SAMSON
»1QUE DE u COMÉDIE FRANÇAISE.
Ce tour a, depuis, été si souvent répété en province, qu'on s'y déQe beaucoup des acteurs de Paris en tournée. L'affiche a beau parler, le public ne veut jamais croire i de prime abord que Vacteur annoncé soit véritablement l lui-même. Aussi sa première représentation est-elle ra- ^' rement fructueuse ; elle a lieu en présence de quelques curieux émérites, de quelques amis fanatiques de l'art. Ce n'est que lorsque ceux-ci ont affirmé sur l'honneur â leurs voisins et amis que l'acteur annoncé est bi^n ou M. Ligier, ou M. Bocage, ou M. Monrose, ou M. BouiTé, que la masse du public se décide à apporter son argent au bureau.
A quarante ans, Alcindor commence â se lasser de cette vie de lutte et d'aventure qui ne va bien qu'à la jeunesse; Tambilion lui est venue avec l'Age. Il est comme le vieux capitaine de régiment qui veut devenir commandant de place, comme le courrier de cabinet qui aspire â une sinécure dans les bureaux du ministère des affaires étrangères; il rollicite un engagement de grande ville, afin de ne plus être sans cesse par voies et par chemins.
On l'envoie d'abord à Rouen. — A Rouen, deux commis de banque, maîtres cabaleurs du parterre, trouvent plaisant de jouer entre eux sa réussite ou sa chute en une partie de dominos. Alcindor a si souvent le doublesix contre lui, qu'il est sifOé a outrance, et obligé de quitter la ville.
A Marseille, il éprouve le même sort parce qu'il a plu k une danseuse du œrps de ballet, et que les matadors de l'orchestre prétendent au monopole des faveurs de ces dames.
Il tombe encore à Nantes parce que la loge infernale lui trouve le nez trop court ; à Lille, parce que les habitués lui trouvent le nez trop long.
A Bordeaux, on le repousse, parce qu'il n*a pas été bien accueilli par Rouen, et que la cité gasconne ne peut pas faire fête des restes de la cité normande. Au Havre, on le sifUe, parce qu'il n'est pas resté à Bordeaux.
Enfin, il a le bonheur de réussir â Lyon, et là il vit quelques années d'une vie assez calme et assez monotone, travaillant peu, gagnant facilement son argent, le dépensant de même, jouissant du présent, comptant sur l'avenir, et n'ayant d'autre souci que celui de se maintenir en bonne humeur et en belle santé.
Mais tout comédien de province éprouve au moins une fois en sa vie le désir de débuter sur un théâtre de la capitale. Alcindor subit la loi commune. Gnlce à la protection d'un acteur de Paris, qu'il a secondé avec zèle dans l'une de ses tournées départementales, il obtient la faveur de paraître devant un parterre de la capitale. — Hélas ! nous ne le savons que trop ! nous n'en avons eu que trop de preuves I les expériences de ce genre sont rarement heureuses I L'acteur de province et le public de Paris sont mal à l'aise vis-d-vis l'un de l'autre ; leurs humeurs ne s'accordent pas. L'un se plaît aux grands gestes, aux éclats de voix et à toutes les exagérations qui visent à l'effet; l'autre aime un jeu discret et contenu. L'un est toujours sur des échasses; l'autre veut du naturel et du terre-à-terre. L'un n'a pas l'habitude d'étudier ses personnages, tant son parterre de Nantes ou de Bordeaux lui demande souvent du nouveau, et lui tient ferme l'épée dans les reins ; l'autre n'applaudit que les créations bien méditées, bien posées, bien consciencieuses. Le public de Paris aime à former ses acteurs luimême; ceux qu'il a le plus choyés, ceux qui ont brillé du talent le plus vif, sont ceux dont il avait pris soin dés leur entrée au théâtre, qui étaient sortis de ses mains, et qu'il avait façonnés i ses habitudes et i ses go&ts.
LE COMÉDIEN DE PROVINCE
AlcÎDdor est obligé de retourner a Lyon ; mais Lyon ne loi pardonne pat de Taf oir quitté pour Paris, et cette retraite lui est fermée. Alors il faut qu'il descende d*un degré, qu'il s'engage de nouveau dans les troupes ambulantes, et qu'il reprenne sa vie errante d'autrefois. Biais, pour supporter la misère, il n'a plus la gaieté, l'entrnin, la force de ses vingt ans ; sa main tremble et son dos est f oiité ; l'âge a amené les réflexions tristes et l'humeur quinteuse; son amour-propre est plus facile à blesser que jamais, et cependant son amour-propre n*a plus où s'appuyer. Il vit mal avec ses directeurs, et ses directeurs ne se soucient plus de lui. parce qii'il n*a plus son talent, qui, après tout, n'était que de la verve de jeunesse.
