Sagard, Hist. du Canada, p
surprise selon leur coutume et de neuf (ennemis) qu’ils trouvèrent, ils en assommèrent sept et en apportèrent les peaux des têtes pour en faire présent aux femmes selon leur coutume. Des deux prisonniers, ils laissèrent le jeune qui est âgé de douze ans, car ils n ont (pas) coutume de tuer les enfants, mais les naturalisent de leur nation, lesquels sont après, les plus cruels à leur propre pays, mais firent mourir 1 aîné en cette façon : d’avance, ils lui coupèrent à belles dents, les deux index des mains, et après l’avoir gardé lié et nourri comme eux, tinrent conseil pour le tuer, le livrèrent à leurs femmes, lesquelles 1 ayant lié au poteau préparé, lui peicèrent la chair d’alènes, le brûlèrent avec des tisons, puis arrosaient les brûlures d’eau ; elles lui levèrent la peau de la tête, (la) laissant arrière’ et lui couvrirent le chef écorché de cendres chaudes. Le misérable hurlait, mais les hurlements que faisaient les autres, de joie, offusquaient (couvraient) le sien. Les femmes le délièrent, et de rage se vint jeter dans les fossés de l’habitation où après avoir reproché à nos Français qui voyaient ce triste spectacle des galleries de la maison, qu’il espérait la vie sauve par leur moyen, il prit des pierres pour ruer (jeter) à ses tyrans. Il se sentit aveuglé de son sang et n’eut d’autre refuge qu’une pierre sur laquelle i se froissa la tête. Les autres l’achevèrent à coup de^ pierre, l’écorchèrent et le mangèrent1. ”
Telle fut l’affreuse scène dont les Récollets furent témoins dès leur arrivée au pays. Quel augure !