FRANÇOIS COQUILLE
uand on s*est promené dans Paris, ei que Ton a passé en revue ces bouUques étmc£bntes de dorure, nui marbres précicus, aui glaces richement encadrées, < vérilobLes salons où le ^chaland confus n'ose [ pas entrer, et dont il , s*c! oigne avec son argent, ou s'arrête avec plaisir devant le mode&Le étalage de U fruitière. Bien n'est plus frais, el ne repose plus agréoblemenl les yeui et la pensée.
Malgré le désordre apparent dû Thumlle boutique, on ordre secret a présidé à rarrangemenl des fruUs et des légumes. Ils pendent en grappes, se i^^unisient en gerbes, s'élèvent en pyramides, ou gisent confusément épars. Des carottes éclattinlcs, des oignom^ et de longs jïotreaus verts et blancs encadrent la devanture comme d*une riche guirlande. Plus bas s'étalent, suivant la saison, des hottes de navets on à*asptrgc$f des auhergmeg et de gros choux cabui qui contrastent avec leurs frères aristocratiques, ks élégants choux- fimrê, Berrière cette espèce de rempart s^abritcnl tour a loar les pHiU pois y les haricots dans leur cosse fragile, les cmi^j, les groseilles et les framhoiics ; tandis qu'en dehors, prés de la porte, un potiron, gardien muet et peu vJii^lant, pos« gravement sa masse rabelaisienne sur un eseabciu but* tcux.
A ces produits de nos climals qne man^ne-t-U» pour être admirés, qu'une origine eiotique? El pourtant les tropiques, si fiers de leurs fiananei, de leurs dattes et de leurs ananas, onl-ils des fruits plus savouraui et d'un ambre plus ïlatlcur que nos pèches et nos abricots.
plus vermeils que nos pominei d'api, |Ik nos fraises des bols» pins rafrmtclmsirti rés que nos groseilles et nos c^ràcf ?
Tous ces trésors sont placés loat YwÊ des passants, â la portée des tîére n*a pas rair de songer. S« honte aux précautîoni dçs antres de mysténeux tiroirs et et sombres ehent, avec leurs marchandises, éernm fer et des treillis ^ la fruitière meltittt m rue. Tout tu! est bon pour étilife, il m samment ouverte, et le do vaut de m qu'elle eipose au dehors, chirgées voU qui s'agite, qui passe tt dreak ïïvm trouve sa route i travers ce labfrâtbi à mêlés qu'ils soient, sa mam sait oà les sob, son pied ne les heurte Jannitt il arriverait-il ? Excepté pour s caste.
La fruitière eu un des types de cherchez pas dans le Paris élcfpBL Oe séc'dAntin, aux environs de li iMDied Vendôme, des fmitiers qui se décoftil ii que de verduriers ; mais os n'y wéà pêh ne s'acelimite que dans les fnifticrs sonniêre, Saint-D^is et Seint-lliiliB.
Marais et les faubourgs* C'est U Heurît dans sa luxuriante orîj^ i ses légumes, l'humidité des
C'est une femme qui « pwi Tlfi^p d'une physiannmte honnête imipiifMlljtf d'un embonpoint ass^ prononei. Hit couleurs comme récaillère et li elle n'a pas le coup d'ceil ferme^ Il ks gestes provoquante qui dtclé en elle quelque chi»^ de
ass^
LA FRUmËRE.
