Défricheurs
2. “ La quantité de framboisiers qui sont aux terres devant notre couvent, y attirent tant de tourterelles en la saison, que c’est un plaisir d’y en voir des arbres tout couverts. Les chasseurs de l’habitation y vont aussi souvent giboyer et chasser, comme en un très bon endroit et où ils ont le canard et 1 outarde et tout plein d’autre gibier.” Sagard, Hist. du Canada, pp. 165, 166.
lieue de l’habitation ; la chaux se fait à cinq cents pas de nous1 ; rien ne nous manque, grâces à Dieu, que moyen d’entretenir pour deux ans six ou huit bons garçons pour travailler à la terre. Pour nous, au bout desquels, nous pourrons entretenir des familles sans beaucoup de frais, et aussi peu à peu peupler le pays et faire ce que nous prétendons, savoir est un séminaire pour y nourrir et instruire les enfants des Sauvages ; nous en aurions déjà plus de six si nous avions moyen de les nourrir ; ce serait une belle amorce pour en prendre davantage ; nous nous sommes contentés d’un jeune enfant âgé de douze ans, lequel nous avons envoyé en France par l’un de nos Pères, qui le donnera à quelque personne pieuse pour le faire instruire2.
“ Je vous écris clairement de tout, afin que votre pieuse volonté que vous avez aux peuples de la Nouvelle-France sache et connaisse qu’encore que notre entreprise soit petite en son commencement, qu’elle est pourtant pour devenir grande avec le temps, si Dieu nous continue ses bénédictions, et si nous sommes secondés des gens de bien. Le sieur Guers, commissaire de Monseigneur de Montmorency, vice-roi de ce pays de la Nouvelle-France, porteur de la présente, vous dira de bouche ce que je vous écris.
1. En 1616 Champlain dit qu’on trouva de la chaux, “ très bonne, en un lieu proche de la dite habitation (de Québec), qui est une grande commodité pour bâtir à ceux qui s’y voudront porter et habituer. ” Œuvres, p. 593.
2. C’est de Pastedechouan qu’il s’agit. Nous en avons parlé r u chapitre vin.
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“ Je vous répète donc la prière que je vous fis étant chez vous, laquelle tendait à vous persuader de vous joindre avec nous ; vous ne serez pas des moindres, ains (mais) le premier et le chef de h entreprise. Nous vous prions d’accepter le titre et qualité de syndic et procureur du séminaire de Canada, et cependant qu’en France vous aurez le soin de nous amasser (des ressources) , nous serons en Canada à prudemment employer le tout ; nous vous rescrirons tous les ans par des hommes dignes de foi, comment le tout se passera; et ne croyez pas que cette charge vous soit à peine, pour ce que nous trouverons assez de gens de bien qui feront tout ce que vous leur commanderez.
“ Pour nous, seulement, nous serions trop heureux si un homme de mérite comme vous prenait la qualité de chef de l’entreprise de Canada, et croyons qu’à votre exemple plusieurs se rangeraient de notre part, et ferions des merveilles devant six ans.
“ L’année prochaine, le Rév. Père Georges retournera en France pour nos affaires, vous connaîtrez quel homme c’est, ce qu’il peut, et 1 espérance que nous avons de faire choses grandes, si dès cette année vous nous voulez aider et joindre vos pieuses volontés avec les nôtres. Vous vous adresserez à Monsieur Houel, lequel le dit . sieur Guers vous fera voir. Nous restons trois religieux prêtres en la Nouvelle-France, avec le Frère Oblat que vous avez vu, résolus de ne jamais abandonner le dit pays, mais d’y faire tout ce que nous pourrons pour le service de Dieu, du roi et du bien public ;
ce qui nous relève le cœur est le bon commencement que nous voyons et l’apparence belle de faire de grands fruits ; si le tout ne réussit pour n’être secondé, nous ne laisserons pas d’avoir gloire devant Dieu et devant les hommes. Je souhaite avec passion que vous soyez le premier participant de ce bien.
Notez, s’il vous plaît, Monsieur, qu’il y a treize ans que l’habitation subsiste sans que jamais aucun étranger et moins encore les Sauvages, qui nous désirent et nous reçoivent à bras ouverts, ayent rien attenté à l’encontre1. En laquelle habitation nous avons semblablement une maison et chapelle où nos Pères ont fait depuis six ans et font tous les matins le service divin pour la consolation des Français qui sont en icelle.
J’espère des lettres de vous l’année prochaine, qui m’apprendront votre dernière résolution; cependant nous vivons en espérance que Dieu fera réussir par votre moyen cet auguste dessein, et offrirons à sa ^divine miséricorde journellement nos prières pour tous ceux qui y contribueront, et particulière-
1. Il est vrai que jusqu’alors ni les Sauvages ni aucun peuple civilisé n’avaient encore attaqué les Français à Québec. En 1618, nous avons bien vu les Sauvages se concerter aux Trois-Rivières pour aller surprendre les Français de l’habitation. Mais cette attaque n’eut pas lieu, ayant été détournée par le Frère Duplessis et le capitaine sauvage La Forière ; et encore cette attaque eût été l’effet non de la haine de tous les Sauvages, mais la suite d’une vengeance personnelle de deux Indiens. Si le Père Jamet avait pu voir dans' l’avenir, il aurait aperçu les Iroquois venant l’année suivante, essayer une attaque qui n’eut pas d’effets heureusement
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ment pour vous, à qui je suis et serai toute ma vie, Monsieur, très humble et obéissant serviteur en Jésus.