EnGn, un beau jour, il rompt avec tous, et se met seul i courir le monde.
Si, dans votre prochaine excursion d'été, vous rencontrez sur la grande route un pauvre vieillard aux longs dieveiix gris battant sur les tempes, à l'habit noir râpé, aux souliers poudreux, â la figure pâle et amaigrie, un vieillard portant son modeste bagage suspendu au bout d*un bâton, et tenant à la main un volume des œuvres de Racine ou de Molière, arrctez-vous un instant., • car ce vieillard, c'est Alcindor.
Alcindor erre ainsi par la France, s'arrétant de préfé-
rence dans les bourgades éenlto. tàhe la moins bégueule et la plus dégaeDÎllée et la pi pénétrer; là, comi : es tour de lui quelqi ois de li fÊÛké
cit de Théraméne on an acte ûê ~ après 8*ètre reposé quelque laapsniK lier, après avoir recueilli Tobole di il reprend le bâton de voyage et p| un autre port.
Oui... arrétes-TOus un iostia admirez-le; car c'est là un type qui s'eflace. Si Alcindor n*est d$j médien qu'ont vu nos pères, ceihibj médien que verront nos enfants.
quelque chose d'impréva, de ~ nique, qui va bien â Tartiste, hors du grand Ubleaa de fomilkiilw sions régulières me donnent la ■■■.
Hais il se forme aujourd'hui ration de comédiens qui metleM ikàai soignent leur pot-au-feu , donncst h Kn lisent les premiers Paris et Bérilolkâl tous les jours. Je crains bien la morale n'ait tué le théâtre.
la
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ir.
L'AME MÉCONNUE
FRÉDÉRÏC SOULIÉ
oîci nn ctat lout à fait nouveau, une existence qui n*a pas d*antccédentr., comme la plupart de celles dont on s'occupe dans ce livre. L'écolier de la Sorbonnc du quinzième siècle est lancétre pittoresque de rétudiant;ravouédescend en ligne directe «ur, et a recueilli exactement tout Théritage ; i*est qu'une transformation du rarûné, du muroué, de rhomme à la mode, de l'incroyable et lieux; et racadêmicien de nos jours n'est qu'un ïs-altcré des grands écrivains du dix-septième ils Tame méconnue ne se trouve pas au delà de »que, j'ose mcmc dire, au delà de notre liltcran*est pas non plus une importation comme le curiste, l'amateur de course; c'est un produit de notre industrie littérnire : l'Ame méconnue it à la France; elle appartient au peuple le plus plus spirituel de la terre, à ce qu'il dit. (re que si les Anglais étaient moins occupes a iffler nos plus petites iirventions mécaniques laire des moteurs colossaux de fortune; peuts'ils n'avaient pas à nous enlever notre com- 8 lins, notre fabrique de soies, et que s'ils n'é- ; en quête de quelque lentille monstrueuse pour QX rayons de leur mauvais soleil borgne une |ui pût mûrir la vigne, et transplanter dans les îs d'Ecosse les récoltes de Bordeaux ; peut-être, le, s'ils n'étaient pas occupés à tout cela, ils it encore nous disputer la vocation de l'àme e. En effet, le premier germe de cet être réel
et fantastique tout à la fois se trouve peut-être dans les œuvres de leur grand Byron. Mais, il faut le reconnaitre» c'est la graine d'une fleur poétique que nous avons seuls recueillie; et, tandis que ces pauvres gens, tout préoccupés d'intérêts vulgaires et matériels, ramassaient à nos pieds les inventions de toute sorte de M. BruncI, que nous y avons laissées dédaigneusement, nous enlevions à leur barbe cette admirable semence pour la répandre et la propager sur notre sol.
Il faut le reconnaître, la culture a été bonne; il y a eu de profonds sillons tracés à bec de plume , il y a eu engrais de poésies mélancoliques, fumiers de romans : aussi, comme elle a grandi, prospéré, multiplié! L'ivraie le dispute au bon gram, et l'éloufTera bientôt. Qu'est-ce donc que l'âme méconnue ? Je vais tâcher de vous l'expliquer.
