‹ Les Français sur le RhinChapitre 15 sur 35 · Georges Avenel, Anacharsis Cloots, Paris · texte numérisé non relu

Georges Avenel, Anacharsis Cloots, Paris

3. « Vous irez aux Jacobins, où votre cousin le prince de Hesse, qu^ nous appelons monsieur Hesse, est assis entre son tailleur et son cordonnier. » Lettre de J.-B. Cloolz à un prince d Allemagne. {Clootz, Annclinrsi^ à Paris.) — Richter, Anacharsis Klootz. Berlin, 1865.

Ainsi la Révolution française était considérée par les libéraux allemands comme leur affaire propre ; elle attirait les penseurs par ses promesses de bonheur pour le genre humain ; elle fascinait les natures ardentes et passionnées par la tragique grandeur de ses catastrophes. Ses excès ne lui aliénèrent pas toutes les sympathies; beaucoup lui restèrent fidèles même ap:Ô3 son asservissement sous la main d'un César. Mais c'étiit précisément le caractère absolu, universel de ses principes qui rendait un conflit inévitable avec le vieux monde. La féodaUté allemande et le Saint-Empire devaient fatalement en venir avec la Révolution française à une lutte mortelle. Cette puissante action des causes premières rendrait peut-être superflue la recherche des causes immédiates de la guerre. Et pourtant ce n'est pas sans regret que nous serions amené à constater que la France de la liberté et de l'égalité s'est montrée provocatrice envers ses voisins ; que la France de 1792, rendue pour la première fois maîtresse de ses destinées, a donné le signal de cette mêlée des peuples d'oii est sortie, dans toute son horreur, la guerre moderne, la guerre de race. Grâce à Dieu, il n'en est pas ainsi. C'est d'outre-Rhin que sont \enues les provocations, et la vieille Gaule s'est montrée aussi patiente qu'elle était grande , aussi pacifique qu'elle était puissante.

Plusieurs séries de complications ont amené la déclaration de i;uerre du 20 avril 1792 : 1" les troubles

révolutionnaires en Allemagne ; 2" les réclamations des princes allemands possessionnés en Alsace; 3" l'accueil fait en Allemagne aux émigrés français ; 4° les intrigues des cours du Nord contre la Révolution.

Aux premières nouvelles des événements de Paris, une grande agitation se manifesta dans les populations allemandes, des bords du Rhin à la Saxe-Ëlectorale Bans les territoires soumis aux prélats de Trêves et de Strasbourg, des comtes de Ccntheim et de la Leyen, de l'abbé de Gengenbach, on se souleva contre les officiers tyranniques et les exactions féodales. En Saxe, les paysans rédigèrent leur Pi^oinemorie . Dans le Palatinat, ils coururent sus au gibier du duc ; dans les abbayes de Stablo et de Malmédy, ils crièrent qu'ils « voulaient s'affranchir des moines ; » à Schwartzbach, ils chassèrent les religieux du couvent et devancèrent la Révolution en s'emparant des biens d'église. A Spire, les bourgeois présentèrent à l'évêque une pétition contre les droits féodaux ; le prince s'en plaignit au Tribunal d'Empire, qui fulmina contre « ce peuple effréné qui s'était permis de commettre des violences dans la maison d'un conseiller intime du prince, et qui même, au témoignage de personnes dignes de foi, aurait parlé de sonner le tocsin et d'appeler à l'aide les localités voisines. » L'évêque de Liège fut contraint de promettre des réformes et de rapporter la despotique ordonnance de 1684 ; mais, dit Haiisser, « il y a peu d'exemple de perfidies princières qui égalent la conduite de cet évoque. » Il s'enfuit dans la nuit du 27 août 1789, à la même époque

(jù'^e paysan français procédait de son chef à l'anéantissement des châteaux ôt des titres féodaux. Le même jour, le tribunal d'Empire décréta que toutes les réformes liégeoises étaient des innovations contraires à la constitution, et ordonna aux troupes du cercle de Westphalie de les restaurer. Les bourgeois supplièrent vainement leur évêque de revenir ; alors, comme il arrive en pareil cas, la municipalité libérale fut renversée et les exaltés s'emparèrent du pouvoir. L'État directeur du cercle, qui était Clèves (pour la Prusse), assisté de Cologne (Ëlectorat de Cologne) et Juliers (pour l'Électeur palatin) réunissent 7,000 hommes. Mais le roi de Prusse ne se souciait pas de livrer Liège à une réaction que tout annonçait devoir être impitoyable ; son « despotisme éclairé » méprisait le despotisme imbécile de l'évêque. Son général, von SchliefiTen, négocia avec les Liégeois, promit des réformes et entra en ville sans résistance. Mais il ne put faire céder le prélat, dont Cologne et Juliers soutenaient l'obstination. Les Prussiens mécontents se retirèrent, et les Liégeois battirent à plate couture toutes les troupes d'Empire qu'on envoya contre eux. C/est l'Autriche qui eut le triste honneur, après avoir <;omprimé l'insurrection des Pays-Bas, d'opérer contre Liège, en sa qualité de cercle de Bourgogne^ de renverser les réformes, de rétablir l'évêque, de livrer le pays à d'odieuses vengeances. Les princes allemands ne manquèrent pas d'accuser la Révolution française, comme si la France eût dû renoncer à être libre pour ne pas inquiOter ses vo'sins. Mais, au lieu de mettre

leurs sujets à l'abri de ses séductions par des réformes opportunes, ils prirent à tâche, par leurs provocations, de la faire déborder sur leur propre pays.

