‹ Les Franciscains et le CanadaChapitre 49 sur 344 · Id · texte numérisé non relu

Id

3. Ces détails biographiques sont empruntés à Michaud et au M er cure-Français .

Pax Christi.

Illustrissime Prélat,

Votre très humble (serviteur)1 n’eut jamais osé entreprendre de vous écrire si votre Seigneurie n’eut daigné en faire le commandement à un de nos religieux2 3 lorsque nous partîmes de Paris. Sur quoi me confiant, je vous écris ce mot de notre voyage. Lequel (je) vous supplie le voir de bon œil, non tant pour les paroles qui y sont, comme pour être un petit avancement de la gloire de Dieu et de la France.

Les navigations du Canada étant prises en saison ne sont tant longues ni fâcheuses qu’on estime. La nôtre, grâce à Dieu, a été autant heureuse qu’on en ait vue, et d’autant que nous partîmes en assez haute saison’, à savoir le vingt-quatrième d’avril, et arrivâmes à Tadoussac le vingt-sixième de mai. Les années précédentes plusieurs se sont vus en danger de leur équipage, assiégés de glace et d’horribles tempêtes, ont employé les dix et douze semaines à la traversée, d’autant que c’était à qui

1. Les mots entre parenthèses sont de nous. Nous les avons ajoutés pour rendre l’intelligence de la relation plus facile et sa lecture plus aisée.

2. La suite nous fera voir que ce religieux était le Père Le Caron.

3. “ Partir avant la saison ne sert qu’à se précipiter dans les glaces. ” Champlain, Œuvres, p. 437. Voir plus haut, page 37, note 3.

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partirait le plus tôt pour prévenir les Sauvages et frustrer leurs compagnons1.

Pour la température de l’air nous la trouvons pareille à celle de France, hormis la chaleur qui nous semble plus ardente2 3. Quant à l’hiver, je n’en puis rien dire que ce qu’en disent ceux qui y ont demeuré plusieurs années, les neiges plus grandes qu’en France, et durent pour l’ordinaire quatre mois, les gelées plus violentes qu’en France, même la grande rivière (le Saint-Laurent) gèle jusqu’à la mer. Il y a cela de bon qu’on n’y sent (pas) les vents froids comme en France’.

Depuis Gaspé jusqu’à Québec, qui font près de deux cents lieues, ne sont que hautes et affreuses montagnes, fertiles seulement en roches et sapins. Mais depuis Québec, ce sont terres belles et on y en ferait de très bonnes si elles étaient cultivées.

1. “ Chacun voulant cueillir les fruits de mon labeur, sans contribuer aux frais et grandes dépenses qu’il convient faire à l’entretien des habitations nécessaires pour amener ces desseins à une bonne fin, ruine ce commerce par l’avidité de gagner, qui est si grande, qu’elle fait partir les marchands devant la saison et se précipiter non seulement dans les glaces en espérance d’arriver des premiers en ce pays, mais aussi dans leur propre ruine ; car, traitant avec les sauvages à la dérobée et donnant à l’envie l’un de l’autre de la marchandise plus qu’il n’est requis, surachètent les denrées ; et par ainsi, pensant tromper leurs compagnons, se trompent le plus souvent eux-mêmes. ” Champlain, Œuvres, p. 431, 432.

2. Ne pas oublier que notre Récollet écrit sa relation en plein mois de juillet. Le Père Dolbeau dans sa lettre du vingt juillet 1615 au Père Didace David écrit aussi:" la température de l’air m’a semblé jusqu’à cette heure de même que celle de France. ” Dans Leclercq, Premier établissement de la foy, i, p. 64.

3. L’hiver est plus sec et dès lors le froid est moins sensible tout en étant plus intense.

On ne voit en ces pays autres arbres fruitiers que groseilliers, framboisiers, petits cerisiers, noyers et pommiers. Les pommes en sont fort bonnes au rapport de ceux qui en ont mangé. On en a vu de vertes qui étaient déjà assez grosses et avaient la façon d’être telles qu’on m’a dit. Le plus qu’il y a, c’est la vigne, dont une partie est fort chargée de raisins, celle qui n’est (pas) à l’air, en est privée1.

