ARCHEVÊCHÉ DE MONTRÉAL
Montréal, 14 avril 1915.
l'évérend Père Ange-Marie, Supérieur provincial des Franciscains.
f Mon Révérend Père,
Tous mes voeur vous accompagnent dans le voyage que vous allez entreprendre pour assister au Chapitre Général de votre Ordre. J'espère que vous nous reviendrez.
Permettez-moi de profiter de l'occasion favorable qui m'es! offerte pour dire à l'Administration générale combien j'apprécie le zèle apostolique des Fils de Saint François à Montréal. Ils ont l'estime et la confiance de toute la populalion. Sous leur direction le Tiers-Ordre est très florissant. Les fralernités d'hommes et de femmes sont nombreuses. fidèles aux constitutions, et donnent partout l'exemple de la vratique des vertus chrétiennes.
Je n'ai certainement pas de plus dévoués auxiliaires que ces dignes religieur. Ils sont toujours prêts à rendre service. Ils prêchent chaque année plusieurs retraites dans nos communautés. [ls donnent un temps considérable au ministère de la confession, et que d'âmes viennent chercher auprès d'eux lumière et consolation! Jamais je n'ai eu avec eux la moindre difficulté, jamais je n'ai entendu de plainte à leur sujet. Pour loutes mes oeuvres diocésaines üÜs me sont d'un précieux secours.
Mais surtout que n'ont-ils pas fait pour combattre le fléau de l'alcoolisme dans notre ville et dans nos campagnes.
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Voilà 10 ans maintenant que j'ai commencé une croisade de lempérance. Ce sont les Pères Franciscains qui reçurent particulièrement la mission de la prêcher. Ils s’acquittèrent de cette mission avec zèle et prudence, et à la prédication ils ont joint la publication d'une revue qui, répandue dans toutes nos paroisses, a fait un bien considérable. Les résultats de notre campagne ont dépassé nos espérances. Le clergé et les Ligues antialcooliques ont contribué à les obtenir, mais les Franciscains y ont leur large part. J'aime à leur en témoigner ma reconnaissance.
Je pourrais ajouter bien des choses encore. Ce que j'ai dit suffira pour faire voir aux vénérables membres de votre Chapitre quelles belles oeuvres les Franciscains accomplissent à Montréal.
Agréez, mon révérend Père, l'assurance de mes sentiments très affectueux et très dévoués en Notre-Seigneur.
PAUL, archevêque de Montréal.
Depuis de nombreuses années se dessine ou se poursuit, dans tous les pays civilisés, un mouvement antialcoolique ; mouvement peu apparent aux regards des catholiques, peu efficace sur leur conduite, parce que partout à peu près ce mouvement a été et reste d'initiative laïque et neutre, sinon protestante.
Dans la catholique Province de Québec l'initiative est venue de Eglise, et la croisade antialcoolique est restée, aux yeux de tous, principalement une campagne entreprise et poursuivie par l'Eglise, par le clergé; d’où l’ampleur du mouvement, d’où son efficacité profonde, qui fait l’étonnement et l’envi des groupements antialcooliques des autres pays.
Le 20 décembre 1905, sa Grandeur Mgr lArchevêque de Montréal inaugurait cette croisade par une lettre pastorale restée célèbre. Ce n’est pas, il faut le bien noter, que le Canada français souffrît plus que d’:atres contrées du mal de l’intempérance; mais il en souffrait lui aussi, et la sollicitude de nos évêques, émue à la vue du mal, résolut de le combattre et de le supprimer. D’autres croisades contre lintempérance avaient eu lieu dans le passé, toujours conduites par l’épiscopat: celle du Grand Vicaire Mailloux, dans la région de Québec ; celle de Chiniquy, dans celle de Montréal ; celle des Pères Oblats, au diocèse de Saint-Hyacinthe. Les fruits avaient été abondants, mais peu à peu le mal avait regagné le terrain perdu, de sorte qu’en 1905 le temps était
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x] LES FRANCISCAINS
venu de prêcher une nouvelle croisade. Mgr l’Archevêque de Montréal en prit l'initiative pour son diocèse ; à sa suite, Mgr lPArchevêque de Québec, NN. SS,. les Evêques de Joliette, de Saint-Hyacinthe, de Chicoutimi, de Rimouski, de Valleyfield, des Trois-Rivières, proclamèrent aussi la guerre sainte contre Valcoolisme et l’intempérance dans leurs diocèses. La lettre pastorale de Mgr l’Archevêque de Montréal, après les considérations les plus élevées et les plus convaincantes sur l’opportunité et la nécessité d’une croisade antialcoolique, se terminait ainsi:
“A ces causes, le saint nom de Dieu invoqué, et de l’avis de nos vénérables frères, les chanoines de notre cathédrale, nous décidons et statuons ce qui suit:
“lo Le clergé donnera, le premier, l'exemple de la tempérance qu’il doit prêcher. En conséquence, dans les presbytères et les communautés religieuses, à l'occasion des visites pastorales, des concours pour retraites et missions, .es visites de prêtres ou de laïques, avant et après les repas, on s’abstiendra de toutes liqueurs alcooliques.