Les traités de Wesphalie, en cédant l'Alsace à la France, avaient laissé planer une équivoque sur la nature des pouvoirs transmis au roi de France sur ces pays : ils lui accordaient formellement a la pleine et entière souveraineté, » et réservaient en même temps qu'il aurait les mêmes droits qu'avait eus l'Empire. Mais si les villes d'Alsace devaient rester des villes libres et les princes d'Alsace des princes souverains, où était la souveraineté de la France? Louis XIV et Louis XV s'appliquèrent à établir leur autorité à l'exclusion de toute autre ; on démantela les remparts des Rèichstceclte ; on signa des traités avec les prélats de Strasbourg, de Spire (1736), Trêves (1778), les princes de Wurtemberg (1748), de Deux-Ponts (1768), traités en vertu desquels ils reconnurent en Alsace la souveraineté de la couronne de France ; celle-ci, en échange, leur garantissait tous leurs anciens droits. Or, l'Empire se plaignit que le traité de Westphalie et les traités particuliers du dix-huitième siècle eussent été violés par les décrets de la Constituante qui abolissaient les droits féodaux, détruisaient la noblesse héréditaire, établissaient une nouvelle organisation des évêchés.

i*armi les prélats et les princes qui se plaignaient

des atteintes portées soit à leur autorité diocésaine, soit à leurs intérêts temporels, figurèrent naturellement les Électeurs ecclésiastiques , les ordres Teutonique et de Saint-Jean, l'évêque de Strasbourg, prince souverain sur la rive droite, sujet du roi sur la rive gauche, le plus riche de tous les prélats de France et le seul qui fût encore élu par son chapitre ; l'abbé de Murbach, qui se trouvait dans la même situation ; les évêques de Spire et de Bfde qui, indépendants du roi, avaient pourtant une partie de leurs diocèses en Alsace ; les maisons Palatine et de Deu\-Ponts, qui avaient six fiefs "en Alsace, entre autres les fameux châteaux de Ribeauvillé ; le duc de Wurtemberg, pour Montbéliard et neuf autres seigneuries alsaciennes ou franc-comtoises ; le margrave de Bade, pour Bentheim; le landgrave de Hesse- Darmstadt, pour Hanau-Lichtenberg ; les princes de Nassau, Leiningen, Lœwenstein, Linange-Dabo, Salm- Salm, Hohenlohe-Bartenstein ; les abbés de Wissem-bourg. Munster, Romain-Moutier, Qtc.

Leurs plaintes s'élevaient plus bruyantes à chaque nouveau coup porté par la Constituante à cet édifice féodal français, dans lequel la féodalité allemande se trouvait si singulièrement engagée. Elle avait supprimé les impôts et les capitulations princières, le servage, la corvée, les droits de chasse, de garenne, de colombier, les douanes intérieures, les péages, les monopoles, les droits de justice et de police, rendu rachetables toutes les rentes, ouvert les portes des couvents, remanié les circonscriptions épiscopales.

LA DÉCLARATION DE GUERRE (20 AVRIL nOS). 141

C'était une délivrance pour les malheureux Alsaciens : à la fois contribuables du roi de France et des princes allemands, ils étaient écrasés de charges de toutes sortes. Mais l'Empire, qui avait jeté les hauts cris pour quelques innovations de Joseph II, ne s'accommodait point de ces réformes tout autrement radicales. Et pourtant était-il possible, en France, dans un pays oii l'on proclamait la liberté, de tolérer, n'importe en quelle province, des serfs et des corvéables; dans un pays oîi l'on proclamait l'égalité et la souveraineté populaire, de souffrir qu'il y eût des citoyens-sujets et des citoyens-souverains et que des nobles étrangers ou français pussent conserver les attributs essentiels de la souveraineté nationale : le droit de lever des taxes, de rendre la justice, de posséder des forteresses? Ëtait-il possible de laisser les Alsaciens, seuls de tous les citoyens français, courbés sous le servage ou les sujétions des comtes et des moines, grevés de droits iniques, ruinés par . les pigeons et le gibier seigneurial, seuls esclaves au milieu de la France enivrée de liberté et d'espérance ? Fallait-il donc « restituer à l'Allemagne » cette Alsace que Richelieu et Mazarin avaient arrachée aux bandits allemands de la guerre de Trente ans, qui n'avait été heureuse et paisible que depuis sa réunion à la France, qui, plus qu'aucune autre province, avait salué de ses vœux ardents l'aurore de ia liberté nouvelle, que l'Allemagne nous avait donnée comme indemnité et récompense pour les sercesrenrlus à sa propre liberté ; que les traités de

