LE VIEDX SIRE DE LA ROCHEFOUCAULT
)» guerres , périls et dangers qui adviennent par )» les gens d'armes , qu'un homme d'armes a )> dix chevaux de bagages , dont la plupart rien j- ne sert sinon d'aller au fourrage , que les va- :> lets ne sont que harpaille
— Ouais ! maudit connétable ! se récria le vieillard en trépignant ; les gens d'armes ne sont-ils plus gentilshommes? Vraiment il fera beau voir un noble homme , sans chevaux ni valets , guerroyer à pied comme vilain ! Est-ce pas gentillesse que mener un gros train en guerre?
— 3> Que pages et femmes ne sont que fretin , » continua maître Griffon lorsque le sire de La )» Rochefoucault fut retombé dans un silence fa- » rouche , finalement que toute telle manière de î> coquinaille, plus empêchant que soulageant , i> ne vaut que pour détruire le pauvre peuple qui » est dessous notre garde
— Ouin ! M. Charles d'Anjou flatte et caresse le peuple pour lui tirer la laine sans qu'il crie , interrompit le seigneur Guy en serrant les poings; M. Charles d'Atijou pense opprimer la puissance des princes français , et suscite le peuple contre messeigneurs d'Alençon , de Bourbon et d'Orléans !
— '> Avons ordonné et ordonnons , dit le cha- 3> pelain qui baissait la voix à mesure que le » vieux sire élevait la sienne , de mettre et lo-
)> ger es frontières tous jjens d'armes élus et ac- » ceptés
— Ouin , ouin ! les pauvres gens d'armes sontils forclus et bannis du royaume , comme juifs et cagots? Ainsi Jean de La Roche abandonnera ses châteaux pour aller aux frontières , et maintenant que j'ai le bras débile par grand âge , l'Anglais aura subjugué Barbezieux avant que mon fils en ait su la nouvelle ! Cela ne sera point , et messire Jean logera plutôt ses soudoyers dedans sa ville pour vivre sur les champs d'alentour , et détruire ce vilain peuple qui se plaint qu'on le mange ; nous ne devons aide qu'à nos vassaux.
— )) De compter par chaque homme d'armes n ou lance fournie, lut en bégayant le timide Grif- )> fon , cinq chevaux et non plus , un coutillier , )> deux archers , un gros valet ou un page , des- ;> quels sera faite la montre tous les mois , pour )) être ensuite soudoyés aux gages et prêt ordi- )) naires
— Quoi ! par saint Imas ! les gages ne sont point augmentés par cet édittyrannique et avaricieux ! s'exclama le seigneur en bondissant sur son siège et levant les mains en signe de pitié , pas un denier de dommages et intérêts pour remplacer quatre chevaux et réparer la garnison aux frontières ! 0 la merveilleuse économie ! Un capitaine aura son état et cent payes comme devant,