‹ Les fraudes archéologiques en Palestine: suivies de quelques monuments phéniciens apocryphesChapitre 27 sur 67 · Le medjîdié vaut environ quatre francs · texte numérisé non relu

Le medjîdié vaut environ quatre francs

3 . Le *abayé est un grand manteau de laine ou de poil de chameau.

quelque pièce venait à se casser on en recueillait soigneusement jusqu'au moindre fragment. Selîm donna un jour deux piastres à un petit garçon qui avait ramassé un sahtout en terre tombé de la coufFe de Hassan.

Une fois on avait donné à porter à Hassan une grande statuette qui sortait du four. Elle était encore chaude et lui brûla les mains, la poitrine, le ventre et les bras.

Quand Hassan apportait les objets à Selîm, il voyait maintes fois celui-ci les plonger dans un chaudron rempli d'eau. Une nuit même, Hassan, sur la demande de Selîm, tira de Teau de la citerne pour remplir le chaudron. Selîm y faisait tremper les objets, puis les retirait et les laissait sécher; il disait que citait pour les vieillir.

J'insiste particulièrement sur la spontanéité de ce récit que j'ai, à dessein, reproduit dans sa forme décousue et naïve.

Il contient des détails qui n'ont pu être inventés et dont j'ai été à même de con-

trôler la véracité et Inexactitude par d'autres moyens.

Je le crois concluant. Il est notamment instructif pour le procédé employé par Selîm afin d'imprégner ses poteries de la couche de salpêtre qui devait être leur brevet d'ancienneté, et obtenir ces efilorescences décevantes qui ont tant contribué à Taveuglement des partisans de Tauthenticité.

Avec ces éléments d'information la chose pouvait être considérée comme jugée pour tout homme impartial.

M. Drake, à qui j'avais ouvert les yeux et qui, tout en se croyant obligé de maintenir son jugement favorable sur la première collection partie pour Berlin, avait fini par partager complètement mes vues, tout au moins en ce qui concernait la seconde, s'était mis en campagne de son côté. H avait obtenu du potier ^Abd el-Bâqî, dont j'ai parlé plus haut, des déclarations tout à fait concordantes, qu'il lui fit répéter et signer en présence du Consul d'Angleterre.

J'adressai au Comité du Palestine Exploration Fundy à la date du 29 décembre 1873, un rapport détaillé sur les faits relatés ci-dessus. Ce rapport fut publié par YAthenaumh 24 janvier 1874.

WM

A l'arrivée du numéro de l'Athenaum, grand émoi à Jérusalem.

M. Weser, qui avait pris une part des plus actives à l'acquisition, par le gouvernement prussien, des antiquités mises en cause, ouvrit immédiatement une enquête sur les faits que j'avais révélés, et qui mettaient gravement en cause sa responsabilité.

M. Weser m'adressa une première lettre, en date du 15 février, dans laquelle il me disait qu'a}'ant parlé avec les témoins que je mentionnais, il avait « trouvé des différences essentielles entre leurs déclarations d'à présent et celles qu'ils m'avaient données auparavant. » Il croyait désirable que ces gens répétassent leurs dépositions en ma présence et, pour cela, il me priait d'assister à une « petite conférence » qui devait avoir lieu en présence

de M. Drakè, entre les dits témoins et lui, M. Weser, le lendemain matin, dans l'hospice des chevaliers de Tordre de Saint- Jean appartenant à la Prusse.

Je trouvai le procédé assez cavalier et décUnai poliment cette invitation qui ressemblait passablement à une citation. Je répondis à M. Weser que je me tenais, chez moi, à sa disposition, prêt à lui fournir tous les renseignements qui seraient de nature à l'intéresser.

Sur ce, nouvelle lettre de M. Weser.

U revient à la charge et, pensant sans doute que le lieu de rendez- vous choisi par lui ne me convenait pas — en quoi il ne se trompait guère, il m'assigne un nouveau rendez-vous sur un terrain neutre, au Mediterranean Hotely le jour même, pour trois heures de l'après-midi. Il ajoute qu'il viendrait bien chez moi, mais qu' « une conversation entre nous n'éclaircirait pas la question. »

Cette fois, je dus mettre à mon obstiné correspondant les points sur les z. Je lui fis entendre qu'il était indispensable

qu'avant de me prêter à son enquête, il y eût entre nous une conversation préalable pour me permettre de savoir dans quel sens il comptait diriger cette enquête, les moyens qu'il se proposait d'employer, ce qu'il avait fait, ce qu'il comptait faire, etc. Je lui réitérai l'invitation de venir me voir, et lui proposai après cette formalité préalable que je tenais pour nécessaire, de nous réunir chez mon ami et collègue le lieutenant R. C. Conder.

