‹ Les Francais peints par eux-mêmesChapitre 81 sur 269 · LA FRUITIÈRE · texte numérisé non relu

LA FRUITIÈRE

%sc pas d'aranccr à de pauvres voisines quel-

; et môme quelques sous, elle, pour qui les

lîards sont des francs. A reuvrier indigent, à

1 â l'orplielin, la bravo femme fera, comme

tfie mesure. — Aumône magnifique, noble-

élicatement déguisée, dont personne ne lui

et pour laquelle elle ne recevra pas même

car ceux qu*elle oblige ainsi ne s*en doutent

îers, les gamins des carrefours, qui s*arrôidmîration devant les merveilles opulentes de :ontemp1ent avec une convoitise plus naturelle entic les bonnes choses que \end la fruitière; ème ils organisent de petits vols ^ ses dépens : e réassit presque toujours, et les voilà qui se pressant d'anéantir le corps du délit. L'épi herait son garçon d leurs trousses; il s*élanmémc après eux, en dépit de sa gravité, et, trmîdable, il les conduirait au violon. La frui- •tîc trop tard, accourt, comme l'araignée, du m domaine, et apparaît, les doux poings sur les t le bonnet légèrement posé de travers : elle ileur et à la garde, et poursuit les maraudeurs : glapissante. Si un voisin officieux parvient à cr et les amène tout confus devant leur juge, large d'imprécations; elle leur prédit Téchamît souvent par les renvoyer avec un bon série poignée de cerises.

nprendra les joies, les soucis de cette existence >ù tous les jours seressemident, où les contreplus grandes convulsions viennent s'amortir? prétendait qu'il y avait peut-être, dans quelque iris, un être isolé qui n'avait pas entendu le ment de son nom. Eh bien , la fruitière, qui e choses de la vie usuelle, ne sait presque rien m< nLs politiques ; bien difTércnle de la portière , qui a les prétentions et le savoir d'un homme rfois, dans ses heures de désœuvrement, elle «î celle-ci une moitié de vieux journal. Elle lit et ne sut jamais bien lire; elle épelle donc à ne, et en estropiant les mots : elle ne comprend oup ; mais c'est sans doute la faute du journal ; I fin de la phrase ou de la page lui expliquera semble obscur et incohérent. La phrase finit, achève, et la lectrice n'a recueilli que des teriges, des noms qu'elle a entendu prononcer, , elle ignore Thisloire. Lasse enfin et découraabandonne cet exercice fatigant pour ses yeux )n intelligence, et en revient â son vieux livre I, livre qu'elle sait par cœur, ce qui ne veut qu'elle le comprenne. Qu'importe au surplus? it manque, le cœur suffit, ri rarement de sa boutique : tant de monde s'y idez-vous, qu'elle a toujours compagnie. Les s, quand un beau soleil a séché les pavés, la assise devant sa porte, tient salon dans la rue, des hautes maisons et à la fraîcheur des horines qui coulent en petits ruisseaux. Tout en t avec ses voisins, elle jette un regard de comsur son jardin potager. Que d'autres courent à \re et se ruinent en danses et en plaisirs de ie , ses jouissances à elle sont plus intimes, découvrir une belle partie de légumes; pouvoir les prunes mieux colorées, des œufs plus gros, I plus massifs ; mettre devant sa porte, comme igné, quelque potiron monumental, que l'on se u doigt, dont on parle dans le quartier, et n luquel les curieux ébahis s'arrêtent avec res-

pect : voilà sa joie, son orgueil, son triomphe, ce qu'elle aime à >oir et à entendre.

Faut-il qu'un si beau caractère ait ses taches et ses défauts! Elle est jalouse; elle a le cœur de Cwar, et ne veut pas être la seconde dans sa rue. Les primeurs qu'une rivale parvient à étaler quelques jours avant elle l'emiéchent de dormir. Ces boutiques ambulantes de lé< gumcs, ces petits comptoirs improvisés sous les portes cochèros et devant lesa(/ee5. et ([ui, ne payant ni loyer ni palenlp, peuvent vendre à meilleur marché, conlrislent la fruitière et lui causent des déplaisirs mortels. Elle incrimine le commissaire de son quartier, les agents de police et m^sieur le préfet de police lui-même, et, dans l'excès de sa passion, elle s'écrie : « Si j'étais gouverne-' ment!... »

On lui reproche encore de se livrer immodérément à l'interprétation des songes, et de se demander chaque matin, après de longs oflorts de mémoire : « Ài-je rêvé chien, chat ou poisson? d Ne rions pas trop de cette faiblesse, nous qui faisons les esprits forts. N'est-ce pas une récréation innocente, une source intarissable d'émotions qui ne coûtent rien â personne? Heureux qui, au milieu des tristes réalités de la vie, s'inquiète d'un songe! Il y a là plus de bonhomie, plus de naïveté, plus de poésie peut être, que dans tout un poème. Eh bien , oui; malgré de trop nombreuses déceptions, la fruitière croit aux rêves. Ne lui parlez pas, ne la questionnez pas; gardezvous surtout de rire devant elle, et de chercher â la tirer de celte humeur chagrine où elle semble se complaire. Ce jour est un jour funeste. Ses fruits se moisiront : on viendra lui échanger une pièce fausse; elle trouvera une pierre frauduleusement cachée dans sa motte de beurre. A quoi ne doit-elle pas s'attendre? Apprenez qu'elle a fait un rêve, et qu'elle a vu quelque chose d'effrayant, dont le souvenir la poursuit, quelque chose enfin qui la menace de tous les malheurs, et qu'elle ne peut interpréter d'une manière un peu rassurante. — C'était un matou... un matou noir!

La nature de quelques-uns do ses articles ne lui permet pas d'avoir un chat, cet ami déclaré, ou, si l'on veut, cet ennemi du fromage ; car tant d'amour ressemble presque à de la haine! Elle remplace souvent le luxe d'un perroquet par un geai ou une pie, ces perroquets de la petite propriété, oiseaux babillards, qui lui font une concurrence redoutable. Mais, le plus communément, elle suspend à côté de sa porte une cage qui renferme un chardonneret ou un serin. Le petit chanteur, bien fourni de mouron et de millet, et entouré de verdure, se croit au milieu d'un jardin, et, dans cette douce illusion, il ne se tait pas de tout le jour.

