Champlain, Œuvres, p
séculiers ou réguliers de la contrée, et d’y mettre à leur place les Capucins. Ce qui fut exécuté1.
Les trois Récollets d’Aquitaine dont nous avons parlé, vinrent à Québec, avec l’autorisation de leur supérieur de France. Ils arrivèrent en canot, avec deux Français et cinq Sauvages. Ils avaient suivi la rivière Saint-Jean, et après bien des portages, ils avaient, par la Rivière-du-Loup, atteint le fleuve Saint-Laurent et Québec2. Ils avaient mis un mois à faire ce voyage. Ces missionnaires étaient les Pères Jacques de la Foyer, Louis Fontiner et Jacques Cardon. Les deux derniers demeurèrent au couvent de Notre-Dame-des- Anges ; c’est le Père de la Foyer qui, avec le Frère Bonaventure, arrivé à Québec en 1620, alla hiverner chez les Nipissiriniens'h
Le 19 de juillet, le sieur de Caen se rendit aux Trois-Rivières pour y commercer avec les Sauvages qu’il y trouverait. Il fut de retour à Québec, le premier août4. La traite était terminée. Les divers groupes de Sauvages s’en retournaient dans leur pays. Les Hurons qui avaient amené le Père Le Caron et le Frère Sagard n’eurent pas la conso-
1 L’ordonnance de Richelieu est aux archives du ministère des affaires étrangères, Paris. Fonds Amérique, vol. i, fol 100. Cf. Rapport sur les Archives Canadiennes, 1SSS, p. 129.
2. En face de Tadoussac au sud : “ est une rivière par laquelle l’on peut aller à celle de Saint-Jean, en portant les caDots, partie par terre et le reste par les lacs et les rivières, tous ces chemins ne se font (pas) sans difficulté. ” Champlain, Œuires, p. 1095.
3. Leclercq, Premier établissement de lafoy, i, pp. 293. 294.
4. Toutes ces dates sent données par Champlain, Œuvres pp. 1064, 1065.
lation de ramener chez eux ces missionnaires.
Tandis qu’il goûtait à Notre-Dame-des- Anges un repos bien mérité, tout en préparant les paquets destinés à la mission huronne, une lettre apportée de France par un des navires, fut remise à Sagard. Elle contenait l’obédience suivante :
“ Mon très cher Frère, salut en Jésus-Christ. J’ai reçu les vôtres avec joie et contentement de votre heureuse arrivée dans ces terres canadiennes d’où vous avez passé à celle des Hurons pour y employer votre zèle et la bonne volonté qu’avez pour le salut des mécroyants. Je prie le même Dieu qui vous a prêté son ange pour vous y conduire, qu’il vous en ramène au plus tôt en pleine santé. J’ai affaire de votre présence par deçà, c’est pourquoi je vous envoie une obédience en vertu de laquelle je vous commande de revenir au plus prochain voyage, qu’il vous sera possible, non que je doute de votre obéissance, mais afin que personne ne pense de vous empêcher. Je vous attendrai donc en notre couvent de Paris, où je ferai prier Notre Seigneur pour vous, qui suis, après m’être recommandé à vos saintes prières, mon cher Frère, votre affectionné serviteur en Jésus-Christ. Frère Polycarpe Du Fay, Provincial. A Paris, ce 9 mars 16241. ”
A la suite de ce document, Sagard ajoute la réflexion suivante : “ il me fallut donc changer
de batterie et laisser Dieu pour Dieu par l’obéissance,
1. Hist. du Canada, pp. 835, 836. Il jya 1625 dans cet ouvrage, mais l’erreur est manifeste, il faut 1624 u
puisque la divine Majesté en avait ainsi ordonné.
Il lui fallut aussi congédier ses Hurons marris de son départ pour l’Europe. Il leur donna espérance qu’il reviendrait. Un festin leur fut préparé à Notre-Dame-des- Anges. Les Récollets leur servirent “ une pleine chaudière de pois assaisonnés d’un peu de lard1. ” Après quoi, ils reçurent chacun un petit présent. Au cadeau reçu par le capitaine, Sagard consacre une page qui n’est pas dépourvue de charmes. On lui donna “ un grand chat pour porter en son pays, présent qui lui agréa tellement, qu’il ne savait assez nous en remercier à son gré : voilà comment les choses rares sont estimées partout, encore qu’en soi elles soient de peu de valeur2. ”
Suivant en cela une des erreurs de ceux de sa nation, ce brave Huron estimait que ce chat avait un esprit raisonnable. Et comme le chat venait et caressait celui des Récollets qui l’appelait, il en conclut “ qu’il entendait parfaitement bien le français et comprenait tout ce qu’on lui disait. Après avoir admiré cet animal, il nous pria de lui dire qu’il se laissât emporter en sa province et qu’il l’aimerait comme son fils. “ O Gabriel, qu’il aura bien de quoi faire bonne chère chez moi, disait le bonhomme ; tu dis qu’il aime fort les souris et nous en avons en quantité, qu’il vienne donc librement à nous. Ce disant, il pensa embrasser ce chat que nous tenions auprès de nous, mais ce