Westphalie enfin, nous avaient cédée en toute souveraineté « absque ullà resei^vatione, cum omnimoda juridictione et superioritate supremoqiie dommio? )>

La France, toute pacifique qu'elle fût, avait plutôt accepté la guerre contre l'Europe. Elle ne voulut pas acheter la paix par le sacrifice et l'asservissement de l'Alsace. Alors, comme quatre-vingts ans après, c'est pour remplir le devoir sacré de protection envers l'un des membres les plus chers de la famille française, qu'elle a versé à flots le meilleur de son sang.

L'Assemblée prit la seule mesure qui pût concilier ses devoirs envers l'unité nationale et l'humanité et les égards dus à l'Allemagne. On n'indemnisait les nobles français que des droits fondés sur un libre contrat, non de ceux qui découlaient de la force. Pour les princes allemands, on ne fit aucune distinction : on leur accorda indemnité complète, et un décret du 23 octobre 1790 établit que « en considération des rapports amicaux qui ont si longtemps uni les deux nations, on chercherait un accommodement à l'amiable. »

Les États allemands avaient déjà saisi de leurs griefs leurs cercles respectifs et porté plainte au Reichstcig. On avait môme fait de leur redressement une clause des capitulations pour l'élection du fiis de Léopold. Les efforts de notre ambassadeur Ternans auprès des États ecclésiastiques pour les amener à un accommodement n'eurent aucun résultat. L'Emperour écrivit à Louis XYI pour lui demander le

rétablissement de l'ancien ordre de choses ; le gouvernement français répondit que c'était ime affaire entre la couronne et ses vassaux, qui n'intéressait point l'Empire et qui ne pouvait s'arranger qu'à l'amiable. Le 26 avril 1791, le commissaire impérial, [)rincc de Tour-et-Taxis, invita le Reichstag à délibérer sur la question alsacienne-lorraine. Dans le collège des Électeurs comme dans le collège des princes, les États ecclésiastiques se montrèrent extrêmement violents. Mayence déclara « qu'il était essentiellement nécessaire pour la sécurité de l'Empire que la puissance française, si fortement concentrée dans ses autres provinces, maintînt dans les provinces frontières de l'Allemagne une constitution analogue à celle de l'Empire, constitution qui l'empêchât de régir ces provinces frontières aussi librement et arbitrairement que celles de l'intérieur. » Cologne demanda que l'Empire fît valoir ses droits sur les provinces cédées à la France, que l'on prohibât tous les produits et marchandises françaises, que l'on organisât contre elle un cordon sanitaire, que l'on séquestrât tous les biens et revenus des Français en Allemagne que l'on punît sévèrement les Français ou les Allemands qui se mêlaient de propagande. « Il va de soi, disait Worms, fortement appuyé de Strasbourg, Spire et Augsburg, que du moment qu'une nation en vient au point de prendre de prétendues convenances pour le droit des gens, l'Empire est à son tour dégagé de toute obligation internationc.'e et autorisé à se déclarer affranchi des traités qui nous ont enlevé l'Alsace, la Lorraine, la Bourcocne. »

Toutes ces déclarations sentaient la poudre. Et l'on demeure stupéfait en voyant que c'était précisément les États les plus faibles, les plus mal organisés au point de vue militaire, les plus rapprochés de la France qui se livraient à ces rodomontades. Les grands États militaires, au contraire, montraient plus de modération. La Prusse, la Bavière, l'Autriche avaient demandé que l'on continuât à négocier ; le Hanovre déclara même que la justice des réclamations ne lui était pas suffisamment démontrée. Les évêchés de W^iirtzburg-Baraberg et de Salzburg firent preuve de la même sagesse. Des conclusions -des trois collèges, on fit le condiisum suivant : « L'Empire voulait s'en tenir aux traités de Westphalie et du dix-huitième siècle, violés par les décrets de l'Assemblée; la réponse de la France à l'Empire n'était point satisfaisante, mais on ne perdait pas l'espoir qu'elle reviendrait à une plus juste appréciation. On s'en remettait à la sagesse de l'Empereur et on le priait de prendre des mesures sévères contre la propagande révolutionnaire. » En somme, l'Autriche en était arrivée à ses fins ; elle restait maîtresse de continuer les négociations ou de précipiter la rupture ; surtout elle avaii trouvé le moyen d'entraîner l'Empire dans sa propre querelle contre la Révolution.