Il est des fêtes réservées où la fruitière s'arrache enfin à cet étroit domaine qui est pour elle un univers; des occasions solennelles où elle s'aventure à visiter les Tui* leries, les musées, et, mieux encore, le jardin des Plantes, il ne faut rien moins que l'arrivée â Paris d'une parente à qui l'on veut faire les honneurs de la capitale, La fruitière s'est parée de ses plus brillants atours; son mari, cet être de raison, apparaît enfin en chair et en os, et entièrement semblable aux autres hommes. U est chargé d'un ample parapluie rouge, et donne le bras à sa femme. Le couple patriarcal s'avance lentement au roilieu des merveilles que le progrès enfante tous les jours; il jouit de létonnement de la provinciale, que la vue de tant de belles choses semble pétrifier, et s'étonne lui* même à l'aspect des maisons et des trottoirs élevés et construits depuis sa dernière excursion. U reconnaît é peine les quartiers qu'il a parcourus autrefois: il s'égare | au milieu des rues nouvelles, et se voit contraint de de- j

LA FRUIHÊBE.

mander son chemin dam Paris. Pour des ParUient, qnelle hiimilialion! Les Ubleaux de nos musées, qu'il s'efforce de comprendre, et qu*il explique à sa manière, lui causent plus de fatigue que de plaisir. Il n'estféritablement heureux qu'au jardin des Plantes : il se pâme d'admiration devant les ours ; il ne les quitte que pour aller i Tcléphant, et de là i la girafe, qu'il s'obstine à appeler girafU; il tressaille d'effroi au rugissement du tigre et du lion, et se communique mainte réflexion sur la férocité de Thyéne et le naturel licencieux du singe.

Ainsi vieillit la fruitière. Peu a peu, l'âge a courbé sa taille et roidi ses membres. Elle est encore rieuse et d'humeur facile; mais elle a perdu la vivacité de ses mouvements. Qui lui succédera? Elle a une fille dont elle est ficre, et qu'elle déclare être son vivant portrait. Simple et prosaïque en ce qui la regarde elle-même, à force d'amour maternel elle devient romanesque, et rêve pour son etifant un état propre et sans fatigue, une vie sans travail, et, finalement, un riche mariage. Les blanches mains, les doigts effilés de son Àngélina sont-ils faits pour soulever de grossiers légumes? Non» sans doute. Aussi mademoiselle sait-elle lire, écrire et broder. Elle sera ouvrière en robes, modiste, artiste peut-être; elle ne sera pas fruitière, ce qui eût été plus sûr.

Un matin, la boutique s'ouvre plus tard qu'à l'ordinaire, et Ton y voit avec étonnement un homme qui va cl vient d'un air effaré au milieu des légumes, marchant sur les uns, culbutant les autres, et ne sachant où trou- Ter ceux qu'on lui demande : c'est le mari devenu fruitière, tandis que sa femme malade s'inquiète et se tourmente, et souffre moins de son mal que de la contyiriélé d'être retenue dans son lit. A cette nouvelle, le quartier s'attriste et s'cnieut : la rue n'est point jonchée de paille pour amortir le bruit des passants, effort impuissant de la richesse contre la douleur, vainc précaution que dissipe le pied des chevaux, et qu'emportent les roues des voitures; mais les voisines, mais les bonnes amies, mais les commères de la brave femme se pressent en foule à sa porte. Elles accablent de leurs questions, elles étourdissent de leurs conseils le malheureux mari, qui ne sait à laquelle entendre. Toutes lui recommandent une recette différente, une recette infaillible, dont la vertu est

soavenine, eti

c'est vn broit, lO

rôles, jasqa*â œ qac

tendre, btiise i ent k vois À it Mbib

pour recommencer quelques ÎMlali |hiM

Le Jour où la fraitiére est tcbAm i m^É^ un jour de fatigue et de joie. Il M f ~ " ~ et raconter de point en ]>oint, bien i contée cent fois, tonte l'histoire 4e «i toire en cornette, debout, et le iwMruhi avidement, et fait sur les moindlresc et savants commentaires. La PaeàlUi i bon droit étonnée. On apprend alo sine dont la recette a été sulTÎe de i chei-vons, prenes votre part du i mortelle extraordinaire, contempleiHi ses traits pendant qu'elle se laisse ( mirer. Tous les yeux sont fixés snr cDÎ;!"! lui en voudrait presque de son snocéiTAa tion faite, voilà une femme dont on [ tier, et qu'on viendra consulter de tmÊahn sinantes. Désormais sa clientèle ett anarÎL&l sa célébrité : elle triomphe, elle est kani| elle qui a guéri la fruitière !

Avertie par cet accident, celle-d praiiàl de vendre sa boutique, et elle abaadow il qu'elle anima si longtemps. Une antre wséJ pularité et à son importance. C'est on { dans la rue. Mais quoi ! tout s'oublie. Wii|i moins de l'ancienne fruitière, suivut fa monde inconstant, qui ne sait pas se qu'il ne voit plus. Elle disparaît; ellenn mités de Paris, et s*enferme dans nn ptfit sème et qu'elle arrose, où elle s'enloM elle cultive, sans les vendre, qu'elle vendit pendant tant d'à Elle reste fidèle i ses goûts et qu'au bout elle est, du moins à ces honnêtes lapins de Boileau,

Qui, dès leur tendre

Sentaient eoeor le chou dont Ht

LE CONDUCTEUR DE DILIGENCE

J. HILPERT

vtndamnés à la rude épreuve de donner chaque jour du nouveau, encore du nouveau, n'en fût- il plus au monde, la Ivresse et le théâtre vont demandant des sujets à toutes les classes de la société. Boudoir et mansarde , palais et guinifuette , il n'est aucun 'lien, si haut placé qu'il i intime qu'il puisse cire, où leur pied hardi ne se aucune variété de l'espèce humaine qu'ils n'anadans ses moindres détails : une seule jusqu'ici » avoir échappé à leur œil scrutateur. Est-ce déest-ce oubli ? Je n'ose me prononcer enlre celte lUve, et^ cependant le fait csl vrai : le malheureux existe, il est là prés de moi, réduit à réclamer ft voix sa place au soleil de la publicité... Pauvbb :tiur I ! !

