes À domicile.
Vigueur de constitution : tous ailes voir qu'elle est indispensable au garçon de café. Le jour parait; le garçon de café, qui» la veille, S dû se coucher tard, doit se lever de bonne heure. 11 n'y a guère d*éveillés à Paris que les rruitiéres, les balayeurs et les porteurs d'eau ; eh bit>n ! lui, homme élégant, lui qui passe son temps au milieu d'épicuriens, lui qui fait incontestablemtnt partie de la civilisation avancée, de la vie de luxe, il faut qu'il s'arrache aux douceurs du repos. Tous les jours le bien-vivre l'entoure de ses séductions, de ses parfums, de ses joies, et lui, il doit vivre de la vie rude de l'ouvrier; son maître veut qu'il ail, i la fois, l'élégance coquette d'une jolie perruche et la vigilance pénible du coq. 11 s'éveille donc, il étend les bras, et ses doigts allongés vont frapper les pieds des tables entre lesquelles il a jeté son matelas la veille, ou bien ils labourent le sable que l'on sème tous les jours dans la grande salle. Car. voyez-vous bien, il est condamné à se nourrir, à se reposer dans cet espace où il fait son état ; comme le soldat en campagne, il couche sur le champ de bataille. Mais, en vérité, mieux vaut souvent le bivnc, sur lequel la neige et la pluie ne tombent pas toujours, quoi qu'en disent les Victoires et Conquêtes et les vaudevilles militaires.
Au bivac, l'air pur du malin, les feux du soleil levant, le chant des oiseaux du ciel, raniment le guerrier. lie garçon de café, a son grand lever, ne trouve qu'une atmosphère lourde et tout imprégnée des émanations trop connues du gaz, auxquelles se mêlent les odeurs, hermétiquement renfermées par les volets de rétablissement, du punch, du vin chaud et du haricot de mouton, que le propriétaire du lieu a partagé à minuit avec tout son monde, sur la table numéro 1 , c'est-à-dire celle la plus rapprochée du comptoir. La seule clarté qui vienne ('*ga\ cr le garçon de café à son réveil est celle du quiui|uel inextinguible qui veille toujours dans le laboratoire avec robstination du feu de Yesta. Quant à ces harmonies matinales qui signalent le retour de la lumière, le garçon de café est tout à fait libre de prendre pour telles 1< s cris du chat, ou les sifflements aigus des serins de madame, qui pressentent le passage prochain de la marchande de mouron.
Mais le piétinement du maître, qui, à l'entresol, cherche ses bretelles cl sa cravate, fait trembler le plafond. En un clin d'œil les matelas de tous les garçons sont enlevés. Ce travail demande peu de force; car ces petits meubles, qui tit nnenl beaucoup du silex pour la dureté, participent encore plus de la plume pour la légèreté du poids. Tout cela est jeté péleméle derrière une vieille cloison, avec des queues de billard au rebut, les arro>oirs d'i'lé, des damiers cassés et l'antique comptoir que le patron a jadis acheté avec le fonds Les volets sont détachés, la laitière arrive, le chef descend de &i chamiire avec un sac de monnaie sous le br.is, m;«damc songe à sa tuileltc, les pains de beurre s'éparpillent dans des soucoupes, le garçon de fourneau allume son feu, toutes les aUnllcs de cette ruche sont en mouvement : l'heure du travail a sonné. Après ce premier coup de collier, le garçon de café jouit, dans presque tous les quartiers de Paris, de quelques instants de repos ; en attendant la pratique, il arrache la bande des journaux et il étudie la situation des choses dans le grand format, la littérature dans le petit Assez généralement, le garçon de café marche avec le gouvernement et la garde nationale eu poli-
tique; en littérature, il est d'oM force gipMaa charade et le cours de la Boane.