Les princes ecclésiastiques donnèrent à leur tour des griefs autrement sérieux à la France. Dans les Électorats de Trêves et de Mayence, dans les évêchés de Spire et de Worms on avait accueilli les émigrés à bras ouverts. On leur avait fourni de l'argent,

des armes contre nous. Ces hommes, qui abandonnaient leur roi au milieu des passions populaires qu'ils allaient prendre à tâche d'exciter, produisirent une fâcheuse impression aux populations allemandes. C'était la France de la guerre de Sept ans qui allait ainsi étaler à l'étranger ses grâces surannées, ses prétentions vieillies, son ignorance et sa frivolité qui rendaient la Révolution plus explicable à ses hôtes allemands; sa légèreté de mœurs, qui effarouchait la pruderie germanique; son amour des plaisirs bruyants, qui scandalisait le bon bourgeois ; sa prodigalité et sa dissipation, qui s'exerçaient maintenant aux dépens des princes qui l'avaient accueillie. Les sujets allemands étaient fort mécontents de ces hôtes turbulents, qui pouvaient amener une mauvaise affaire avec la France. Jean de Millier, aux premières réclamations de l'Assemblée, obtint que l'armée de Condé quitterait Worms. Forster murmurait contre eux à Mayence. Les États de Trêves joignirent leurs représentations à celles de la France. Cette question des émigrés était encore une de cehes dont l'Autriche était heureuse de s'emparer pour poursuivre sa sourde guerre contre la Révolution.

La Prusse et l'Autriche, longtemps brouillées pour les affaires de Pologne et d'Orient, en juin, étaient sur le point de se déclarer la guerre, et, en juillet, s'étaient subitement réconciliées à Reichenbach (27 juillet 1790). Frédéric-Guillaume II, avide et chevaleresque, dog-

matiseur et visionnaire, s'était subitement épris du rôle de ^ champion du droit divin et avait fait offrir à Louis XYI 80,000 hommes pour le rétablir dans ses prérogatives. Seulement, en s'engageant dans la croisade contre la Révolution, il surveillait avec inquiétude son alliée l'Autriche, soupçonnée par lui de vouloir s'agrandir soit en Pologne, soit en Bavière. La vieille Catherine II, en affectant le plus grand zèle en faveur des principes monarchiques, ne poussait l'Autriche et la Prusse contre la France que pour se réserver sa liberté d'action en Pologne et en Turquie. Léopold II, ambitieux comnie un Hapsburg, rusé comme un Italien de Toscane, ne renonçait à aucun agrandissement. Il menaçait la Révolution, espérant ainsi l'intimider et sauver sa sœur et son beau-frère, et ne voyait pas qu'il ne faisait que l'exaspérer. Louis XYI se prêtait à ce jeu dangereux : il prenait appui, pour combattre la Révolution, non sur les royalistes de France qui étaient incapables ou qui avaient émigré, non sur les constitutionnels que sa femme détestait, non sur les Girondins qu'il n'appela au ministère que pour les en chasser, mais sur l'étranger : fatale méprise qui devait l'envoyer à l'échafaud. Sa correspondance secrète avecla Prusse et l'Autriche ne laisse aucun doute sur ses intelligences avec l'ennemi du pays. Léopold menait toutes ](^.s intrigues européennes, signait toutes les provocations contre la Piévolution. Le 20 mai 1791, il discutait à Mantoue, avec DurfoiT, envoyé secret de Louis XVI, et le comte d'Artois, un plan qui consistait à assiéger toutes les

frontières de France avec 100,000 Allemands, Espagnols ou Piémontais. Il congédiait cet émissaire en le chargeant de dire au roi et à la reine de France « qu'il allait se mêler de leurs affaires, que ce ne serait pas en paroles, mais en actes. » Il publiait, après la circulaire de Pavie (18 mai), celle de Padoue (G juillet 1791), par laquelle il invitait les souverains de l'Europe à se joindre à lui, à regarder la cause du roi de France comme leur propre cause, à exiger sa mise en liberté entière, à se réunir pour venger avec un grand éclat tous les attentats ultérieurs contre la liberté et la sûreté royale, « à ne reconnaître comme lois comtitationneUes légitimement établies en France que celles qui seraient munies du consentement volontaire du roi, etc. » Ces menaces, cette insolente prétention d'un Hapsburg à se naêler de nos affaires intérieures, à apprécier le degré de pouvoir qu'il convenait aux Français de donner à leur roi, à juger de la légitimité Aç, nos lois constitutionnelles, auraient déjà justifié une déclaration de guerre de la France.

Léopold ne s'en tint pas là. Le 27 août 1791, à la suite d'une nouvelle conférence avec la Prusse, conseillé par Galonné et le comte d'Artois, il publiait la déclaration de Pilnitz : les puissances se proposaient «( de mettre le roi de France en état d'affermir, dans la plus parfaite liberté, les bases dun gouvernement monarchique également convenable aux droits des souverains et au bien-être de la nation française ; » elles allaient donner à leurs troupes «les ordres convenables pour qu'elles fussent à portée de se mettre en activité.»

