Sagard, Hist. du Canada, p
méchant animal, qui ne se connaissait point en ses caresses, lui jeta aussitôt ses ongles et lui fit lâcher prise plus vite qu’il ne l’avait approché.
Ho, ho, ho, dit le bonhomme, est-ce comme il en use, ongaron, ortiscohat, il est rude, il est méchant, parle à lui. ” Notre Huron ne renonça pas pour cela à son présent. Il parvint à le mettre dans une boîte d’écorce et il l’emporta dans son canot. Les Récollets lui donnèrent du pain pour le nourrir durant le voyage. Mais en chemin, il prit fantaisie au Sauvage de partager sa sagamité avec son chat ; il ouvrit sans doute un peu trop la boîte, car le chat bondit aussitôt et s’en alla grimper sur un arbre. Le capitaine put lui parler, l’appeler, le chat “ n’entendait point le Huron ” dit Sagard, et quand même il eût été habitué à cette langue, il n’aurait certes pas sacrifié sa liberté pour si peu. Il est vrai que son sort ne sera pas meilleur, dans cette vaste solitude que dans la cabane du Sauvage, mais le chat n’entendait pas davantage le raisonnement. Il resta sur son arbre observant les allées et venues des Hurons. En fin de compte, le capitaine, “ bien marri d’avoir fait une telle perte, ” reprit sa marche vers son pays1. Quant au chat, nouveau Robinson, mais moins fortuné, il n’a pas fait savoir ce qu’il était devenu.
Revenons à Québec. Sagard remit aux Hurons les effets destinés au Père Nicolas Viel, avec une lettre pour le même. Il fit ses adieux aux Français, aux Sauvages et aux Récollets ses Frères. Il entra