le tête néanmoins, active et suffisamment intelne soignant ni sa personne ni son langage, et beauté de son propre fonds. Si sa robe ne lui
trop étroitement la taille, c'est peut-être que, las de taille, elle ne saurait au juste où se ser-
Ta, les manches relevées jusqu'aux coudes, des bras d'un rouge légèrement foncé, et affu-
large tablier, dont on ne saurait vanter l'encheur. Elle aime tant son costume de tous les die le garde aussi le dimanche; seulement, devoir changer de bonnet. — La coquette! r prend qu'une telle femme, alors même qu'elle e, n'est jamais en puissance de mari. La loi, «it un devoir de la soumission, s'est trompée »mme en mainte autre chose. Un mari de fruion être problématique qui existe sans doute, n ne voit pas, qu'on ne connaît pas, et dont on |Mis. Vivant, sa femme l'a enteiré, tant elle le Ce dissimule sous son importance et l'ampleur ponne. On prétend qu'il se ment, qu'il parle et s les autres hommes. On dit même qu'il court lin aux halles et aux marchés, qu'il achète et
chez sa femme les divers artieUi de son corn-
qu'il l'aide à nettoyer certains légumes, et é m petits pois. Nous voulons le croire; mais, ■iner son nom à sa femme, il perd jusqu'à son I ne s'appelle ni Pierre, ni Simon, ni Jacques; ■urne, au contraire, qui lui impose le nom de Mm fruitièrel C'est ainsi qu'on la désigne; et
hasard il est question du mari, on ne le con- OQ8 ce titre : Le mari de la ftuUière! C même la force de l'habitude que, si d'aventure » se faisait fruitier, on dirait de lui la frui-
l placée immédiatement après l'épicier, sur te moyenne où se rencontrent le riche et le l€ a toutes les qualités der^picier,étn*a peutil de ses défauts. Les prétentions de cel^l* DDues. Malgré son air candide''it débonifai^ m grade de sergent dans la garde nationale, et lUe obséquieuse, il vise é l'esprit et au beau il exhale je ne sais quel parfum colonial etaris- B. II est fier de son encoignure, qui domine deux r des grandes maisons qui l'honorent de leur et du comptoir d'acajou dans lequel trône suit son épouse, La fruitière ne connaît pas tout il : son comptoir, à elle, c'est une simple table; I, c'est une chaise dépaillée ; ses pratiques, ce lOurgeois et les pauvre;; gens. Elle ne tient ni registres, et l'on n'a jamais dit qu'elle eût une
iS humbles entrent familièrement chez elle. Elle peu cher, et surfait souvent. Mais quoi I on ne r son enseigne ces mots cabalistiques : Prix I le droit, aujourd'hui si rare, de marchander ; et où est le plaisir d'acheter quand on ne mar- «s? Prenei-la à son premier mot : elle sera léeet toute honteuse. Chose remarquable! on lemment des hcuchers et des boulangers , ces la commerce, condamnés pour vente à faux épicier lui-même, ce type d'honnêteté, subit lis la honte d'un jugement. La Gazette des Triqui attache les délinquants au pilori de la pu- 'a pas encore inscrit le nom de la fruitière dans nés vengeresses. Elle y brille par son absence, bien calculé jusqu'où s'étendent ses relations, importance morale et commerciale elle exerce luartier? Elle tient i tout, et tout vient aboutir
i elle. Sa boutique est un centre autour duquel s'établissent et se rangent les autres professions; et, tandis que l'épicier et le marchand de vin se carrent aux deux extrémités de la rue, elle règne paisiblement au milieu. Les riches, qui envoient leurs pourvoyeurs aux halles et aux marchés, se passeront de son voisinage; mais la classe pauvre et la bourgeoisie veulent Ta voir sous la main. Sans elle, le quartier ne serait pas habitable. Où trouverait-on les provisions du ménage, toutes ces mille petites nécessités de la vie, et les nouvelles de chaque jour, qui sont encore un besoin? Comment déjeuneraient la grisette, l'étudiant, l'artisan de tout état et de toute profession, sans le morceau de fromage quotidien, sans les fruits et les noix qu'elle leur mesure ou leur compte d'une main vraiment libérale? Le pot-au-feu des petits ménages pourrait-il se passer des carottes, des choux, des poireaux et des oignons qui relèvent si merveilleusement le goût de la viande, colorent le bouillon et lui donnent de la saveur? L'habitant de Paris, qui ne connaît que sa ville, qui ne sait pas comment le blé pousse, quand se font la moisson et les vendanges, suit la marche des saisons en regardant la boutique de la fruitière. Elle lui rappelle, ce qu'il eût sans doute fini par oublier, que, loin de ces mes boueuses, s'épanouissent de riants coteaux et des plaines verdoyantes. La nature parle à son cœur de Parisien ; et si, par un beau dimanche, il se détermine i franchir la barrière, ces colonnes d'Hercule sur lesquelles les badauds croient lire : c Tu n'iras pas plus loin ; » s'il s'écarte, et va parcourant les bois de BellevilU, et les Prés Saini-Gervais; si, dans des chemins poudreux, il s'extasie sur la pureté de l'air qu'il respire; si, tenté par n'importe quel fruit défendu, il tombe entre les mains inévitables du garde-champéêre, qui le suivait pas i pas, et qui lui déclare procès^verhal au nom de la loi et de la pudeur publique : ces plaisirs, cette promenade «achantée, ces émotions si variées et si nouvelles,, et surtout Yoipect de la verdure^ i qui les doit-il/sinaii i la fruiUêre?