148 LEO FRAxNÇAIS SUR LE RHIN.

Les historiens allemands, M. de Sybel en tête, ont tour à tour accusé les fureurs et les convoitises guerrières de la Fayette, des Girondins, des Jacobins. La France et l'Assemblée, ils le savent bien pourtant, n'étaient occupées à ce moment que de la réorganisation intérieure ; elles n'aspiraient qu'à fonder notre liberté, non à prendre celle des autres. La Révolution avait commencé au milieu d'idées de paix, de confraternité universelle ; jamais on n'avait eu d'illusions plus sincères, plus naïves sur l'avenir : et c'était ce moment que les despotes allemands choisissaient pour nous attaquer à l'improviste. - La France avait été au dix-huitième siècle la puissance pacifique par excellence ; elle l'était bien plus encore depuis la Révolution. Son patriotisme s'était tempéré de tolérance cosmopolite. Les questions de liberté étaient toutpour elle. Et encore c'était pourra liberté seulement qu'elle se passionnait. En 1787, le roi de Prusse avait écrasé les républicains de Hollande : elle n'était pas intervenue. En 1790, l'Autriche avait dompté l'insurrection de Belgique, en 1791 celle de Liège : la France avait laissé faire, se contentant de donner asile aux libéraux fugitifs. En 1790 encore on avait essayé de passionner l'Assemblée pour le démêlé entre l'Angleterre et l'Espagne à propos des îles Notka : elle n'avait profité de l'occasion que pour discuter la grande question du droit de paix et de gueire. Elle avait refusé de troubler la paix européenne contre ses vieilles ennemies la Prusse, l'Autriche, l'Angleterre. Maintenant on n'hésitait pas à la troubler contre

elle, à accroître perfidement ses embarras intérieurs, à envenimer ses divisions.

N'avait-elle pas le droit de se trouver insultée par les manifestes de Pavie, Padoue, Pilnitz? N'avait-elle pas le droit de se trouver menacée par ces congrès de rois étrangers dont on ne connaissait que trop les habitudes de rapacité? Que lui voulaient ces convoitises sournoises et insatiables ? Ils parlaient des droits de la légitimité: quand donc leurs ambitions s'étaientelles souciées de légitimité ? Était-ce au seizième siècle, à l'époque des sécularisations? De quel droit ces princes gorgés de biens d'église venaient-ils s'occuper de nos lois sur le clergé français? Singuliers légitimistes que ces rois de Prusse qui ne rendaient ni les biens de l'Ordre Teutonique, ni la Silésie autrichienne, ni les provinces polonaises, et qui convoitaient Dantzig et Posen! Singuliers légitimistes que ces empereurs d'Autriche qui ne rêvaient que la spoliation de leurs voisins! N'avait-on pas vu la Prusse et la Russie s'associer avec l'Autriche pour le partage du royaume de Pologne, avec le Danemark pour préparer le démembrement de la Suède, puis la Russie et l'Autriche se coaliser contre l'intégrité de la Turquie? Ils parlaient des droits du roi de France : quand ils eurent pris Valenciennes et Condé, c'est en leurs noms qu'ils administrèrent. Ils parlaient des droits du trône et de l'autel: mais en 1803 ils allaient faire curée des petits princes et des souverains ecclésiastiques de l'Allemagne. Ils parlaient du bien-être des Français: mais tn 1772 ils n'avaient à la Louche que le bonheur des

Polonais. Ils trouvaient que le roi de France n'avait pas assez de pouvoir : mais" ils détruisirent la Pologne parce que la constitution de 1791 avait donné trop de puissance à Stanislas. Quand la France vit ces louches pacificateurs s'assembler avec les émigrés royalistes dans de ténébreux conciliabules, quand elle les entendit proférer dans leurs déclarations diplomatiques d'obscures et menaçantes paroles, elle prit peur et colère. Elle se mit en garde contre ces puissances de proie. Si nous en croyons les professeurs allemands, ce sont les Français qui furent les agresseurs. Toutefois, quand Louis XVI signifia aux puissances qu'il se trouvait absolument libre, Léopold affecta de paraître content et de ne plus croire à la guerre. Mais les émigrés lui vinrent en aide : les comtes d'Artois et de Provence protestèrent solennellement que le roi n'était pas libre. Les affaires entrèrent alors dans une nouvelle phase. La Constituante avait dû sévir contre ces funestes transfuges : par son décret du 31 octobre, elle leur enjoignit de rentrer en France avant le l"'"" janvier : les princes allemands s'obstinèrent à les soutenir. Par son adresse du 29 novembre, elle déclara à Louis XYI que (( la nation française ne pou- (( vait tolérer plus longtemps ce manque d'égards et « ces sourdes hostilités. Tel est déjà le cri de tous les « Français : Plutôt la guerre qu'une patience inutile et (( ruineuse ! j) C'est le moment qu'attendait Léopold pour agiter de nouveau la question des princes possessionnés en Alsace et pour rengager la partie. Il signifia le 3 décembre au roi de France « sa résolution for-