;t à toi cependant qu'auteurs et vaudevillistes doii primeur des productions étrangères, source in- B de bien des œuvres! à toi le doux cigare

Dont la blanche fumOc Fait natlre la pensée.

[y dans leurs réunions bachiques, Strasbourg et lie, Ostende et Périgueux, viennent à l'envi se sur leurs tables ! par toi, l'hiver voit renaître les ses de l'été ! par toi, le printemps devient automne ! sqae le festin s'avance; lorsque, impatiente de , la parole frémit aux lèvres des convives, qui Tessor i cette noble aventurière? qui couronne ihaote de ses grappes les plus vermeilles? n*estroe

pas toi, avec la précieuse liqueur que tu apportas des coteaux de la Champagne? Sans toi, plus de Caveau, plus de Rocher; sans loi, plus d'esprit, plus d'amours.

Et cet ami qu'ils attendent, cette femme qu'ils brûlent de presser sur leur cœur, qui donc les leur rendra? Aux mains de qui, pendant des jours, des nuits entières, la vie de ce qu'ils ont de plus cher esl-elle aveuglément conûée? aux tiennes, aux tiennes seules, conducteur ; et ils te méconnaissent, ils te préfèrent le postillon, ce ministre aveugle de tes volontés ! Ils le promènent en triomphe sur la scène; ils lui réservent les parfums les plus suaves, les roulades les plus flexibles. Ils ne refusent aucun laurier à sa gloire, et font chanter ses louanges aux harmonieux accords de l'orgue de Barbarie, ils ont tout dit sur lui, tout... excepté ce qui est.

Là commence ta vengeance!... Ton fldcle portrait va faire justice de leurs dédains.

Le conducteur est au civil ce que le hussard est au militaire : même conscience de sa supériorité, même esprit de corps et d'insubordination, même coquetterie dans la tenue ; il n'est pas un jeune gars dont le village soit traversé par une roule royale plus on moins bien entretenue, pas une fille de ferme ou d'auberge au cœur plus ou moins susceptible d'impression, qui puisse résister au pouvoir d'attraction dont le conducteur, comme le hussard, semble avoir été doué par la nature. Oii chercher la cause de cette vertu puissante? Réside -t-elle dans cette veste dont la coupe élégante et dégagée laisse chez tous les deux deviner les formes du modèle, dans ces riches brandebourgs dont les fils artistemcnt tressés en spirales semblent autant de liens indissolubles, dans ce charivari enfin dont un cuir élégamment ciré pro* tége les parties inférieures?

Tous deux, il est vrai, sont soumis à une discipline sévère, à une subordination passive i l'égard des chefs, depuis le colonel jusqu'au brigadier» depuis radminis-

SGi

LE CONDUCTEUR DE DILIGENCE

trateur jusqu'au contrôleur de bureau Au hussard l'en- Irelîcn pénible du fourniment, au conducteur le soin de sa ftrriére^ ; au premier, Finflexiblc théorie ; au second, l'inexorable règlement; au troupier, les conrées, la consigne et la salle de police : au bourgeois, la mise â pied, la responsabilité la plus étendue et les amendes qui. partant du chiflre cinq, attribué aux dernières peccadilles, suivent arithmétiquement la progression du délit et 8*élévent, sans grand effort, jusqu'à cinq cents francs, punition ordinaire de la fraude avec récidive.

Ce sont là de rudes épines, mais on ne les conoait qu'à la pratique, et les Qeurs du métier jettent à Textcricur un si vif éclat!

Ë.^t-il rien de plus séduisant, en effet, que la moustache relroussce, le riche dolman, le colback bleu-deciel (lu hussard; rien de plus entraînant que la casquette à la forme iuclinée et gracieuse, que le collet brodé, où l'or, Targcnl rt la soie se disputent coquettement le soin de rmdre le conducteur plus beau, la gloire de le faire plus brillant ! Puis la sacoche de ce dernier renferme de nombreux écus, dont quelques-uns demeurent, â chaque voyage, sa propriété. Décidément, l'avantage lui reste sur son concurrent.

Pour le conducteur, le langage des emblèmes n*a point vieilli; nouveau chevalier toujours erront, sa dame est Tadminislration qu'il sert; on la reconnaît à la couleur et d récusson qu'elle lui permet de porter.

Voyez celui-ci : le cornet d*or du paladin Roland brille à son cou, sa belle est la Royale, et ce talisman, source de tant de merveilles, exjilique les prodiges de richesse dont elle se glorifie encore sous nos yeux.

Celui-là se pare du ca lucéi! d*arg« nt : la Générale est sa mailresse ; en se pinçant sous Taile de Mercure, i lie invoque tout à la fois le dieu des messagers et celui des commerçants, symbole ingénieux du secours réciproque que doivent se porter ces deux industries.

Ce troii»ième enfin obéit aux lois de In Française; nouvellement descendu dans la lice, il étale avec orgueil l'or et l'argent de sa double branche de chêne. Puisse-t-elle être pour lui le rameau d'or! c L'union fait la force. » telle est sa devise. Que Dieu et sa dame loi soient en aide !

Combien d'emblèmes encore faut-il renoncer à décrire! ici la corne d'abondance, la le rameau d'olivier, plus loin le chiffre entrelacé ; partout de l'éclat, de la dorure partout.