Ce n'est pas sans intention que je l'ai comparée à une fleur (il y a des fleurs trés-laides et qui sentent mauvais). En effet, comme la fleur, elle est des deux sexes : il y a l'âme méconnue homme, et l'âme méconnue femme.
L'âme méconnue homme est assez rare, et ne pousse guère que dans la zone littéraire. On la qualifierait mieux peut-être en l'appelant génie méconnu, attendu que les individus de cette espèce appellent génie tout ce qu'ils pensent, tout ce qu'ils sentent, tout ce qu'ils disent. Cependant ce nom n'est pas généralement adopté. Les pères do famille les appellent des fainéants; les gens d'affaires, des imbéciles , et les marchandes de modes les confondent quelquefois avec les poètes. Donc, si nous en avons parlé, c'est pour prier nos confrères en botanique morale de vouloir bien diriger leurs observations sur ce genre de végétaux, si par hasard il en tombe quelque individu sous leur loupe.
Je ne m'occuperai donc que de l'âme méconnue femme, dont la multiplication mérite de fixer les regards du philosophe.
l*arii. l:n:). de Edouard Blot, rae SftSOt-LooiSs %••
L'AHE MÉCONNUE.
LVime méconnue femme est, en général, d'un aspect plutôt bizarre qu*agréable. Elle affecte des formes insolites et cependant trés^liverses. Toutefois, la plus commune se reconnaît aux signes extérieurs suivants : des robes d'un taffetas bistre passé, ou de mousseline laine noire et rouge, un chapeau de paille cousue orné de velours tranchant, des gants de filets, très-peu ou point de cols ou de collerettes : tout ce qui est linge blanc lui est antipathique ; un lorgnon d' écaille suspendu au cou par un petit cordon de cheveux, une broche avec dessus de cristal où il y a des cheveux, bague où il y a des cheveux, bracelets tissus de cheveux, avec fermoir enfermant d'autres cheveux : Tâmc méconnue a énormément de cheveux, excepté sur la télé. Le peu que les profondes rêveries lui en ont laissé pend à l'anglaise le long de joncs creuses et d*un cou remarquablement long et fibreux. L'auréole des yeux est d'un jaune sentimental et terreux, que les larmer ne lavent pas toujours suffisamment; la main est blanche, tachetée d'encre à l'index et au médius, et légèrement bordée de noir à Texlrcmité des ongles. Quant à ce parfum de femme que don Juan percevait de si loin, il nous a paru sensiblement alléré en elle par l'absence de toute espèce de parfums.
En général, l'âme méconnue ne prend tout son développement que fort tard, entre trente-six et quarante ans. C'ost une fleur d'automne qui souvent passe l'hiver et résiste aux frimats qui blanchissent sa corolle. On cite cependant quelques exemples d'âmes méconnues qui ont lleuri au printemps, de dix-huit à vingt ans. Mais ce n'a pu être qu'à l'aide dune chaleur factice, d'une culture forcée, chauffée de romans dévorés en cachette, qu'on a pu obtenir de pareils résultats; et encore, le plus souvent, avortent-ils complètement â la moindre invitation de bal , et il suffit de les transporter à cet âge dans le terrain solide du mariage pour les transformer complètement.
II n'en est pas de même de Tâme méconnue qui s'est développée à son terme ; et celle-ci a cela de particulier, que, lorsque au lieu d'être transportée dans ce terrain légitinie dont nous parlions tout â l'heure, elle y vient d'elle-même, elle est d'autant plus vivace et plus dévorante.
Toutefois, avant d'aborder la partie philosophique de cette analyse, il convient de dire quelque chose des lieux où se plaît l'âme méconnue. Elle aime les chambres closes où les bruits de l'extérieur arrivent difficilement et d'où les soupirs intérieurs ne peuvent être entendus. La vivacité du jour lui est insupportable comme aux belles-de-nuit, et elle se ferme comme elles sous un voile vert, si par hasard elle s'y trouve exposée; mais elle s'arrange pour vivre presque toujours dans un clairobscur profond : elle se le procure au moyen de jalousies constamment baissées, de rideaux de mousseline d'autant plus propres â cet usage qu'ils le sont moins. Pardonnez-moi ce calembour : c'est Odry qui me Ta prêté.