Denis Jamet,
indigne commissaire des Pères Récollets de Canada.
De Québec ce 15 d’août 1620. ”
Cette intéressante lettre du Père Denis Jamet n’a pas besoin de commentaire. C’est une page d’histoire que nous devions reproduire textuellement. Ajoutons-y seulement le détail suivant: la chapelle, mentionnée par le Père Denis et qui occupait la moitié du rez-de-chaussée, était temporaire. Le Père Commissaire lui-même fit bâtir l’église conventuelle, qui forma un bâtiment à part, entièrement en pierre ; il la bénit le 25 mai 1621 . bagard nous en parlera en 1623.
Nous possédons la réponse de Monsieur Charles des Boves. Sa lettre, jointe à la précédente, nous fait connaître ses relations avec les Récollets et surtout la générosité dont il fit preuve en\ ers l’Eglise du Canada.
Mon Révérend Père,
J’ai reçu votre lettre datée de Québec en Canada du quinzième août mil six cent vingt ; pour réponse, je vous dirai que j’ai grandement admiré la Providence divine, de ce que comme vous me fîtes ce bien de me voir ici allant en Canada, je vous fis entendre mon sentiment sur cette entreprise,
1 Leclercq, Premier établissement de lafoy, i, p. 165.
et votre Révérence me témoigna avoir le même, lorsque nous en traitions et délibérions ensemble à Pontoise, y craignant beaucoup d’obstacles. Dieu, néanmoins, l’exécutait exactement en Canada ; ce qui est comme un petit miracle, qui me fait bien espérer ; je loue et remercie Notre Seigneur (de ce) que (vous) avez pratiqué le dire de saint Paul, que je vous avais tant répété : prias quod animale deinde quod spirituale1. Ayant (vous aurez) une maison à part, hors l’habitation, qui sera un couvent où vous et vos Pères et Frères servirez Dieu, en l’obéissance régulière, en prières, contemplations, sacrifices et pénitence et qui pourra servir d’un séminaire de Sauvages et d’un heu pour exercer la charité envers les malades. Et en quatrième lieu, sera une forteresse, comme je vous disais. ”
Monsieur des Boves démontre ensuite que, anciennement, les couvents étaient aménagés pour servir d’école, d’hôpital, de couvent proprement dit et de forteresse. “ C’est pourquoi, continue-t-il, vous devez zéler que ces quatre choses soient en votre maison; et vous faites très bien de faire cultiver la terre et ménager pour vous aider à fournir aux choses nécessaires à une telle entreprise. J’en ai
1. 1ère épitre aux Corinthiens, 15, 46. L’apôtre dit : “ mais ce
n’est pas le corps spirituel qui a été formé le premier, c’est le corps animal et ensuite le spirituel. ” Sous la plume et sur les lèvres du grand vicaire de Pontoise, cela voulait dire pour les Récollets : commencez par organiser le côté matériel de la mission ; assurez-vous les ressources nécessaires sur place autant que possible et puis alors vous pourrez vaquer sûrement aux choses spirituelles, à la conversion et au salut des Sauvages.
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communiqué avec des plus célèbres docteurs en théologie, séculiers et réguliers réformés, lesquels n’y trouvent aucune difficulté ni scrupule nonobstant votre règle, parce que c’est encore et à cette fin d’y planter notre sainte foi, ce qui ne se pourrait pas faire autrement, selon l’expérience que vous en avez depuis six ans, que vos Pères sont là sans y avoir fait beaucoup de fruit, faute de prendre cette voie pour introduire le christianisme au milieu de ces Sauvages qui ne connaissent et n’adorent aucune divinité. C’est un dessein très auguste, que dis-je, il est tout divin. C’est une œuvre d’un incomparable mérite, mais aussi il est besoin d’être particulièrement aidé de Dieu . . .
“ Il faut être tout apostolique et demander instamment à Dieu que faciat nos idoneos ministros \ pour exécuter une si haute entreprise, et que tous ceux qui vous assistent là, les Français, soient pierres vives fondamentales pour le batiment de cette nouvelle Eglise que vous voulez assembler la a Notre Seigneur. Il est besoin que leur vie puisse édifier et instruire à salut ces Sauvages ; et davantage en vos sacrifices (de la messe) tenant Notre Seigneur, lui demander miséricorde pour ces infidèles, à ce qu’il leur ouvre le cœur pour recevoir la sainte foi et qu’il y prenne pied, comme le prenez pour lui dans leurs terres.
“ Et (vous) dresserez tous vos exercices et disciplines à cette fin, envoyant continuellement des aspirations et soupirs vers Dieu à cette intention, le