Arrière, arriére, vous autres tous qui usurpez ce nom, conducteurs de coucous, de waggons, d'omnibus arrière! Parcourir, à l'aide d'une mauvaise carriole, un chemin de quelques heures à peine ; regarder sans fatigue la vapeur dérouler ses mille anneaux de fumée; compter, le jour entier, les pavés boueux de notre Lutèce : est-ce là les fonctions d'un véritable conducteur? Comme lui, une fois assis sur votre siège, avez-vous à votre tour des voyageurs à commander, des relayeurs à menacer, des postillons à punir? Grand roi sur voire voiture^ pouvez vous comme lui vous exclamer : L'administration, c'est moil,,. Celui que vous parodiez se repose-t-il chaque soir dans un lit bien chaud? trouve-t-il a l'heure dite son repas qui l'attend ? n'a-t-il à redouter comme vous ni le soleil brûlant des Landes, ni les glaces du Jura? Non, sans doute; privations de tout genre, dangers de toute espèce, accidents de toute nature, voilà sa vie, sa vie de toutes les heures, de tous les instants.

* On appelle ainsi U réunion de divers outils, tels que cr c, biche, ciseau, etc., dont le conducteur doit toujours être muni, afin de parer en route aux accidents les plus ordinaires.

PlacCp place «n rrai condnctcor !

n existe dans cette nombreuse fumlle,viMi des grandes roules, différenls gènes liata^ également faciles â reconnaître. HoasdtoBi cipaux, ce sont : la Jambe de laime^Xtftimik hoehe, \t Potin, le Flambanit eteiible^«

La Jambe de laine se reconnaît i m «^ sa marche pesante, à sa tenoe sans già dépit de l'uniforme» d*an col de dUamàm démesurée. Son accent est auvergnat ^i^, oreilles se balancent agréablement dic»« d'or ; incapable, au moral comme Msmwf Teiller toutes les parties de son mtm[ Toyage est pour lui le sujet d'une ùi route, le moindre accident apporte nsm ble â sa marche : sans autorité sor ks rient de sa maladresse â escalader Hafnn fluence sur l'aubergiste, qui, lorsqoe««v fort de son impérilie a manier la plonee j« chaulTe à loisir et sans crainte de rappati veille; chevaux, repas» rien n'est pi^L taw voix.

La jambe de laine peut i. elle senle^ service le mieux moulé; et. cep eodast. c s honnête, doux, économe. Incapable de i centime mal acquis. Aussi se plaint-il |wki fois, lorsque enfin, dans son propre intérêt, ai se retirer, et n'est-ce le plus souvent fi'^i sorbe les quatre ou cinq mille fraoct deoa déposés par lui suirant l*usage» qullcoKCSK* aux mottes et au charbon dont il n'amît }■ séparer.

Le Fashion est le dandy» le lion de lafitir

Jeune homme bien élevé, fl s*est an i^ l'étude de l'avoué ou dans le comptoir Aii nouveautés. Quelques Tredaines, ledévà l'ont amené i changer d*état ; mais il ai p ment perdre ses premières habitudes. Soi jours blanc, son uniforme dn dnp le soigneusement conserves. Le caaiboi de bœuf, sont pour lui des objets £i est légèrement afTectée; il aimai étahria yeux des voyageurs fatigués de sance le fait haïr des directeurs de nmli^ tf { chefs.

c II fait le monsieur, w Une fbb .

marades, ce mot fatal vole rapidemcôt nrki le fashion doit parcourir; il le précède berge, dans les bureaux, partout., d, idl esprit de vengeance de la part de eeis^ le service n'est jamais plus mal bit Car avant tout, dans notre métier de prêcher d'exemple.

On a remarqué qu*aucun fashiou ■ blanchir sous la reste du conducteur. Sfa au plus, suffisent pour le guérv de »

geurs.

La jambe de laine et le fashion ant ki toute entreprise de diligences.

Également riches en débuts et en opaH che et le Pottu forment d«a varim il nature tout i fait opposée.

L'un est la gaieté persoudMe; fHfe^^i carnée. Que Déroocrile et Hé monde pour endosser la Teste i mier sera bamboche, le second

La bamboche rit de out, pU intelligent, il obtient ar ses knlci |Mk|

ipIvfL

Ml

iqa'ai

LE CONDUCTEUR HE DILIGENCE

«ni^eux, à son air renfrogné. Idole des postill*ont surnommé le bon enfant, il les grise à cur payer à boire et manque de verser en hlais relâche avec eux.

posé ne dit mot et n*échappe que par miracle

accident, le postillon ayant, au risque de se

cou é lui-même, tourné court dans une descente

engcr d*un pourhotre retenu à la course pré*

: l'autre manient bien la courroie et les guides ; leur est familier, le détail d'une voiture parfai- )nnu Ils seraient sans reproche si, toujours se plaindre de tout et de tons, le potin ne soufm la cabale et si la bamboche ne le secondait seul qu'il se promet de trouver du plaisir dans les intérieurs qui en seront la suite ; et puis, oaussade avec les voyageurs ; Taulre, trop jo* t le potin qui, pour ne pas perdre la place qu'il agéc sur le pavillon, afln de dormir plus d use, malgré les plus vives priores, de charger ù repose le chapeau destiné à orner le front le voyageuse; c'est la bamboche qui, bravant le t, s*assied avec hardiesse dans le coupé, soUi- »tient parfois, de la belle qui l'occupe seule, des

atrhei que cette fois il négligera de porter snr feuille.

Tous deux sont également bien avec les employés du fisc et les agents de Tordre public : celui-ci excite leur hilarité, et chacun sait que faire rire un gendarme, c'est le désarmer; celui-là, grAce i ses formes âpres, grâce a son extérieur de grognard, n*cst pas môme soupçonné ; aussi avec eux rien de plus rare que les procès- verbaux ou les amendée. L'Etat dévie yait pauvre, je vous assure, si le potin et la bamboche >onaîent exclusivement sur le siège des voiluns publiques.

liais, heureusement pour lui, le Flambant existe. Cette espèce, toujours en guerre avec les droits réunis» dont, par instinct, elle réussit souvent à tromper les agenU, est Tobjet d'une surveillance particulière de leur part. Semblables à Tépervier qui mire l'hirondelle eo planant sur sa tète, ils s'attachent é ses pas. ils épient ses moindres mouvements, mesurent sa marche des yeux; et quand ils peuvent la saisir, comme ils l'étreignent avec joie, comme ils lui vendent cher sa liberté, cette liberté dont elle est si jalouse !