Dans ces mystérieux réduits, il y a une foule de petits objets inutiles et précieux, et dont l'âme méconnue pourrait seule expliquer la valeur. Quelquefois un crucifix, souvent une pipe culottée, de ci de là un bouquet flétri, une boucle de pantalon, une image de la Vierge, un nécessaire de travail dont on a enlevé la partie utile pour en faire une cassette â correspondance, des éventails ébréchés et un poignard en guise decoupoir, quoiqu'elle ne lise jamais de livres neufs et qu'elle les loue tout crasseux et tout déchirés au cabinet de lecture, ni plus ni moins que si elle était portière ou duchesse.
Maintenant que je crois avoir établi quelques-uns des
éléments phynqoei de TeuRna mmnm il
méconnue, je crois pouToir aborirr lei \às{ de son existence raormle. Id le cfaia^ cri j son étendue el par ses détails. \a pts-è é.i connue vole des régions les plu ÏÊm^à illégales aux régions les plos êlhérccifc?^^ mystique ; et dans ce vol i perte de nt j ment est un mystère, chaqne cibrtni mot un problème, chaque aspirnîs iii chaque soupir une confidence. Quy tout ce qu'il y a dans les paniles «JvasÉ j méconnue, dans sa pantomime ébpr^i surtout comprendre les mystérocuniti immobilité et de son silence? C<B&âi mue pas et qu'elle ne dit rien, qkAv porte en elle gémit, brûle, se roolcianiii bondit, et finit par éclater par on itgàfki une colonne de lave qui emporte mcM^a mille sentiments consumés daosok Ai Heureusement que l'âme mécoonean consumer, que la matière ne i cendie.
Quant a Thistoire de l'âme mkm à sa perfection, elle est toujours m i che vainement â pénétrer; dansu boacks toujours en ces mots : j'ai sovmii!!:li4 nature de ces soufTrances, c'est la i peut guère apprendre que de qoelqaes crête, ou de la Gaieiiedm Tnhmmx.i est indifféremment fille, femme os y
Mais quel que soit celui de ecs é parlienne, il y a toiyonrs, dans loa deux, quelquefois quatre ou âw^ é m\ heurs qui pèsent sur son ezisleoea.
A l'état de fille, Tâme mécowiaa olbi vieux célibataires qui ont été libotel usé leurs forces, trop ydenx [ sure dans le mariage, ils demaBdeal ài à une association ou ils mettront b ( apportera les soins. Leur vieille trouvé une compagne convenaMe i plus que mûre, mais dont la i core un certain attrait : Hs mrcatei^ retours plaintifs sur le passé. Mais en. passée â faire faillir les plos para d 1 consciences, ne pensent pas devoir se i vères pour des fautes dont ils aoraicsli plices. Ils s'imaginent follement qiea vieillies ne demandent qu*à se reposerai comme eux de leurs plaisirs, et, sor klil tion admirablement jouée, ils lev <
A partir de ce jour commence CBtitii^ chyme et la fille falide nne latte oè k i toutes les tortures avant de saooombcr.
Et d'abord, avec une persévênnoedi que rien ne peut troubler, elle insiaviii^ vie a été pure comme celle d'w lomnie seule Ta flétrie. Le vieux 1 même la force de discuter, la labw Asdll cette satisfaction , car elle est , pressée. Peu i peu, la vertn angélîfosàh^ sonne devient un fiiit établi, inconieihHi ^ tout le monde, même par qaelqieBaaisi pas contrarier un pauvre fon. Alors In i ser d*étre empresÀ, dev*e vie du vieux libertin. Peut-on i femme qui a si bien i è la ^«bm^I toijj ours offerts, sont <
L'AME HÊCONNUR.
mi, le vieillard cède une fois, deux ; mais enir arrive où il tente une observation : alors •DDue éclate, comme ce cactus fantastique qui en une seconde avec un bruit pareil à celui de canon : <k Un noble cœur qui s*cst sacrifié devoir et qui n'en recueille qu'ingraliludo. a commencé par le malheur, el elle doit finir » Que si le vieillard trop irascible veut discutendues infortunes, c'est alors que IMme mé- »mphe. <K Ce n'est pas ainsi qu'il parlait naappréciait alors celle âme candide et fiére donnée à lui; ou plutôt elle s*était trompée, imais compris quel trésor de vertu Dieu avait le lui. Eh ! comment pouvait-il en être autre- [ui n*a jamais vécu qu'avec des femmes de dues, qu'avec des malheureuses dont elle e prononcer le nom? » Que si le vieillard, son orgueil, veut défendre quelques-uns de ravenirs d'autrefois et réplique, alors, oh! te tait ; et c*est une dignité froide, implaca- Buse, an abandon fermement calculé, qui réor elle.