Quant à la rivière, elle est une des plus belles du monde, comme je crois. A son embouchure de la mer, elle a plus de trente lieues2. On va toujours en étrécissant. A Tadoussac, qui est environ en la rivière quatre-vingt lieues, elle a environ sept lieues, le plus étroit est à Québec. Depuis Québec, trente lieues (en) montant amont la rivière on trouve un lac long de neuf lieues et de large sept, à la sortie duquel (en montant), la rivière se divise en plusieurs rivières et ainsi fait un grand nombre de belles îles, grandes et petites, aucunes (quelques-unes) sont verdoyantes, autres non3.

J’ai vu le commencement de ce beau pays, car je fus là4 avec les marchands et cependant qu’ils

1. Jacques Cartier avait déjà remarqué l’abondance de la vigne, en particulier dans l’ le d’Orléans, que pour cette cause il appela alors F le Bacchus.

2. “ Du Cap de Gaspé à la terre du nord, il y a vingt-cinq à trente lieues, c’est la largeur de l’embouchure du fleuve Saint- Laurent. ” Champlain, Œuvres, p. 1090.

3. Il s’agit ici du lac Saint-Pierre et des les de Sorel. Le lac a bien la longueur donnée par le Récollet mais non sa largeur.

4. Le Père Jamet monta jusqu’au Sault-Saint-Louis, au-dessus de Montréal.

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trafiquaient je ne pouvais me soûler de le contempler ni de le regretter inhabité.

Il l’a autrefois été des Sauvages, mais leurs guerres enragées les en ont délogés, et se sont retirés arrière les uns des autres, plus avant dans les terres. Ça été depuis quatre-vingts ans, et (il) y a un Huron qui se souvient encore d’avoir vu un village auprès d’où nous étions, les habitants duquel furent tous assommés à coup de massue des Iroquois1 2 3.

Quant à la condition des peuples, ils sont tous bien proportionnés et de belle taille ; les Hurons sur tous les autres sont les plus puissants (de stature) et retiennent des traits du Flamand. Les Epissérinis' sont plus grêles mais paraissent hardis et prompts à la marche ; tous portent les cheveux longs tant hommes que femmes, vont la tête nue et s’habillent de peaux de castor, martres et autres (animaux). Tous sont de petit jugement et ont peu de ratiocination (raisonnement), si ce n’est pour leur profit.

Tous vivent sans adoration d’aucun dieu. Les Montagnais, les Algonquins et Epissérinis invoquent le diable par des hommes qu’ils appellent Pilotois",

1. L’allusion est assez claire. Il s’agit du village d’Hochelaga qui existait encore, il y avait, non pas 80 ans, chiffre rond donné par notre Récollet, mais 73 ans, en 1615.

2. Ce sont les Nipissiriniens ou sorciers, habitant près du lac Nipissing. Sagard les appelle Ebicerinys ; Champlain les nomme Nébicerini (p. 443), Nepisiérinii p. 509. Sur sa carte de 1632 on lit Bisérinis. Les Relations des Jésuites portent : Bissiriniens, (1635, p. 18), Nipisiriniens, (1636, p. 58 ).

3. Champlain écrit aussi Pilotois. Œuvres, p. 311. Sagard, Hist. du Canada, p. 100, écrit Pirotois.

et par plusieurs fois je les ai ouïs chanter à la cadence à l’entour de leurs malades. Un truchement1 me dit que c’était invocations de diable ; ce qu’ils en font, n’est (pas) pour l’amitié qu’ils lui portent mais pour la crainte qu’ils en ont. Car souvent, ils en trouvent quelqu’un et estiment que ce soit lui qui les fait mourir, car ils meurent en quelques années presque à la moitié ou plus. Les Hurons se moquent de tout cela/

Tous sont dépits2, vindicatifs, amis de la guerre et ne font (pas) état de ceux qui n’y vont (pas), et les appellent femmes3.

Tous sont hardis mais peu constants. Si on leur fait, tort, tous sont cruels à leurs ennemis, et tant, que le frère ne donnerait (pas) un prisonnier qu’il aurait des ennemis, pour racheter son frère qui est en même peine entre les ennemis (appartenant à la même tribu) que celui qu’il tient-, et se .contente de dire je vengerai sa mort.

Ici le Père Jamet raconte la scène horrible dont il fut témoin à Tadoussac en arrivant au Canada et que nous avons reproduite au chapitre quatrième.

Puis il continue : Les ennemis ne leur en font pas moins quand ils les tiennent, et d’ordinaire les femmes et les enfants sont les^bourreaux afin qu’ils languissent davantage.

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