Le flambant se reconnaît i cent signes divers : ta tenie plus riche, plus soignée, dépasse toujours rordonoaiice; de quelque sévérité qa*mi use â son égard, on le rendrait plutôt muet que de l'empêcher de porter on galeo plat

LE CONDUCTEUR DE DILIGENCE

large, une tresse plus fournie; tantôt il pare sa casquette d'un gland d'orficicr; tantôt, au jour du départ, il se ceint le corps d'une large écharpe rouge. Ija chaîne en cheveux, la montre d'or, le jabot, complètent sa toilette fanfaronne. Son front est empreint d'une mâle hardiesse, à laquelle se mêle une teinte prononcée d'insolence; une large mouche décore son menton; les mains dans les poches, les jamhes écartées, il aime â se poser; quoique soumis à une certaine oscillation volontaire, sa démarche est aisée, gracieuse même ; aussi pas une Charlotte de taverne, pas une Paméla d'hôtel ne peut lui résister. Il serait plus facile de nombrer les innombrables petits verres dont chaque jour il abreuve son gosier, que de compter les succès qui l'attendent sur sa route.

Le flambant s'estime égal à tous et bien supérieur aux simples employés, pour lesquels il ne consent qu'à grand renrort d'amendes à porter le bout des doigts d l'extrême bord de sa coiffure. Généreux du reste, sa bourse s'ouvre d'elle-même à la première pensée d'une action charitable ; ses camarades le trouvent toujours prêt à l'occasion; néanmoins, ils ne l'aiment pas : jaloux de ses promptes arrivées, de sa témérité, de son talent à sonner les fanfares, que sais-je? ils lui prodiguent en arriére les noms iVavale-tout, de gâte-métier, et cependant ils s'efforcent à l'imiter et y réussissent merveilleusement... quant aux défauts.

Malheur à qui oserait médire devant lui de l'administration qu'il représente! La concurrence est son rêve, sa félicité, son dieu" Rude jouteur, il met hors de combat les champions et le^ chevaux qui luttent avec lui, et ne craint pas, pour brûler un rival, de descendre la côte au triple galop, imprudence extrême que couronne le plus souvent, il faut le dire, un extrême bonheur.

C'est lui qui dans sa verve distribue lesnoms (2c ^u(?rr«; c'est lui qui enrichit le dictionnaire messagiste de quelque mot nouveau ; dans sa bouche, la voiture devient une hagnoUe ou une ferrayeuse, l'inspecteur de roule un christ, le renvoi de l'administration un balancement, etc., etc.

Rempli d'cifroi pour le mariage, les médisants prétendent qu'il ne craint pas la bigamie. Quoi qu'il en soit, il respecte les convenances, et la femme de Lyon ne connaît jamais celle de Paris.

Son jeu favori est le billard, où il excelle; le piquet et les dominos reçoivent parfois ses hommages.

J'aurais un faible pour le flambant . si la fraude et quelque peu de contrebande ne venaient de temps à autre ternir sa gloire ; mais son imagination ne peut demeurer inactive ; il faut un but à ses inventions toujours neuves, souvent ingénieuses, et, par malheur, c'est le commerce qu'il choisit pour objet de leur application ; non pas ce négoce honnête qui, soumis aux lois, paye bourgeoisement tout ce qu'on lui demande, mais cette industrie coupable qui ne connaît ni frontières, ni règlements, ni tarifs. Etrange anomalie des sentiments qui fermentent dans le cœur humain ! Ce même homme, que l'idée du moindre larcin ferait rougir, vole sans honte les revenus publics, et sa probité, d l'épreuve en tout autre cas, ne sent aucun remords des recettes fraudées d ses patrons. Cette action l'ennoblit d ses yeux, et rien ne lui semble plus digne de pitié qu'un confrère qui ne sait pas travailler.

Préférable aux autres genres, le flambant d son tour ne peut entrer en parallèle avec le conducteurpur «an^; celui-là est vraiment le modèle des conducteurs. Pourquoi faut-il que l'espèce en soit si rare !

Le conducteur |mr sang n'est plus de la première jeu-

nesse ; vert encore, ses chevcax i noncent de longs et honorables point prononcé, partage ordinaire deikawÉ et de voiture, loin de nuire à son oMemMk certain aplomb qui lui sied i ravir. JoigiBiflÉfe allemand, la pipe d'écume on de hrn, a^im dispensable de la tenue, d'aillenrs i d l'ordonnance, et tous reconnaîtra 4 le chic du métier, auquel, parmi Ihi4 peu d'élus peuvent atteindre.

Trois objets se partagent presque kà du vrai conducteur : sa voiture* sa f

Il m'en coûte de mettre lVpoii«fliÉ||^ mais avant tout un historien doit èU peut être admis dans l'ordre de forcé d'avouer que ce n'est réellemcÉfi dernières.

Le chien est si fidèle ! Compagnoa i maître, il lui fait oublier les 'ennuis èhi la sûreté de son coffre quand il dexolA près de lui lorsqu'il dort, le flatte d mai

D'un autre côté, bonne ménagère di vieilles traditions, la femme, pendant I fait prospérer le commerce de comestîUs^ a son retour ; restée en dehors dn 1 entraine aujourd'hui toutes les classes lehi a conservé son allure plébéienne* etncd que par ses enfants, en leur donnant t soignée que celle de leur père.

Néanmoins, parvenus à l'âge vonlii,e pour la plupart, sur l'impériale, balÂtièif leur premier Age d la regarder continuent noblement la carrière oorote^ C'est ainsi que de nos jours le pur saajri puisse- 1- il ne rien perdre de sa verdeur si des veines plus jeunes, de son éclat en mi cultivées d plus grands frais !

