CHAPITRE XXV
1e Père Irénée Piat et le Frère Gabriel Sagard ^ ne perdirent pas de temps à Paris. Leur attachement aux missions du Canada, les porta tous deux à poursuivre leur avancement.
Sagard se rendit auprès du duc de Montmorency, vice-roi, et le pria de porter remède à certains désordres qu’il avait remarqués dans la colonie et qu’il lui signala, notamment l’impudence des protestants. Il dit même que, durant la dernière traite, ils étaient allés jusqu’à chanter “ leurs marottes pendant qu’un Récollet disait la sainte messe ; “ que ce n’était pas le moyen de planter la foi où les chefs principaux étaient contraires à la même foi, ” que les Sauvages s’apercevaient bien des divergences de croyance entre les Français.
Le Père Irénée Piat avait, avons-nous déjà dit, une mission très importante à remplir au nom des Récollets du Canada. Ceux-ci, réunis en leur couvent de Notre-Dame-des- Anges, après avoir demandé les lumières du ciel, avaient délibéré sur l’état de l’Eglise canadienne. Apôtres infatigables, missionnaires désintéresses, ils desiraient ardem-
ment voir se répandre partout la foi catholique. Ils gémissaient à la pensée de tant d’ames, qui pourraient être sauvées et ne l’étaient pas. Pourtant, leur zèle ne laissait rien à désirer ; leur dévouement était inlassable, ils étaient tous prêts à mourir s’il le fallait pour la cause de Dieu.
Que manquait-il donc pour faire germer une plus abondante moisson dans le champ du Père céleste ? Des ouvriers. Voilà ce que les Récollets de Québec, bien à même de le savoir, constataient clairement. Quel remède apporter à cet état de choses ? Demander à leurs confrères de la Province de Saint- Denis de passer nombreux au Canada ? Leur désir eût été de suite exaucé. D’autres Récollets ne demandaient pas mieux que d’aller se dépenser à l’évangélisation des Sauvages du Canada. Les ouvriers, on les aurait trouvés, et en nombre. Mais il fallait pourvoir à leur subsistance. Or “ Messieurs de la compagnie (des marchands) croyaient avoir fait un grand effort de fournir annuellement à la subsistance de six Récollets1. ” D’ailleurs, c’était tout ce que leur charte exigeait. Les diverses démarches des Récollets pour obtenir davantage étaient paralysées par la cupidité et l’indifférence. Pourtant, les missions s’étendaient de plus en plus ; le commerce lui-même augmentait toujours ; les missionnaires entretenaient l’amitié des Sauvages pour les Français bien mieux que plusieurs interprètes pourtant mieux payés et moins désintéressés que les Récollets. Mais les associés ne voyaient rien