Grosses pièces de bois. Le mot boise n’est plus employé
NOTRE-DAME-DES- ANGES
nous sommes presque comme dans une île de fort belle étendue. Tout le pays deçà et delà la rivière est de même façon de terre, nous avons aussi la commodité des prés le long de cette petite rivière, au bord de laquelle nous sommes bâtis ; (il) ne faut qu’arracher certaines broussailles qui rompent les faux quand on fauche, si bien que la nourriture du bétail nous sera fort aisée. Nous avons amené un âne et une ânesse pour notre commodité, ffnous nourrissons aussi des pourceaux, un couple d’oies, sept paires de volailles, quatre paires de canes. Quant aux vaches et chèvres, nous ne sommes^ pas en volonté d’en nourrir que l’année prochaine? que nous serons mieux accommodés. ”
L’âne et l’ ânesse des Récollets, sans être autrement doués que ceux de la même famille, ont cependant à leur actif une page d’histoire. Ils la doivent sans doute au fait d’être les premiers de leur espèce venus au Canada. C’est Sagard qui nous a conservé quelques traits à leur endroit.
“ Il arriva, écrit-il, un petit trait gentil à la descente de ces animaux, car comme les Sauvages furent avertis qu’il y avait aux barques deux bêtes étrangères, tous accoururent au port pour en avoir la vue, et se tinrent là cois tandis qu’on les débarquait, (ce) qui ne fut pas sans peine, mais le plaisir fut à leur beau ramage, car quand ils commencèrent d’entonner leur note, qu’ils rehaussaient à l’envi, à mesure qu’ils sentaient le doux air de la terre, tous les Sauvages en prirent telle épouvante qu’ils s’enfuirent tous à vau-de-route emmy (dans) les bois, sans qu’aucun regardât derrière soi pour se défendre
de ces démons. O que voilà de furieuses bêtes, disaient-ils, que les Français nous ont amenées, ou pour nous dévorer ou pour nous réjouir de leurs airs musicaux1. ”
L’âne n’eut pas une longue existence en terre canadienne. “ Les hivernants de Québec les ont tellement fatigués, écrit Sagard, qu’enfin ils y ont fait mourir l’âne et n’y reste plus que l’ânesse que nous laissons tout l’été • coucher emmy (dans) les bois et en liberté de se nourrir où elle veut, sinon pendant l’hiver qu’elle se retire en une petite étable que nos religieux lui ont fait accommoder à la basse-cour de notre petit couvent2 3. ” Le pauvre âne était déjà mort quand, en 1623, Sagard arriva à Québec. Il vit alors l’ânesse, qui, désolée d’être seule, avait lié amitié avec un cochonnet, lequel, ayant lui aussi perdu ses compagnons (on les avait mangés) ne demanda pas mieux. Et ces deux bêtes, si dissemblables, “ prirent telle amitié par ensemble que depuis jamais elles ne se séparèrent ; si vous en voyiez une, vous étiez assuré de voir l'autre à trois pas de là. ” Et Sagard, qui est fort moraliste à ses heures, ajoute : “ Nous sommes bien misé¬
rables nous autres de nous entrequereller et vivre en discorde’. ”
Mais revenons à la lettre du Père Denis Jamet. Le Récollet continue à nous dépeindre Notre-Damedes- Anges. “ Entre la rivière qui est fort poissonneuse et les fossés, nous ferons faire quatre autres