CHAPITRE ZTIII
Et s'il ( Louis dauphin ) n'eust eu la nourriture autre que les seigneurs que j'ay veu nourrir en ce royaume, ie ne crois pas que iamais se fust ressours : car ils ne les nourrissent seulement qu'à faire les fols en habillement et en paroles. De nulles lettres, ils n'ont connaissance. Un seul sage homme on n'entremet à l'entour. Ils ont des gouverneurs à qui on parle de leurs affaires , et à eux rien.
it cacjot.
La petite ville de Niort , dans le Bas-Poitou , était depuis quinze jours le rendez-vous général de toute la population du pays circonvoisin : le Dauphin , toujours suivi de son gouverneur le comte de Pardiac, avait occupé le château et la ville sans manifester encore ouvertement ses projets ; mais ses correspondances continuelles avec les princes et les seigneurs mécontens rassem-
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blés àBlois, annonçaient une crise prochaine , et l'arrivée du duc d'Alençon auprès de lui avança plus en un moment d'entrevue qu'en deux mois de négociations la révolte qu'on préparait depuis long-temps sous les yeux mêmes du roi; néanmoins le gouverneur, en sa qualité de représentant de l'autorité paternelle , ne céda pas la place au duc et demeura neutre en observation.
Niort était à l'abri d'un coup de main , par ses fortifications , et en état de soutenir un siège réglé , par ses approvisionnemens de toute espèce : la Sèvre niortaise , qui descend de Sevret sous les murs du château et sépare la ville de son faubourg , coulait comme un large fossé que les écluses des moulins pouvaient gonfler et faire déborder dans la plaine; les murailles d'enceinte à bonnes étoffes, garnies de machines et d'artillerie, le château encadré de tours à mâchicoulis et de parapets crénelés , avaient autrefois hausse' le nez a toute la force des Anglais, dit un historien ; le pont était défendu par les grosses tours del'Espringale et du Pelet, qui dominaient tout le faubourg ; enfin la plupart des maisons , construites en pierres et flanquées de tourelles , auraient pu chacune résister à un assaut particulier.
Ce n'était pas que cette ville, âgée de trois siècles à peine , fut accoutumée au bruit des armes et façonnée au pouvoir féodal : Niort au contraire
formait une commune puissante que la marchandise gouvernait après l'avoir fondée ; et ces remparts formidables ne servaient qu'à protéger le commerce des draps , qui attirait à ses foires un prodigieux concours de marchands étrangers. Les drapiers niortais , riches la plupart, ne souffraient pas que la royauté empiétât sur leurs privilèges , et leur mécontentement, fomenté par les intrigues du Dauphin qui résidait d'ordinaire parmi eux , était accru par la levée de subsides extraordinaires , par la continuation de la guerre , et surtout par le pillage effréné des gens d'armes : ceux-ci, répandus en bandes dans le Poitou et la Saintonge , tenaient les routes , s'emparaient des convois de draps , enlevaient les laines et les troupeaux , rançonnaient les marchands et détruisaient l'industrie de la province ; les habitans de la campagne, dont les vignes et les moissons étaient ravagés , les villages envahis et les femmes sans cesse exposées aux outrages de ces brigands , partageant la haine des citadins contre les soudoyers du roi , qui se trouvait enveloppé dans cette haine comme le premier auteur de ces désastres , qu'il ignorait souvent ; mais, par une singulière contradiction, les seigneurs et les capitaines , qui profitaient du butin de leurs troupes, étaient moins compromis dans ces excès , qu'ils n'eussent pas eu la puissance de réprimer et qu'ils
encourageaient en les tolérant. Le Dauphin , qui s'était toujours montré ennemi de ces pilleries , et qui les avait empêchées de tous ses efforts , gagna par-là l'affection des Niortais : il est vrai qu'il les entretenait familièrement de leurs affaires , soupait avec eux, faisait l'amour avec leurs femmes , et assistait en qualité de parrain au baptême de leurs enfans ; il s'était donc retiré à Niort comme au milieu de sa famille.
Le dauphin Louis se promenait, en lisant des dépêches , sur le boulevard du château , pendant que la ville , pleine de rumeurs , de cliquetis d'armes et de sons de cloches , semblait dans l'attente d'un événement important : derrière lui, marchait pas à pas le comte de Pardiac qui bravait les dangers du double rôle d'importun et d'espion, par dévouement à son intérêt personnel , quoique, la veille, le duc d'Alençon eût failli l'enchaîner au parti des princes en lui passant au cou une chaîne d'or ; mais cette chaîne étant de la fabrique des faux monnoyeurs du duc , avait produit un effet contraire à celui qu'elle promettait d'abord ; le comte de Pardiac, furieux de s'être laissé prendre à cet appât trompeur qu'il avait accepté sans soupçon , gardait rancune au donataire , bien connu pour des supercheries de ce genre dans les monnaies qu'il faisait battre. Le Dauphin avait beaucoup ri du désappointement de l'avare gouverneur.