melle de leur porter tous les secours qu'exigeaient la dignité de la couronne impériale et le maintien des constitutions de l'Empire, s'ils n'obtenaient pas réintégration plénière et conforme aux dispositions des traités. » Le gouvernement français somma les Électeurs de renvoyer les émigrés avant le 15 janvier 1792. Les Électeurs n'y répondirent que par des paroles évasives et des mesures incomplètes, l'Empereur par une nouvelle provocation : il déclara que Bender avait ordre de marcher au secours des princes et proclama l'entente des souverains « réunis en concert pour le maintien de la tranquillité publique et pour la sûreté et l'honneur des couronnes. » Désireuse de tout faire pour prévenir la guerre, la France envoyait aux Électeurs de Trêves et Mayence de nouveaux ambassadeurs avec les plus pressantes instructions. En échange de ses bonnes intentions, elle ne recueillait que des affronts. Le Moniteur de l'Électorat de Trêves parlait en ces termes de notre ambassadeur Bigot de Sainte-Croix : « 0 honte, honte éternelle, que nul sang ne pourra jamais laver ! Un espion du club des Jacobins, de cette société de scélérats qui dégoutte encore du sang versé à Avignon, un élève de Mirabeau et de Necker, a l'insolence de se présenter devant Clément Wenceslas, devant le plus vertueux des princes de ce temps. Avec un décret sanctionné dans la prison des Tuileries, il s'est frayé une entrée dans le palais de l'oncle de son roi; il vient le menacer au milieu de sa cour.» A Coblentz, on souillait d'ordures la porte de notre ambassadeur; à Mayence, les émi-

î^- LES FRANÇAIS SUR LE RHIN.

grés aiguisaient leurs épées sous les fenêtres de M. de Villars; à Postdam, le roi de Prusse se détournait avec dédain de M. de Ségur pour sourire aux émigrés; Timpératrice Catherine II avait déjà renvoyé M. Genêt.

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Enfin l'empereur remit, le S janvier, une note des plus offensantes oii il accusait l'agitation, les armements de la France, les violences de la tribune et de la presse, et concluait en déclarant qu'une violation quelconque du territoire germanique serait considérée comme un cas de guerre. Le ministre de Prusse remettait à M. Delessart une note identique. Et pourtant, le 11 janvier encore, Robespierre lisait au club des Jacobins, aux applaudissements unanimes, un discours où il déclamait contre toutes les catégories de partisans de la guerre, depuis Anacharsis Klootz, l'orateur du genre humain, jusqu'aux Fayettistes, qui n'avaient à la bouche que la glorieuse guerre d'Amérique. Vainement Isnard (novembre 1791), voulait qu'on déclarât à l'Europe « que si l'on suscitait une guerre des rois contre la France, nous susciterions une guerre des peuples contre les rois. » C'est seulement le 2.J janvier 1792 que l'Assemblée décida que le roi poserait un ultimatum à l'empereur pour qu'il eût à s'expliquer avant le 1" mars sur le « concert des souverains. )> Dès le 2 février, l'alliance offensive et déiensivc était conclue entre la Prusse et l'Autri-

LA nCCLARATION DE GUERRE (20 AVRIL 1792). 153

che. Le l^' mars, Delessart lisait à l'Assemblée indignée une note de Kaunitz, plus insolente que toutes les autres, oii il n'était question que de l'anarchie, des Jacobins, delà captivité du roi, des crimes de la Révolution. Une note conlirmative fut également remise par le ministre de Prusse. Pourtant Delessart demanda, sous prétexte que ces notes renfermaient quelques assurances pacifiques, à continuer les négociations : l'Assemblée applaudit! Mais quand on relut avec plus d'attention les documents autrichiens, dont Delessart avait dissimulé les plus graves, l'irritation publique fut grande. On blâma l'humilité des réponses françaises. On accusa Delessart d'avoir demandé la paix « avec une affectation blâmable. » La guerre apparut dès lors comme inévitable ; le ministère feuillant tomba et fut remplacé par un ministère girondin.

Cependant Léopold était mort à l'échéance même de Xulùmatum français (1" mars). S'il est vrai, comme le prétendent quelques historiens allemands, qu'au fond ce monarque ait constamment désiré le maintien de la pa'-x, on peut lui rendre cette justice qu'il a tout fan pour allumer la guerre. Son successeur, le jeune François II, était plein d'idées belliqueuses; on le vit bien à sa première ouverture, prétendue conciliante, où il déclarait que le concert des souverains subsisterait « tant que subsisteraient les causes qui en avaient provoqué et nécessité l'ouverture.» Que la France renonce à la Révolution, l'Autriche lui pardonnera! Le nouveau ministre Dumouriez fit lecture de ce document à l'Assemblée et fut autorisé à faire

15 i LES FRANÇAIS SUR LE RHIN.

