CHAPITRE XXIV
RELATION DU PÈRE LE CARON
4 vant le départ des navires qui ramenaient /\ en France le Père Piat et le Frère Sagard, en 1624, le Père Le Caron remit à ces Récollets une relation très intéressante, écrite de sa main, durant son séjour chez les Hurons, ou plus probablement durant le mois entier qui s’écoula depuis son retour à Québec, jusqu’au départ des vaisseaux. Cette relation constitue une étude approndie sur les Sauvages du Canada, un aperçu général, précis, exact, sur les idées, les mœurs, les défauts des Indiens, les obstacles que la foi catholique rencontrait chez eux.
L’esprit observateur, le zèle infatigable du Père Le Caron se révèlent dans ces pages, écrites avec simplicité et grande franchise.
Nous devons à la mémoire des premiers apôtres du Canada, de reproduire cette relation, écrite par un des Récollets de la première heure ; elle est un autre témoignage des pénibles travaux, pas assez appréciés, accomplis par eux pour implanter sur le sol canadien la foi catholique.
Le Père Chrétien Leclercq, qui a inséré cette relation dans son ouvrage : Premier établissement de la foy1, dit qu’elle fut remise au Provincial des Récollets de Paris. C’est possible ; mais d’après le texte même elle était destinée à quelque bienfaiteur insigne des missions canadiennes, auquel le Père Le Caron dit : “ vous l’êtes (protecteur),
Monsieur, de notre maison par vos soins et vos libéralités. ” Ce personnage avait sollicité cette relation. Le début de cette pièce le prouve : “ Comme vous êtes curieux des choses naturelles de ce pays et encore plus de ce qui concerne la conversion des âmes, et que vous me demandez quelque récit de l’une et de l’autre, j’ai cru qu’il ne fallait pas mêler le sacré avec le profane et que j’étais obligé de séparer les deux sujets en deux réponses différentes. ”
Le Père Le Caron écrivit donc deux relations au lieu d’une ; mais la deuxième qui ne manquerait pas d’intérêt, n’a pas été publiée par Leclercq. Il faut le regretter ; elle nous eût fait connaître sans nul doute bien des détails sur la topographie canadienne, les richesses naturelles du pays, les occupations des Sauvages. Voici, presque en entier, la première relation de notre Récollet.
“ Je ne vous satisferai pas beaucoup par le grand nombre de conversions des âmes ; on en fait peu de véritables parmi nos Sauvages ; le temps de la grâce n’est pas encore arrivé, quoiqu’on n’épargne rien pour les disposer à la foi ... Il ne s’ensuit