Le duc d'Alençon et le comte d'Eu, qui avaient conféré ensemble au sortir de la messe, s'approchèrent alors , ce dernier voulant prendre congé du Dauphin , et l'autre impatient de hâter le départ du comte d'Eu que rendaient suspect un séjour de quelques heures dans la ville et un examen minutieux des ressources de cette place.
Charles d'Artois , comte d'Eu , n'était revenu en France que l'année précédente , après une captivité de vingt-trois ans à Londres : il avait éprouvé le sort de la plupart des princes et des nobles prisonniers à la bataille d'Azincourt. Il prétendait que sa renommée de valeur l'avait fait retenir si long-temps en Angleterre; mais on peut croire qu'il s'y était rendu dangereux par son adresse à s'immiscer dans les secrets qu'on cherchait à lui cacher , et par sa manie de pratiquer des conciliations impossibles, malgré les parties intéressées : peut-être aussi ce caractère indiscret et actif qui le portait à se mêler des affaires d'autrui , l'avait-il à son insu fait le conseiller des ennemis de son pays. Vingt-trois ans de résidence dans une cour étrangère l'avait changé en ce seul point qu'il choisissait volontiers ses exemples chez les Anglais, et qu'il élevait ces derniers au-dessus de ses compatriotes. Son costume se sentait dé cotte prédilection , quelquefois injurieuse pour la France : ses chausses étaient de drap blanc de Lincoln , sa
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houppelande , assez semblable à nos robes de chambre par la forme , était de drap de Stanford , couleur perse ou bleu pâle, et son pourpoint rouge vif complétait l'assemblage des trois couleurs distinctives de la faction anglaise et bourguignonne ; il avait des souliers de cuir d'Irlande et un bonnet de renard d'Ecosse : enfin ses yeux fixes, son front nuageux et son air préoccupé pouvaient compter aussi parmi ses emprunts faits à l'Angleterre, et si son langage s'était conservé pur, il fallait l'attribuer à l'usage général du français dans presque toutes les cours d'Europe.
Jean II du nom , duc d'Alençon , fut aussi prisonnier des Anglais pendant trois ans , à la suite de la défaite de Verneuil , et il leur voua une haine égale au taux de sa rançon , qui fut si considérable , que sa grande fortune suffit à peine pour la payer au duc de Bethfort; il se vengea par tous les maux qu'il fit à ses anciens geôliers en quinze années de guerre , où il combattit toujours au premier rang; mais , pour fournir aux frais de quinze campagnes , il épuisa le reste de ses biens , fet fut obligé de recourir à la munificence royale , afin de satisfaire ses créanciers. La mauvaise situation de ses revenus augmentait tous les jours, et Charles VII était trop bas percé, dit son historiographe , pour subvenir aux nouveaux besoins du duc d'Alençon ; celui-ci ne pardonna pas au roi un
refus, et employa des expédiens criminels, à l'abri de l'impunité que lui garantissait son titre de prince de sang : il fit de la fausse monnaie , et altéra la bonne qui avait cours dans son duché. Les rois étaient alors fort jaloux du droit de battre monnaie , et Charles VII , lorsqu'il était dauphin , avait plusieurs fois changé la valeur et le poids des pièces d'or et d'argent : il s'affligea des falsifications monétaires du duc ; mais il ne se sentit point assez fort pour le punir.
Le duc d'Alençon , de qui la bonne foi n'était aussi que de la fausse monnaie , n'espéra sortir de cet état habituel de gène et de médiocrité que par un changement politique et son entrée au conseil : ce furent les finances du royaume qui le tentèrent, et dès lors il se livra aux projets de révolte, de troubles et d'intrigues , tant de fois repris et jamais découragés dans tout le reste de sa vie aventureuse. Il avait une physionomie joviale; ses traits minces et saiilans , ses yeux égarés et sa bouche sans lèvres servaient d'indice à la fourberie et à l'imprudence; il calculait mal en effet les chances diverses de ses machinations, qui échouèrent ordinairement par sa faute ; il mettait plus d'astuce et de finesse dans ses paroles que dans ses actions. Son habillement, riche et somptueux en apparence, offrait un échantillon de son amour du luxe : sa robe longue , à fausses manches déchi-
quetées , tombant à terre , dentelée par le bas et bordée partout de galons en faux or , imitait l'écarlate de Florence, quoiqu'elle fût de simple drap de Louviers ; le brocart de son pourpoint, qui ne montrait que le collet et les manches serrées , n'eût pas trompé un marchand de Venise ou de Grenade ; son chapeau d'orfèvrerie , en forme de cœur renversé sur un bourrelet en plat à barbe , n'était que de cuivre enchâssant des pierres de couleur et des diamans d'Alençon ; les trois chaînes d'or enlacées sur sa poitrine témoignaient de l'habileté de ses ouvriers pour l'alliage des métaux ; et son escarcelle , remplie de faux moutons , de faux saluts , de faux angelots , de faux écus et deniers h la couronne , lui permettait de répandre des générosités peu coûteuses qu'il regagnait au centuple sur ses vassaux , et qui pourtant lui valurent le surnom de bon , qu'il conserva même après deux condamnations capitales.