De huit heures à dix» les eafh mm Imtmsi^ rement le garçon. Cette première fole ay^ monnaie dans le tronc brome cl or di eaifi déjeunoirs au café se composent, en fénénL ffl de vieux garçons et de provînciaox lognsfaii hôtels flu voisinage. Ces trois cspéecs Âfiifa foule de raisons toujours prêtes pour fiokivri l'économie. Le garçon de café tient à ccsciia^ à un casuel certain, mais il est avec eufmi froide; il leur dit toujours que le Cctmmtt vari sont en main» et. lorsqu'ils preDacn» la table de marbre* il n'a i leur service fi?* coup de serviette. Il en donne deux posrîeéi beurre, trois pour un café complet. Cenicz
Nais, de midi à deux heures, le cale aoèr :'«i le rhum et le kirsch, absorbent toute soi lOa sa politesse. Les consonninateurs de ceUe b riode de la journée sont doucement cduifei blis et le grave que le restaurateur di f» servis. Ce sont des citoyens dont l'oDÎqH aa joyeusement vivre, ou bien des militaires^ii de cœur et d'âme au camp de Compiègst ie voyageurs qui ont fait avantageusement \mûu ou à Sedan; des jeunes gens de famille qiiirrf le matin, et à trente-cinq pas, avec ks ps poche. De pareils personnages payeat »
ter, parce qu*ils sont heureux; ils appdksj a mon cher», ils lui demandent do tik « lyse de la pièce nouvelle, dont les jovac rendre compte. Quand ils quittent le cdi^ôi ni nt immobiles une seule minute, et, 4m9M pacc, le garçon les habille de leur pmm ou ndingote; il les coiffe de leur i4iy =** gant< et canne à la main, et il termiaepri révérences qu'on ne saurait rencontnraiit Paris. Ajoutez un peu plus de géaérÊàii^ un peu plus d'empressement de raolre,i(i idée exacte des rapports du garçon avec kii tcurs Uu café é l'eau après diner.
Les mœurs, les habitudes, la toililllà| café varient selon le quartier où il mfdkA^ Hoyal, sur les boulevards, depuis la faubourg du Temple, dans une partie dil Germain, le garçon de café est él^nt i ' 1.1 chemise de toile de Hollande ne lai i fiit adapter une chemisette en batiste; Il bliers comme on change de ministres; di i toujours taillés à la mode qui Tient di i lent les odeurs les plus douces et, meilleur goût; sa veste se venge de VéM^ par la finesse de son tissu, par la gricsi coupe; ses mains sont fines, délicates; il' moins possible. Ce garçon de cafê-là n*e expressions choisies; il lit dans de joSsi^i tranches et reliés en maroquin; quand se •|1' du café qu'il a servi, il lève les jeaxasdiLU il vous donne une autre lasse et ' cafetiiTC en disant : c liette fois, n — Si un habitué entre en bâillant on m i migraine ou des douleurs i café réplique avec constomalion: eQoii nous avons une si odieuse teiiipcrali— ! ^ il du rhum /... » Doué d'une imaginalin amour- propre, de maux de nerftt dlHi| lité d'esprit, de tout ce qui i infiniment civilisé, il prend les 1
LE GARÇON DE CAFÉ
(8 individus qu'il sert habiluellement. Le garlu boulevard Saint Martin, un peu égrillard, Gourtille n*est pas loin, affecle, cependant, imroe confortable. Il est exlrémemeiit Huéqu*il apporte tous les jours des rognons à la I fournisseurs ordinaires de 1* Ambigu, de la a Porte-Saint-Narlin. II sait sur le bout du bre des représentations de Gaspardo et du Saint-Paul; Il a l'honneur d'être tutoyé par imaturgt'S. il vous dira tous les bons mots il a parlé deux fois à mademoiselle Georges, luveot sa tabatiire à Bocage. Le garçon de evard Saint-Martin est surtout po icé depuis chands de chevaux de la rue de Lancry sont urs élèves aux Champs-Elysées.
s Paris, le garçon connaît tons les détnils, s en scène d'une course au clocher; il accaiiépris un pantalon sans sons-pieds, un chae; il exècre le bœuf bouilli; Duprez complas lui plaire, Il dit : aller en véhicule, au !r en cabriolet; et, dans ses jours de sortie, ue des cigares à quatre tous, arçon du caféDesroares était prodigieusement connaissait tous lex officiers supérieurs de la , tous les on dit de It caserne d'Orsay et
de la caserne de Belle-Chasse. II a perdu cette couleur martiale, mais il est resté aristocrate. Il soupire, il s'ennuie. Comme le faubourg Saint-Germain, il attend.
Les p:arçons de café du quartier Latin ont aussi leur physionomie à part. Les écoles, la science, la Chambre des pairs, ont depuis longtemps façonné leur intelligence et leur goût. Us sont de première force aux dominos.