Rien n'égale l'amour du conducteur fmU c'est la tendresse d'une mère poor soo i première passion d'un cœur de seize aiis:iiil pie avec délices, et, dans le voyage, le s^ vient-il d l'atteindre, comme son œil inmsii sonder la plaie, comme sa main habik inni ferricre le remède propre à guérir la blesff

Chéri de tous, une nombreuse dkBiàtd tour pour partir; ce jour venu, il recoini&^ l'avance chacun des articles qui loi sont c«ia^ aux chargeurs les colis dont se composenk*| site les agrès \ la hâckey et. son inspceMi^ lorsque les chevaux hennissent, impalictf ^l| la barrière, lorsque l'heure du départe brer, regardez-le donner le signal, et k ] les dents, s'élançant d'un seul bond aa i siège, ne quitter la courrme que poor a (arc d'adieu !

La voiture roule; dès lors ce n*cstphi*' mortel, c'est un demi-diea sur son chvàfeii lui les vertes campagnes, les coteau Mk ^ vallons qu'il va parcourir; à lu les méÊ0\ Ions, les chevaux les plus frais, les ■* ta^ culents!

Le pauvre villageois, anqiid o Jovl #1^

1 Le ulon est la partie du pavillon. Sa hauteur, *■ , ,..„^^ doit pas, suivant les règlenanit da à partir du sol.

*Usabot,la

J^ké

LE CONDUCTEUR DE DILIGENCE

[net lienesy en le receTant gratis daos sa ne à eon approche ; la jeune fille lui soudée lui que son prétendu partit Tan dernier I fille; c'est lui qui doit bientôt, elle Tes- , le ramener toujours tendre, toujours fit lui-même raccompagne de ses cris joyeux, * quelque douceur, prix accoutumé de son nie.

•re François; le récit d*un fait vrai achédre.

iir de Tété dernier, le soleil avait projeté lyons de feu, et un ciel pur annonçait une uits si désirables» à cette époque de Tanspos du f oyagcur.

r fraichit; un point gris parait à rhorison, tNàe... A de larges gouttes succèdent des lie mu lesquels la route disparaît, labount. La fliible lumière de la lanterne s*est emiers souffles de Touragan; l'obscurité 3, si de fréquents éclairs ne permettaient induire.

Dçois calme Teffroi des voyageurs, soutient istillon, dont il suit tous les mouvements. B lutter contre les éléments réunis.

la tempête redouble de fureur; effrayés Ités du tonnerre, excités par les cris de ternt de la voilure, les chevaux n'obéissent

mal assurée qui les guide : ils se jettent I... Une seconde encore, et la diligence va ;rainée dans le ravin... Déjà elle balance bord de l'abîme... La stupeur a rendu les es, silence solennel qu'interrompt aussitôt nte, répétée par la montagne avec fracas.

Les voyageurs sont sauvés... grâce au sang-froid et A l'intrépidité du père François, dont l'œil exercé avait à l'avance mesuré le danger. Sauter à terre au moment le plus périlleux, couper les traits d'une main ferme et adroite, avait été pour lui l'affaire d'un instant, et les chevaux seuls roulaient dans le précipice

L*orage une fois calmé, les voyageurs gagnent à pied le bourg voisin et y réclament les secours nécessaires.

Quant au père François, une seule pensée le préoccupe, son regard inquiet interroge toutes les parties de sa voilure, et lorsque cette visite lui a appris qu'elle n'a rien souffert, lorsqu'un nouveau relais l'a mis à même de continuer sa route, il rejoint sa petite caravane.

On l'entoure, on le félicite; alors seulement on s'aperçoit qu'un mouchoir plein de sang soutient son bras... Il a été blessé. Les éloges redoublent, on lui offre des soins pour le présent, de l'argent pour l'avenir.

Insensible à tout, sauf aux attraits d'un verre de cognac : < Cest le métier, dit-il, j'ai vu mieux que ça. — En voiture, messieurs, »

Puis s'adressent au postillon, et levant le coude â la hauteur du menton, de manière â lui faire comprendre la récompense qui l'attend : « Toi, propre à rien, rat^ trape le temps perdu,,, sauvons -nous I »

Le père François n'est pas le seul qui eût agi ainsi.

Des circonstances analogues ne se présentent que trop souvent dans la vie aventureuse du conducteur, et son dévouement est d'autant plus grand qu'il est moins connu, son courage d'autant plus vrai qu'il ne lui procure aucune gloire.

ilonneur donc, trois fois honneur au conducteur pur sang, AU VRAI co^ducteiib!

LE COMÉDIEN DE PROYM

PèU

U CÔUAILHAC

médien pur j^nnf^, ceEuî qui ilescend en ilroïte li^iic du La Rancune d« ScârroQ» celui qyj F>^t né, dans les coulisses, d'un premier rèleetd^ine soubrette; celui qui peut ^e dire nvec orgueil enftint de la haltCf et qui 3 pusisé ses piemlcres nnnê^'s I parcourir la France enliére a b suile des auteurs de ie.% jours;, fçomin^int £ur \e$ pK^fes publiques avec lei gamins de tQule!« nos fious^prefccturrs, et jouant les an^es, les amours et les petits démons, â la satisfâctioû do publrc de (rrovînce.

Longtemps notre Roscius en berbe n'est connu, de Dunlertiue i Rayonne, que .sous le nom de Fanfan ; it n'en demande pus d'autre, et ne se soucie pas plus de son nom de faniill^ que son père ne s'en est soucié pour lui. Mais il a ses dii-huit ans : c'est l'Age où. dans la vie ordinaire, on s'ûrnHe au choix d'un t'tat. L'état de Faurnn est fout trouvé : il sera ce qu'a été son père, ce qu'a été son grand -père, ce qu'a été l'immortel U Rancune. 11 sera comédien ! Proposeï-lui donc de renoncer à celte eiiitence nomade, accidetiiée, imprévoyante, â laquelle il est liabilué depuis son infance; U vous rira au nez. Il luîfautrair des grandes routes, Trmpénale des diligences, les stations dans les grasses auberges, l'arrivée bruyante dans les chefs- lient d'arrondissement; il a be-

soin des émotiûns de la leéne il te «Mi ries du foyer, il a besoîo des ténèbrts h^ lumière du soir» il 1 besoin del'odcvfcp des baillons du magasia de eostimief : itfi dieo !