— Monseigneur , dit-il au Dauphin , voici notre cher et honnête cousin Charles , comte d'Eu, qui n'a voulu partir de Niort sans vous saluer en adieu.
— Comment , monsieur mon cousin ! reprit Louis en le guignant avec malice , arrivé de ce jour , vous n'arrêtez guère , malgré l'heur qu'on a de vous voir céans ?
— Monseigneur , je demeurerais près de vous
cent ans plus volontiers que vingt-trois chez les Anglais, répondit le comte d'Eu; mais je reviendrai tantôt de la part du roi notre sire , auquel je rapporterai vos griefs trop véritables, et pour vous appointer tous deux , j'ai la raison qu'il faut, par saint Georges !
— En vérité , je ne veux autre chose , mon cousin , car j'aime la paix autant qu'un paillard moine , et je demande de petites conditions pour le bien public.
— Ce n'est rien que cela , l'exil de M. le connétable et de M. du Maine , lesquels tiennent monseigneur le roi dessous leur tyrannie, et, comme disaient les gens d'Angleterre, le dit connétable règne parla grâce du roi de France; la réforme du conseil , de l'armée , des tailles et de tous les abus qui sont à tas...
— Vous oubliez le meilleur, beau cousin ! L'office de lieutenant du royaume pour le pauvre Dau phin , qui ne sera plus sujet comme il fut le temps passé , et qui fera très-bien le profit de cet état , ce me semble. Ne vous semble-t-il pas de même , mes cousins ?
— Monseigneur, vous ne dites pas tout, ajouta le duc d'Alençon qui se mordit la langue en voyant que le Dauphin ne songeait qu'à ses propres intérêts ; outre ce , nous réclamons la charge de chancelier pour ma récompensera connétablie
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pour mon cousin de Bourbon , le gouvernement de l'Ile-de-France pour mon cousin de Vendôme, la création de maréchal pour M. Antoine de Chabannes, et maintes faveurs requises par les autres seigneurs et capitaines qui s'assemblent à Blois.
— Finalement, le petit Blanchefort est allé en ambassade devers le roi mon père , interrompit le Dauphin , et il nous rapportera réponse à ces propositions. Çà , mon beau cousin^ n'omettez de dire à monseigneur que j'ai pitié du bonhomme de peuple qui me crie merci , et que je ne suis maître de faire ce qui conviendrait.
— A Dieu vous command , monsieur mon cousin ! reprit le duc d'Alençon qui l'attirait par le bras, venez que je vous tienne l'étrier. N'emmenez-vous pas M. de Pardiac ?
— Je ne m'éloignerai d'un trait d'arc ! répliqua le gouverneur qui faisait semblant de regarder au pied du mur que baignait la Sèvre grossie par la fonte des neiges.
— Ce n'est pas moi qui vous chasserai, mon gouverneur, dit le Dauphin ; car le roi mon père m'ordonne de vous obéir comme je fais à luimême. Mais votre santé n'est pas en bonne étrenne, puis j'ai souci de vous savoir inquiet de madame de La Marche. En surplus , vos pensions ne seront payées en ma compagnie , je ne vous retiens davantage...
— Je connais votre bénignité, monseigneur , et vous en mercie toutefois , si je persiste en ma charge de gouverneur , tant que vous me fassiez jeter hors par force.
— Admirez le féal serviteur , messieurs ; j'écrirai au roi ses louanges, et si quelqu'un dit qu'il fût des rebelles , ce sera mentir par la gorge , beaux cousins !
— Or dites-moi , s'il vous plait, monsieur d'Eu , demanda le gouverneur qui voyait avec envie l'importance du rôle que jouait Charles d'Artois , pourquoi êtes-vous venu et pourquoi départezvous si tôt? M'est avis que vous veniez seulement ouïr une basse-messe à Niort ?
— Je vous répondrai , par saint Georges ! reprit le comte d'Eu en lui lançant un regard superbe, quand vous aurez déclaré pour quelles fins vous demeurez ici ?
Le comte de Fardiac feignit de n'avoir pas compris cette question , et se donna contenance en grattant avec son ongle une tache sur son habit qui en était moiré. Il resta seul avec le Dauphin pendant que le duc d'Alençon accompagnait le comte d'Eu, lequel jurait comme un Anglais par saint Georges de terminer le différend du père et du fils. Louis, remarquant que son gouverneur examinait d'un œil oblique les papiers dont il avait repris la lecture , fit un mouvement d'im-
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patience corrigé aussitôt par un sourire affable. Le comte de Pardiac crut l'occasion favorable pour user de son autorité de pédagogue.