Le café de Foy est l'établissement où le garçon fait le plus vite fortune ; c'est, du moins, ce que l'on dit par* tout. Quoi qu'il en soit, il faut convenir que nulle part Tcducntion de l'homme au tablier blanc n'est aussi parfiiite. Le garçon du café de Foy, empressé comme celui du café Lemblin, coquet comme celui des boulevards, a, de plus qu'eux tous, un certain air de dignité, de politesse diplomatique, qui annonce' un contact plus fréquent avec la vraie bonne compagnie. Le garçon du café de Foy ne ressemble pas aux autres : il est tout à fait lui. Vous remarqueret, en entrant dans l'enceinte où il fonctionne, que toujours il est d'une taille élevée. On dit dans l'arrondissement du Palais-Royal : « Grand comme un garçon du café de Foy. » Militairement parlant, on pourrait établir que les garçons de salle de Paris forment un bataillon dont la compagnie de grenadiers est au caié de Foy. Rien de plusmodeste^ d'ailleurs, que les lambris
LE GARCOrr DE CAFÉ.
£Ous If'squels il sert les ani!i leurs de cèîé. Leii «lorures, les p^mlnres, les glaces imnunies^, ne scintillent f»as flutuur dtî lui ; le luxa ne )<eut pns lui mi^nler 3 la t£tc> Il và et vient dan!^ tine stiille ineitqiiînenient décorée, soutenue par de triste.^ piliers et chauiïéc par tin po^le qui n'a rîeu de remir^ualde que soo ampleur. Sous te rapport de la decofnlioD, le carédA Foy viiiraiii|nilleinenl, depuis des années, sur la renom m ne d'une caille, peinte autrefois par Carie V^rnet au (>liirond, Bur lequel «>He fole encore à l heure qu'il e!»t. C'est une vieille ma bon de la boune roche, où le f?arç<in ext toujours un homme choisL II vient là tout jeune, il f grandit, U y bïaucKiL Il met taute %ti vie entre ces diigl pieds carrés dans lesquels un public d'élite s*as^ied tous les jours^ Ne pas cou foudre avec les fumeurs de cigares qui, pendant IVté, entoureni les tnbtcft du jardin : nous parlons de Tintérti'ur. et il e^t bien convenu qo*", nous un très a mît leurs du tabac de la lia vaut- , nous s^omme^ des gens mal ê!evf s. Il y avait une fois un Haron. Pauvre gentilhomme ! il était bi«n â plaindre. Son vieu^i cas^iel de Brrtajrne avait éU" vendu comme propriété nationale ; ses bons rhevaui do ha la il le avalent été tués dans les guerres de Témrgralion ; il avait mis ses diatnants en gage chez un juît allemand, pour prêter de l'argent a un prince français, qui ne le loi avait pas rendu, selon Tusage. Il ne restnit au b^'iron de &.«..« qu'une rente de douze cenln livres et îa liberté de vivre, que Bonaparte, premier consul, lui avait fait expédier par la poste dans un moment de bonne humeur De retour â l^uris, IL de K — . avait sugoment ar^ rèlé avec luî-mi^me qu il n'irait plus â l'Opi^ra qu'il ne jouerait pas au pharuon, qu'il arlieterail un parapluie et qu'il mangerait chez un gargoticr. Mais quoi ! le bon compatriote de Bertrand du Uuesclio n'avnit pu renoncer é ton cher café a Tenu après le dioer : il y tennit. comme à sa croix de Saint-Louis, comme à sou opiiifon polËiî* que. Brossé, clré^ propre comme un vieui soldat, il ve^ naît tous les soirs au café de Foy pr ndre sa domi-tasse: e'éUit la seule joie au milieu des grandes joies de cetle époque, où la France fétail Marengo et le repos de la guillotine. Il avait adopté noe table, devant laquelle il prenait place toujours. Par suite, il étiti toujours servi par le même garçon, chacun des servants d'un cafô
ayant une ligne de t«iblea h jeurveillcr U. de K »