sommation au nouvel Empereur de cesser ses armements; le gouvernement autrichien y répondit par l'injonction de donner satisfaction aux princes possessionnés et au pape, de confier au roi « une force suffisante pour réprimer ce qui pouvait inquiéter les autres États. ))

Le 20 avril le roi se rendit à l'Assemblée, fit lire par Dumouriez l'exposé des griefs contre l'Autriche et proposa la guerre « contre le roi de Hongrie et de Bohême. » Dans la séance du soir, un député du centre, Becquey, fit un discours, fréquemment interrompu, contre la guerre. Un seul Jacobin, ^Bazire, prit la parole, et seulement pour demander qu'on discutât au moins pendant trois séances. Mais l'Assemblée vota d'urgence le renvoi de la proposition au comité diplomatique pour qu'il eût à rédiger la déclaration de guerre. Six députés seulement votèrent contre la guerre : tant cette assemblée, naguère si pacifique, avait été ulcérée de cette suite de provocations ! tant l'union était complète entre tous les partis devant cette série d'outrages à la France ! Robespierre et Bazire eux-mêmes avaient voté la guerre. Les mêmes historiens ont accusé l'Assemblée de précipitation ; mais il y avait deux ans qu'on patientait, qu'on réfléchissait, qu'on discutait cette funeste éventuahté. Pendant deux ans on avait écouté les fanfaronnades des petits princes ecclésiastiques ; on les avait vus, soutenus par l'Empereur, fournir l'argent et les armes aux émigrés, comploter avec les frères du roi, insulter nos ambassadeurs; on avait lu les circulaires, les manifes-

tes, les notes insolentes de la Prusse et de l'Autriche. Pendant deux ans, on s'était dit chaque jour qu'il faudrait à la fin s'arracher à ce travail de réorganisation pacifique pour se jeter dans les aventures de la guerre étrangère et peut-être, qui pouvait savoir? delà guerre civile. Le 20 avril 1792, on devait bien avoir fait toutes ses réflexions ; on avait le droit de se rendre le témoignage, consolant pour un peuple qui se voit obligé à faire une guerre ou une révolution, qu'on avait été patient jusqu'à paraître faible, pacifique jusqu'à encourager les provocateurs. Dedimus profecto grande patientix documentum ! Mais il n'y a que les gouvernements libres qui aient cette patience.

Malheureusement la France a toujours eu une dangereuse façon de prouver à l'Europe qu'elle n'est pas l'agresseur : c'est de n'être pas prête pour les guerres que ses ennemis ont longtemps méditées et préparées contre elle. En 1792, comme à d'autres époques plus récentes, elle n'était pas prête. De là les surprises ei les désastres de la première campagne, les provinr-es envahies, les villes bombardées, l'ennemi en Clianipagne.

Le 20 avril 1792, on n'avait déclaré la guerre qu'à la maison d'Autriche: on espérait consnrvor la paix avec la Prusse et avec l'Empire. Mais déjà Frédéric- Guillaume II avait fait un traité d'alliance offensive et

défensive avec François II; déjà plusieurs des princes de l'Allemagne avaient pris ouvertement parti contre nous: le landgrave de Hesse-Cassel avait fourni 6,000 hommes pour l'invasion en Champagne ; le duc de Saxe-Weimar élait venu en personne avec son régiment; le duc de Brunswick commandait l'armée prussienne; l'archevêque de Mayence envoyait 2,000 hommes de renforts aux Autrichiens, et pendant ce temps, les États de Fulda et de Nassau fournissaient des troupes pour remplacer les Mayençais dans la garde de leur forteresse. Et pourtant, nous n'étions pas en guerre avec l'Empirel La diplomatie autrichienne et prussienne faisait des efforts désespérés pour amener la Diète et les cercles à se prononcer en leur faveur. Beaucoup d'États signifièrent qu'ils voulaient rester neutres: le gouvernement de Palatinat et de Bavière fit en ce sens une déclaration solennelle à Ratisbonne. La Prusse et l'Autriche firent à cette note désagréable une réponse aigre-douce : « Si, contre toute attente, on soulevait la question de savoir s'il s'agit uniquement de mesures de défense pour tout l'Empire, ou s'il s'agit seulement de la sécurité des provinces autrichiennes ; si un cercle ou un État de l'Empire se croyait autorisé à répondre à cette question de manière à se dérober au fardeau de la coopération, rien ne pourrait être plus déplorable. Les deux cours devraient pourtant le tolérer et borner leurs mesures de protection à leurs propres possessions et à celles de leurs alliés. Sans doute elles seraient autorisées à pratiquer ceUe maxime que quiconque n'est pas pour

710US est contre 7ious ; mais, bien éloignées de vouloir accroître les embarras de ces États de l'Empire, elles se réjouiront sincèrement si les États de l'Empire qui l'ont bande à part trouvent un autre moyen de préserver leur territoire de la ruine et de toutes les conséquences funestes qui résulteront inévitablement d'une guerre qui sévira à leurs frontières mêmes. » Après un tel avertissement, la maison de Bavière pouvait s'attendre, si les Français eussent été vaincus, à payer cher ses déclarations de neutralité.