— Monseigneur , que prétendez-vous faire ? dit-il d'une voix pathétique dont l'inflexion s'affaiblissait à chaque regard du Dauphin attentif à cette allocution. Souvenez-vous du seigneur Absalon , lequel par châtiment divin expia malement sa rébellion contre le roi David , son père très-indulgent et débonnaire ; souvenez-vous du seigneur romain Corioianus , lequel fut grièvement puni d'avoir tourné ses armes à rencontre de Rome ; n'imitez point ces fils rebelles et félons que leurs méchans conseillers perdirent; retirezvous de cette ligue qui sera confondue , et n'allez plus outre ; car le courroux du roi s'en va éclater sur quiconque méconnaît sa puissance ; aucuns seront bannis , aucuns jugés à mort , aucuns en prison mis. Or , que veulent-ils ces mécontens brigueurs plus ennemis qu'Anglais et plus détestables que Juifs ? Ils pensent détruire l'honneur du gentil royaume de France, envahir ses cités et châteaux , amoindrir l'état de la couronne , augmenter la misère du peuple et commettre cent mille excès de rapine et de cruauté !...
— Pâques-Dieu , messire ! la triomphante oraison ! interrompit le Dauphin , Cicero ni César ne sauraient si bien dire ; mais , je vous le déclare en
toute vérité , mon beau cousin , je ne suis maître de mes faits , et les gens qui me retiennent en leurs mains ne me laisseront échapper, voire me tueraient si je tirais à la fuite. Je vous répète souvent ces choses pour que les confirmiez à monseigneur le roi , si Dieu permet que vous retourniez bientôt vers lui.
— Mon cher seigneur , reprit le comte de Pardiac qui n'était pas dupe des feintes protestations du Dauphin, si vous rentrez dans le devoir , j'ose vous promettre au nom du roi notre sire une belle part de la couronne , un beau train de maison , le gouvernement du Dauphiné , une pension à votre gré , cinquante mille écus et plus. Ces généreuses offres sont afin que le conseil demeure à M. le connétable et à M. du Maine , lesquels vous serviront bellement...
— J'y consens , mais je suis bien aise qu'on me baille ces promesses écrites , pour n'y rien changer; car vous n'avez mission d'engager la parole du roi?...
— Certainement , puis-je vous donner de ce assurance royale, d'autant que j'ai reçu hier secrète missive de M. du Maine , qui me mande ces conditions à votre avantage...
— Tout beau, messire , vous avouez donc vos trahisons! s'écria le Dauphin d'un ton sévère; n'y revenez pas, sur votre vie ! le métier d'espie
ne convient à votre âge ni à votre rang ! Fi ! vous dis-je ! sur votre vie , n'y revenez ! car je n'aurais pas la puissance de vous sauver de la corde, monsieur mon gouverneur.
Le comte de Pardiac , qui avait déjà la main dans son sein pour chercher la preuve de ce qu'il avançait , baissa la tête en rougissant , et recula de deux pas en arrière , dans le cas où il serait forcé de faire une prudente retraite ; mais il crut le danger passé, et eut la hardiesse de rester, parce que le Dauphin ne s'occupait plus de lui et reportait son attention sur le capitaine Jean de La Roche, que le duc d'Alençon venait d'amener; il se rapprocha même pour ne rien perdre d'une conférence qui devait lui révéler les ressources militaires des conspirateurs. Ce ne fut pas sans dessein que Louis souffrait un témoin perfide qui se ferait l'écho de la rébellion et en exagérerait l'importance pour ajouter du prix à son espionnage. Le Dauphin , qui était l'âme du complot, essayait de paraître un instrument passif que les princes faisaient mouvoir , et il attendait , pour lever le masque , l'instant où il porterait la main sur la couronne de son père.
— Monseigneur, dit le duc d'Alençon qui présenta Jean de la Roche, voici votre général d'armée , vaillant et notable chevalier que vous connaissez à ses faits.
— Dieu vous gard , Jean de La Roche ! lui dit le Dauphin qui l'empêcha de s'agenouiller et l'embrassa comme un frère; vous avez pâti de grands maux , ce m'a-t-on dit?
— Las, monseigneur! mon honoré père, le sire de La Rochefoucault , fut ravi de ce monde ! répondit Jean , à l'esprit duquel ce lugubre souvenir était présent comme s'il fût de la veille.
— La perte vaut qu'on la plaigne , mon ami Jean , répliqua le Dauphin en jouant l'attendrissement ; si le roi trépassait , je serais moult passionné de vif regret.