Fanfan n'est plus un Hum d*ifllehi re^ipectable ; il s'agît d'en choisir u homme va fouiller dans le coflre de hm la bibiUithéque de radmînisiratioa ; il des personnaires de Tanciea réj dans je ne sais quel vieil opéra plait : Fanfan s'appellera Alcîndor,

Alcindor joue les comiques ; fi t di plomb, l'bnbitude des plinehet, n pi asseï peu d'instructioD : e'esl et ^Ip tenr intrépidement mêdtoere. Uo fetîl vin ce n'en eiîgê pas davonUgi;^ nM que, La charge fait tonjours rîrow «I li pin est nn excellent bouclier ooeln hi^ goût — Aussi les débuts d'AIdndv reux : tant qu'il reste daat let parni Lies parents ont, pendant Tiirgt m, , fcs^ion de bourgade en bour^de^ 3 îrt et le plus couronné des ^mêdiCBs! ~ bientôt de cca ovations de Ttlkge et ai vie de famille; il a senlî poaisâ' sayer* Un beau mitin, A 11 fin de Tm^ après avoir louché soa moù ^l«t m w^ caisse directoriale, Il prad m vol é Paris I

Arrivé à Parii, il «'<

LE COMEDIEN DE PROVINCE

Nj^'^^^sâS

fretpoDdants dramatiques, ces entreposeurs de taces marchands de voix et d*organes, qui, moyen-* ne remise de tant pour cent sur le total des ap- Beots de Tannée, s'engagent à fournir la France «, du nord au midi et de Test à l'ouest, de ténors, rat nobles, de prime-donne, de héros de tragédie gnndes coquettes. Alcindor est introduit On lui ide quel emploi il joue, de quelle ville il vient, • sont ses prétentions; on prend son adresse, et renvoie chargé d'espérances et de paroles dorées. iodor va passer la plus grande partie de sa journée hb-Royal ou au café des Comédiens, quartier gèles artistes en disponibilité. C'est là où les Antony BDtde la limonade, les Agnès du punch, et les Mar- I de Bourgogne du petit- lait. Alcindor, dont les fi- K sont en très-mauvais état, joue avec un baryton Qxiénie ordre une bouteille de bière en plusieurs le dominos. Sur les quatre heures, il dîne rue de )-Sec, dans quelque restaurant à vingt-deux sous i«, et le soir il entre à rOpéra-Comiqae on à la

Porte-Saint-llartin, avec un billet de faveur que lui a donné un ex-cabotin de province, jeté par sa bonne fortune sur les planches d'un théâtre de Paris.

Malgré la modestie de ses dépenses quotidiennes. Al» cindor voit bientôt la fin de son argent, — et on ne lui a pas encore proposé d'engagement ! Cependant il aurait grand besoin de ses avances, car toute sa garde-robe tient dans un mouchoir, et il lui est par conséquent impossible d'avoir recours a la philanthropique charité du mont-de-piété.

Enfin le correspondant lui offre d'aller, moyennant cent cinquante francs par mois, tenir les premiers comiques de comédie et de vaudeville dans la troupe ambulante qui dessert exclusivement pendant l'hiver la ville de ChftIons-sur-Harne. Alcindor accepte. Comment ferait-il pour ne pas accepter?

11 touche, comme avances, son premier mois, dont le correspondant lui retient au moins la moitié pour ses honoraires, et il s'embarque dans la rotonde â deslinitîon de Châloos-sur^lanie.

LE COMÉDIEN DE FROYIIVCE

A Châlons, la vie du pauvre artiste n*est pas aussi agréable que veulent bien se Timaginer les cinquièmes clercs de notaire de la rue Saint-Donoré et les apprentis bijoutiers du quartier Saint-Martin. On ne donne spectacle que quatre fois par semaine ; mais les journées se passent en répétitions. Les tirades de mélodrame et les couplets de vaudeville laissent à peine à Alcindor le temps d'aller prendre le frugal repas, que, moyennant la rétribution de un franc cinquante centimes par tête, la femme du soufileur de la troupe prépare pour tous les camarades. N'est-ce pas lA un triste métier ?

« Hais, me diront les clercs de notaire de la rue Saint- Honoré et les bijoutiers de la rue Saint-Marlin, Alcindor est bien dédommagé des heures du jour par celles de la nuit ; les plaisirs de l'amour lui font oublier les fatigues de la scène : ne reçoit-il pas tous les malins mille billets parfumés, et chaque soir une main discrète ne lui ouvre-t-elle pas la porte d*un boudoir de satin et de velours ? »

Ah çà! mes chers amis, d'où venez- vous donc pour faire ainsi du roman et de la poésie? Vous croyez- vous encore au temps où un comédien était quelque chose d'extraordinaire, d*excommunié, de diabolique? quelque chose qui était et se tenait en dehors de la société, qui avait l'orgueil de sa situation et de sa personne? quelque chose qui avait la main blanche, la jambe galante et la chevelure bien peignée? quelque chose enfin dont raflblaient les femmes de condition? Vous croyez-vous au temps où l'arrivée d'une troupe de comédiens mettait en émoi mndame l'intendante, madame la trésorière, madame la présidente, madame la lieutenante du roi et toutes les hoberelles des environs?

Ce temps est bien passé !