Chaque mois lui envoie ses productions. On voit paraître chez elle tour à tour l'oseille, la laitue, les asperges, la chicorée ; puis viennent les choux-fleurs et les petits pois, ces douces prémices de l'été; les fraises et toute la famille des fruits rafraîchissants. Attendez: voici les pommes de terre nouvelles, toutes petites, toutes rondes, ou délicatement allongées. La pomme de terre suffirait seule i la gloire de la fruitière. La boutique où l'on trouve ce pain naturel doit être la première parmi les plus utiles et les plus honorées. L'automne arrive, les mains pleines de ses brillants tributs, et l'hiver, qui ne produit rien, se pare longtemps des richesses de l'automne. La neige couvre déjà les campagnes et les jardins, que l'étalage de la fruitière, ce janlin artificiel, est aussi fourni que jamais.
Elle vend bien d'autres choses encore. Elle est renommée pour le beurre, le fromage et les œufs frais, et elle partage avec l'épicier l'honneur de cultiver les cornichons, ce légume proverbial. Regardez : voilà des plumeaux et de mystérieux balais dont l'usage ne s'exprime pas; voili des pots de toute forme et de toute couleur; voilà des vases en faïence plus utiles qu'élégants, et dont le besoin se fait généralement sentir, et, par le plus heureux contraste, le bon la Fontaine trouverait encore ici
De quoi faire i Margot, pour m fête» on bouquet.
Le petit oiseau lui-même n'y est pas oublié; outre le mouron (que deviendrait Paris sans mouron?) on voit suspendus en dehors de longs épis de millet, et des gl-
aco
LA FlUmiKUE.
teaux circulaires, image trompeuse de dos échaudés.
EdGd. c*est la fruiliére qui fournit ces petits vases en terre cuite, dont Tétroile ouverture oe sait pas rendre ce qu'elle a reçu : les tirelires. Saluez, ô vous qui ne les connaisses pas. Les tirelires si chères à la grisette, à la demoiselle de boutique, é Tenfant, à Tartisan laborieux! les tirelires, cesi caisses d^épargueàes plaisirs innocents! les tirelires, que la fruiliére vend un sou, et qu'une femme si rangée et si économe était seule digne de vendre !
Fleurs et fruits, fromnge. beurre et œufs frais : tout cela, direz-vous, s'achète aux halles. Mais les halles sont si loin, et le temps à Paris est si cher! Li boutique de la fruitière est une petite halle établie dans chaque rue. Chaque maison y envoie chercher les provisions de la journée, et rhôlcl orj^ucillcux lui-même, quand la halle lui a manqué, se voit contraint de recourir a Thumble boutique, et s'étonne d*y être si bien servi.
Comprend-on maintenant l'importance morale de la fruitière? Nul ne vient chez elle sans y échanger quelques paroles. C'est le reodcz-vous favori des servantes; et, par elles, les secrets des ménages descendent chaque matin et arrivent à son oreille. Placée sur la rue, et au pied de ces hautes maisons qui contiennent un monde entier, elle voit tout, elle sait tout. Amours déjeunes filles.
querelles, scandales de tout geore, m*]^ et les pratiques, qui se sucoàdeM i lui apportent le tribut de leurs Uoditf fclf velles, la tiennent au courant de ee fâ^P^ hors de son horixon et dans les 9fi Elle est la confldente de tontes les I portière ne jouit ni de son crédit, ■ <tai La portière est méchante, hargneoictfi discrète. La fruitière est vantée fomul sages conseils. Et puis» — n'est-ce fvi hlie? Elle écoute et parle tOQtàlafaii;i s'interrompt pour ranger qnelqpM èhsil' trait a délogé, quelque gros afticfca< fi' élourdiment de ses compagnons. Il jal une histoire commencée, une de « toires des Mille et «ne NuUê. On « toire féminin se reoouTelle, et l*hislMai s'égare en longs détours; elle se pariai incidentes; mais, à Teiemple dn ft«B^ Jeannot, c'est toujours la mèSM
La fruitière a le cœur sur la i ,
lide, son obligeance est éiiffanfie: kmtÊj^. ces qu'elle peut rendre, elle les lealiMBflP Bien que son comn arœ toit ] merce en détail, ne i