— Les Cottereaux de Salazard ont saccagé Barbezieux et pillé mes biens, continua le capitaine qui se complaisait dans son affliction avec une sorte d'amère jouissance ; certes je les ai meurtris la plupart , ces brigands de nuit , et leur chef Salazard s'est enfui presque seul avec le plus gros du butin. Mais le pire de tout, c'est que ma fiancée Jeanne Sanglier ne s'est depuis retrouvée, et j'en sens telle angoisse , que je saurais bon gré à qui me guérirait par un coup de lance ou d'épée.
— Ce médecin -là n'est point de mon goût, monsieur de La Roche , interrompit le Dauphin ennuyé de ces lamentations. Voyons, quelles nouvelles d'où vous venez?
— Monseigneur , j'ai reçu de belles instructions de mon excellent sire de Bourbon, et me confor-
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merai à ses volontés. Les gens de Saintonge, qui ont fait si prompte justice des routiers , que c'est merveille, tiennent les champs au nombre de dix mille fermement résolus et petitement armés. Ils demandent l'abolition des gens d'armes et garnisons , la paix avec les Anglais et la diminution des aides. Pour obtenir ces choses, ils n'auront peur de guerroyer contre le roi lui-même.
— Ces gens de Saintonge sont bonnes et vaillantes gens ! s'écria le duc d'Alençon ; on fera droit à leur requête, pourvu qu'ils nous secondent de grande tire !
— Ensuite , j'ai visité ma sénéchaussée de Poitou , continua Jean de La Roche , et les Poitevins sont en chaude humeur de se joindre aux Saintongeois ; les villes seulement fermeront leurs portes , mais quelques canons , engins et artillerie , parleront plus haut et plus fier que ces bourgeois , et ainsi la province vous sera tôt soumise.
— Eh bien ! que tardons-nous , monseigneur? interrompit le duc d'Alençon intrigué du silence que gardait le Dauphin. Levons une taille pour commencer la guerre...
— Point, mon cousin , reprit Louis avec sévérité , si la guerre doit écheoir , j'entends qu'elle ne grève Jacques Bonhomme , qui la servira de son corps , non de sa pécune.
— Finalement , monseigneur , ajouta Jean de
La Roche , je vous remettrai le commandement de mes gens sitôt que le trouverez bon , et je me fais caution de prendre la ville et abbaye Saint- Maixent par intelligence , comme aussi autres villes à votre convenance ; car la noblesse de Poitou est toute prête à chevaucher pour vous !
— Vous souperez avec moi , mon cousin de La Roche , dit le Dauphin qui ne put contenir sa joie , et vous me conterez les nécessités de ce bon peuple que je veux aider !
Une rumeur s'éleva parmi les archers qui veillaient à l'entrée du château ; ils arrêtèrent un homme qui , sans mot de passe et sans ordre écrit, voulait s'introduire dans les cours : et comme il gardait un silence obstiné , un valet du comte de Pardiac ayant déclaré que son maître le connaissait, on le mena sous bonne escorte à l'endroit où ce seigneur écoutait les rapports de Jean de La Roche. Le Dauphin , qui s'était informé de la cause de ce tumulte, fixa son œil perçant sur l'homme et sur le comte ; puis il sourit en branlant la tête , comme s'il eût déjà deviné ce qui se passait au fond de l'âme de l'un et de l'autre : le comte était pâle et tressaillait ; l'homme restait stupide et indifférent.
C'était un de ces malheureux Cagots , Gaffbs , Capots ou. Gezitains qui infestaient à cette époque le Béarn et la Gascogne où ils vivaient en tribus
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séparées depuis des siècles , soit que leur origine remontât aux Sarrasins et Visigoths d'Espagne , soit qu'ils fussent Juifs ou Bohèmes. La croyance populaire ne leur attachait qu'un caractère vague d'infamie ; les prêtres répugnaient à les entendre en confession , malgré leur religion orthodoxe , et il fallait le témoignage de sept d'entre eux pour avoir en justice la valeur d'un seul témoin. Nul n'osait manger avec les cagots , ni même tremper le doigt dans leur bénitier. On leur défendait de marcher pieds nus , de porter les cheveux longs , et de paraître en public sans le signe de la patte d'oie qui les faisait reconnaître : ce signe en drap jaune découpé, qu'ils cousaient sur leurs habits, ressemblait à la marque distinctive des Juifs, laquelle, également jaune, était une rouelle, et s'appliquait à l'épaule, par ordonnance de saint Louis. Ces misérables, isolés de la société et abreuvés d'avanies , passaient pour ladres , et , comme tels , étaient en horreur générale : cette accusation semblait confirmée par l'odeur infecte qu'ils exhalaient de tout le corps , sans doute à force de malpropreté et de misère ; cependant ils se multiplièrent tellement que leurs villages descendirent des montagnes dans la plaine et menacèrent d'envahir le Languedoc.
