LE NOTAIRE
maladie secrète. Un notaire ostensiblement fin, perspicace, capricieux, un notaire qui ne serait pas rangé comme une vieille fille, épilogueur comme un vieux souschef, perdrait sa clientèle. Le client domine sa vie. Le notaire est constamment couvert d'un masque, il le quitte à peine au sein de ses joies domestiques; il est toujours obligé de jouer un rôle, d'être grave avec ses clients, grave avec ses clercs, et il a bien des raisons d'être grave avec sa femme ! il doit ignorer ce qu'il a bien compris, et comprendre ce qu'on ne veut pas lui trop expliquer. Il accouche les cœurs ! Quand il en a fait sortir des monstres que le grand Geofiroy Saint-ililaire ne saurait mettre en bocal, il est force de se récrier : « Non, monsieur, vous ne ferex pas cet acte, il est indigne de vous. Vous vous abusez sur l'étendue de vos droits (phrase bonneteau fond de laquelle il y a : Vous êtes un fripon). Vous ignorez le vrai sens de la loi, ce qui peut arriver au plus honnête homme du monde ; mais, mon • sieur, > etc.. Ou bien : « Non, madame; si j'approuve le sentiment naturel, et jusqu'à un certain point honorable qui vous anime, je ne vous permettrai pas de prendre ce parti. Paraissez toujours honnête femme, même après votre mort. » Quand la nomenclature des vertus et des impossibilités est épuisée, quand le client ou la cliente sontibranlés, le notaire ajoute : < Non, vous ne le ferez pas; et moi« d'aiileurs, je vous refuserais mon ministère ! » Ce qui est la plus grande parole que puisse lâcher un officier ministériel.
Les notaires sont efTectivement des officiers : peutêtre leur vie est-elle un long combat? Obliges de dissimuler sous cette gravité de costumes leurs idées drolatiques, et ils en ont 1 leur scepticisme, et ils doutent de tout! leur bonté, les clients en abuseraient ! forcés d'être tristes avec des hcriliers qui souvent crèveraient de rire s'ils étaient seuls, de raisonner des veuves qui deviennent folles de joie, de parler mort et enfants â de rieuses jeunes filles, de consoler les fils par des totaux d'inventaire, de répéter les mêmes paroles et les mêmes raisonnements a des gens de tout âge et de tout étage, de tout voir sans regarder, de regarder sans voir, de se mettre fictivement en colère, de rire sans raison, de raisonner sans rire, de faire de la morale comme les cuisiniers font de la sauce, les notaires sont hébétés, par la même raison qu'un artilleur est sourd. Il y a plus de sots que de gens d*esprit, autrement le sot serait l'être rare, et le notaire, obligé de se mettre au niveau de son client, se trouve constamment à dix degrés au-dessous de zéro : chacun connaît la force de l habitude, ce rôle devient une seconde nature. Les notaires se matérialisent donc l'esprit, hélas! sans se spiritualiser le corps. Sans autre caractère que leur caractère public, ils deviennent ennuyeux d force d'être ennuyés. Perdus par l'usage des lieux communs dans leur cabinet, ils les importent dans le monde. Ils ne s'intéressent à rien à force de s'intéresser à tout, ils arrivent d la plus parfaite indifférence en trouvant l'ingratitude au bout de tous les services rendus, et deviennent enfin cette création pleine de contratradiclions cachées sous une couche de graisse et de bien-être, ce petit homme arrondi, doux et raisonneur, phraseur et parfois concis, sceptique et crédule, pessimiste et optimiste, très-bon et sans cœur, pervers ou perverti, mais nécessairement hypocrite, qui tient du prêtre, du magistrat, du bureaucrate, de l'avocat, et dont l'analyse exacte défierait la Bruyère s'il vivait encoTv. Eh bien ! cet homme a ses grandeurs ; mais ce qui rend le notaire grand est précisément ce qui le fait si petit : témoin de tant de perversités, non pas speaaleur, mais directeur do théâtre de l'intérêt, il doit de-
meurer probe; il Toit creuser le lac k%\\ gloutiront les fortunes, sans pouvmr y pii l'acte aux coromaDdites, et doit se Xnk la gérance comme un marchand de piê^e resse ni à la proie ni au chassenr. lais ai carnations différentes! quel travail! Jàm: mieux battu, ni plus essayé. Admires »^ voyez si la nature, qui met tant de temp faire quelque magnifique coquille, n'tA ici par la civilisation dans ce produit en notaire?
Tout notaire a été deux fois dcrc, Q i ; moins longtemps la procédure : pour sav procès, ne faut-il pas les avoir tus naitrt? de cléricature chez un avoué, ceux qui a lusions sur la nature bumaino ne seroiL gistrats, ni notaires, ni avoués : ils dri naires. De l'étude d*un avoué, le clerc « j étude de notaire. Après avoir obserré à on se joue des contrats, il va étudier b : les fait. S'il ne procède pas ainsi, le fcîr l'étal par ses commencements, il s'est «: comme on s'engage soldat pour deveBi.
d'un notaire de Paris fut sautc-mismi < de stage dans une ou plusieurs études ki difficile d'être un jeune homme par :«j huileux de toute fortune, les hidenseiûN-3 tiers sur les cadavres encore chaai^.L!: cœur humain aux prises avec le Goâe. U: étude exercent une horrible et actiic on cléricature. Le fils s'y plaint du péft tùi rents. Une étude est un confessiovf'i viennent vider le sac de leurs mam^'A" sur leurs cas de conscience end^^ d'exécution. Y a-t-il rien au ntiAïk^i que les inventaires après décès ? ba** rée des respects et de la tendresstàaU en fermant les yeux, le rideav taakm^^ le notaire et son clerc trouvent lei|ni«^ time épouvantable, il les brAlest; ^ii* négyrique le plus touchant de la i ' depuis quelques jours ; ils touiknààk famille ses illusions, ils se laiscitptfB' songe; mais quels rûres, quels ioM« le patron et son clerc n*échaiife8l-ii | Pour eux, le politique immense fà I était trompé comme un enCint pirvii fiance avait le ridicule de celle di i avec Beline. Us cherchent qndqsci | un homme dit vertueux et F quel on a brûlé l'encens de râoge.ël charges les pins honorables de i'^i " mais ce magistrat, ce véoéraUe ^ ché. Le clerc emporte une I partage dans l'étude. Par os osase H p^ immémorial, les clercs s'enparcaldKl '" fenser la morale publique ou i ~ rerait le mort. Gcs choses F Personne n'ignore que les i de l'alphabet les papiers» les < cote G (j'ai) contient tout ce que \ Y a-Mf defa cote GTesikcridil cond clerc revient d*aD inventaifi.
Le partage fini, le diible iaspaalBC se font entre la poire cuite du tmiiHi du second et la tasse de ftwftrtii èi i vous que sept on huit gaillards, dailil de l'esprit, ennuyés du travail I