“2o Nous demandons à toutes les familles de faire la même chose; de rompre absolument avec la déplorable habitude d'offrir et de prendre des spiritueux tels que cognac, genièvre, rhum, whiskey, etc., lors des réunions, des soirées, des dîners, des visites, et particulièrement des visites et des fêtes du premier de l’an. Que tous les alcools disparaissent lonc de nos demeures; usons-en sculement dans les cas de nécessité et sur l’ordre du médecin. Messieurs les curés ne manqueront pas de revenir souvent sur ce sujet, dans les avis qu’ils donneront aux fidèles.
“80 Nous supplions les jeunes gens et les pères de famille
ET LA CROISADE ANTIALCOOLIQUE [x
de ne pas aller dans les cabarets et les buvettes sans de graves raisons ; de ne pas y prendre de boissons enivrantes, et surtout de renoncer à la pratique, hélas, si commune du petit verre et de “la traite” Nous serions heureux de voir tous les hommes de bien 4e liguer contre ce désordre social qui engendre tant de maux pour la famille et pour l'individu, Nous conjurons en particulier les citoyens de la classe dirigeante et les membres des professions libérales de prêcher d’exemple sous ce rapport.
“4o Nous demandons aux prêtres, aux directeurs de collèges et aux instituteurs en général, de parler souvent de l’intempérance dans les classes, et de prendre tous les moyens possibles pour inspirer aux élèves l’horreur de ce vice.
“5o Nous ordonnons que dans toutes les per:isses on 6e mette à l’oeuvre immédiatement pour établir des ligues ou sociétés de tempérance. 1o Parmi les enfants depuis l’année de la première communion jusqu’à l’âge de dix-huit ans ; 20 parmi les jeunes gens; 30 parmi les chefs de famille. Saint Jean Baptiste sera le patron de ces ligues dont les membres devront s'engager à ne pas prendre de boissons spiritueuses hors le cas de maladie et de réel besoin. Ces sociétés existent déjà dans quelques paroisses et y font le plus grand bien. Leurs règlements et les faveurs spirituelles obtenuos pour elles seront promulgués bientôt. Nous ne disons aujourd’hui que l’essentiel et ce qui doit faire l’objet des efforts et du zèle de tous, du peuple comme du clergé.
60 Nous confions particulièrement la prédication de la tempérance aux révérends Pères Franciscains, que nous nommons par les présentes les apôtres de cette grande oeuvre dans notre diocèse. Messieurs les curés les inviteront à venir
xn] LES FRANCISCAINS
prêcher à leurs fidèles à l’époque qui leur paraîtra la plus favorable. Mais on ne les attendra pas pour établir les sociétés dont nous avons parlé. Chaque curé devra commencer à les instituer sans retard en faisant appel à la bonne volonté de ses paroissiens. On pourra profiter pour cela des réunions de la ligue du Sacré-Coeur et surtout des retraites et des missions. Nous demandons spécialement et instamment que l’on s’occupe avec le plus grand zèle des enfants et des jeunes gens sur qui vous devrez compter pour former la génération sobre de l’avenir.
“o Nous voulons aussi que dans nos collèges et notr: Université on fonde ces associations de tempérance. Les élèves de ces importantes institutions sont, ils le savent, Vobjet de notre plus vive sollicitude et de notre plus tendre affection. Notre ardent désir est qu’ils deviennent un jour des hommes de caractère et de principes, des hommes de science et de vertu, pour l’honneur de VPEglise et de la patrie. Ils ne deviendront tout cela qu’en autant qu’ils seront véritablement tempérants. Qu'ils se souvienent de tant de beaux talents prématurément anéantis par le poison de l’alcool. Nous ne oulons pas qu’ils aient un si triste sort, et voilà pourquoi nous tenons tant à voir la sobriété et la tempérance en honneur dans nos collèges classiques et dans notre Universi! °.”
J’ai cité tout au long ces dispositifs du mandement de Mgr lArchevêque de Montréal parce qu’ils définissent la nature de l’apostolat et déterminent dans toutes ses parties le vaste champ d’action que Sa Grandeur confiait au zèle des Franciscains en son diocèse.