Leclercq, Premier établissement de la foy, i, p
ZÈLE ET APATHIE
et que ne pouvons comprendre par discours, comme chose qui surpasse notre entendement. Mais si tu veux bien faire, est d’habiter ce pays, et amener femmes et enfants, lesquels venant en ces régions, nous verrons comme tu sers ce Dieu que tu adores, et de la façon que tu vis avec tes femmes et enfants, de la manière que tu cultives les terres et ensemences, et comme tu obéis à tes lois et de la façon que l’on nourrit les animaux et comme tu fabriques tout ce que nous voyons sortir de tes inventions. Ce que voyant, nous apprendrons plus en un an qu’en vingt à ouïr discourir, et si nous ne pouvons comprendre, tu prendras nos enfants, qui seront comme les tiens ; et ainsi jugeant notre vie misérable au prix de la tienne, il est aise à croire que nous la prendrons pour laisser la nôtre.
“ Leurs discours me semblaient d’un bon sens naturel qui montre le désir qu’ils ont de connaître Dieu. C’est un grand dommage de laisser perdre tant d’hommes et les voir périr à nos portes, sans leur donner secours, (ce) qui ne peut etre sans 1 assistance des rois, princes et ecclésiastiques, qui seuls ont le pouvoir de ce faire. Car aussi en doiventils seuls en porter l’honneur d’un si grand œuvre, à savoir de planter la foi chrétienne en un pays inconnu et barbare aux autres nations, étant bien informés de ces peuples csmme nous sommes qu ils ne respirent et ne désirent autre chose que d etre pleinement instruits de ce qu’il leur faut suivre et éviter ; c’est donc à ceux qui ont le pouvoir d’y travailler et y contribuer de leur abondance, car un jour ils répondront devant Dieu de la perte de tant
d’âmes qu’ils laissent périr par leur négligence et avarice, car ils ne sont pas peu mais en très grand nombre ; or, ce sera quand il plaira à Dieu de leur en faire la grâce ; pour moi, j’en désire plutôt l’effet aujourd’hui que demain, pour le zèle que j’ai à l’avancement de la gloire de Dieu, à l’honneur de mon roi, au bien et réputation de ma patrie1.”
La citation est un peu longue, mais elle est justifiée. Comment ne pas faire écho, aussi puissamment que possible à des accents si justes et si nobles ? Comment laisser ignorer ce qui nous révèle de mieux en mieux l’apôtre, le soldat de Dieu, dans le soldat de la France et le fondateur de Québec, dans Champlain?
Cette page de Champlain est une nouvelle preuve de l’unité de vue entre lui et les missionnaires.
Dans leurs délibérations, à Québec, les Récollets traitèrent aussi de l’apathie et même de l’opposition des associés “ qui pour s’attirer tout le commerce ne voulaient pas habiter le pays, n’y souffrir même que nous rendissions les Sauvages sédentaires2. ” Ils furent aussi d’avis, et avec raison, qu’il fallait augmenter le nombre des missionnaires ; de plus, résolution qui honore la petite assemblée, “ il fut conclu qu’on n’avancerait rien si l’on ne fortifiait la colonie d’un plus grand nombre d’habitants, laboureurs et artisans3. ” C’était vouloir employer le moyen le plus sûr et le plus efficace pour développer promptement et affermir l’œuvre de Cham-