élevé au leîn de l'opuleocr, avait contracté rns^ge de l'or dépuk ses dents de se^ tans. Il ptait habitué â p^yer, et â payer richement. Entraîné par cette douce routine, il entra un soir au café de Foy sani on sou dans ^t poche, et il prit son café œmme a l'ordinaire; puis, quand il voulut partiTt tl tira sa bourbe ! Le gnrçoïi vît tout de tuUe, dans les tt^its consternés de Péniigré, le funeste état dei choses, et en desservant sa praiir|uc, il dit a voii buse :i C'ett payé l » En eD'et, il paya la demi -tasse. Ohl tl faudnil uo litre d'encre, un paquet de phnnes it deui ramef de papier pour peindre les comb;it^ que se livra M. de K...,. le lendemain quand Theure du calé oontia au cadran de ses habitudes; car le lendetuaio, comme la veille, le pauvre soldat de Cond*^ élaii, comme on du, 4 iec. Cue vous dirai-je ' il enira, possédé par ce besoio, aosci tenible que la faim peut-être, ou du niuins qui est Dii« faim d'un autre genre. Son café fut payé encore par le garçon. Il le fut pondant plusieurs annèf s, et le cotrptoir ignora toujours ce délit il de la grande salle. Sei^lenheol, le maître du lieu ne cessait de ^'eit^isîi-r sur r«iqitite politesse du ct-daant qui n'entiait, ne sarLiit jamaît une lui faire deui ri'*véreoce?i d'nncienne cottr, flélas! le vieui js^entilhtunme rroy.iit snluer sou crémcter : et mm vrai créancier, c ét.*it le garynt, dont la diacrèti bonté ae se démentit jamais, qui suppor-
tait patiemment les retiulMw èi I était moins chaud que éû covlm les soirs i la danne du conipto^ tas^e, comme iHI venait de le 1
On sait que les éitiigrét hntii i ch iremenl m A me ! Un jour, celai tat ii riva au cofé de Fof avec une et un portefeuille garni de bîlleCa le 1 son compte, et ou lui dît qnll ne 1 ment« stupéfaction! lie garçon fui ifpÉ
Lebravehommeavooii^ en années. Il payait luos rien dire 1 baron fleura, et il einbratst devait 1 garçon de café en disant : ■ it l«M aai^^ étais uoçourtitian du malheur!
N. le bafoo de K a dépouille li|
la serviette et de la veste, et il lai il cessa ireiï pour icbeter no étatlïtffWiL
N B. Cl' garçon de café-la était hi^
Les pbysionomies du garçon le f de billard funnent Jous typei â ^ il commun avec celle du garçon dej vîteur de tout le monde, ea eoaaièlll Les deui autres sont clouéi i iMp Tant le feu, où il prépare le cii^ I tre, â un billard, qu'il pread de la maison, el avec lequel il i des habitués de la poule. La [ divldus ne peut être traitée que pvi joueur de billard eonscitnnié. Or,jir^ Teau en ébullition aans me br jamais Fait au billard qn'aa rar croc. Non ft*m dlgniu.
Le garç^>o de café, — genre 1 fasse pas siidt d'une faiiiilie. Gmm i^ goeur, bien fiit et bien élevét tiil«i d'un nombre imposant de de l'heureui homme, qu'à leur jriv^k I veux dire la servieile* — Ce ses chemises, qui harcèlent la I ceLe-ci tienne toujouriï le Uape 1 dans un état di; blancheur iplil iêle, dans leur econoftiie, le gaiçiièi doune souvent même le soin de pipi Quand cet Alcibiade en taUîcrt I l'avenir. Il acheté un habit noir povbl il mang«> de la plfe de Regomld a^ L^mbition êclôl dans son cfiitr» il 1 trices de sa lingerie; et^ dans son m ne rêve plus qu^élab isaement à ioa salle toute d'on conimr tes pilais des avec un comptoir en bois de citron aier. A gaz el des peij»tures de Cicérî, Iftèseei de café se îail in^rire di&ns une eornii:' nationale; il chirehe une femme el si< ^ j formanl coin de rue. Qneud il a trMvtN il s'entoure des arti^^tes les plan vL4>iii M^-dicis quand ils biglent c et il fait travailler peintre», doreitftrtl rez-de chaussée qu'il a Une à raism di wf^ chaque année, sanscompler le pot de ils- 1 ^e fuurrent partout aujourd'hui. A sa «^ 1 vingt R.:phiël- s'épuise; ceÊ i bnirds Limousins coulniiuïent enc«i 1^ J ^ ' ^ chargent de fres4|nes éliocelaniii. A ^\ t>oléiins£ à petit chi|iBaii et les i ce es naguère lU chi^rbon 1 wr Ica ftebt*^ ^ de riches el beam L \^ ^^Ç '
LE GARÇON DE CAFÉ
Te le tigre royal sur lenrs chevaux de race; vous I tonmoi oà messire Bertrand du Guesclîn emprix devant tonte la noblesse de Bret/igne vous m nymphes nues, une Psyché qui s'envole» un qni porte dans les airs les ordres de son patron; ex des oiseaux de toutes les nuances, des fruits s lias couleurs.