ird déjeune mal, dine mal ; tout lui manque : 1 potion, son journal, son tabouret pour metl goutteux^ son auditeur de tous les jours pour
l'écouter. Il lutte, il veut êlre fort et se suffire; mais il ne peut pas; alors il se résigne, il rappelle celle qui lui fait mal et lui demande pardon ; il Ta méconnue. Elle est proclamée Ame méconnue. A partir de ce moment, ce malheureux appartient â celle femme, comme sa proie au vautour. Dés ce moment elle peut avoir un amant, qui boit le vin du vieillard, dinc avec lui. prend du tabac dans sa tabaliére, s'il ne prend pas la labalière. C'est un beau-frcre, un cousin, un neveu, tout ce qu'il vous plaira; mais c'est un membre de celle vertueuse famille, dont l'âme méconnue est le plus bel ornement. La famille se trouve introduite. Elle est nombreuse, la famille; les cousins se succèdent et ils viennent quelquefois avec les cousines : alors on chasse la vraie famille du vieillard, devenu de plus en plus caduc et imbécile, pour recevoir celte famille ignoble qui n'a d'autre parenté que le vice. Du lit de souffrance où on laisse le malheureux, il en* tend quelquefois venir jusqu'à lui, du fond de son appartement, le bruit des verres et de l'orgie. 11 tempête, il sonne; elle paraît, sévère, terrible. « Qu'a-t-il? que veut-il?— J'ai cru enlendre... il m*a semblé. — Quoi?» — Il balbutie ses griefs ; s'il est assez fort pour se lever et aller vérifier ses soupçons, on pleure, on se lamente, on s'indigne; s'il est trop malade pour bouger, on menace de le quitter et on ne veut pas être plus longtemps
L'AME MECOIfNUE.
méconnue. Méconnue! to'jjours le mottout-puis^Dt! et le mftlheureux cède : q^ril soit dît, avec des pleurs ou avec dos menaces, c'est un talisman. Cela dut «jusqu'à la mort du vieillard et à ThériLage que recueille TAme méconnue, auquel cas elle se fait dévote, et épouse un margiiillier, ou prend un établi si^e ment orlhopédique, ou un cnbinet de lecture. Celle-ci est de Vespèce la plus com* mune.
Passons à une espèce plus dislin;^uée. A Tétât de veuve, l'àme méconnue est la chenille vor.icc des jveliU jeunes gens. Les plus tendres, les plus naïfs, les plus gracicui, sont sa proie habiluelle. L'âme mt^counue veuve a presque toujours une espèce de pelile oiistence assurée, quelque mille livres de rente aeerocbûes à son mariage défunt. C'est celle variété surtout qui entend admirablement le romantique de rinlériour et du ctair-obscnr. J'en pourrais citer qui ont des vcllli^uses en plein midi dans des lampes de porcelaine. C'est une de ces femmes qui a répondu à une de ses Eimies qui la trouva étendue sur une causeuse avec ce farb!e luminaire à. l'heure de midi :
— Est-ce que vous êtes malade?
— Non, je l'attends.
Quel pouvait être l'infortuné? Mallieurcui enfant! que
Dieu te fasse Tamant d'une marchande de pommes plutôt que d'une Ame méconnue ! Du moment qu'un malheureux bon jeune homme qui entre dans le monde a été aperçu par un de ces vampires dans le eoin du salon oti on le laisse, voilà le boa qui le guignep qui i*approehc douce-* ment de lui, qui le couve des ycui, se Fas^milc et l'absorbe par la pensée. C'est uq incident de rien qui commence la conversation ; un mouchoir qu'on lalisc tomber et que le maladroit ramasse arec politesse. Alors on s'informe de lui; en moins de rien, un sait ses habitudes, ses allures, sa façon d'clre. Le jeune homme, quel qu'il soit, a bien du goût, une prcfêrcnce. Il est bien sorti du collège, où l'on apprend tout, en sachant un peu de quelque chose, ou il a touché dn piano, ou dessiné des yeui, ou fait des vers qui n'avaient [uis la mesure. Quoi que , ce soit dont il parle, l'âme iTiét-'ountic tic rêve pas autre ^ chose : la musique est sa vie, ou bien elle a un album pour lequel il lui faut un dcs?in> mi des vers. Le jeune homme ne peut lui refuser cela. Qu^il vienne un moment dans le modeste ermitage de la recluse, cl on lui montnra tous les trésors de poésie qu'elle possède ; il doit aimer et approuver cela, lui ! car son visage a le cache! des nobles sentiments, des govils i^Ievès. Pauvre petit! il se sont llalté, il croit qu'il esl fyit pour aimer hors du collépcc ce qu'il y délestait cordialement. Il priimet et ira; il y va.
