CHAPITRE VII
' n des vifs désirs des Réeollets, un des grands
U motifs de leur venue au Canada, était la conversion des Sauvages. Nous venons d’entendre le Père Jamet s’écrier : “ Quant à ce qui nous touche le plus est la conversion de ces barbares ... Si en gagnant les chrétiens nous gagnions aussi les barbares, notre contentement doublerait. ”
Le Père Le Caron, animé d’une “ferveur merveilleuse pour la conversion des infidèles1, ” fut le premier à entreprendre cette œuvre héroïque. Et pour la réaliser, nous l’avons vu monter promptement au Sault-Saint-Louis, afin d’y rencontrer les Hurons et constater s’il lui serait possible de les suivre dans leur pays. Voyant les circonstances favoriser ses desseins, il revenait à Québec pour se pourvoir des choses indispensables, quand eut lieu à la rivière des Prairies la rencontre avec Champlain que nous avons déjà signalée.
1. P. Hyacinthe Lefebvre, Hist. chronologique de la Province des Récollets de Paris, sous le titre de Saint-Denys, en France, depuis 1612, qu’elle fut érigée, jusqu’en l’année 1676. Chapitre xx, des religieux singuliers en vertu, p. 117.
Le vaillant missionnaire lui fit connaître son projet. Champlain y fit d’abord quelque opposition. Mais il faut comprendre les motifs de cette opposition. On ne rend pas la pensée de Champlain en écrivant, comme Charlevoix, “ qu’il n’avait pas approuvé ce dessein1 .” Si Champlain faisait difficulté de laisser partir le Père Le Caron chez les Hurons, c’était par crainte que ce vaillant missionnaire eût trop à souffrir au cours de ce voyage et durant son séjour dans un pays ou aucun Européen n’était encore allé. La résolution ferme du Récollet, son zèle ardent, ses saintes et sublimes intentions eurent tôt fait de convaincre Champlain.
D’ailleurs, voici le texte même du fondateur de Québec : “ Nous trouvâmes le Père Joseph qui s’en retournait à Québec, pour se préparer et prendre ce qui lui était nécessaire, afin d’aller hiverner dans le pays. Ce que je ne trouvais à propos pour le temps, mais je lui conseillais pour sa commodité qu’il passât l’hiver en l’habitation seulement, et que le printemps venu, il pourrait faire le voyage, au moins durant l’été, m’offrant de lui faire compagnie, et en ce faisant il ne laisserait de voir ce qu’il eût pu voir en hivernant, et retourner passer l’hiver au dit Québec, où il eût eu la fréquentation ordinaire de ses frères et d’autres personnes qui restaient à l’habitation, à quoi il eût mieux profité que de demeurer seul parmi ces peuples, où à mon avis il ne pouvait pas avoir beaucoup de contentement. Néanmoins, pour quelque chose qu’on lui
1. Charlevoix, Hist. générale de la Nouvelle-France, livre iv, page 153.
put faire entendre, dire et représenter, il ne voulut changer de dessein, étant poussé du zèle de Dieu et d’affection envers ces peuples, se promettant de leur faire connaître leur salut. Et ce qui lui faisait entreprendre ce dessein à ce qu’il nous représenta, était qu’il était nécessaire qu’il y allât, tant pour mieux connaître le naturel des peuples que pour apprendre plus aisément leur langage, et quant aux difficultés qu’on lui représentait devoir se rencontrer en leur conversation, il s’assurait d’y résister et de les supporter et de s’accommoder à leurs vivres et incommodités fort bien et allègrement, moyennant la grâce de Dieu, de la bonté et assistance duquel il se tenait certain et assuré, et que puis qu’il y allait de son service, et que c’était pour la gloire de son nom, et prédication de son saint Evangile, qu’il entreprenait librement ce voyage, s’assurant qu’il ne l’abandonnerait jamais en telle délibération. Et pour ce qui regarde les commodités corporelles, il fallait bien peu de choses pour contenter un homme qui ne fait profession que d’une perpétuelle pauvreté, et qui ne recherche autre chose que le ciel, non tant pour lui que pour les autres ses confrères ; n’étant chose convenable à sa règle d’avoir autre ambition que la gloire de Dieu, s’étant proposé de souffrir et supporter toutes les nécessités, peines et travaux qui s’offriront pour la gloire de Dieu. Et le voyant pousse d’un si saint zèle et ardente charité, je ne l’en voulus plus détourner et il partit avec cette délibération d’y annoncer le premier le nom de Dieu, moyennant sa sainte grâce, ayant un grand contentement que
l’occasion se présentât pour souffrir quelque chose pour le nom et la gloire de notre Sauveur Jésus- Christ1. ”
Le Mercure-Français, dans les lignes suivantes, juge très exactement la conduite de Champlain en présence des projets du Père Le Caron. “ Le Sieur de Champlain, au dernier discours qu’il en a fait2 , loue fort la résolution que prit le Père Joseph, l’un des quatre premiers Récollets qui ont été au Canada, d’aller demeurer avec ces Sauvages Attigouautans3, peuples qui sont au-delà des Algonquins, de s’accommoder à leurs vivres et supporter toutes sortes d’incommodités, pour apprendre leur langue, afin d’être le premier qui put donner facilement la connaissance et annoncer le nom de Dieu à ces Sauvages4. ”
Après la célébration de la sainte messe, sur l’île de Montréal, Champlain reprit sa course vers Québec, où il allait, nous l’avons dit, faire ses préparatifs pour monter avec les Hurons, et les assister dans leurs guerres, et faire des découvertes. Il arriva à Québec le 26 juin, où il trouva “ le Père Jean et le Père (Frère) Pacifique en bonne disposition, qui