‹ Les Franciscains et le CanadaChapitre 120 sur 344 · Que le Seigneur nous rende ses dignes ministres · texte numérisé non relu

Que le Seigneur nous rende ses dignes ministres

demandant à la divine bonté avec prostrations et quelquefois les bras élevés ou les bras étendus en croix. Et quand vous sortez de ces redoutables autels du grand Dieu vivant, soufflez en la face de ces Sauvages cet esprit de vie que vous venez d’y recevoir, leur mettant quelquefois vos mains, lesquelles viennent de toucher et contracter ces divins mystères du précieux corps et sang de Notre Seigneur, les mettant, dis-je, sur leurs têtes, d’autres fois leur imprimer au front ce signe terrible de notre rédemption, la croix, car, mon Révérend Père, fides est donum Dei, (la foi est un don de Dieu). Eh ! qui sommes-nous pour penser faire une œuvre et de si importante conséquence, ni même une de moindre sans le concours de Dieu. Il nous faut croire que nous y nuirons plutôt par nos péchés que d’y servir, c’est son œuvre. . . Il nous y faut toutefois employer diligemment et fortement. Quelle joie à la mort d’avoir acquis un grand peuple à Jésus- Christ. Quelle gloire dans le ciel de tirer après soi ces nations.

“ Je vous rends infinies grâces de ce que votre Révérence a daigné m’y donner part, m’honorant de la commission que vous m’avez adressée par la vôtre (lettre) ; je l’ai acceptée et accepte très volontiers, m’en jugeant fort indigne ; j’en espère toutefois quelque bon succès, vu que Dieu fait ordinairement ses œuvres de rien et par de faibles et quasi contraires moyens, comme je suis tel. Et sa divine Majesté, vous ayant inspiré de vous servir de moi en cette sainte œuvre, je (la) lui recommande et fais recommander par tous ses serviteurs et servantes.

NOTRE-DAME-DES- ANGES

“ Pour le temporel, j’ai baillé à Monsieur Houel 200 écus pour commencer un séminaire de six petits Sauvages dès cette année présente, lequel s’appellera le séminaire de Saint-Charles ; au moins que ce grand réformateur vous protège. Je vous enverrai tous les ans pareille somme pour ce sujet, et bien davantage pour vous accroître et dilater ; car j espère l’année prochaine vous envoyer plus de mille écus.

“ Le dit sieur Houel m’a dit qu’il vous envoie plus de 1200 livres de vivres et commodités, des aumônes qu’il avait à vous ; c’est un bon serviteur de Dieu, homme d’honneur et de mérite, qui s emploie fidèlement et infatigablement pour cette ailaire.

“ Monsieur Guers vous dira le reste de ce que j’ai fait et ferai, Dieu aidant, car je suis du tout (entièrement) dédié à vous servir et assistei en cette apostolique entreprise. Je prie Notre Seigneur la bénir, et vous conserver longuement et heureusement pour y travailler fidèlement et avantageusement. Et (je) demeure,

Mon Révérend Père,

votre bien humble et très affectionné à vous seivir,

Charles des Boves,

Grand vicaire de Pontoise.

Ce 27 février 1621.

Il est aisé de conclure, après la lecture de ces deux lettres, qu’elles sont de précieux documents pour l’histoire de l’établissement de la foi au Canada. Elles nous permettent de découvrir un peu le travail

de propagande qui se faisait en France en faveur des missions canadiennes. Il faut en particulier savoir gré à Monsieur des Boves d’avoir fait un éloge si juste et si bien mérité de Monsieur Houel. Voilà un nom qu’il ne faut pas séparer de ceux de Champlain et des Récollets quand on veut honorer et célébrer l’établissement de l’Eglise catholique au Canada.

Les jugements de Dieu sont impénétrables sans doute. Il semble pourtant que dans ces commencements de l’Eglise canadienne, Dieu ait voulu que le mérite des missionnaires ait consisté surtout à creuser des fondations, à bases larges et profondes, pour soutenir le brillant édifice que nous admirons aujourd’hui. En effet, les Récollets à cette époque, s’étant assurés de précieux concours, comme celui du généreux grand vicaire de Pontoise, devaient déjà s’attendre à voir s’élever bien au-dessus de terre les murs de cet édifice. A ce moment là, la mort leur ravit un de leurs plus vaillants soutiens, Monsieur Charles des Boves. Nous avons signalé précédemment son décès, arrivé en janvier 1623.

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