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CHAPITRE XVII

NOUVEAUX MISSIONNAIRES

Les Récollets avaient alors (1622) au Canada les Pères Denis Jamet, Jean Dolbeau, Joseph Le Caron, Guillaume Poullain, Paul Huet et les Frères Modeste Guines et Bonaventure de la Presle.

Durant l’hiver de 1621 à 1622, les Pères Jamet, Dolbeau et Huet semblent être restés à Québec, occupés soit à la chapelle de la basse ville, soit à Notre-Dame-des- Anges. Le Père Le Caron avait été revoir les Montagnais de Tadoussac d’où il revint à Québec dans le courant de mai pour y vaquer aux exercices spirituels ; le Père Guillaume Poullain desservait les Trois-Rivières depuis son arrivée au pays en 1619, quand, au printemps de 1622, il partit avec des Français et des Sauvages qui allaient à la traite dans les pays de l’ouest, et tout d’abord au Sault-Saint-Louis. Ce voyage faillit lui coûter la vie. Les Iroquois les attaquèrent à l’improviste ; “ on se défendit avec assez de

succès à la faveur de nos armes à feu ; on leur prit même quelques prisonniers, mais le Père Guillaume qui était dans un canot séparé, étant descendu à terre, fut surpris avec un Français dans

les bois par des Xroquois. Ce bon religieux souffrit, avec toute la force et la patience, les indignités et les cruautés de ces barbares1 ” ; on sait les traitements inhumains qu’infligeaient les Sauvages à leurs prisonniers. Ils commençaient à torturer par le feu le Père Poullain, quand ils l’échangèrent contre plusieurs des leurs, que les Français leur rendirent.

Le Père Poullain ne paraît pas être redescendu alors vers Québec. Malgré ses blessures, il continua avec quatre canots sa marche vers l’ouest, d’où il écrivit au Père Commissaire “ que depuis qu’il fut échappé des Iroquois, il s’était parfaitement rétabli et avait été en état de poursuivre avec les quatre canots français jusqu’aux Népissiriniens; il mandait que les Sauvages, qu’il avait trouvés sur sa route, lui avaient paru assez dociles et traitables .... que durant son voyage ... il avait baptisé depuis son départ plus de trente personnes, tant enfants que différents adultes malades à l’extrémité ... Il fait ensuite le récit d’une petite Sauvagesse où (dans laquelle) il avait vu quelque chose de miraculeux ; elle était âgée de douze ans, et comme elle avait remarqué la cérémonie du baptême de quelques autres, elle voulait en faire de même à ses compagnes et autres Sauvages de la nation. Elle apprenait toutes les prières qu’on avait fait traduire en sa langue, elle les récitait avec une mémoire angélique, témoignant des empressements extrêmes pour qu’on la baptisât, et comme le Père tenait toujours

1. Leclercq, Premier établissement de la foy, i, pp. 206, 207.

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ferme, elle se faisait jeter de l’eau et appliquer les cérémonies par ses compagnes. “ Je vous assure, dit-il, mon Révérend Père, que si je n’avais pas été empêché par la résolution et le règlement envoyé de France, que je trouve d’ailleurs très raisonnable pour le général (l’ensemble) des Sauvages, j’aurais accordé le baptême à cette jeune enfant qui me paraissait recevoir assez bien les instructions que je lui faisais ; mais comme elle appartenait à des parents tout à fait barbares et insensibles pour la religion, je compris que ce serait exposer le sacrement ; je verrai dans la suite si je la pourrai tirer de leurs mains et la conduire à Québec, ou du moins, j’espère que Dieu par une autre voie lui fera miséricorde1.

Le Père Guillaume Poullain dut revenir à Québec en cette année 1622 pour repasser en France par les navires des associés. Il allait refaire sa santé, “ prendre de nouvelles forces, ” lisons-nous au Mortuologe des Récollets. Mais le vaillant apôtre touchait à la fin de sa carrière. Il mourut à Châlons en Champagne le 12 mars 16232. Le Père Poullain était un “ homme d’un grand zèle du salut des âmes et de la conversion des infidèles à laquelle il a travaillé quelques années dans 1 Amérique et au Canada. ” Il avait fait profession l’an 1616, le 13 avril3. ”

1. Leclercq, Premier établissement de lafoy, i, pp. 219, 222.

2. Mortuologe des Récollets. Tanguay, Répertoire du clergé canadien, met 1634 au lieu de 1623, et prétend citer tout de même le Mortuologe. Il y a pourtant bien 1623. Où a-t-il pris 1634 ?

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