C'est seulement après la prise de Mayence par Custine, que la Diète de Ratisbonne prit une attitude hostile à la France. L'Électeur mayençais, aux premières nouvelles de la marche des Français , porta plainte au Reichstag. L'évêque de Wiirtzburg invita les cercles du Haut-Rhin et de Franconie à s'armer en toute hâte. L'Autriche soutint énergiquement ces propositions : (( Nous envoyons, disait le rescrit impérial, des circulaires contenant des injonctions pressantes à tous les ministres impériaux dans l'Empire, pour qu'ils aient à exhorter, paternellement, au nom de l'Empire, tous les États à s'armer pour la résistance; nous nous considérons, en vertu du principe fondamental de toutes les confédérations politiques, comme absolument obligés de pourvoir à la sûreté générale des États confédérés. Nous nous promettons de nos efforts impériaux et des sentiments patriotiques des États de l'Empire les secours les plus prompts et les plus effectifs ; autrement la postérité

lirait avec étonnement dans l'histoire qu'à la fin du dix-huitième siècle il n'y a plus eu d'esprit commun qui animât la nation allemande et qu'un voisin hostile a pu impunément la braver au cœur même de son territoire. )>

Peu d'États répondirent à cet appel. Mais à la nouvelle de la prise de Mayence, la Diète consentit à décréter le triplement (das Triplum) et l'armement immédiat des contingents (23 nov. 1792), à ordonner la levée de trente mois romains et la formation d'une caisse d'opérations (février 1793), et enfin à déclarer solennellement à la République française la guerre cT Empire {p:1 mars 1793). Cette déclaration était accompagnée d'une longue énumération des griefs de l'Allemagne contre la France, depuis les décrets de la Constituante, la propagande révolutionnaire, la (juerre aux palais et la paix aux chaumières^ jusqu'aux incursions de Custine sur le Rhin et le 3Iein.

La déclaration de guerre allemande du 22 mars 1793 porte un caractère de légèreté irapolitique que n'a pas la déclaration française du 20 avril 1792. Qu'avions-nous fait aux Saxons, aux Ravarois, aux Radois, aux Hessois, etc., pour qu'ils vinssent ainsi embrasser contre nous la querelle de la Prusse et de l'Autriche ? Quel grief avait pu faire oublier à la maison de Saxe que nous l'avions en 17o6-G3 protégée contre la Prusse, et à la maison de Ravière, que trois fois, rien que dans le courant du dix-huitième siècle, nous l'avions sauvée de l'Autriche? Les prin-

LA DÉCLARATION DE GUERRE (20 AVRIL 1792). 1o9

cipes de 1789 pouvaient-ils donc constituer un casas belli? Devait-on nous mettre hors la loi parce que nous avions modifié notre Constitution ? Quelques fiefs alsaciens, lorrains ou franc-comtois, pour lesquels on offrait une large indemnité, pouvaient-ils faire oublier deux siècles de bons offices? Custine avait pris Mayence ; mais l'Électeur n'avait-il pas envoyé ses troupes contre la France ? Il avait rançonné Francfort, mais cette ville avait-elle observé bien exactement les devoirs de la neutralité ? Pourquoi l'Empire qui n'avait pu empêcher l'archevêque de Mayence de provoquer et d'attaquer la France, épousait-il la cause d'un prince, qui avait le premier violé la paix de l'Empire? S'il existait une solidarité entre les membres du Reich, c'est en 1792 que les co-États de l'Électeur devaient intervenir pour l'empêcher de compromettre la neutralité commune. Les Allemands du Sud et de l'Ouest ont agi, en cette occasion, avec leur irréflexion habituelle : en 1793, comme en 1870, ils ont embrassé une querelle qui n'était pas la leur ; s'ils eussent été victorieux en 1793, ce n"est pas à la France seulement qu'ils eussent donné des chaînes. Heureusement les effets ne répondirent pas aux paroles. La guerre d'Empire fut votée à l'unanimité; mais presque aussitôt on vit Hambourg expédier des chargements de blés dans les villes de France, Cologne déclarer qu'elle ne pouvait prendre part à la guerre, Hanovre envoyer ses troupes en Hollande sous prétexte qu'il n'existait pas cV armée cVEmpire à laquelle il pût les joindre, le Palatinat renouveler ses

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protestations de neutralité, les petits États lutter d'inertie pour ne fournir ni leur contingent, ni leurs mois romains, a Les secours du Saint-Empire romain, disait l'ambassadeur prussien Lucchesini, sont pour ainsi dire nuls. Cette fameuse union des princes n'est qu'un épouvantail à moineaux; elle a d'abord effrayé les gens, mais en approchant de plus près on a vu qu'elle n'avait ni corps ni mouvement. »

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