‹ Les francs-taupins (volume 3)Chapitre 17 sur 27 · ET LE ROMAN HISTORIQUE. XXXVII · texte numérisé non relu

ET LE ROMAN HISTORIQUE. XXXVII

— Hola! les in-folio pleuvent comme grêle. Au milieu de cette érudition peu portative , vous devez être comme Cujas, qu'on trouvait tous les soirs enterré sous ses bouquins , et qui souvent faillit mourir de faim pour avoir élevé autour de lui , sur ses genoux et jusqu'à son menton , un rempart et des montagnes de volumes : nouvel Encelade sous un nouvel Etna !

— Patience, je n'arrive pas encore aux petits livres , Traités héraldiques du père Ménestrier , Ducatiana, Jean deSaintré, les Cent-NoiivelleSy BouUainvilliers, \dL Bibliothèque militaire, Camuzat, les poètes Villon, Charles d'Orléans, Martial d'Auvergne, Coquillart; je veux en finir auparavant avec les in-folio et les in-quarto; je reprends ma litanie: Mathieu, Varillas, Claude Fauchet, la Milice françoise de Daniel , les Antiquités de MiUin, le Cérémonial français^ Favyn, Le Ferron, Ducange, toujours Ducange avec son Glossaire, et Bayle, et Moréri, et les Ordonnances des rois de France, et le reste. Vous plait-il que je détaille maintenant les sources où je puise les renseignemens relatifs aux mœurs et aux usages , outre les ouvrages connus de Legrand d'Aussy, de Lacurne de Sainle-Palaye , du marquis de

XXXVIII l'histoire et le roman historique. Paulmy,deLaChesnaye-Desbois, deRochefort?...

— MoDsieur, je vous remercie, je ne ferai pas de roman ! j'ai la vue trop faible , le travail trop lent et pénible...

— Si Le Laboureur, Godefroy, Dupuy, Mabillon, Félibien, Ruynart et tous ces hommes doctes des deux derniers siècles vivaient encore au dixneuvième, chacun ferait au moins son roman.

— Combien espérez-vous en faire , monsieur , dans toute votre vie?

— Cent, peut-être, si j'ai cent ans à vivre , ou plutôt à écrire. Ma fécondité laborieuse n'est pas chose émerveillable pour qui sait calculer le lésultat de dix heures bien employées par jour dans un espace de dix pieds carrés et vis-à-vis un pupitre. Ce qui m'étonne , moi , c'est de voir mon ami Taylor porter sans cesse à l'Orient sa tente voyageuse, et quand elle est pliée pour un jour, se reposer en recueillant les débris des arts dans sa patrie ; c'est son dévouement actif et généreux que j'admire, car il me montre combien une existence d'homme peut contenir de travaux nobles

et utiles !

PAUL L. JACOB, bibliophile.

Le i" décembre i833.

LES

Le feu roy fust moult esLahy

Et troublé , comme on peut cuyder ,

De se veoir ainsy envahy

De ceulx qui luy devoyent aider :

Si vouldrent marcher sur sa terre En faisant moult grand brouilerie , Et appeloit Ten ceste guerre La guerre de la Praguerie.

Martial d'Auvergne , les Vigiles de Charles VIL

OHAPÏTRB I.

Depuis en la ville d'Angiers,

Considérant en soy les termes

De guerre, perilzet dangiers,

Qui advenoient par les gens d'armes,

Qu'un homme d'armes si avoit Alors dix chevaulx de bagaige Dont la pluspart riens ne servoit Sinon que d'aller au fourraige :

Que les variez n'estoient que harpaille , Plus empeschans que soulageans, Tous adonnez à la mengeaille, Et à destruire povres gens :

Ledit feu roy fist ordonnance

Et fust advisé et conclus

Qu'un homme d'armes ou une lance

Auroit cinq chevaulx et non plus,

Ung coustiller et deux archiers Avec son gros varlet et paige , Qui seroient par moys souldoyers, Et mis hors toutaultre bagaige.

Maeïial d'Auvergne, /es Vigiles de Charles VU.

Cf mcvLX ôhe ie ffa Eoi'ljefoucauU,

Le 1" janvier de l'année IMO (1439, suivant l'ancienne manière de compter en commençant l'année au jour de Pasques, usage fort catholique, mais peu rationnel qui ne fut aboli que du temps de Charles IX ) , vers les sept heures du soir , on venait de sonner le carfou , couvre-feu , au clocher du château de Barbezieux, pour avertir les habitans de la ville de rentrer dans leurs.maisons,

d'éteindre les lumières et de reposer sous la garde de leur seigneur.

La petite ville de Barbezieux , autrefois Berhezil, qui fait aujourd'hui partie du département de la Charente et qui était comprise alors dans la Saintonge, appartenait, ainsi que les vingt-cinq paroisses environnantes, à la famille de La Rochefoucault. Sa fondation remonte à la plus haute antiquité, peut-être à l'introduction du christianisme dans cette province des Gaules ; car la paroisse de Saint-Mathias possédait une prétendue tête de cet apôti-e qu'un pèlerin avait dérobée à Rome et laissée en otage à Barbezieux pour payer son hôte , relique assez équivoque et pourtant vénérée qui fut mise en poudre par les Huguenots.

Au quinzième siècle, l'enceinte de la ville qui n'avait pas son étendue actuelle , puisqu'elle ne renfermait que deux paroisses en comprenant l'église du château , était à peu près circulaire et munie de fossés profonds creusés dans le roc; quelques pans de vieux murs ébréchés attestaient l'existence de fortifications que les courses des Anglais dans l'Aquitaine avaient plus d'une fois insultées ; seulement les cinq portes étaient encore défendues par des tours rondes et fermées par des ponts-levis dont un seul restait baissé pendant le jour, celui de la porte Orgueilleuse où aboutissait le chemin de Bordeaux ; Je nom de cette

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