Ce cagot que les rochers avaient amené devant le Dauphin , s'annonçait de loin par des miasmes
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puans que la sueur et l'ail envoyaient à l'odorat le moins susceptible : il était grand, de taille efflanquée , brun de peau , et si couvert de poils que ses mains et ses jambes nues semblaient appartenir à une bête noire ; sa tête rasée et sa figure plate, animée par des yeux de chat , ne laissaient pas de doute sur sa race dégénérée qui ne conservait aucun trait primitif de ces belles colonies qu'Abdérame conduisit à la boucherie de Charles-Martel. Il avait pour unique vêtement une peau de brebis dont il enveloppait sa nudité, comme d'un manteau fourré de laine; mais il s'exemptait de suivre l'ordonnance relative à la patte d'oie , et ne chaussait des sandales de liège, liées avec des courroies , que pour préserver ses pieds dans une longue route ; il s'appuyait sur un bâton ferré qui semblait taillé nouvellement.
— Pouah ! le vilain ! s'écria le premier le comte de Pardiac en se bouchant le nez ; chassez ce punais qui s'est conchié de maie peur ! arrière la civette !
— La trahison pue davantage, M. de Pardiac, reprit le Dauphin , qui continuait son examen et son sourire tacites ; de fait, ce quidam ne flaire autant que baume.
— Monseigneur , c'est un cagot de Béarn ! s'écria M. de La Roche en voulant chasser ce pauviv diable qui n'eût pas demandé le pourquoi , et qui a i3.
tournait déjà les talons. Ce vilain ladre empuantirait toute la cité. — Qu'as-tu fait de ta patte d'oie, chien? Je te ferai donner la bastonnade au lieu d'amende , pour infecter l'air de monseigneur.
— Non , Pasque-Dieu ! ne le laissez point aller ! dit le Dauphin en l'arrêtant lui-même ; il a moult grande affaire avec monsieur mon gouverneur qui se réjouit de le voir.
— Ne raillez pas , monseigneur , repartit le comte qui cachait mal son trouble ; ce mauvais garçon , ce me semble, est venu vers moi de ma comté de La Marche.
— Ça , paillard , comment se porte ma cousine Éléonor de La Marche? demanda le Dauphin au cagot; a-t-elle comme naguère belle lignée de chiens et chats à sa suite?
— Monseigneur, il n'a langue ni voix, reprit le comte de Pardiac qui savait bien que le cagot ne pouvait pas répondre; informez-vous plutôt s'il est en soif et veut boire ?
— Tiens , bélître, lui dit le duc d'Alençon en tirant une pièce d'or de sa bourse , je te donne ce jeton si tu annonces à M. de Pardiac qu'on le mande par delà pour son bien.
Le cagot s'empara de l'écu dans les mains même du duc , l'approcha de son œil , le porta ensuite à son nez , le fit tinter contre son bâton, et le jeta par terre avec une sorte de cri sauvage et de gri-
mace moqueuse qui permit de voir que sa langue était coupée. Un archer qui se baissa pour ramasser ce que le cagot dédaignait, eut les doigts à demi écrasés sous le pied de celui-ci, qui foulait en colère la monnaie du duc d'Alençon. Le Dauphin riait aux larmes :
— Mon bon cousin , dit-il avec malignité , votre monnaie n'a cours chez les cagots , donc je m'étonne que vous nous estimiez plus sotards que ladres verts.
— Je voue au diable cinq cent mille charretées de moutons-à-la-grand' laine, s'écria le duc d'Alençon , si ce ladre n'est un espie, pour si bien connaître l'or !
— Je gagerais autant que votre monnaie est de cuivre , mon cousin , dit gravement le Dauphin ; car assurément c'est un espie , et devant qu'on le pende aux fourches de la ville , je vais le battre de son propre bâton : un roi ne doit pas ignorer les offices du bourreau , lequel est souvent son bon compère.
A ces mots que le comte de Pardiac entendait avec une terreur croissante , il saisit le bâton que le cagot tenait non sans l'avoir déjà disputé aux archers; mais le Dauphin, qui était aussi adroit que vigoureux , arracha ce bâton , et l'appliqua si rudement sur les épaules du cagot, que le bois de cormier , en apparence solide et noueux , se
brisa en éclats ; un rouleau de papier , qui y était renfermé , tomba et montra les sceaux du roi pendus à cbaque bout. Le cagot demeura morne et regarda en bas du parapet ; le comte de Pardiac médita une prompte fuite ; le duc d'Alençon ramassa les lettres missives de Charles VII qu'il remit au Dauphin ; celui-ci , jouissant à la fois du résultat de sa découverte et de l'embarras de son gouverneur, riait avec fracas.