Le comédien est le seul qui n*ait rien gagné au jeu de nos révolutions; bien loin de la, il a perdu à devenir l'égal de tout le monde et à être vu de prés. Ce n'est plus un être exceptionnel, et entouré de je ne sais quels mystérieux nuages, du milieu desquels on aimait à le faire sortir; avec lui, l'amour n'était plus seulement de l'amour, tant cet amour semblait coupable ! et la grandeur du crime lui prêtait aux yeux des femmes des attraits cent fois plus grands ! Aujourd hui le comédien n'est plus qu'un citoyen comme les autres, quelquefois plus mal tourné que les autres. Pourquoi voulez-vous qu'une femme aille chercher bien loin, et avec beaucoup de danger, ce qu'elle rencontre si facilement à ses côtés? Et quel charme surnaturel trouver dans une intrigue qui est soumise aux mêmes chances que toutes les autres, et qui, au pis, se dénouera comme toutes les autres, par un coup de pistolet du mari, ou par un procès en police correctionnelle?

Alcindor, je vous le jure, se tient pour bien heureux quand Tamour des jeunes comédiennes, ses compagnes, ne lui est pas enlevé par les beaux fils et les dissipateurs de la ville.

Alcindor passe sa jeunesse dans cette triste condition de comédien des petites villes. Que de désagréments et de déboires !

En premier lieu, Alcindor est en jouissance d'une pauvreté constante et soutenue; ses appointements sont d'une eflrayante maigreur, et ses voyages périodiques à Paris, à la recherche d'un autre engagement, ont bientôt dévoré les économies que, par prudence, il s'est efforcé de faire.

Il est juste de compter parmi les misères de son état les débuts qui, à chaque renouvellement de l'année théâtrale, le forcent à subir l'examen d'un parterre inconnu, et à voir son pain de douze mois dépendre de la diges-

tion plus ou moins bonne» d« yoll fhm de trois ou quatre jngears lirmiés de

Faut-il parler des méprit, des haiMS ^ vent dans certaines localités! En Frasa, b n'ont point ehcore pénétré partoel; ai cherchant bien, plus d'ane terre éortéetikj sont dans toute ledV force el dans loile que nous soyons en Tan de grâce 1841, k baron Dupin, sur laquelle qaelqnesF«ièi ments étaient marqués à renere noîit, i)j tre une vérité.

Rien de plus curieux que rarrivée tiqnc dans une petite ville de basse lipi», pie : les fonctionnaires publics, les dÉai»' son, quelques habitants de la dassi «■ réjouir de ce que Ton apporte une dîvni tonie habituelle de leur existence ; màV population, comment reçoit-elle les eni regarde comme des parias, comme deiH que sur les réquisitions formelles de Fi consent i leur fournir, contre de bciti le logement et la nourriture. On dirait ^ i est une peste qui a tout à eoup éleoù a fluence sur le pays, et des atteintes de saurait trop soigneusement ce préscnar.

Dans d'autres localités oà le sentiaol perdu de sa force, les comédiens IroafHlu nemi. Gomme leur existence est vagabosàtf les bourgeois paisibles et «édenlaires aifiË culte d'assimiler leur moralité à celle da autres mauvais garnements qui infesIcstaH Il n'y a pas longtemps encore que, daasai du centre de la France, j'entendais ue berge crier à ses serrantes : c Seirei T les comédiens ! »

Alcindor a un grand fonds de gaieté, Ti de malice qui l'aide à supporter tous ces dragont, comme disait rit toiyours, ciiante toujours, poches vides; c'est le philosophe ^ lui plaît, et il plaît à sa pauvretéi pas. Ne craignez pas de le trouTer un seil ji battement ; il défie le malheur, et sac des ressources contre tous les fortune.

Combien de fois» une heure avant d'csM ne lui est-il pas arrivé de fouiller garde-robe pour trouver le costume de sas bien de fois, en cherchant l'habit bradé ds Mascarille, n*a-t-il trouvé que les haillons il Caire ! Combien de fois, pour chevalier français, ne lui a-t-il mingié qaïki le casque, le tricot, l'écharpe, les garts, "' bottes jaunes ! Un autre aurait élé déeoan prit inventif d'Alcindor était an-deanis de cultes.

C'est lui qui joua un confident de pant dans les rideaux de son lit d

C'est lui qui, n'ayant point de bottes ï Tt gina de se badigeonner la jambe jusqi*aa du cirage.

C'est lui enfin qui, devant „ une pièce militaire, alla payer i poste voisin, lui emprunte son ■■Sfctt. b V^ chemise, l'enferma dans sa loge» ^s» MKi# spectacle, et lui fit iui*ser tonle k mât MM triste des situations.

Du reste, Aldndor it poisA cgaMi; tBl^

i pratîqat. iif .cardknh

LE COMÉDIEN DE PROVINCE

es camarades. Que de fois ne leur esl-il te!

[ont il faisait partie se trouvait, au beau rude des hivers, dans une ville où elle un sou. La bourse des pauvres comédiens ne trouvaient plus de crédit chez les lurs besoins devenaient pressants ; il leur mt une recette. On eut recours à Alcin- |U*il inventa pour tirer ses camarades de ]S : il rédigea, puis Hi placarder dans le la ville, une afQche qui commençait

«Butas REPRÉSBNTATlOlf

, 8AMSON

HIQUE DE U GOMÉDIE-FRÀNÇÂISE,

■fCt 'VC'f TC.

M. Samson n*était autre qu'an acteur s environs, que Ton avait fait venir pour

comble et recette magnifique. Le pseudoassex de succès; cependant on ne lui ntde talent qu'on s'y était attendu. Puis, ds de la ville, qui avaient fait le voyage avaient visité la salle de la rue Richelieu, le M. Samson parlait du nez, tandis que r avait une voix de tête superbe. Les soupniquérent, se propagèrent, la nuit porta endemain matin, on acquit la certitude, et qui avait eu autrefois une pièce sifllée li n'avait pu assister à la représentation 3 le nouvel acteur n'était pas M. Samson.

limeur fut grande Déjà la crainte des

ue pouvait avoir cette escapade diminuait, liens, la joie d'avoir fait une recette de ncs; Alcindor seul était impassible. N'aa veille son plan de campagne en tète? ouvait lire sur tous les murs de la ville Dcu :

Page 1