‹ Les Franciscains et la croisade antialcoolique dans la province de Québec (Canada) [microforme]Chapitre 3 sur 12 · LA PREDICATION DE LA TEMPERANCE · texte numérisé non relu

LA PREDICATION DE LA TEMPERANCE

Dès le mois de février 1906, nos Pères commencèrent leurs prédications dans le diocèse de Montréal; elles débordèrent bientôt dans les autres diocèses, et durant deux ou trois années surtout, ia plupart des missionnaires de tous ordres, Dominicains, Jésuites, Obiats, Rédemptoristes etc, furent occupés à prêcher des retraites, triduums et sermons de tempérance, à travers la Province de Québec, à ses deux millions de catholiques.

Prédication pénible que celle-là. Il s’agissait partout de faire l’assaut des volontés, d’habitudes invétérées, de réfuter mille objections, de renverser les obstacles semés par les intéressés au maintien des buvettes et de leur prospérité. Rude bataille, qui commençait vers le milieu de la retraite, lorsqu’elle était de huit jours, pour ne se terminer qu’à la victoire définitive, au moment de la prise de la croix de tempérance, cette croix de bois noire et nue, symbole de la tempérance parmi nos populations. La bataille était rude, mais quelle récompense dans le triomphe final!

Les hommes qui ont donné leur nom à la société de tempérance sont réunis dans le sanctuaire. Dans la nef, les mères, les épouses, les enfants, contemplent avec émotion cette scène d’un intérêt si vite! pour le bonheur de leurs foyers. A la suite d’une allocution par le missionnaire et d’un cantique chanté par la foule, le curé ou le prédicateur, revêtu de l’étole, procède à la bénédiction des croix entassées près de Pautel, puis celles-ci sont distribuées aux aspirants, qui les reçoivent à genoux en les baisant. Quand la distribution est finie, entre eux et le missionnaire s’engage le dialogue suivant, mis en usage par les PP. Franciscains:

x1v] LES FRANCISCAINS

D.—Mes chers frères, pour l’amour de Jésus-Christ, et avec la grâce de Dieu, vous allez vous engager à pratiquer toute votre vie la tempérance. Promettez-vous de ne jamais faire usage de boissons fortes, excepté dans le cas de maaldie ?

R.—Oui, je le promets.

D.--Promettez-vous de ne traiter personne ?

R.—Oui, je le promets,

D.—Promettez-vous de n’aller aux auberges que pour de graves raisons ?

R.—Oui, je le promets,

D.—Promettez-vous d’exhorter à la tempérance vos Parents, vos amis ?

R.—Oui, je le promets.

D.—Promettez-vous de garder les autres règles de la Société ?

R.—Oui, je le promets.

A genoux, reprend le missionnaire, vous allez maintenant Prononcer avec moi votre engagement, et que Dieu vous soit en aide!

Et la voix du missionnaire articule lentement cette formule solennelle, que répètent à haute voix, membre à membre, héroïquement, les centaines d’hommes armés de la croix.

Devant Dieu et son prêtre — je prends — avec la croix de Jésus-Christ — la résolution sincère — de pratiquer la tempérance — le reste de ma vie — conformément aux règles de notre Société.

Je le fais — pour l’amour de Dieu; — pour mon salut et celui du prochain; — pour honorer la soif brûlante — de Jésus en croix; — Peur réparer les péchés — des malheureux ivrognes; — pour attirer les bénédictions du Ciel — sur ma famille,

ET LA CROISADE ANTIALCOOLIQUE [xv

Je prie la Sainte Vierge — et Saint Jean Baptiste, notre patron — d'obtenir du Bon Dieu pour moi, — la fidélité à mes promesses,

Tel est le spectacle émouvant qui fut donné par plusieurs centaines de paroisses, à la suite des prédications de la tempérance, pendant quelques années! Les femmes et les jeunes filles furent aussi enrôlées dans la Société de tempérance. La rôle de la femme est en effet trop important dans la lutte antialcoolique pour que les missionnaires n’aient pas voulu s'assurer son concours; l’article 15 du règlement de la société de tempérance promulgué par Mgr Bruchési, ke 22 janvier 1906, portait du reste: “Les jeunes filles et les mères de famille devront être des apôtres zélés de la tempéranco qu’elles s’engageront à pratiquer et à faire pratiquer autour d'elles. On profitera des confréries pieuses dont elles font partie pour les enrôler dans la grande société que nous établissons.”

Quelle fut la part des Franciscains dans cette cruisade de prédications ? La revue La Tempérance, no de mai 1908, récapitule ainsi leur travail pour les deux premières années: “Indépendamment d’un grand nombre de sermons isolés, et 78 conférences avec projections lumineuses, il a été prêché 160 triduums et retraites. Durant ces prédications le nombre connu des personnes qui prirent la tempérance est de plus de 80.000, ainsi réparties:

Hommes et jeunes gens Dames et demoiselles Enfants

Il est bon de noter que sur le nombre d’hommes et de

jeunes gens enrôlés, les chefs de famille figurent pour plus de

xvi] LES FRANCISCAINS

la moitié, c’est-à-dire pour 20,863 têtes. Si considérable que Paraisse ce chiffre de 81,115 tempérants, nous tenons à faire remarquer qu’il n’est fourni que Par une centaine de paroisses ; les résultats de la croisade dans les autres localités n'ayant Paru dans la chronique que sous l'indication vague: 2/3, 3°i, ete.” de la Paroisse,

Les retraites de tempérance continuent à être prêchées, soit pour établir la tempérance dans des paroisses retardataires, soit pour y renouveler l’ardeur des premiers jours dans les paroisses où la Société de tempérance a été fondée, Il est impossible de fixer, même approximativement, le chiffre total de nos prédications et de préciser le nombre des fidèles enrôlés par nous dans la Société de tempérance depuis 1906.

En ce qui concerne le nombre de nos pères engagés dans cette croisade, tous nos prédicateurs l’ont été plus ou moins, et leur nombre eût-il été triplé qu’ils auraient à peine suffi à toutes les demandes et à tous les besoins, C’est toutefois simple justice que de mentionner, dans un mémoire comme celui-ci, les noms des pères Ladislas Minette et Joachim- Joseph Monfette, Les prédications nombreuses du père Ladislas, sa spécialisation dans les conférences illustrées de projections, sa qualité de premier directeur de La Tempérance, poste qu’il conserva jusqu’en 1910, lui donnèrent une place prépondérante dans la croisade antialcoolique, dès les débuts. Depuis 1910, le R. Père se dévoue sur un autre champ d’action. Le Père Joachim, lui aussi Pun des missionnaires de la première heure, est devenu et il est resté le principal et le plus dévoué, comme le plus populaire apôtre de la tempérance. Il a parcouru le pays dans tous les sens, avec des succès constants. Depuis quelques années membres avec le Père Ladislas

ET LA CROISADE ANTIALCOOLIQU [xvu

du comité de tempérance du Conseil d'action socials diocésaire des Trois-Rivières, il est en outre missionnaire diocésain au même diocèse pour le tiers-ordre, la bonne resse et la tempérance, trois oeuvres chères à l’évêque des Trois-Rivières, Mgr Cloutier. Cette fonction assignée au Père Joachim par Mgr l’Evêque des Trois-Rivières ne l'empêche pas de travailler avec zèle par tout le pays.

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