M. Weser se décida enfin à m'accorder l'honneur de sa visite. H m'assura, sur ma demande, qu'il s'agissait d'une enquête toute personnelle et de caractère strictement privé' Dans ces conditions je ne fis plus difiîculté de me rendre à ses désirs et de lui prêter mon concours pour l'aider à s'éclairer sur une question pour moi jugée.

En réalité, il s'agissait, comme je Tappris plus tard, d'une enquête absolument officielhy entreprise, sur un ordre impératif du gouvernement prussien, sous la direction du Dr Kersten, qui gérait en ce temps

le consulat d'Allemagne à Jérusalem (i).

Je n'ai pas besoin de dire que si la vérité ne m'avaitpas été cachée par M. Weser, j'aurais formellement refusé de prendre part à une enquête de cette nature. En quoi j'aurais eu doublement raison, car le rôle qu'on m'y réservait était des plus étranges, comme l'on va voir. Les réticences de M. Weser ne portaient pas seulement sur le caractère de l'enquête à laquelle il me conviait, mais sur l'attitude des personnages avec lesquels on méditait de me mettre en présence. C'était une véritable confrontation.

1 . Voyez le rapport publié plus tard par M . Weser, dans la ZeitscJjrift der deutschen morgenlandischen Gesellschaft (V, 28, p. 400 et suiv.), sous ce titre : Eine antiquartsche Consular-Untersuchung in Jeru* salent. Cf. Kautzsch et Socin, dieJEchtheit der rnoahitischen Alterthûmer^ Strasbourg, 1876, p. 58: «Ordre du gouvernement prussien au Consulat allemand à Jérusalem d'ouvrir une enquête approfondie. »

ik

Je me rendis donc sans défiance, et par pure obligeance pour M. Weser, chez mes amis MM. Conder et Drake, en compagnie de M. Lecomte, attaché à ma mission comme architecte dessinateur.

M. Weser y arriva flanqué de son coopérateur dévoué, M. Duisberg (i), fraîchement décoré par le gouvernement bavarois pour services exceptionnels rendus à l'occasion de l'acquisition des poteries moabites, et d'un employé du consulat d'Allemagne (2), appelé à simple titre

1. Grâce à la munificence de cet ardent partisan de l'authenticité des poteries moabites, le musée de Stuttgart n'a plus rien à envier à celui de Berlin. Sa coUection céramique s'est enrichie de deux vases de la même fournée, rapportés par M. Koch.

2. Un nommé Serapion. Cet individu, d'origine levantine, joua quelques mois plus tard, dans la déloyale affaire qui enleva au Palestine Exploration

d'interprète, se hâta-t-on de me dire,

■ l'honorable pasteur ne sachant pas plus

parler l'arabe que déchiffrer le moabite.

Voici la surprise qui nous était ménagée à moi et à mes amis. On croirait lire la Mille et deuxième nuit.

Le jeune Hassan, dont on a vu plus haut le récit, fut amené tout pleurant et déclara, sous la foi du serment, que le « khawâdja[i) au cheval blanc » — c'est ainsi qu'il me désignait — ici présent, l'ayant attiré dans un gtiet-apensy l'avait séquestré, frappé et menacé de mort pour le contraindre à répéter une leçon qu'il lui aurait apprise.

Second tableau. Le potier Abd el-Bâqi, introduit à son tour, jura par Allah et le « triple divorce » que le dit khawâdja était venu lui « voler sa langue » et lui enjoindre de répéter mot pour mot tout ce qu'il

Futid les précieuses inscriptions bilingues découvertes par moi à Gezer, un rôle tel, qu'il fut l'objet d'une plainte officielle du Consul d'Angleterre à son collègue d'Allemagne. Il a, depuis, été destitué,

I . Khawâdja est le nom général que les Arabes de Syrie et d'Egypte donnent aux Européens.

avait dit plus tard à M. Drake et répété en présence du consul d'Angleterre.

Bakir el-Masri vint ensuite affirmer, toujours sous la foi des serments les plus saints, que Hassan, après son entrevue avec moi, lui avait dit exactement tout ce qui précède.

L'autre potier, ^ Ahmed el-*Alawiyé^ amené à son tour, jura solennellement que toutes les déclarations précédentes étaient l'exacte vérité; qu'il ne connaissait absolument pas Selîm et n'avait jamais travaillé pour quelqu'un de ce nom.

Enfin, pour couronner le tout, on fit comparaître le héros lui-même, Selîm el- Qâri qui, bien que sujet ottoman, avait été arrêté sans autre forme de procès et emprisonné au consulat d'Allemagne (i).

Selîm, après avoir protesté, avec une véhémence tout à fait pathétique, de son entière innocence, se tourna tout à coup vers

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