‹ Les Franciscains et le CanadaChapitre 100 sur 344 · PRIMAIRE · texte numérisé non relu

PRIMAIRE

uand on parcourt les annales des missions

' -J franciscaines en pays infidèle, on constate que les Franciscains, et d’ailleurs tous les missionnaires, faisaient marcher de front la prédication de 1 évangile et l’enseignement ; et encore aujourd’hui, les missionnaires suivent les traces de leurs devanciers dans la rude tâche de l’apostolat et se font les instituteurs de ces enfants qu’ils ont sauvés de la mort en les rachetant, auxquels ils donnent avec la nourriture du corps, la nourriture de l’âme par l’enseignement de la vérité religieuse et des sciences humaines.

Au Canada, les Récollets eurent les mêmes intentions, les mêmes ambitions. Les circonstances, il est vrai, dans ces commencements, furent trop souvent défavorables pour que leurs efforts persévérants aient eu des succès remarquables , mais il serait très injuste de ne pas reconnaître le mérite des Récollets, de ne pas signaler leurs efforts généreux en faveur de l’enseignement, parce que les

résultats furent modestes. Il est vrai aussi que nos premiers missionnaires n’eurent pas l’occasion, durant leur premier séjour au Canada, de se livrer à l’enseignement de la jeunesse française, mais “ si pour être exact, on ne peut les regarder comme les premiers instituteurs de la jeunesse canadiennefrançaise, ils n’en restent pas moins les premiers maîtres d’école du pays, par l’instruction et l’éducation qu’ils donnèrent aux Sauvages1. ”

Dès 1616, nous voyons le Frère Pacifique, durant son séjour aux Trois-Rivières, s’appliquer selon les circonstances à humaniser les Sauvages, à enseigner à leurs enfants les éléments de la langue française. Certes, il n’y a pas à douter que ses efforts et sa bonne volonté aient été plus grands que les résultats ; il n’en remplit pas moins alors l’office d’instituteur. Un autre Récollet, le Frère Charles Langoissieux, le remplacera à ce poste et dans la même charge.

Le Père Le Caron se signala particulièrement dans l’enseignement primaire et eut des succès plus connus. Durant l’hiver de 1618-1619, il alla demeurer parmi les Montagnais de Tadoussac. Un des chefs, appelé Choumin, c’est-à-dire raisin, très attache aux Français dont il s’efforçait d’imiter les manières, adopta le missionnaire comme son frere. Dès lors, le Récollet était considéré comme membre de la tribu. Le brave Sauvage entoura le Père Le Caron de tous les égards possibles. Il voulut absolument qu’un de ses fils, qui venait de

1. Mk l’abbé Amédée Gosselin, L’instruction au Canada, p. 121.

l’enseignement primaire 133

naître, fut appelé Père Joseph, et il en fut ainsi, et ce nom lui resta tant au regard des Français que des gens de sa nation1. Au printemps, le Père Le Caron repartit pour Québec.

Mais à Tadoussac comme à Québec, il accomplit auprès des Sauvages un double apostolat, celui du missionnaire et celui du maître d’école. Dans une lettre écrite par lui, cette année-là, au Provincial de Saint-Denis, ce vaillant missionnaire, après avoir rappelé les dangers courus par la colonie, signale les désordres causés par les employés des associés et parle de ses succès comme instituteur : “Nos marchands vont toujours en plus grands désordres ; ils nous donnent pour commis et intendant de leur marchandise un huguenot, le maître garçon est de la même religion que ce protestant qui commande dans cette habitation ; il faudrait, si cela se pouvait faire, que le roi mît un seigneur catholique en ces lieux, qui fût aimé de lui et qui donnât ce qui serait besoin pour y faire un séminaire. J’aurais eu un grand nombre d’enfants pour les instruire des mystères de notre sainte foi, si j’avais eu de quoi leur donner pour vivre. J’ai montré l’alphabet à quelques-uns qui commencent assez bien à lire et à écrire. Monsieur Houel vous pourra faire voir un exemple que je lui ai envoyé. C’est ainsi que je me suis occupé à tenir école ouverte dans notre maison de Tadoussac afin d’y attirer les Sauvages et les rendre sociables avec nous pour les accoutumer à nos façons de vivre2. ”

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