— Voyons ce que nous mande monsieur notre père, dit-il en déployant la lettre d'envoi qu'il tendit au comte de Pardiac, lequel hésitait à l'accepter. Est-ce pas l'écriture de mon bel oncle du Maine ? — Çà , messire , vous êtes gentil lecteur et bien loyal , or , je vous prie de me faire la lecture pour mettre ordre à ces provisions.
Le comte de Pardiac balbutia quelques prétextes pour se soustraire à ce devoir embarrassant, s'excusa sur la faiblesse de sa vue , et manifesta le désir de se retirer ; mais un regard impératif et un geste menaçant le forcèrent d'obéir ; il lut d'une voix altérée le contenu de la lettre qui tremblait dans sa main :
« Monsieur mon cousin , le roi est moult réjoui de votre zèle à son service, et il vous guerdonnera de vingt mille écus d'or après la fin de cette émotion. Nous attendons céans le retour de M. le
connétable pour de lui prendre conseil et assembler gens de guerre. Faites connaître à M. le Dauphin qu'il aura ses avantages , honneurs , gouvernemens, pensions, s'il se veut détacher du parti des princes et seigneurs , lesquels alors seront moins ménagés : il y a de grosses vengeances à tirer de plusieurs. Donc ne vous épargnez à bien gouverner ledit Dauphin qui est cauteleux politique et fort ambitieux ; ci je vous envoie des lettres patentes qu'il vous plaira faire entendre aux principaux de Niort pour les garder du venin de la rébellion. Sur ce, monsieur mon cousin, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte tutelle et qu'il prête sa puissance à vos honnêtes desseins pour l'intérêt de cet état.
)> Charles d'Anjou. »
— Que vous en semble , messire comte ? reprit sévèrement le Dauphin quand son gouverneur eut achevé cette lecture comme si c'eût été son arrêt de mort. Notre bel oncle du Maine écrit d'un beau style , et j'ai idée de lui adresser une tête coupée en réponse, monsieur mon gouverneur.
— Par les gloires de la chevalerie ! s'écria le duc d'Alençon en fixant un regard enflammé sur le comte de Pardiac qui se voyait déjà pendu : qui
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est cet espie parmi nous ? il le faut chercher et payer de ses peines. Monseigneur , nous devons épouvanter par l'exemple d'un beau supplice quiconque vendrait sa langue et ses yeux à nos ennemis , sinon nous n'aurons assez d'or pour acheter ceux-là qui nous peuvent nuire en nos brigues.
■ — Ce n'est pas trop de vingt mille écus à courir si grands risques, reprit le dauphin qui avait réfléchi s'il userait de rigueur et qui se décida pour la clémence dans la crainte d'offusquer les princes en frappant un seigneur. Vous lisez de si gentille manière , beau compère , que je vous requiers de continuer : sus, on vous fait silence, et si d'aventure on vous pendait, vous ne seriez si honorablement assisté que vous êtes d'un Dauphin , d'un prince , d'un noble capitaine et d'un cagot.
Cette plaisanterie ne divertit pas le comte de Pardiac, qui, sans se permettre une objection, prit les lettres du roi, scellées de cire verte, et en donna lecture : il avait un frisson par tout le corps et un voile sur la vue, car aux créneaux d'une tour voisine, deux archers du corps du Dauphin disposaient un madrier en figure de potence, et chaque coup de marteau retentissait dans le cœur du coupable, comme le son de cloche qui annonce au condamné l'heure du supplice.
Dans ces lettres , le roi mandait à ses aînés et
féaux sujets de Saintonge et Poitou , que le duc d'Alencon et ses complices avaient fait certaines entreprises « sous ombre du Dauphin encore en j> jeune âge, comme chacun sait, et que par en- » hortement et séductions ils l'avaient mis et fait » joindre avec eux en le voulant élever en gou- » vernement et régence par-dessus la majesté » royale. »
— Voilà comme on se gausse du peuple , qu'on pipe avec des paroles ! s'écria le Dauphin avec emportement : si je tenais le secrétaire de ces piperies, je lui ferais avaler la plume dont il les écrivit! Que vous en semble, M. de Pardiac? Sachez que j'ai foi et révérence en la majesté royale , eût-elle la goutte , la teigne et le ver-coquin.
« Lesdits complices et adhérens , » lut le gouverneur , qui s'attendait sans cesse à trouver son nom dans ces dépêches , <c prétendent occuper » plusieurs de nos villes et forteresses, entretenir » gens d'armes et de trait qui roberont et rançon- » neront le plat pays, blasphémer notre autorité, » empêcher le fait de la paix générale et la délii> vrance de notre très-cher et très-amé frère et » cousin le duc d'Orléans, prisonnier des Anglais, » augmenter le fardeau des tailles et besogner au » mal , semblables de tout pointa ces hérétiques » de Prague et disciples de Jean Hus , qui se li-
» guent pour attaquer la majesté divine , et com-
» mettent des maux abominables en la Bohême :
» or , cette Praguerie de France n'est pas moins
» à détester et excommunier... »
— 0 la plaintive et sainte homélie! interrompit le Dauphin en se tenant les côtés à force de rire : certainement maître Gérard Machet, confesseur du roi, a inventé cette comparaison de haute rhétorique! Nous ne sommes pourtant Vaudois ni Hussites, et ce n'est renier le pape que combattre la tyrannie du roi et de son conseil , est-ce pas M. de Pardiac? Pâques-Dieu! je sais gré à M. le confesseur de nous avoir baptisés Pragons, car cette Praguerie durera plus que l'autre.