L'anlro s'ouvre et se referme : c*esl toujours le fameux clair-obscur, plus une tablette du seniil ; c'est une femme dans un long peignoir blanc avec des bracclcls de jais et un collier de même, avec uuc croix qui se perd dans la ceinture. Elle souflre, elle est languissante; renf^ntiiiexpnijn( nté s'atlondiil et la plaint.
— Oh ! vous êtes bon, maïs vous me faites bien au cœur.
Et on lui serre la main.
De deux choses l'une : ou le patient est tout â fait novice, et alors c'est lui (|ui devient entreprenant, c'est la belle ((ui succombe et qui menace d'en mourir; ou il a (juclque instijict du danger dont il est menacé, et il cherche à battre en retraite; et alors il est pris au collet de la façon la plus irrésistible. 11 arrive qu'on se trouve mal, ([u'un a une attaque de nerfs ; l'urgence demande des sicours, mais une femme sait-elle ce qu'elle fait dans son attaque de nerfs; sait-elle oii elle s'accroche? c'est
quelquefois au cou dn n>st pas absoluoi it homme font le reste.
A partir de ci imeat, Tnfartal^; tient corps et âme & celle femme, de s*ou¥Hr après tant à*taTkmi;i et qui croit, à c«s triûiporUMiii l'ont dominée, quelle a eoli ih^> vaitdans u souffrance uiriD«,iMilià jeune homme croit i toatei^il vanité lui tient lieu d'amoiir deui. Mah bientôt la fcène qui a été violé, c'est celle U séduite ; et. â ce litre» elle est elle reui toute sa vie. Il veut et demande un peu de liberté révèle, n est bieûdiflScile qii«1t] échappé à Timpradent qoe^l , la politeste fait dire à toute fi poir dans tù% bras de la litite Ou Ta rassurée, on Inî a prou le point de départ de toutes les ta] de Tâme mécoDuye; elle m
L'infortuné, qui n't pai rtiptures ouvertes, écrit ane letUt veutè un prétexte Irrésiitlble; tlti portier, SB couche et »*fndoTt li quand il s'éveille avec Is vague rachalée, il foit an fiîfld et wm là qui lut dit deuloiireusoneit: i Ym veille ! » Le poïtîer da |mII| jtAM clef de sou peUt apparteinat à h ' sentée le malin. Ce o'ert pu qvs ci m de mfciir« très- rigides ; maîi Ttioe Fair d'une lante, quHl crftil fiin « mille en introduisant pris de sw jo personne raisonnable qui le taoiein; le déranger un peu.
Surpris au lit, le malhenrend fiât , tourner rexpIcalfoD à Boa désavw&fî; par de faux amis, et il retombe avait voulu s'arracher t'esl alors alTreuï supplice ; ce sont des Iclim rendéx-vous lou« les sairs; il ne ff\ que ; tl va dîner gaiemenl au calé trc; il rit, il parle, il boît. Tonl i m nit, son visage devient sombra : c'«t nue vient de lui apparaître m fond fi cheval ; elle esl folie, ezaspéfèe, ékf une scène et le perdre; oui, le peite, ridicule. Mori il prend tm fsféiatc p eend, et, pour se débarrasser de cette il promet tout ce qu on veuL II __ d'appétit: sou diner tourne, il i quand il rentre chez lui qû on V^ mercio encore Tàme méconnue dn Ibt horreur' En être réduit 4 aTotr une femme. Il y a de quoi rélnngler.