nptoir, chef-d'œuvre de rébénisterie moderne, i dans one niche dorée. Il est orné déjà de courroell queB^nvenutoCellini n* û( pas désavouées; eaolé de choix a été n tenue d'avance pour occune jour, à raison de cent francs par mois, ce Bgniflqne. Le gnrçon de café, devenu maître é % a obtenu un crédit chex les négociants qui en gros les objets de consommation qu'il va eo détail au public. Une douzaine de réclames, lualles les courtiers d'annonces citent à leur ma- I palais d'Armide et de Cléop^tre, sont lancées journaux. Le jour de l'ouverture arrive enfln. lissement nouveau fait six mille francs de ree propri<''taire fait mettre des jabots à toutes ses I, il marchande un tilbury, et il se demande dôjâ tera un château en Beauce ou en Normandie. Il son fourniment de garde national qu'il ne cé- 18 son fonds à moins de six cent mille francs, à tout propos cette phrase, qu'il s'est fait faire omme de lettres de ses amis : c Le bouge qui I le café de Foy ! »
iD autre fou ouvre dans le voisinage un café plus 2ùre, Il y a jeté cent mille francs de dorures, ures et de glaces. Le public, qui aime é rire, va Frertous les soirs dans ce nouveau palais de fée; s palais, comme celui d'un ministre disgradé, ine solitude.
itre du lieu, alors, est entièrement libre de dé- Q bilan et de donner trois pour cent à ses créanmet à couvert le plus de fonds possible ; et, a satisfait aux exigences de la loi qui régit les il va vivre de son revenu au pays natal. Mais il un petit rentier; il n'a qu'une maison chétive, rrés de choux, une mare pour ses canards de . U maladie des rois détrônés le saisit un jour, mrt d'ennui au milieu d'une famille inconso-
çon de café rococo, — celui que ses camarades t dédaigneusement perruque, — a presque tou-
jours one femme légitime et des enfants en chambre dans le voisinage. La femme lait ordinairement des gilets ou des pelotes médicamenteuses pour messieurs les chirurgiens herniaires. Chaque tête de cette famille-lâ possède é son nom un livret de la caisse d'épargne. Le chef met patiemment sou par sou pendant des années, et il crie toujours misère; puis un matin il prend aussi un établissement. Mais il ne perd ni son temps ni son argent d créer un palais de merveilles A l'affût des faillites, il en trouve une sur son chemin, qui lui donne, à un rabais fabuleux, pour quatre-vingt mille francs de glaces, de peintures, avec un fonds bien commencé et un matériel tout neuf. Assis sur les ruines des autres, le garçon de c 'fé achalandé tout doucement la maison dont il est devenu maitre. En quatre ans il arrive au chiflre de fortune qu'il a toujours ambitionné. Joueur prudent, il cesse alors de tenter le destin, et il vend fort cher ce qu'il a acheté presque pour rien. Vous le voyez ensuite faire Tusure dans une petite maison isolée, dont la porte est garnie de ferrures, et la cour ornée d'un chien de montagne toujours de mauvaise humeur.
Pan*enu à cet apogée, il est facile à reconnaître : dans les cafés, il paye toujours sa demi-tasse sans rien donner au garçon; il loge au Marais ou rue de Gharonne, et aux Batiirnolles surtout; il a un col de chemise très-haut, Taccent de la basse Normandie et un regard à quinze pour crnt.
Tolérant, lahorienx, Adèle, de bonne compagnie, le garçon de café supporte, sans hausser les épaules, les façons départementales de certains consommateurs qui lui demandent effrontément le bain de pied et boivent dans leur soucoupe. 11 est doboutdu matin au soir, et souvent, par sa manière de servir, il achalandé la maison pendant que le maitre joue aux dominos, ou à la hausse et à la baisse. Témoin, instrument des bénéflces énormes de ce patron, il amasse sans envie des pièces de deux sous i côté de ce tas d'argent qui grossit tous les jours ; il oublie, il ignore que le tronc louche à la caisse. Il peut , dans l'occasion , répoudre convenablement i l'homme du monde qui est venu seul au café, et qui aime mieux la conversation que la liqueur. Concluons donc, en iirésence de tant de qualités et de vertus, qu'une foule d'hommes considiVables dans l'armée, la magistrature, la littérature, l'administration... dans rinstriiction publii|ue. surtout... ne seraient pas dignes de port< r le tablier blanc.