— Par ma couronne de duc ! nous voilà tous Pragons, monseigneur, ajouta le ducd'Alençon, puisque le gentil Dauphin de France nous invite à sa Praguerie.
— Tout beau, mon cousin, répliqua Louis qui craignait toujours de s'être trop avancé , nous ne partons encore pour la croisade! Ores écoutez rédit du roi.
« Nous vous mandons et commandons, » continua le comte de Pardiac, qui espérait déjà n'être pas démasqué , « par ces présentes , et à chacun » de vous, qu'à notre fils Dauphin , ni à aucuns
» des seigneurs dessus-dits , vous n'obéissiez, sur
» peine d'être réputés envers nous déloyaux et
» rebelles et de confiscation de corps et de biens,
)> que ne leur donniez entrée en vos villes ni leur
n bailliez vivres , harnais , artillerie »
Le comte de Pardiac s'arrêta soudain dans sa lecture au bruit d'un corps tombant dans l'eau : c'était le cagot qui, profitant de l'éloignement des archers durant la visite de ces papiers d'état, venait de se précipiter du haut du rempart dans la Sèvre; il ne reparut pas à fleur de l'eau où surnageait seule sa peau de mouton qu'il avait quittée au fond de la rivière. Le Dauphin et les assistans restaient penchés sur les créneaux pour voir s'ils n'apercevraient pas un homme nageant ou noyé : une pierre qu'on lança contre la dépouille flottante de l'espion , la fit enfoncer , et la surface unie de la Sèvre ne se plissa d'aucune ride , comme si un gouffre avait englouti le malheureux en ne changeant que son genre de mort. Pendant le tumulte inséparable de cet événement, le gouverneur ne jugea pas prudent de supporter seul le courroux du Dauphin , qui commençait à s'essayer au pouvoir, et qui n'était pas homme à faire dresser un gibet inutilement : peut-être M. de Pardiac fût-il resté à voir pendre le cagot , mais ne se souciant pas d'être pendu lui-même, il partit.
162 LES FRAUCS-TÀUPIÎNS.
— Messieurs , que vous semble de ce paillard cagot? dit le Dauphin en riant, je le trouve bon et hardi compagnon : c'est dommage que les poissons le mangent.
— Mieux vaudrait les corbeaux , reprit le duc d'Alençon qui avait à cœur l'outrage fait à sa monnaie : les loches et les truites en deviendront ladres.
Le Dauphin reconnut de loin le comte de Pardiac , enveloppé d'une cape à pluie et monté sur un petit cheval de course , qui suivait au galop la route d'Angers, comme un fugitif, sans bagage et en compagnie de trois varlets : le duc d'Alençon supplia le Dauphin de le faire arrêter et emprisonner; mais le jeune prince avait été mis en belle humeur par le saut imprévu de l'espion dans le fossé : il redoubla d'éclats de rire , et ôta son bonnet pour saluer son gouverneur.
— Le seigneur diable vous accompagne par la voie ! lui criait-il en gesticulant de la manière la plus comique : dites de ma part à madame mon honnête femme Marguerite , qu'elle s'en aille régner dessus ses gueux d'Ecosse; à monseigneur le roi , qu'il ne cesse déjouer aux échecs et tirer de l'arbalète ; à mon bel oncle du Maine , qu'il se médecine d'exquises pilules; à M. le connétable, qu'il porte moins haut la tète , peur de la laisser en chemin ; enfin à toutes les bonnes villes de votre
passage, que Louis, dauphin de Viennois , les viendra visiter en armes avec les princes de son sang et autres complices et adhérens !
Le duc d'Alençon jeta feu et flammes contre le comte de Pardiac , qui avait emporté les lettres de la chancellerie royale pour en faire usage sur sa route ; le Dauphin riait alternativement de son gouverneur et du cagot; Jean de La Roche, plongé dans sa rêverie habituelle, regardait à l'horizon le clocher de l'abbaye de Saint-Maixent.
— Mon compère Jean de La Roche , lui dit le Dauphin en le touchant à l'épaule : M. d'Alençon arma chevalier le roi au sacre ; je veux recevoir la chevalerie de vos mains , qui sont vaillantes et loyales. — Or sus , messieurs , le Dauphin de France s'est mis hors de page : la Praguerie à cette heure peut commencer !