Mais vouloir écrire tous les icoïkBlî 1* histoire, ce serait entreprendre ufint à t et les menaces de suicide, et l*heBMrri* seul, et les suppositions de g-*HiLiiiiifrf la fantasmagorie des sentiments lus» csfii^ durer six mois, au bout desqnels k^^ nage ou part pour les iles. Ce sont ki ii«< qui lèguent aux autres femmes ces cns ^ et impitoyables qui ne croieBl A rimtf>^ sentiments les plus délictls ricMStf^'
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L*AHE MÉCONKUE.
crééeette phrase : c Elle est morte D de poitrine. »
loit rime méconnue d Tétat de i*elle soil à Tétat de Veuve, ce éf de ce qu*elle est i Tétat de cet état par des voies bien diffé* e y apporte les germes de cette ébrale chronique qni constitue t alors qnelque soos-maitresse de marchand de vin veuf, et qui vent ère é ses filles. Le gros gaillard nger. é rire fort, tandis que la is le dédaipenx silence de la subont des lèvres, parlant de même, I époux ses caresses et ses bons Joue le piquet, tandis qu'elle lit dans son lit, tandis qu'elle rêve 1 est inutile de dire où doit aboo- D'autres fois Tâme méconnue est toute Tenvie sincère d*étre une peut arriver que TafTection la gapar le contact avec une personne s-li, comme nous Tavons dit plus l de Tâme méconnue est énorme; se sacrifié et perdu dont il faut ) mari lui doit, en souiïrances es les joies ineffables d'un amour as procurées. L'employé dans les isse sa femme toute la journée ès-sujet à la femme flme mécon* ce, tout pénètre dans sa maison :
ions; et le mal s'y développe d arrive d un degré d'intensité qui i plus violentés, et enfin les rupuses. D'autres fois encore le mari e pour ce qu'elle est : c'est presse s'est trouvée apporter une dot )mmunaulé. Alors c'est l'esclave bafoué, le plus déconsidéré de la inté d'avoir une opinion, ni celle t, ni de sortir, ni d'être indifférent, cela il est réputé le tyran le plus s barbare ; il ne comprend pas ce ignore ses sentiments secrets de* d chaque instant; il a lue le rêve
de ce coeur qui croyait en lui ; il écrase de sa vie vuU gaire la vie ineffable de cette dme méconnue. Pour le mari qui a une pareille femme, le supplice est de tous les jours, de toutes les minutes, de tous les instants. S'il reste seul avec sa femme, elle rêve; d la première question qu'il lui adresse, elle se détourne dédaigneusement: que vient-il faire dans ses pensées, lui qui ne saurait les coniprendre? S'il insiste, elle éclate : le brutal a posé son pied de bœuf sur cette âme méconnue qui ne peut même se réfugier dans le silence; s'il a quelques amis à dîner, elle se tait encore, et lorsqu'il lui dit de servir la crème» elle essuie une larme, affecte une gaieté forcée, douloureuse, et salit la nappe. Le dîner est gêné, ennuyeux. Le soir venu, le mari demande une explication, qui se résout toujours en une attaque de nerfs (ceci tient d la variété la plus élégante de l'âme méconnue). C'est tous les jours la même vie, jusqu'à ce que tout cela finisse par un procès en séparation intenté par la femme pour sévices graves, et prononcé contre elle pour adultère.
Enfin, quand l'âme méconnue a enterré son célibataire, ou perdu son dernier jeune homme, ou abandonné son époux, elle écrit un jour la lettre suivante d un homme de lettres quelconque :
« Monsieur,
< Vous qui savez si bien peindre les douleurs des fem* mes, vous me comprendrez. J'ai bien SOUFFERT, monsieur, et peut-être le récit de mes douleurs, retracé par votre plume, pourrait-il intéresser vos lecteurs. Si vous vouliez recevoir ces tristes confidences d'un cœur qui n'a plus d'espoir en ce monde, répondez-moi un mot. A madame A. L., poste restante. »
Lhomme de lettres, qui est un gros bonhomme trèsrond, qui rit, et siffle la caéhucha en corrigeant ses épreuves, prend la lettre, la tortille, et s'en sert pour allumer son cigare, qu'il va fumer dans les allées de son jardinet en rêvant d quelque histoire bien touchante.
L'âme méconnue va d la poste huit jours de suite, et, ne trouvant pas de réponse, elle s'écrie en guignant un boisseau de charbon : c J'ai vécu méconnue et je mourrai méconnue ! » Ld-dessus, elle fait chauffer son café au lait, et demande un gigot pour son dîner. 0 âme méconnue !
LE COMÉDIEN DE PROVINC