Œuvres, p
Père Lalemant et le Frère Gervais mirent pied à terre pour aller voir ces deux malheureux et essayer de les délivrer. C’était chose bien difficile à obtenir.
Les deux Iroquois étaient entre les mains de sept Montagnais' qui avaient eu pour capitaine en cette expédition Napagabiscou, appelé par les Français Trégatin, fils de Neptégaté, c’est-à-dire homme qui n’a qu’une jambe, bien qu’il en eut deux, et gendre de Mécabau, celui-ci grand ami des Français et nommé par eux Martin. Nous verrons bientôt Napagabiscou demander le baptême.
Les deux religieux trouvèrent sous la tente de Mécabau les deux Iroquois, l’un âgé d’environ 25 ans et l’autre de 15 à 161. Ils mangeaient des pois et de la chair d’élan, “ avec la même gaieté et liberté que les autres, du moins en faisaient-ils le semblant, pour n’être estimés poltrons ou avoir peur des tourments, desquels ils avaient déjà eu le premier appareil capable de pouvoir tirer des larmes de personnes moins constantes, car pour moindre mal nous crions bien à l’aide2. ”
Le Frère Gervais, racontant plus tard au Frère Sagard ce dont il fut témoin aux Trois-Rivières et près du cap de la Victoire, lui dit : “ Qu’on leur avait déjà arraché les ongles de tous les doigts des mains, puis brûlé le dessus avec de la cendre chaude . . . L’un d’eux avait aussi été très bien battu par une femme Montagnaise, qui lui mordit le bras, dont elle mangea une grande pièce, disant : que c’était
1. Sagard, Hist. du Canada, p. 472. — Champlain donne 28 ans au premier et 17 au second. Œuvres , p. 1123.